Mano Solo
« Ta victoire est si pure, si seule, si dure, ta victoire est si vaine qu’elle ne peut être que belle. Tiens la bien … » La Barre est Dure – Mano Solo
Nom de l’artiste : Mano Solo
Pays : France
Style :Chanson française, Rock, musette, jazz manouche, rythme andalous, africain etc …
Site :
Officiel :
http://www.manosolo.net/
Non officiel :
http://manosolo.free.fr/
Biographie :
L’enfance ou le rêve d’Icare.
Mano Solo est né le 27 avril 1963 à Chalons sur Saône, son père n’est autre que Jean Cabut (Cabu), célèbre dessinateur politique et satyrique (il dessinait aussi dans récré A2… désolée pour la référence), sa mère, une militante dans le monde de l’écologie, créa le premier magazine écologiste : « La gueule Ouverte ». Comme on peut l’imaginer, Mano Solo baigna, dès son enfance, dans un cocon militant, politisé, écologiste ou tout simplement intellectuel et artistique.
D’ailleurs, lui-même montra très rapidement des dons pour l’art, que ce soit pour la musique, l’écriture ou la peinture. Mais à l’adolescence, Mano Solo brûlait la chandelle par les deux bouts, méfaits d’une époque où l’on prône sexe, drogues et Rock’n Roll ou encore No Future, ou simplement les prémices d’une âme torturée et meurtrie ?
Sa jeunesse file, incandescente, doucereuse et rageuse entre punk, dégoût, drogues et délinquance, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.
Il avait 17 ans quand il rejoignit un groupe Punk, les Chihuahuas, en tant que guitariste.
L’aube de la vie comme un Art.
Mano Solo à la vingtaine quand il se submergea dans les Arts, en premier lieu la peinture. Ses toiles sont signées sous le pseudo Boredom, l’ennui, clin d’œil aux Sex Pistols, moteur d’une génération à l’époque. Entre expositions, dessins dans les magazines, il prit le temps de monter un fanzine intitulé « La Marmaille Nue ».
Mais la boulimie culturelle et artistique de Mano Solo ne se tarit pas, toujours en contact avec ses amis les chihuahuas, ils l’encouragèrent à persévérer sur cette voie. Mano se mit alors à écrire, pour ne plus s’arrêter, et à composer. Au sein du groupe de Rock « La Marmaille Nue », Mano Solo se métamorphosait, interprétant déjà à l’époque, des textes emprunts de rage, de douleur, de spleen et de mélancolie. Sa facilité à transmettre ses émotions au public était déjà là et il explosa littéralement sur la scène du petit théâtre du Tourtour.
« Je me sens si seul ce soir,
tu es là pourtant, dans mon lit, dans ma nuit.
Je ferais mieux de me coucher contre ton corps
au lieu de rester là, à fumer encore et encore.
Mais tu sais pour moi,
il y a des choses simples qui ne le sont pas...
Et c'est toujours quand tu dors
que j'ai envie de te parler.
C'est toujours quand tu dors
que moi je dors pas.
Comme un lamantin qui se lamente
dans les eaux troubles du manque,
j'ai la mort aux trousses qui me fout les foies,
qui me hante, qui me tente, qui me vante son antre
et combattant immobile,
j'écoute bouillir mon sang, ma bile et battre à mes tempes
le décompte du temps » Toujours quand tu dors – Mano Solo
Amer Combat mais une Lutte poétique en Musique.
La vie de Mano Solo prit un tout nouveau virage en 1993, ou du moins, il nous en fit part. Son premier album solo « La Marmaille Nue » sortait dans les bacs, encensé ou dénigré, l’album choqua ou du moins ne laissa pas indifférent. Mano Solo avait 30 ans et crachait sa hargne, ses peurs, sa maladie dans ses textes, sa musique, son interprétation. Malheureusement, les médias profitèrent pour parler du chanteur séropositif, du Sida plus que de l’album lui-même.
Pourtant, il est beau cet album, il prend aux tripes, Mano Solo arrive à décrire durement, intensément son mal qui le ronge, sa peur, ses incertitudes, ses rêves envolés ou qu’il voit se briser. Difficile de rester insensible ou de ne pas partager sa douleur, il la véhicule admirablement bien mais l’album ne reflète pas que cela, il parle d’amour et de vie brisés, de drogues de Paris, mais un Paris sombre, Paris, la nuit dans les rues …
« Mais c'est là que t' as dit que
la vie c'est pas du gâteau et qu'on fera pas de vieux os,
on fera pas d'marmots pour leur gueuler tout haut
que la vie c'est pas du gâteau » Pas du gâteau – Mano Solo
Les ventes explosèrent, les concerts se succèdèrent, et sur scène, le public soutint Mano Solo autant que lui leur transmettait en émotions. La marmaille nue était elle un moyen pour lui d’expier, d’accepter sa maladie et de retrouver la force de se battre, de partager son combat ? L’engouement autour de son art et sillonner les routes pour de multiples raisons a-t-il permis à Mano Solo de ne pas sombrer dans le mal de vivre, le désespoir, la souffrance ou tout simplement l’autoflagellation de se savoir condamner ? Sincèrement, personnellement, je le pense mais lui seul peut vraiment l’affirmer.
