Pour vous les potes du Hyjoo Comptoir
Dixit un ami que j'apprècie pour le ton juste de ses coups de gueules (1 peu soûlant mais fort intéressant il faut bien le reconnaître)
Il dépend de nous, avec notre pouvoir de consommateurs, de contribuer à rétablir l'équilibre, dans l'intérêt de tous.
Vous commencez quand ?
Deux questions: comment?
- Que peut faire, en pratique, le consommateur occidental ?
- Qui fait quoi (acheter des produits «équitables» par exemple) ?
Très légitime.
En regardant ce que nous avons commencé à mettre en pratique depuis une dizaine d'années, progressivement, et cela en obervant ce qui marchait et ce qui ne marchait pas dans d'autres familles, je vois plusieurs pistes d'abord, réfléchir à moyen terme, plus du tout à court terme.
Exemple : un jeune couple qui achète une cuisinière limitée, valable pour 2 ou 3, c'est un mauvais achat. Dès que naîtra le fruit de leurs amours, il faudra remplacer. La durée de vie d'une cuisinière étant ce qu'elle est, on dépense pour rien. On doit donc travailler plus (et être moins en famille) pour payer cette dépense inutile. Perte financière et sociale et environementale : ça finit souvent à la poubelle, vu les prix du neuf.
Ensuite, acheter, mais d'où? Exemple, les pneus.
Pirelli fabrique tout en Europe de l'Ouest. La facture d'achat est de X.
Elle comprend le transport. Mais elle comprend aussi le fait que l'ouvrier habitant l'Italie (qu'il soit Italien ou Sénégalais m'importe peu), il a son boulot, donc je n'aurai pas à être solidaire (ce qui est humain, on n'est pas des crocodiles) d'une perte d'emploi. Donc ma facture fiscale ne sera pas plus élevée. Parce qu'à moyen terme, si je favorise des produits qui viennent de plus loin, je participe à l'appauvrissement autour de moi. Et donc je me prépare une vilaine facture fiscale. Et puis, l'environnement : ce qui est acheté au loin à vil prix, fabriqué par des esclaves de nos industriels apatrides, il faut le transporter.
Et plus c'est loin, plus ça pollue. On gagnera énormément dans les "protocoles" de type Kyoto quand ces frais-là seront systématiquement incorporés dans les factures. Vous verrez à ce moment-là que les grandes surfaces destructrices du petit commerce et de l'artisanat, chez nous, et aussi des fermiers, et des petits fabriquants, elles n'arriveront tout d'un coup plus à vous trouver des pulls à 4 euros, quand la facture du rejet de CO sera incorporée d'office à leurs imports.
Les trajets, Hélène vous répond pour la voiture, c'est exact. On a reconditionné tous les vélos, et sauf pour le co-voiturage de début d'après-midi (heures de rentrée scolaire divergentes entre primaire et secondaire d'une même école, merci la coordination!), auquel cas on partage les trajets avec une autre famille du quartier, sinon tout est en 2 roues.
Les produits équitables sont excellents, souvent de meilleure qualité réelle que bien d'autres, mais pas toujours. Et la facture "environnement à cause du transport" doit rentrer dans la réflexion.
Aider un agriculteur local à se reconvertir, au moins vers l'agriculture "raisonnée", à défaut du pur "bio", c'est un pas important. Quand on réalise des achats groupés de légumes avec d'autres familles auprès d'un producteur "raisonné" local, on l'aide lui, on s'aide soi, et on aide l'environnement. Social, santé, environnement, finances, tout est gagnant.
Le bio, si on mange selon les besoins physiologiques réels de chacun - en Europe, on se baffre, et aux USA, avec 90 millions d'obèses et autant de proche de l'être, on se goinfre nuit et jour - bref, si on mange ce dont on a vraiment besoin, il y a moyen d'y passer progressivement. Ne pas oublier que normalement, le bio, c'est de la production artisanale locale ou proche, qui crée beaucoup de main d'oeuvre. Le chomage ne se résorbera pas avec les supermarchés qui ruinent les fermiers d'ici, avant de parvenir à le faire pour ceux de Roumanie ou Pologne.. Donc on joue aussi un rôle social en améilorant sa santé. Quand on mange la bonne quantité, par rapport aux besoins physiologiques réels, il y a moyen d'en prendre beaucoup, du bio.
Avec mon handicap et la perte quasi complète de travail (mise en pension forcée), les finances ne sont pas géniales. On est pourtant parvenus à
une moyenne de 50% de bio dans l'alimentation familliale. La viande, depuis 1 siècle, on considère que c'est essentiel, important, capital.
N'importe quel(le) diéthéticien(e) honnête dira que 100g, 2 fois par semaine, ça suffit. De fait, les reins ont beaucoup de toxines à évacuer, avec la bidoche. Je suis devenu quasi végétarien depuis 2 ans, et en plus de la facture financière, je dois dire que je ne me porte pas mal du tout. Mon médecin trouve même que je vais mieux. On compare le prix d'un kilo de viande naturelle, qui ne fond pas dans la poèle pour libérer la flotte et les antibiotiques dont elle est bourrée, avec le prix d'un kilo de champignons de qualité, ce qu'on mangera des 2, et le résultat dans la balance santé -finances, et on voit vite.
