| Dieu Grand Ancien
| [Quartiers : XIIe Arrondissement] Le quartier Allemand du Stade Pierre Boya | | Ceux qui n’étaient pas nés dans les années 40, ou dont la mémoire ultra gavée de télévision, drogues et autres aliénations mentales a occulté les affres du passé, ne savent peut-être pas pourquoi ce stade est fermé depuis des décennies et laissé à l’abandon. Les anciens et les férus d’Histoire, eux, se rappellent du massacre du stade Boya en 1944.
Alors que la débâcle allemande était entamée, les généraux quittèrent la Cité mais non sans commettre un dernier crime : plus de 5000 citoyens emprisonnés furent emmenés dans ce stade pour y être abattus à la mitraillette ; les survivants étant achevés au couteau, à la baïonnette ou au Luger. Cela dura deux heures. Deux heures de sadisme pur dont se souviennent également les quelques rares survivants, cachés et écrasés par leurs frères assassinés, se noyant presque dans un ignoble bain de sang et de boue.
Une fois la guerre enterrée, ce stade, un des plus anciens de la Cité, ne pouvait raisonnablement plus accueillir à nouveau des rencontres sportives. Les portes furent donc murées et on plaça des plaques commémoratives de nos jours illisibles.
Mais même si on ne se rappelle plus vraiment de cet évènement, beaucoup prétendent que la nuit les hurlements des morts se font entendre.
Le vieux quartier allemand dans lequel il se trouve n’a jamais retrouvé de joie de vivre. On peut encore voir les vestiges de l’occupation germanique, de l’ancienne Kommandantur et des hôtels particuliers où paradait l’intelligentsia SS.
Ce quartier grisâtre sent encore la mort et les habitants ont les yeux vitreux. Indigents et désespérés, on dirait que le quartier leur a mangé le cœur et les rêves, et mêmes les enfants qui vivent là ont l’air déjà de vieillards. Aux abords de la zone, des fils barbelés subsistent encore sur les toits et les murs, comme un avertissement aux visiteurs qui s’apprêtent à entrer dans ce secteur sinistré. |