Cette série de concert était magnifique, pleine de rage, de fureur, d’amour, il y avait un échange entre le public et l’artiste comme on en voit peu, et la catharsis pour évacuer le mal en se mettant à nu comme sa chère marmaille, sans doute un souffle de vie nécessaire pour l’acceptation. La pochette est bien sûr faite par ses soins avec son style si particulier, comme toutes les autres d’ailleurs. Entre musique joyeuse, jazzy, festive voir musette, très titi parisien ou triste, la magie de Mano solo ouvre son voile pour bercer de nombreux amateurs de l’artiste.
« Dans la musique qui m'emporte et qui me prend dans ses bras. La musique qui me réchauffe la tripe et qui pleure avec moi. » Quand tu me diras – Mano Solo
Cette combativité et cette volonté face à la Faucheuse étaient une fois de plus très présentes dans l’album suivant « Les Années Sombres » sortit en 1995. Plusieurs textes sont en co-écriture avec son ami Napo des Chichuahuas.
Le registre musical s’élargit un peu plus, mais la poésie, la fragilité comme la rage restent bien ancrées.
Une nouvelle tournée de concerts, et à la grande surprise de nombreux fans, Mano Solo annonça « J’ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise : La bonne, je ne suis plus séropositif. La mauvaise : j’ai le Sida. »
L’annonce arriva comme un électrochoc, volonté personnelle de jouer cartes sur table pour que les choses soient claires et surtout qu’on parle d’autres choses ou non ? La nouvelle résonna et surtout bien présente dans la tête du spectateur de l’époque qui sentait s’abattre sur lui un vent d’impuissance et de douleur collective. Mais l’union entre Mano Solo et son public reste une histoire d’amour, le choc était présent mais le soutien aussi.
Mais Mano Solo commença par être fatigué et blasé de l’image étiqueté par les médias tout autant que ce sentiment d’être exploité comme un produit de l’usine médiatique, tout autant qu’être une idole pour adolescentes-groupies boutonneuses, qu’un juke box intarissable.
Les adieux étaient inévitables …
Les potes de toujours, les bourlingues sporadiques des Frères Misères.
Quoi de mieux pour oublier, que les amis ? Comment effacer une étiquette trop scotchée ? Le début de l’acceptation ou juste une volonté de parler d’autre chose, de peur de se sentir un poil trop égocentrique ?
Je connais plusieurs de mes amis qui me lyncheraient pour les questions que je pose dans cette biographie de Mano Solo. Mais pourquoi serait il le seul à s’interroger crûment ?
« Où est-ce qu’elle est ta révolution papa
Où tu m’emmenais quand j’avais cinq ans
Habillé en rouge comme un drapeau
Où est-ce qu’elle est ta plage sous les pavés
La marée noire l’a emportée
A moins que ce soit la marée brune
J’ose à peine y croire
Y’a plus que les fachos pour avoir de l'espoir
La révolution c'est plus comme avant » La révolution – Les frères Misères
Bref, adieu le Mano Solo Blasé, le Mano Solo nouveau est arrivé, plus énervé que jamais. Un an après ses adieux, soit en 1996, il revint en leader des « Frères Misères », en compagnie de ses vieux amis du groupe Punk de sa jeunesse « les chihuahuas ». L’album est clairement punk, le son est plus rock, avec des guitares saturées et surtout, des textes engagés, politisés, traitant du chômage, du racisme, de la galère, de lutte contre l’extrême droite etc …
L’espoir ou le sentier battu d’un homme vers la vie
En complément de l’aventure des Frères Misères, Mano Solo montait sa propre boîte d’édition « La Marmaille Nue » et se lançait dans l’écriture plus littéraire, en 1995 avec un recueil de poèmes « Je suis là » et en 1996 avec son roman intitulé « Joseph sous la pluie ».
Retour à la scène et sortit de deux albums live « Je sais pas trop » qui marque un nouveau tournant, la fin de cette profonde introspection sur lui-même et « Internationale Shalala », live regroupant ses anciens concerts enregistrés au Tourtour, le petit théâtre de sa jeunesse qui propose un cadre intimiste et chaleureux comme l’interprète et sa musique. C’est aussi une façon de boucler la boucle, une page se tourne …
« Y en avait des fées autour de mon berceau, y en avait des fées et des salauds.
Et tout ce beau monde s'est battu pour moi, et j'ai tout pris, les bons sorts, le mauvais sang. Ils ont donné tout en même temps à ce petit corps, maladresse et talent.
Les farfadets de la misère m'ont pris pour leur cimetière, venant déposer en moi leurs dernières lumières, leurs derniers combats, on finit là, remplissant mon sourire nerveux, ils m'ont donné leurs dernières cartouches. Ils comptent sur moi, ils comptent sur moi.
Au-dessus de mon berceau volaient les anges si beaux, trop beaux pour être honnêtes. Ils souillèrent mon coeur de leur fange et percèrent ma peau de leurs flèches.
Je reste là, Saint Sébastien de l'amour, épouvantail à demoiselles, souffrance pourtant si belle qu'elle tourne autour. » Les Fées – Mano solo
Il revient en 2000 à la musique avec un album intitulé « Dehors », entre jazz manouche, musique andalouse et sonorités africaines, Mano Solo revient avec un album au titre explicite, est ce une sérénité plus ou moins trouvée qui le fait s’ouvrir au monde ? Ses interrogations, son constat sur le monde sont toujours présents mais il ne s’agit plus vraiment d’une quête intérieure, il s’est ouvert au monde. L’artiste a amorcé un nouveau tournant dans sa musicalité mais surtout dans ses textes (et peut être dans son existence), ce virage est d’ailleurs renforcé en 2004 avec la sortie de son dernier Opus « Les Animals »
"Comme il est loin le temps des regrets ardents,
Balayé par l'ennui des souvenirs que l'on fuit.
Et j'ai laissé, là-bas, mes habits de larmes, couleur de drame, pendu à ton charme.
Et j'ai laissé, là-bas, les chaînes, et le boulet, et l'attente qui jamais n'en finissait
Que de temps passé, que de vains mots, chargés, balancés, sans viser
Que de rafales attentistes et de désespoirs revendiqués
Pour se retrouver vidé de cet amour solitaire que je n'ai pas voulu faire taire
Cette tempête de silence qui m'insufler mille brillances" Là Bas - Mano Solo
Discographie :
La Marmaille Nue - 1993
1. La barre est dure
2. Allo Paris
3. Je marche seul
4. Sacré coeur
5. Chacun sa peine
6. 15 ans du matin
7. Pas du gâteau
8. Julie
9. Allez viens
10. Toujours quand tu dors
11. Au creux de ton bras
12. Le monde entier
13. La lune
14. On boira de la bière
15. Trop de silence
Les Années Sombres – 1995
1. C'est en vain
2. Tango
3. Soir de retour
4. Y'a maldonne
5. Paris boulevard
6. Dis-moi
7. Tu t'envoles
8. Barbes-Clichy
9. Quand tu me diras
10. Une image
11. A pas de géant
12. Les poissons
13. Mes amis d'enfance
14. Le limon
15. Je reviens
16. Tous les jours
17. Pont d'Austerlitz
Les Frères Misères – 1996
1. Il ne suffit pas
2. Deux mains pour demain
3. La débâcle
4. Nous partirons
5. Pauv' petit
6. Je n'ai pas
7. La révolution
8. Rien de pire
9. Fandango
10. On vous aura prévenus
11. Salut ça va
12. Je me suis fait du mal
Je sais pas trop – 1997 (Live)
1. Te souviens-tu
2. Les fées
3. La liberté
4. Sens-tu
5. Le drapeau
6. Ca n'a pas marché
7. Janvier
8. Il m'arrive encore
9. Que reste-t-il à vivre
10. Je suis venu vous voir
11. C'est plus pareil
12. Novembre
Internationale Shalala – 1999 (Live)
Dehors – 2000
1. Des pays
2. Je taille ma route
3. El Mungo
4. Pour gagner
5. Les Gitans
6. Là-bas
7. Les habitants du feu rouge
8. Canal du midi
9. Le périph
10. Soif de la vie
11. Les hommes seuls
12. Métro
13. Les enfants rouges
Les Animals – 2004
1.Savane
2.Paris avance
3.Les animals
4.Du vent
5.Je n'y peux rien
6.Rêves du coeur
7.L'aventure
8.Rien n’est à toi
9.Barrios barbès
10.Moi j'y crois
11.Botzaris
12.La suie
13.Les sentiments
Avis Personnel :
J’ai découvert Mano Solo avec l’album « La Marmaille Nue», qui restera mon album préféré malgré tout, un peu par hasard, disons qu’au hasard d’un disquaire, la pochette m’a interloquée, j’ai voulu écouter et j’ai pris une grosse claque pour de nombreuses raisons…
Que ce soit musicalement par la sonorité des albums, les instrus choisis que par la profondeur des textes, j’ai été complètement séduite. Mais surtout, la voix éraillée, un peu à la titi parisien et les textes crus ont une charge émotionnelle dont il m’est difficile de rester de marbre.
C’est les émotions que suscitent ses albums, tout comme ses peintures qui m’ont convaincue du talent de Mano Solo, que ce soit pour des raisons personnelles ou sans raison relative, ses albums peuvent me donner froid dans le dos, me mettre dans une rage folle, me faire fondre en larme ou tout simplement m’emportée dans les rythmes jazzy. Une chose est sûre, personnellement, ses albums restent déstabilisants. Mais je tire mon chapeau à Monsieur Mano Solo, son talent artistique est indéniable. Sa musique, ses textes, la musicalité de sa poésie sont éloquents et beaux.