 |  | Oeuvre au Noir (L') YOURCENAR Marguerite Littérature | Oeuvre au Noir (L') (YOURCENAR Marguerite, Biographie alchimique fictive) : Fiche / Article de la section Littérature, crée sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)  | Oeuvre au Noir (L') Auteur : YOURCENAR Marguerite Genre : Biographie alchimique fictive
| | Rédaction : Morkar (05/01/2005) |
L'Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar
L'auteur
Poète, traductrice, essayiste, historienne, critique et romancière Marguerite Yourcenar occupe une place à part dans la littérature contemporaine à l'image de son itinéraire personnel de " fille sans mère, de femme sans enfant, et d'amoureuse sans homme".
Orpheline de mère à la naissance, en 1903, Marguerite de Crayencour est élevée par un père qui sera à la fois un pédagogue, un confident et un ami. En 1921, il finance à compte d'auteur Le Jardin des Chimères, le premier recueil que sa fille Marguerite à écrit , deux ans plus tôt , alors qu'elle n'avait que seize ans. Par jeu elle crée Yourcenar, l'anagramme qui deviendra, à partir de 1947, son nom légal aux Etats-Unis.
Elle publie son premier roman , Alexis ou le traité du vain combat en 1929, l'année de la mort de son père.
Les succès viendront plus tard : 1951 avec Les Mémoires d'Hadrien, et 1968, l'année de l'Oeuvre au Noir.
Son œuvre sonde plus volontiers l'histoire et la mythologie que ses contemporains, et ses héros, d'Alexis à Hadrien, de Wang Fo, le vieux peintre des Nouvelles Orientales à Zenon le médecin-philosophe de l'Oeuvre au Noir, sont essentiellement masculins. Comme elle, ils sont humanistes et souvent animés d'une grande exigence. C'est Zenon qui a d'ailleurs cette formule : " La seule horreur, c'est de ne pas servir."
Marguerite Yourcenar fut, en 1980, la première femme élue à l'Académie Française.
Elle meure en 1987.
Genre: Biographie alchimique fictive
Bibliographie
Les Nouvelles Orientales (1938)
Les Mémoires d'Hadrien (1951)
L'Oeuvre au Noir (1968)
L'histoire
Voici un résumé du livre entier...
Première partie. «La Vie errante». Henri-Maximilien Ligre a quitté sa ville natale de Bruges et sa riche famille pour courir les routes puis s’engager dans l’armée. Il rencontre en chemin son cousin Zénon parti, lui, en quête d’aventures spirituelles. Zénon est le fils naturel d’un noble prélat florentin et d’Hilzonde, sœur de Juste Ligre, un drapier et banquier flamand. Le jeune homme est promis à la cléricature mais son intelligence vive et audacieuse a tôt fait d’apercevoir les limites de l’enseignement théologique. Zénon quitte son pays. Il parcourt le monde, étudie les sciences, singulièrement la médecine, et l’alchimie. Les épidémies et les guerres, qui dressent les uns contre les autres peuples et religions, ravagent l’Europe. De multiples bruits circulent à propos de Zénon: le personnage fascine et inquiète. Recherché dans divers États, il est perpétuellement contraint de fuir pour échapper aux persécutions.
Deuxième partie. «La Vie immobile». Zénon retourne à Bruges. Il se fait désormais appeler Sébastien Théus et exerce la profession de médecin. Il vit au couvent des Cordeliers où il soigne les malades. Il prend soin de dissimuler ses véritables pensées, mais il a de longues conversations avec le prieur, un homme à l’esprit ouvert et généreux qui s’est pris d’amitié pour lui. En dépit de ses efforts, Zénon ne peut sauver le prieur, atteint d’une grave maladie. Avant de mourir, ce dernier lui conseille de partir. Zénon quitte Bruges mais, las de fuir et dégoûté par la mesquinerie des passeurs qui s’enrichissent aux dépens des fuyards, il regagne la ville. Plusieurs jeunes moines, dont son assistant frère Cyprien, qui rencontraient en cachette une adolescente, sont arrêtés. Les témoignages des moines compromettent Zénon qui est à son tour jeté en prison.
