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[Concours] Litterature 1 : les nouvelles !
Section : Littérature et bande dessinée
BD, livres et édition


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[Concours] Litterature 1 : les nouvelles ! : Discussion sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)

 
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 Concours Litterature 1 : les nouvelles !
 Littérature et bande dessinée : BD, livres et édition
27/02/2006, 00h08 #1
Ebert 
Dieu supérieur

Ebert

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

Vous trouverez ci-dessous le sujet proposé aux membres ainsi que toutes les nouvelles du concours !

Un grand merci à tous les participants et à ceux ou celles qui ont pris le temps de lire les nouvelles, de voter ou de donner leur avis sur chaque texte.


Venez voir les résultats dès maintenant

Il n'est jamais trop tard pour analyser les textes ou simplement discuter des résultats. Ca se passe vers ici

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h30.
Ebert est déconnecté(e)
27/02/2006, 00h08 #2
Nyx 
Dieu supérieur / Déesse supérieure
Coordinateur Hyjoo
Mystère Hyjoo 2008/2009

Nyx

[Concours] Litterature 1

Bien dans ce post vont être publiées les nouvelles, au rythme de une tous les jours ou tous les deux jours, afin que chacun puisse prendre le temps de bien toutes les lire et de pouvoir voter en ayant tout lu.

Vos commentaires seront à faire à la suite du post,
Concours littérature : résultats.

Et ce afin de ne pas surcharger le forum de sujet à ce propos.

Rappel du reglement :

Enoncé du concours, qui se présente sous la forme de l'écriture d'une nouvelle.

Il manque 45 min dans la vie du personnage principal :

La journée commençait bien et alors qu’il vaquait à ses occupations habituelles, il regarde l’heure après un léger vertige. Il vient de s’écouler 45 min dont il n’a aucun souvenir.


Reglement :

L’histoire doit être résolue en 24h à partir du moment où le personnage s’aperçoit qu'il a perdu ces fameuses 45 min et elle ne doit pas compter plus de 5 000 signes - ou plus si vous etes inspirés(à peu de choses près, une page recto verso sous word en écriture 12)

Vous avez 1 mois pour rendre la copie.
Tout le monde peut participer sans exception. Il faut qu'il y ait un minimum de fautes.

Toutes les candidatures seront à envoyer aux modérateurs Litt&BD, sur leur boîte MP, qui feront un topic spécifique au concours. Ils anonymeront les nouvelles pour permettre un vote (par sondage) excluant le copinage

vous pouvez envoyer plusieurs nouvelles

Le jour de la DeadLine un sondage sera mis en place et tout le monde pourra voter dans un délai d'une semaine.

à vos clavier...

L'équipe de Littérature & BD


Il a été accepté de légères dérogations à l'énoncé dans la discussion se rapportant au sujet. ( [Concours] Littérature 1 )

Merci à tout ceux qui ont participé !

Dernière modification par Nyx : 18/03/2006 à 09h51.
Nyx est déconnecté(e) Voir une photo de Nyx sur son profil
02/03/2006, 22h03 #3
Nyx 
Dieu supérieur / Déesse supérieure
Coordinateur Hyjoo
Mystère Hyjoo 2008/2009

Nyx

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

Premiere nouvelle : (Kethraneth)



Obsession


"7h00, le radioréveil s’allume et comme tous les matins diffuse le flash d’information. 5 minutes pour émerger. 7h05 direction la salle de bain pour la toilette matinale. 3 minutes pour se brosser les dents, 15 minutes pour la douche. L’eau est chaude, le mitigeur est réglé sur la position 3. La radio diffuse la chronique-santé du professeur Alezan, 5 minutes de la douche à la cuisine tout en s’habillant. La cafetière s’est déclenchée automatiquement, le café sera prêt dans 3 minutes, le temps de faire griller les deux toast et de sortir la confiture de prunes. Il est 7h 31 quand je peux enfin prendre mon petit déjeuner. Le repas le plus important de la journée clamait le professeur alezan il y a 13 jours. Je prends le temps de le savourer avant de rejoindre mon bureau où mon travail de la journée m’attend. A huit heure je pointe sur le réseau de mon employeur et télécharge les dossiers à traiter dans la journée. Chaque dossier demande 34 minutes de travail. Il y en a 5 aujourd’hui, cinq dossiers d’assurés à traiter et à approuver ou refuser. Le premier concerne madame M., dont le toit a cédé sous l’action de termites d’après le rapport de l’expert. Après lecture du dossier, tout semble en règle. Après consultation du compte de madame M. elle a accepté les nouvelles conditions générales de vente de la compagnie qui excluent les parasites des causes appelant à un remboursement. Remboursement refusé, 25 minutes. Il reste 9 minutes pour rédiger un rapport sur le sujet. Second dossier, le docteur J. demande le paiement des frais d’un procès dont il a fait les frais mais dont il a été blanchi. Le plaignant a connu une faillite et n’est pas capable de payer son du. Mais le dossier indique qu’il est assuré dans notre compagnie. J’envoie une demande de dossier prioritaire, la réponse mets 10 minutes à me parvenir, le dossier est transféré à l’agent responsable du plaignant qui est à jour de ses cotisations. Il me reste 13 minutes. Je regarde le plafond en étirant mes muscles. Troisième dossier, monsieur F. s’est cassé la jambe ce qui l’empêche d’exercer une activité professionnelle. En pièce jointe le rapport des enquêteurs le montrant en train de monter à cheval dans un grand club hippique. Des vérifications s’imposent, j’appelle directement l’enquêteur responsable de l’affaire ainsi que le club hippique. Après 20 minutes de recherche il s’avère que le club hippique a développé un programme d’aide aux handicapés. Dossier accepté au bout de 33 minutes. Le quatrième dossier me prend 30 minutes, je m’accorde 4 minutes pour consulter mes e-mails personnels. Le cinquième dossier est plus ardu, il me prend 36 minutes, j’ai dépassé l’horaire. Deux minutes de ma vie sont perdues, je commence à transpirer. Je vais à la cuisine. Cela fait maintenant 4 minutes que j’aurais du prendre mon traitement, je commence à trembler. L’angoisse monte pendant que j’ouvre l’armoire à pharmacie pour prendre mon flacon. Il est vide, il faut que j’en déballe un autre. Ça fait près de 6 minutes que j’aurais du prendre mon traitement. Je dissous les gouttes dans mon verre à dent, je n’ai pas le temps d’aller jusqu’à la cuisine. Je porte le verre à ma bouche et je bois doucement. Mon graal se vide doucement dans ma gorge, ma vision est brouillée. La douleur lancinante bat la mesure dans mon crâne. Ma maladie est une maîtresse exigeante, sept petites minutes et mon monde s’effondre, je perds tout contrôle sur mes mouvements. Dix minutes et les convulsions commencent. Heureusement j’ai pris le traitement au bout de six minutes. Il va faire effet pendant 24h à partir de maintenant. Je titube vers ma chambre, pour m’allonger quelques instants. Mon travail est terminé et j’ai trente minutes avant que le livreur n’apporte les repas du jour. Je m’étends le temps que le traitement remplisse son office et équilibre la chimie complexe qui ravage mon cerveau. Je ne ferme pas les yeux, je risquerai de manquer le livreur si je m’endors.

J’ai un vertige, j’ai du me tromper sur le dosage, mais ce n’est pas grave, l’excédent sera éliminé par les voies naturelles. Je vais rester allongé jusqu’à ce que le livreur sonne.

Trente minutes passent. Il n’a pas sonné. Quelque chose cloche. Jamais en cinq ans un livreur n’a été en retard. Je vais vers la porte la sonnette a peut-être un problème et il est derrière la porte. Un coup d’œil dans le judas me détrompe il n’y a personne. Il a probablement eu de l’avance et il a déposé les repas sur le paillasson. J’ouvre la porte mais rien ne m’attends. Quelque chose cloche vraiment. Je retourne dans la cuisine, j’ai faim et il ne reste rien de mon dernier repas. Soudain mon regard se pose sur la pendule. 12h12. Il est plus tard que je ne pensais. La pendule doit s’être déréglée. Je vais voir mon réveil. 12h13. Ce n’est pas normal.

Je fais le calcul de tête, j’ai commencé à travailler à 8h, j’ai terminé à 10h52 avec deux minutes de retard. Puis j’ai pris mon médicament à 10h57 puis j’ai passé trente minutes dans la chambre, il devrait être 11h28 pas 12h13. Il manque 45 minutes. L’histoire du livreur s’explique, il doit être venu puis reparti. Mais il me manque 45 minutes. Qu’est ce que j’ai fait de ces 45 minutes, ça fausse tous mes calculs. Est-ce que j’ai pris le médicament à l’heure ? Si l’heure n’est pas exacte je risque une crise pendant mon travail demain. Surtout il ne faut pas que je panique, il faut que je refasse mes calculs. Je me suis levé avec le flash de 7h, j’ai écouté le docteur Alezan de 7h23 à 7h28, j’ai mangé et je suis allé travaillé à 8h. J’ai fini de travailler à 10h52 et j’ai pris le médicament avec 7 minutes de retard environ, en tout cas moins de 10 minutes, sinon je serais étendu sur le sol de ma salle de bain et mon émetteur aurait prévenu les urgences. J’ai du me tromper dans les doses et perdre conscience. Il faut que je vérifie ma bouteille. La vide est dans la corbeille, la nouvelle est tout juste entamée. Il faut que je mesure le volume. Une dose c’est un centilitre d’après le compte goutte. J’ai un verre doseur dans la cuisine. Il reste 6 centilitre dans la bouteille, et l’étiquette indique 7 centilitres, de quoi tenir une semaine. Il faut que je pense à en recommander, il ne m’en reste plus que deux en réserve. Je ne me suis pas trompé de dose et j’ai perdu 45 minutes. C’est grave, le traitement n’a pas eu son effet normal, je vais devoir faire venir mon médecin en urgence et mon budget ne me le permet pas ce mois ci. Il me faut un remontant, je vais à la cuisine. Devant mon verre je compte encore une fois, la matinée s’est écoulée de 7h à 10h52, le livreur passe entre 11h20 et 11h30 depuis 5 ans. Il devrait être 11h40, la pendule indique 12h25. Que sont devenues ces 45 minutes ? Je ne comprends pas. J’allume la radio, s’il est bien 12h25 le flash de 12h30 devrait bientôt commencer. Mon souffle s’accélère alors que les publicités s’enchaînent. Mes mains s’accrochent à mon verre. Le carillon indique le début du flash et je sursaute. Une voix féminine se fait entendre : « Il est 12h30, l’heure du flash info avec Caroline Dalliers ». Je ne comprends pas, ma pendule fonctionne c’est maintenant certain et j’ai perdu 45 minutes, je vais devoir retravailler mes dosages, je vais devoir appeler le médecin et je n’ai rien à manger jusqu’à demain à supposer que le livreur vienne. Mais plus rien n’est sur maintenant. Je repense à une chronique du docteur Alezan sur les chocs traumatiques pendant que le flash se poursuit. Est-ce que j’ai eu un accès de folie, je l’ai tué et le choc de mes actes a effacé ma mémoire ? Je panique maintenant. J’ai peur de ce que j’ai fait, de ce qu’a fait mon corps incontrôlable depuis que je suis atteint du syndrome. Je tremble et je renverse mon verre. Je vais appeler la police et me livrer je n’ai pas d’autre solution. Le flash se termine et les programmes s’annoncent quand soudain je reste figé et soulagé aussi, j’en rit presque, tout va bien de nouveau.

« Chers auditeurs, le succès de la chronique du Docteur Alezan est sans cesse croissant. C’est pourquoi elle a été déplacée vers un horaire de plus grande écoute. Vous retrouverez donc le Docteur Alezan à partir de 8h08 tous les matins comme ce matin pendant les informations en continue de 7h30 à 9h. »

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h06.
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03/03/2006, 21h58 #4
Ebert 
Dieu supérieur

Ebert

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

2eme nouvelle : (Killua the Killer)


Il restait bouche bée, que c’était il passé pour qu’il n’est plus aucun souvenirs des quarante-cinq dernières minutes ! Peut-être c’était-il assoupit, assommer, endormis, mais aucunes de ces choses lui revinrent en tête, il avait tout simplement oublié. Pendant un petit moment, il ne bougea plus, perdu dans ses pensées. Mais il ne pouvait pas rester là, dans sa cuisine a réfléchir sans rien faire, il devait se rendre au travail, et au plus vite : à cause de cet assoupissement, il serrait en retard si il ne partait pas tout de suite. Il prit son blouson, ses clefs de voiture et rentra dedans en une vitesse prodigieuse.

Pendant le trajet qui le conduisit de son domicile à son lieu de travail, il réfléchissait aux choses qu’il aurait pus faire, mais rien ne lui vint en tête. Plongé dans ses pensées, il faillit en oublier de s’arrêter à un feu rouge, le choc le fit revenir à la réalité. Il devait revenir à lui et au monde réel, c’était seulement son troisième jour dans sa nouvelle entreprise, il ne pouvait pas se permettre de se faire virer maintenant, alors qu’il a vraiment besoin de son salaire. Il finit donc le trajet sans autres problèmes, visibles en tout cas, mais moralement, le choc de la matinée lui restait au creux de l’estomac.

Durant toute la matinée, il travailla normalement, mais ne pus s’empêcher de repenser à cet assoupissement. Il avait beau se dire de laisser tomber, d’oublier, que ce n’était rien du tout, il restait là, dans son bureau à planer. Son patron passa par là et le regarda d’un air surpris, il s’en alla en marmonnant des choses. Seule la pensée de se faire virer de son nouveau travail permit au nouveau employé de se remettre à son travail. Son travail consiste à rédiger des articles pour le journal de la région, il aimait bien ce travail, il adorait écrire, pour lui, ce travail représentait tout. Il replongea dons dans son travail, en oubliant l’événement du matin.

Ce n’est que vers midi, à l’heure du déjeuner, que ce qui l’avait vécu quelques heures auparavant lui revint en esprit. Cela changea radicalement son attitude, il se refermait sur lui. Ses amis avaient sûrement remarqués que quelque chose n’allait pas, car ils ne purent s’empêcher de lui demander si tout aller bien. Naturellement, il répondit que tout allait bien, qu’il était juste un petit peu fatigué, mais qu’ils ne devaient pas s’inquiéter pour ça. Il se servit des pommes de terres et commença à manger, ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il se rendit compte qu’il n’avait pas faim ! Cela la frappa, d’habitude il avait toujours faim, il du donc se résigner à manger une tranche de fromage et à attendre que ses amis finissent de déjeuner. Ces derniers parurent choqués de le voir finir son repas aussi rapidement, il ne savait pas si c’était à cause de lui, mais plus personne ne parla durant le reste du déjeuner, qui était d’habitude si joyeux.

Il devait, malgré lui et tous les efforts qu’il fournissait, se rendre à l’évidence qu’il n’arrivait pas à se débarrasser de ce souvenirs de la matinée. Cela lui gâchait son travail qu’il aimait pourtant tant, ses nouveaux amis devaient le prendre pour une personne las, triste, et ça, il ne l’acceptait pas. Il ne voulait pas qu’on pense cela de lui, il fallait qu’il oubli, qu’il fasse comme si de rien n’était. Il s’assit donc à son bureau, en face de son ordinateur et se mit à l’aise dans son fauteuil

Il commença donc à rédiger un article sur le racisme, il y’avait eu la veille, un problème qui c’était déjà produit auparavant : durant un match de football, des supporters sifflait et criait des injures dès qu’un joueur de couleur touchait le ballon. Il n’aimait pas du tout ce comportement, ça le mettait hors de lui dès qu’il voyait ou entendait ça. Il prit donc un certain plaisir à défendre ces joueurs de toutes ces injustices, ce qui lui prit une bonne partie de l’après-midi. Il s’arrêtait de temps en temps, mais pas trop car il se rappelait alors ce qui c’était passé le matin. Au moins, quand il écrivait, il ne pensait plus à ce qui c’était passé. Il était assez fière de son article, il avait mis toute l’après-midi à l’écrire, ce qui le mit de bonne humeur, ayant finit son objectif de l’après midi, il pus flâner pendant le dernier quart d’heure qui lui restait avant de rentrer chez lui. Et, évidemment, il se souvint de ce qui le perturber depuis le matin, il décida donc d’y réfléchir et d’essayer de résoudre son mystère. Il avait beau chercher, se répéter ce qu’il faisait chaque matin, il ne trouva rien. Il rentra donc chez lui, toujours aussi mal.

En rentrant à son domicile, il s’étonna de voir que la table de son petit déjeuner n’était pas nettoyée. Il passa la soirée à lire et à regarder la télévision. Il alla se coucher tôt, il voulait être en forme pour le lendemain. Mais malheureusement, la nuit ne se passa pas comme il aurait voulut, il fit des cauchemars sur ce qu’il avait vécu la veille au matin. C’est donc sans surprise que le matin, à son réveil, il n’était pas bien du tout. Soudain en arrivant dans la cuisine pour déjeuner, des souvenirs traversèrent son esprit « … pas faim à l’heure du déjeuner … » « … la table du petit déjeuner pas nettoyée … » ! Pendant ces quarante-cinq minutes d’inconscience, il avait tout simplement pris son petit déjeuner.

Et juste a cause de ça, il avait vécu une des pires journées de sa vie, toujours stressé par ce qui c’était passé le matin, jusqu’à en faire des cauchemars, il ne parlait à personne, plongeait dans ses pensées. Finalement, tout ça était peut-être fait exprès, pour lui montrer à quel point il peut être déboussoler pour un rien, il a faillit se faire tuer à un carrefour, virer de son travail, perde ses amis, la vie est trop courte pour se permettre ce genre de choses.

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h07.
Ebert est déconnecté(e)
04/03/2006, 22h49 #5
Ebert 
Dieu supérieur

Ebert

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

3ème nouvelle : (Nyx)



Ce soir...



« Ce soir, c’est le grand soir !!!

Il neige. Les rues sont toutes blanches, à pieds ça ne devrait pas me ralentir beaucoup, rendez vous dans une demi heure dans le centre pour aller au resto, la nuit tombe sur la ville et je m’en fiche d’être mouillé, humide, trempé, ce soir c’est le grand soir, elle ne peut pas me dire non. A ma montre : 20h00. Ne traînons pas.



Sept ans maintenant qu’on se connaît, c’est sur on a eu des hauts et des bas, au début quand nous étions pas sûrs de nous. Et plus tard aussi quand nous avions peur de la suite…

D’ailleurs je me souviens de notre rencontre. Enfin de nos rencontres.

La première était virtuelle, elle la petite nénette croisée sur le net. Tiens c’est drôle cette phrase. Faudra que je lui ressorte tout à l’heure, ça la fera rire, je suis sûr.

Pour elle, première tentative par Internet, de la chance ou le destin il faut croire. Elle tombe sur ma fiche, l’une des premières qu’elle regarde m’a-t-elle dit après. Peut être n’est ce pas vrai, mais j’aime à le croire, cela rend les choses plus belles.

Un simple click, un premier mail, une hésitation. Après tout Internet c’est un peu la foire et on sait jamais sur qui on tombe. Et moi qui étais là je ne sais pas pourquoi, peut être par curiosité ? Non, en fait, je sais, j’étais seul et j’en souffrais, trop de choses n’allaient pas dans ma vie. Trop d’échecs, de remords, de regrets. Et personne avec qui en parler. De ça ou d’autres choses d’ailleurs. Trop seul quoi.

Bref, un mail, un message, un truc timide et touchant à la fois, un brin naïf peut être ? Non, même pas, juste un truc humain, quelque chose qui prend au cœur directement. Bref, c’était déjà elle dans toute sa splendeur… Je crois que déjà c’était trop tard. Je l’aimais. Je ne le savais pas encore mais je l’aimais.





Les boutiques s’allument, et les guirlandes de Noël illuminent les trottoirs couverts de neige, c’est magique. La nuit tombe, j’adore la nuit, elle est mon drapeau, mon étendard, je ne pouvais rêver d’un meilleur décor, tout est parfait. Elle ne peut pas dire non.





Et puis il y a eu cette période difficile, en fait elle était avec quelqu’un. Elle voulait se rassurer en ayant cette démarche sur Internet et pas de chance, c’est sur moi que c’était tombé. Enfin pas de chance. C’est ce que j’ai cru au départ. On a parlé encore et encore, des journées entières. Et puis il y a eu des nuits à écrire des mails, à rêver de l’autre. Et encore des journées à échanger, à se réconforter dans la simple présence de l’autre. On s’est tout donné à ce moment là. Virtuel et pourtant tellement proche.





C’est joli ce tableau, d’ailleurs, j’aime bien cette boutique. Faudra que je revienne une autre fois, ça serait superbe dans la chambre a côté de son dressing… A ma montre : 20h10. Je suis encore a l’heure.





Ah, ça des fringues elle en a, je me souviens pour notre première rencontre en vrai. Elle portait une jupe droite noire et un chemisier blanc, elle faisait très « working-girl ». En même temps, elle devait retourner au boulot l’après midi. C’était juste un déjeuner, histoire de se confronter en vrai. Histoire de se rencontrer simplement. Elle était avec quelqu’un et nos échanges enfiévrés n’étaient que virtuels. Le vrai c’est toujours diffèrent.

Et là c’était vrai. Elle était là. Et moi j’ai compris. C’était trop tard, c’était elle et pas quelqu’un d’autre. J’ai cru lire un trouble dans son regard. Pensait elle comme moi ? Je ne l’ai su que bien plus tard mais elle aussi : elle a su à ce moment là. Tout le reste n’a été que tiraillement humain et peur de faire souffrir l’innocent de cette histoire. L’autre. Mon pauvre concurrent de l’époque. D’ailleurs, depuis, A. s’en est remis, il est marié avec une charmante anglaise je crois. Faudra que je demande à H.

Elle était là, et le reste du repas a été surréaliste, simple, franc, décontracté. Nous étions là comme un couple se connaissant depuis toujours. Discutant, échangeant, partageant. Nos mains se sont frôlées sur la bouteille un moment. Pourtant aucune gêne. Juste une brève décharge et l’impossibilité de nous lâcher. Nos yeux se sont retrouvés au dessus de la table, et eux aussi n’ont plus réussi à se quitter.

L’heure est arrivée de se séparer, elle devait aller travailler. Sans concertation et sans même une hésitation, nous nous sommes embrassés. Nous savions...



A ma montre : 20h15. Je suis dans les temps.

Les gens continuent de rouler par ce temps. Et ils roulent trop vite. Le monde va trop vite. C’est dommage. Tout devrait s’arrêter, tout devrait rester comme cela. Si blanc, si pur, si parfait. Je n’aurai pu rêver d’un meilleur jour pour ma demande. Déjà sept ans et je n’ai rien vu passer. Sept ans de bonheur que rien n’entache.





Oh, il y a bien eu quelques difficultés après. Sa rupture n’a pas été facile. Je me faisais un peu l’impression d’être le salop de l’histoire. Mais que pouvais je y faire ? Nous nous aimions. C’est tout. Et malgré les heurts, cela se voyait, cela ne pouvait être autrement. A. avait perdu, nous n’y pouvions rien. Destin ? Coup de foudre ? Je ne sais pas, mais tout ce que nous avons vécu méritait largement ces débuts difficiles.

Après il y eut bien des passages où nous nous sommes affrontés, notre première année n’a pas été facile, chacun vivait encore dans son appart, mais plus souvent chez elle que chez moi. Faut dire que sans sa télé, elle avait du mal, et moi je n’en avais pas. Alors que, chez elle, j’avais pas mon ordi, c’était pas facile. Les tracas du quotidien. Une fois que la passion diminue et se transforme en vrai amour, c’est la que ça devient dangereux. Nous avons eu du mal. Les routines ont failli nous tuer. Nous avons même « fait un break », et puis la solution est apparue. Emménageons ensemble. Sa télé, mon ordi, nos affaires ensembles. Plus besoin de prévoir, de faire des sempiternels voyages de chez l’un à chez l’autre, et enfin une complicité retrouvée. Mon cœur cessait à nouveau de battre chaque fois que ses yeux se posaient sur moi. Nous étions heureux.





A ma montre : 20h25.

Ah, j’arrive presque au rendez vous. Plus qu’un bloc. Je suis à l’heure. Et elle sera en retard. Pas de beaucoup. Juste ce qu’il faut pour que je la désire. Pas assez pour que je m’impatiente. Elle est comme ça : romantique et charmeuse. Je la connais bien maintenant, le feu de la passion s’est tue mais celui qui brûle maintenant est plus pur, plus beau, plus stable et moins destructeur.





Au début, la moindre de nos absences dégageaient une foudre de jalousie de la part de l’autre.

Moi qui n’est jamais été jaloux… Elle a su provoquer ça en moi et pour cela je l’ai aimé plus que tout je crois. C’est sur cela n’a pas été facile tous les jours. Surtout quand j’ai eu mon premier poste. Il y avait de jeunes collègues et H. était folle de jalousie. Je passais beaucoup de temps au travail. Elle aussi. Le soir nous nous voyions peu, moi je préparais mes journées suivantes et elle, elle se ressourçait devant la télé. Chacun notre univers. A peine si nous mangions ensemble.

Et puis, son ex a commencé à la rappeler sans que je sois au courant. Jusqu’au jour ou je suis tombé sur son portable. Je cherchais un numéro et… Non je me mens à moi-même. J’avais peur et je voulais savoir si mon sixième sens me trompait. Ce n’est pas beau. C’est même carrément moche de fouiller dans les affaires de son amour. Je sais. Mais c’était plus fort que moi, j’avais besoin de savoir. J’ai cru devenir fou. Mais j’ai laissé couler. Ce manège a duré un petit moment. Puis j’ai craqué. Le jour où j’ai eu mon affectation pour être exact.

J’allais partir et je n’étais pas sûr qu’elle veuille déménager, ou même me suivre.





A ma montre 20h30. Je suis à l’heure.

Plus qu’une rue à traverser. Tiens, ils ont changé les feux. Elle vient du boulot directement. Elle est partie avec ses bottes ce matin. Elle viendra par là, faudra que je lui dise de faire attention à ne pas glisser. Ce soir les gens sont dehors malgré la neige et le froid. Il y a un peu de monde, c’est les fêtes qui donnent des envies de sorties.





Finalement, elle n’est pas venue avec moi. Ce soir là, on a beaucoup pleuré l’un et l’autre. On a parlé de se séparer. Ou de vivre loin de l’autre, on n’a pas su.

On a décidé de voir venir…

Je suis parti. Et trois mois plus tard, après des notes téléphoniques pharaoniques, elle est venue me rejoindre sans rien me dire. Je l’ai vu arriver un soir de mai. Comme un ange, elle a débarqué chez moi, posé ses valises et m’a dit que nous avions trois jours pour trouver un nouvel appartement suffisamment grand pour nous deux et sa télé. Nous avons fait l’amour sans même avoir le temps de refermer la porte. A moitié pleurant, à moitié riant.

Ce soir là, nous avons réellement compris que l’amour qui nous unissait, était inébranlable et que malgré tout ce qu’il nous restait à vivre, nous finirions notre vie ensemble.

Après cela tout a été très vite. Elle avait déjà tout organisé. Elle avait démissionné de son travail, et avait déjà retrouvé un poste ici. Sa télé et le reste de ses affaires arrivèrent trois jours plus tard... Comme elle l’avait dit.

Et depuis malgré quelques petites histoires, les choses n’ont jamais plus été les mêmes. Nous étions amoureux et nous savions. Un regard et tout était dit. Une caresse et tout était pardonné.



Pourquoi avoir attendu jusqu'à ce soir pour la demander en mariage ? Je ne sais pas peut être parce que je n’en voyais pas l’intérêt. Mais je sais qu’au fond d’elle, même si elle n’en parle pas, elle en meurt d’envie. Son rêve de petite fille. Le rêve de toutes les petites filles.

Je la vois déjà à côté de moi dans cette petite église toute de blanc vêtue. Simple et élégante…

L’écrin de la bague déforme ma poche. Elle ne va pas tarder maintenant…



A ma montre : 21h15. Je suis à l’heure.

Tiens, ça fait 45 minutes que je l’attends. Je n’avais pas remarqué. Le temps passe trop vite quand on est amoureux. En même temps je n’ai pas vraiment regardé non plus. Mon portable ? Pas de message. Il y a du monde, je l’ai peut être pas vu. Elle aurait pu me prévenir qu’elle sortirait plus tard que prévu. Elle fait chier quand même. Bon disons qu’elle a plus de batterie sinon elle m’aurait prévenu. Je lui laisse le bénéfice du doute. Ou alors je l’ai loupé. Elles étaient en avance et… Non, pas possible, elle ne serait pas partie. Elle abuse là. J’ai froid. Si elle arrive pas dans cinq minutes je me casse et tant pis pour la demande en mariage...

Tiens, les pompiers. