| Déesse supérieure
| Préparation d'un récital | | Lubella avait demandé à son majordome de ne la déranger sous aucun prétexte.
Lubella était en pleine répétition avec son plus jeune infant, Geoffroy, un homme d’age mur aux tempes grisonnantes et pianiste émérite. Le récital de Venise approché, elle n’avait plus une minute à perdre. Geoffroy, accompagné la douce enfant, le buste bien droit, les mains virevoltant sur le clavier d’un antique piano, œuvre d’art dont était très fière Lubella.
La jeune femme, enlaçait son violoncelle dans ses frêles bras, tel un amant que l’on chérit. Elle ferma les yeux, s’imprégnant du rythme imposé par le piano. Elle se pencha, un sourire mutin aux lèvres, et parcourut les cordes de son archer avec une dextérité et un rapidité déconcertante. La virtuose s’arrêta précipitamment quelque peu tendue. L’infant, se retourna alors vers la jeune femme, un sourire aux lèvres, le talent de la jeune charmait quiconque l’entendait, tout comme le tableau de celle ci avec son instrument dans les bras hypnotisait quiconque s’aventurer à jeter un regard sur la douce enfant.
« Très bien Geoffroy ce passage du concerto N°1 en Do de Haydn, ensuite nous retravaillerons, celui en Ré majeur. Je veux que tout soit parfait, avant les répétitions au sein de l’orchestre à Venise. »
Geoffroy acquiesça d’un simple signe de la tête, avant d’appliquer ses doigts longilignes sur le piano pour faire virevolter les notes dans la salle de répétition.
La sonorité grave du violoncelle emplit alors une nouvelle fois, le manoir, la virtuose s’appliquait à recréer les effets passant d’un registre aigüe à une douce mélopée grave et mélancolique. Passant d’un lent descrendo à une suite tonitruante de notes aiguës, provoquant un mal être perceptible mais dans la source semble inconnu tel un spleen trop profond, trop lointain, étouffé pour mieux s’en préserver.
La douce Lubella paraissait faire corps avec son instrument, elle n’était plus dans cette pièce, son âme entière vibrait à l’unisson avec sa complainte, une infinie tristesse l’envahissait. Lubella se maîtrisait pour qu’une larme ne perle pas sur sa joue, le jour fatidique, ce genre d’incommodité serait très mal perçu par la foule présente et autres musiciens. Mais malgré tous ces efforts, la souffrance, les regrets, la nostalgie prirent le dessus, la complainte en devint alors plus belle. Les sentiments, les sensations de Lubella transcendaient l’œuvre toute entière, l’emplissant d’une mystérieuse affliction. Les souvenirs ressurgissaient si lointains, mais si présents, des visages, des lieux, des querelles … La mort … Et elle, éternelle poupée céleste, tel un ange obscure, perdurée devant l’Eternel, prenant soin et exécutant son don avec brio, assumant pleinement le dessein que Dieu lui avait réservé.
Après de longues heures à parfaire ce qui composerait son prochain récital, Lubella resta figée le long de son violoncelle, exténuée, vidée de cette enveloppe charnelle. Après un long moment, la frêle et séduisante jeune femme reposa son violoncelle sur son portoir et l’archer sur la table avoisinante. Elle se leva titubant quelque peu, elle s’approcha de Geoffroy et posa une main sur son épaule en souriant avec toute sa grâce habituelle.
« Merci Geoffroy, ce sera tout pour aujourd’hui, nous ne pourrons de toute manière plus l’améliorer qu’il ne l’est déjà. Veuillez me laisser seule, et demandez à Arthur de venir m’apporter de quoi me « sustenter » ».
Sans un mot, Geoffroy salua de la tête Lubella avant de sortir de la pièce. Il savait que Lubella n’aimait guère que l’on lui parle après une telle épreuve.
Lubella, dans son corset de velours rouge et sa longue jupe de taffetas noire, parcourut la grande salle pour s’installer dans un fauteuil spacieux émeraude de velours, près de la fenêtre. Elle contempla alors le doux astre céleste. Elle prit alors sa tête dans les mains, puis essuya la larme qui perlait.
Elle se sentait prête mais malgré cela son esprit était tourmenté, elle songea d’abord à Del Artemia « que devenait il dans la baroque Florence depuis …. », se demandant si sa rancœur passée s’estomperait et surtout … se déplacerait il à Venise. Dans son fort intérieur, même si celui ci lui manquait, elle ne voulait pas, elle ne se sentait pas de taille face à cette confrontation, à revoir ses douces émeraudes se figeaient sur elle. Elle ne put s’empêcher alors se souvenir de Del Artemia sans que le visage de Mateo ne ressurgisse.
« Lubella ressaisit toi, tu ne peux pas vivre dans le passé, et tu n’auras pas d’autre choix que de t’y préparer.»
Un vieux majordome, grand et sec, entra dans la pièce un plateau dans la main. Une coupe, un carnet et des lettres y étaient posées. Il posa le tout près de la douce enfant.
« Ah Arthur, merci. Il y a t il eu des évènements notables, des visites ? »
« Mademoiselle De Lorvade, oui, plusieurs appels téléphoniques pour vous, tout est répertorié dans votre carnet comme à chaque fois.
Comme Mademoiselle m’avait demandée qu’elle ne soit dérangée sous aucun prétexte, je n’en ai pas fait part à Mademoiselle.
Monsieur Pavariti …»
La douce enfant avait pris la coupe avant de la poser délicatement contre ses lèvres, elle buvait doucement en écoutant le majordome. Elle sursauta en entendant que son homologue et néanmoins ami Pavariti avait appelé, un sourire irradia le visage de la séduisante jeune femme.
« Je savais que cette nouvelle ravirait Mademoiselle. Je disais donc Monsieur Pavariti vous fait savoir qu’il sera en ville ce jeudi, Dame Amanda l’y ayant convié pour son concours. Et il espère vous y voir. Il s’excuse de même de ne pouvoir venir à votre récital prochain, n’étant pas en Italie la semaine prochaine. Et il vous transmet toutes ses amitiés. »
Parfait, parfait, merci beaucoup Arthur. Autre chose ?
« Oui Mademoiselle, Monsieur Landberg vous fait savoir qu’il a bien changé la date de départ de votre voyage. Votre avion décollera à 2 heures à l’aéroport de la ville, dans la nuit de vendredi à samedi. Les répétitions avec les autres musiciens sur place débuteront dès le samedi soir. Il espère que vous êtes prête même s’il ne fait aucun doute que Mademoiselle sera prête. Les billets sont dans l’enveloppe que je vous ai apporté, pour vous et le Sir Geoffroy.
J’allais oublier, vos nouvelles toilettes ont bien été livrées et Maria demandent lesquelles sont à préparer dans vos malles pour votre semaine à venir loin de nous. »
Le majordome se tut, s’interrogeant, se demandant s’il n’avait rien oublié.
« Très bien Arthur, j’irais voir Maria sous peu pour lui indiquer mes directives. Vous pouvez vous retirer, bonne nuit Arthur. »
Arthur salua la douce enfant, avant de se retirer.
« Bonne nuit Mademoiselle » Dernière modification par Kramikrobe : 08/09/2004 à 02h22. |