Les boissons, ne parlons pas des sodas, on n'en boit jamais. Le pinard, en cubi de 10 litres (colruyt). Le lait, au départ on achetait en briques - étonnament, je trouve beaucoup de lait bio en briques, alors que les briques, avec leur mélange carton-aluminium, ne sont justement pas recyclables, il faut les brûler, consommer de l'énergie pour ça, produire des rejets nocifs pour tous, et du CO ! On est donc passés au lait en bouteilles plastiques, parce que même vivant en face d'une ferme, pas moyen d'en avoir, les contrats les lient de manière stricte, paraît-il. Et les bouteilles plastiques, elles, sont facilement recyclables.
Le triage. Sur 10 ans, on est à présent à 5 dans la famille (plus le berger allemand, le futur chien-loup, et le chat), on est parvenus à descendre à une poubelle par 3 semaines à 1 mois. Le restant est trié.
Un "sac bleu" par 2 semaines, puis tout, papiers, boîtes, métaux, etc, quand ils ne sont pas réutilisables par nous, on les amène (en vélo)
à la déchetterie locale. La facture du ramassage et de la destruction ultérieure est très limitée. On prend aussi chez colruyt leur gamme "greenline", où ils réduisent d'eux-mêmes les emballages. Des gros conditionnement (5kg riz bio au lieu de sachets cuiseurs, p.ex). Et toujours en regardant la zone de production.
Energie. Les lampes : on a remplacé quasiment tout par des "basses consommation".
Et mon pc, un vieux K6-2 qui met 6 à 7 minutes pour être lancé et tout chargé - il doit "monter" les cartes scsi, usb, raid, ça bouffe des ressources ! - au lieu de le laisser allumer même sans y être, je l'éteins. Réfrigérateur et congélateur remplacés
par des "classe A" - ça coûte de l'argent mais vu le prix de l'électricité, on récupère vite. Et on a acheté dans des liquidations, ça limite. On s'est aussi
organisés pour la nourriture à décongeler. Avant on sortait 2 heures avant le repas, et 30 minutes de micro-ondes. Plusieurs fois par semaine. En pensant au menu la veille, on économise 2 à 3 heures de micro-ondes par semaine. Comptez sur l'année. Puis les appareils en mode "veille", même ceux dont les fabriquants disent que "ça ne consomme pas grand chose" - on a supprimé ce "pas grand chose". Et au bout du compte, poste par poste, j'insiste, sans avoir prix la direction de l'homme de cro magnon, on a bien économisé. On n'a pas augmenté notre note depuis 2 ans au moins, alors que le prix du kw/h
a augmenté. Et l'électricité, en Belgique, c'est nucléaire surtout. Des déchets mortels à la durée de vie inouïe. Des déchets qu'on ne sait pas recycler à prix acceptable. Et un "carburant" qui va se faire rare, l'uranium. Parce que lui aussi, c'est une énergie fossile. Dont les Kyoto & co ne prennent pas en compte les frais écologiques d'extraction et de transport, sinon on n'oserait pas dire "solution contre le CO". C'est un autre débat, mais il fait partie de la réflexion globale à avoir pour l'approche citoyenne de la vie sociale.
Et pour être consom'acteurs, et plus con-sommateurs, comme les gros industriels aiment nous voir rester. D'ailleurs pourquoi pensez-vous
qu'ils favorisent les styles de vie de "familles recomposées", et tout ce qui déstabilise ou détruit les fondements d'une vie sociale saine et paisible ? Parce qu'une famille éclatée, ça fait 2 télés, 2 bagnoles, 2 frigos, 2...
Ne pensez pas qu'ils sont philanthropes, que je rêve, ou que je suis un fana de Benoît 16 et des idées de sa boutique sur la famille (je ne suis pas kto!), ou que ce genre de calcul n'entre pas en ligne de compte chez les industriels (électroménager, pharmaceutique, agro-alimentaire, etc) : voyez qui sponsorise quoi...
Pour revenir à la bagnole, je suis passé de 110 à 90 sur autoroute, et 80 sur nationale. J'ai simplement calculé les rapports pour garder les vitesses sans tirer dans la mécanique. On est passés de 11 litres à 8,5 litres (camionnette 3t). Pneus améliorant la consommation et vitesse diminuée, autant de pollution en moins. Si on a une ancienne voiture diesel, le passage à l'huile végétale (tournesol, colsa) améliore encore la facture, à condition de ne pas augmenter ses trajets. Pour ces derniers, on a systématisé les groupements d'endroits où aller. On planifie. Et à vrai dire, si certains déplacements font presque marathon, ça laisse des jours entièrement libres, et on est gagnants en carburant et en temps disponible.
La suite arrive !
Des organisations, souvent du monde associatif, publient des tas de pistes pour mieux et moins devoir consommer. Sans pour autant moins bien vivre. Parfois, quand on réfléchit un peu, changer en partie son style de vie permet de grandement l'améliorer. Le commerce et la publicité ne le diront pas, mais c'est ainsi. Nature & Progrès, par exemple, organise un peu partout en Belgique et en France, chaque mois, des visites chez des gens qui ont trouvé une bonne idée pour résoudre tel ou tel problème, de consommation, d'énergie, d'environnement.
P.ex., ce 12 novembre, on ira voir un installateur de chauffages qui a modifié plusieurs anciennes chaudières de récup' pour faire fonctionner à haut rendement avec autre chose que du mazout.
http://www.natpro.be
Le mieux c'est d'aller voir à gauche à droite, là où des solutions concrètes ont été trouvées, qui ne rendent pas la vie infernale, mais parfois demandent simplement un brin de réorganisation. Pour mieux se porter, moins payer, et avoir un meilleur milieu de vie, une meilleure vie sociale, je ne sais pas, mais je trouve que ça vaut la peine d'essayer, non ?
La Tortue Folle
