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| [Quartiers : XIIIe Arrondissement] La Rue Leenhardt | | La rue Leenhardt n’est pas une simple rue mais désigne un quartier de la banlieue Est, issu de l’urbanisme intensif des années 60, qui s’étale en longueur, traversé par cette longue avenue mal famée. C’est l’un de ces endroits dont la seule évocation fait frémir, faisant penser à un coupe-gorge, un endroit où les touristes ne s’aventurent jamais, ni les honnêtes gens, ni même la police. Pourtant c’est en réalité un quartier plutôt tranquille en apparence. Bien sûr, quelques règlements de compte finissent parfois dans le sang mais toujours dans la discrétion des ombres et le silence général.
Malgré l’apparence vétuste mais paisible de ce quartier, c’est un lieu de trafics incessants où il circule parfois plus d’argent certains jours que dans les hauts quartiers d’affaire. Armes, drogues, contrefaçons, faux papiers, fausse monnaie et même trafic humain. Tout ça plus ou moins dissimulé à l’arrière des commerces crasseux et au cœur des immeubles délabrés qui font la façade de la rue Leenhardt.
Quand on arrive rue Leenhardt, les regards se posent sur vous, inquisiteurs, inquiétants. Les Aoussah, musulmans africains, sont les premiers à vous proposer leurs services en vous tendant leurs cartes. Vrais businessmans, ils peuvent assurer un tas de services. Ils passent leurs journées à discuter sur les trottoirs en fumant et buvant du thé. Ce sont les caïds du quartier.
Plus discrets, les revendeurs et les petits dealers guettent des clients potentiels. Les commerçants ne cherchent pas à attirer les acheteurs car la quincaillerie ou les denrées qu’ils vendent ne sont de loin pas leur première source de revenue. Ils restent à l’ombre de leur vieille boutique mal achalandée attendant des acquéreurs plus avertis. Les prostituées sont chassées par les Aoussah et les Roumains ont ouvert récemment des maisons closes. Officiellement ce sont des cabarets glauques où des hôtesses vous accueillent, mais elles sont prêtes à offrir plus qu’une simple compagnie si l’on y met le prix.
Ce quartier est majoritairement habité par des immigrés, pour la plupart clandestins. Toutes sortes d’ethnies sont représentées, divisées en clan ou en famille. Chaque clan est spécialisé en général dans un type de trafic. Trois d’entre eux ont une influence particulièrement forte et semblent se disputer le contrôle de Leenhardt.
Les Aoussah, dont la figure emblématique se fait appeler El Hadj Moussadi, font trembler par leur regard ténébreux et leur aura particulière. Personne n’ose les défier directement. On leur prête des pouvoirs de sorcellerie et des coutumes barbares derrière leur apparente courtoisie. Ils se revendiquent comme les gardiens de la Morale et de la Foi.
Ce qui est sûr c’est que ce sont d’habiles magouilleurs et leur contrôle sur les devises, les armes et les faux papiers est très important. On va aussi voir leurs anciens pour des causes d’envoûtements ou de maraboutage.
Les Roumains sont arrivés plus récemment mais ont rapidement assis leur présence par un trafic de drogue aux prix plus que compétitifs et ont lancé une dangereuse concurrence au trafic d’arme des Musulmans. Ils ont un chef qui parade fièrement dans les rues avec des habits tape à l’œil, des bijoux un peu trop clinquants et des filles à l’apparence très généreuse. Il se nomme Calin Tarescu et il est propriétaire de la plupart des cabarets de Leenhardt.
Les Hindous, originaires du Pakistan, de l’Inde et du Bengladesh, paraissent les plus pacifistes et les plus chaleureux de tous les habitants de Leenhardt. Discrets et possédant de nombreux restaurants, épiceries ou magasins de textile, on imagine mal qu’ils aient le monopole du trafic le plus crapuleux, celui des humains. Femmes, hommes, enfants, ils vendent esclaves ou cobayes et pratiquent également le trafic d’organes et de sang. Du moins c’est ce que dit la rumeur. On prétend également que c’est chez eux qu’on trouvera les meilleurs assassins de la ville. On ne leur connaît pas de chef de clan à proprement parler mais ils ont une espèce de matriarche appelée Sithaartu qu’il n’est pas aisé de rencontrer quand on est étranger.
La rue Leenhardt reste le lieu incontournable et emblématique du marché parallèle de la Cité. Plus dangereuse la nuit que le jour, Leenhardt est en tout cas le lieu de toutes les interrogations et de toutes les peurs. |