Troisième partie. «La Prison». Zénon, ayant de lui-même révélé son identité, est jugé pour athéisme et hérésie. Il peut avoir la vie sauve s’il consent à se rétracter. Il refuse et se donne la mort dans sa cellule.
Le titre de l’ouvrage est composé d’une formule alchimique qui désigne «la phase de séparation et de dissolution de la substance qui était, dit-on, la part la plus difficile du Grand Œuvre». L’expression «s’appliquait à d’audacieuses expériences sur la matière elle-même ou s’entendait symboliquement des épreuves de l’esprit se libérant des routines ou des préjugés» («Notes»). Zénon, à travers guerres, épidémies et persécutions, effectue en effet une sorte de parcours initiatique. Grâce au savoir, acquis parfois au péril de sa vie, il s’est formé un esprit ouvert et libre. Le titre de l’ouvrage, par la référence à l’alchimie, souligne le caractère difficile et périlleux de cette conquête de soi. La couleur noire introduit en outre une tonalité funèbre, en rapport avec le climat de violence et de mort dans lequel se déroule l’histoire du héros.
L’Oeuvre au Noir est, de même que Mémoires d’Hadrien, un roman historique. Zénon, à la différence d’Hadrien, est certes un personnage inventé, mais Marguerite Yourcenar revendique le caractère historiquement vraisemblable de son héros. Elle s’est d’ailleurs inspirée, pour dessiner ses traits, de ceux de Léonard de Vinci, d’Ambroise Paré, d’Érasme, de Paracelse et de Campanella. Esprits ouverts et curieux, hommes d’action et de réflexion à la fois, Hadrien et Zénon sont tous deux des sages. De l’univers de l’empereur à celui du médecin alchimiste et philosophe, la distance est grande pourtant, comme si l’enfer des temps modernes avait succédé à l’âge d’or antique. À cet égard, le choix opéré par l’auteur quant à ses protagonistes est significatif: Hadrien, empereur, incarne l’ère de l’homme roi ou de l’homme dieu; Zénon, être fictif, enfant bâtard et personnage presque anonyme puisqu’il est contraint de cacher son identité, incarne l’ère de l’homme écrasé par l’obscurantisme et l’intolérance. Le choix des voix narratives est lui aussi symbolique: Hadrien parlait à la première personne mais l’Oeuvre au noir ne peut être qu’à la troisième personne, puisque le drame de Zénon est justement celui d’une privation de la parole: le savant doit taire ses opinions et il risque la mort pour avoir publié ses théories dans de rares ouvrages.
Marguerite Yourcenar révèle ainsi sans complaisance l’envers du décor d’un XVIe siècle humaniste dont l’image édulcorée se réduit trop souvent à la célébration de quelques esprits éclairés. L’Oeuvre au noir montre à quel point ces derniers n’ont pu exister que de haute lutte. Persécuté à travers toute l’Europe, Zénon est partout témoin de la victoire de la barbarie et de la mort. Misérable, mesquin, injuste, cruel, borné, le monde qui l’entoure est en proie à un profond désarroi qui se mue en rage destructrice. L’Oeuvre au noir qui, dans la production romanesque de Marguerite Yourcenar, fait suite à Mémoires d’Hadrien, prolonge à bien des égards ce précédent ouvrage. Ainsi, l’empereur y prophétisait ce qui s’accomplit ici: «Je voyais revenir les codes farouches, les dieux implacables, le despotisme incontesté des princes barbares, le monde morcelé en États ennemis, éternellement en proie à l’insécurité.» 21/02/2005, 09h23 | #3 | | Dieu
| Re : [Litt] L'Oeuvre au Noir, Marguerite Yourcenar | | Je n'avais jamais lu un ouvrage de Marguerite Yourcenar, même si elle est quand même une sorte de monument de la littérature française contemporaine... Elle est tout de même la première femme élue à l'Académie Française...
Et c'est peut-être ça qui m'a fait craindre une oeuvre hors de ma portée...
Mais ton résumé d'un de ses livres me donne envie de découvrir... | | |
07/12/2005, 15h01 | #5 | | Sirène
| Re : [Litt] L'Oeuvre au Noir, Marguerite Yourcenar | | J'ai lu ton résumé et, honnêtement, je trouve qu'il est fort bien fait...c'est une aide réelle, même s'il est loin d'être complet, ce qui est normal vu que c'est un livre très riche, tant d'un point de vue philosophique, religieux que d'un point de vue historique...
C'est vrai qu'il n'est pas très facile à lire car il faut être concentrer et réellement plonger dedans néanmoins je pense que chacun peut le lire, à condition d'être intéressé par ce qui est écrit ou sousentendu.
L'Oeuvre au Noir nous décrit en effet une époque trop souvent vue que par son bon côté, son côté lumineux, or la renaissance était bel et bien une période de luttes, de tensions, d'oppositions et d'angoisse; le retour à l'Antiquité avec ses textes religieux a donné naissance à la réforme, les sciences se sont développées, non sans les critiques nécessaires à cause notamment de la dissection des corps, bien présent dans le livre(Rondelet). tout ceci fait du livre une oeuvre historique magnifique dans le sens où l'auteur nous plonge dans un univers vraisemble qui nous pousse à en faire partie.
En dehors de l'aspect historique, je trouve que la philosophie de Zénon est très attachante. Très jeune, il part à la recherche de lui-même, de hic Zeno. Fils bâtard d'une famille importante, personnage écarté des autres à cause de sa vision des choses, de son intérêt pour la science et la nature et de sa pensée quasi athée, il cherche sa place dans la société, dans le monde, dans l'univers( d'où l'exergue de la première partie). Il espère pouvoir se donner une identité grâce au savoir, un savoir se rapprochant de l'absolu.
Néanmoins, il sera relativement déçu par ses voyages: d'abord, parce qu'il se rend compte qu'il n'est pas à la hauteur d'acquérir tout le savoir et que ce qu'il avait auparavant appeller sa prison, c'est-à-dire le monde dans lequel il vit, ne formait pas sa réelle prison.
Les limites du savoir n'étaient guère formées par les limites de la Terre mais plutôt par celles de son intelligence humaine: il ne pourra jamais connaître l'ensemble des choses. Une fois que cette idée a pris forme dans sa tête, une autre naît; celle de l'existance d'une force divine. L'homme semble incapable de comprendre l'ensemble du monde or, celui-ci fonctionne bel et bien, c'est qu'une force supérieure la fait tourner.
Ainsi, nous ne pouvons pas dire que Zénon est athée; il refuse de croire à une religion imposée et prédéfinie. L'homme doit avoir le choix, notion qu'on retrouve également dans l'exergue.
La liberté a donc un rôle important.
Puis, la deuxième étape de son désarroi consiste en un scepticisme poussé relativement loin. Avant, il faisait encore confiance aux générations à venir: ce qu'il n'arrivait pas à comprendre ou expliquer, d'autres après lui y arriveront. Maintenant, il ne voit plus que le côté noir des choses, développé notamment dans l'abîme.
Ce chapitre consiste d'ailleurs un vrai bouleversement tant d'un point de vue de l'identité de Zénon que de sa philosophie. L'alchimie y prendra toute son ampleur.
Dans la dernière partie, nous retrouvons un Zénon qui se rend compte que sa mort est inévitable. Il est fière de s'être opposé à la société de son époque. Il retrouve une certaine paix dans cette mort.
bein voila, c'est également loin d'être complet, je sais mais c'est ça qui fait la richesse du livre.. en plus, c'est un bouquin qu'on peut relire à différents moments de sa vie et, à chaque fois, on a une vision différente des choses, de l'ensemble...
bonne lecture à tous.. Dernière modification par cahlys : 07/12/2005 à 20h11. | | |
Emplacement : | Utilisateurs regardant cette discussion : 0 ( membre(s) et 0 invité(s)) | | | | Rechercher dans cette discussion | | |
Fuseau horaire GMT +1. Il est actuellement 21h29. |
| |  |