| Ombre
| [aide de jeu] l'ancien quartier des esclaves | | Quartier indéchiffrable, quartier anonyme, inanimé et qui semble ne pas avoir d'âge... Immeubles blèmes même lorsque le soleil chauffe les murs à blanc, tacheté des frusques aux couleurs trop violentes et presque désespérées en train de sécher aux fenètres, étendards criards que les mamas noires et métisses promènent dédaigneusement le long des marchés amateurs qui s'étalent sur les trottoirs défoncés.
Ce lieu étouffe, le poids des souffrances passées des esclaves, ramenés il y a bien longtemps au temps des arabes déjà, écrase les autochtones qui le peuplent depuis des dizaines de générations. Il y a foule pourtant, une foule que l'on peut même qualifier d'animée et de bruyamment joyeuse, autour de l'église la plus fréquentée de Palma, humble édifice de béton qu'une simple croix couverte de grigris distingue des autres bâtisses alentours; foule aussi devant les diverses administrations sociales de Majorque. Pourtant à en juger d'après la forêt d'antennes paraboliques qui a poussé sur les toits, les gens passent plutôt leur temps devant leur télé.
Le quartier acceuille tous les laissés-pour-compte trop las pour se révolter, et les populations de passage, comme ce foyer pour étudiants étrangers venus finir leurs études au soleil munis d'une maigre bourse. La municipalité se soucie ici en premier lieu de former les petites mains du tourisme de demain, mais c'est également ici que la plus importante maison de production de bouillie télévisuelle est venue installer ses locaux. Peu importe le manque de prestige, les entreprises trouvent ici une main d'oeuvre docile, qui travaille la nuit dans les quartiers plus présentables.
L'indolence diurne des habitants laisse place à la nuit tombée au silence de rues mal éclairées, désertées par ceux qui sont partis prendre le service de nuit dans les grands hôtels et autres usines à touristes, mais aussi par les autres, qui se replient dans leurs appartements miteux. La seule activité nocturne regroupe la population locale à la périphérie du quartier, autour d'une vieille ferme et de sa cour, survivance du passé, où l'on chante et l'on danse au son de percussions tribales, primitives et frénétiques. Partout ailleurs, les portes se parent de charmes contre les esprits, des mélopées étranges s'échappent d'une fenêtre ouverte, un court instant un souffle chaud et étrange remue l'air... puis plus rien. |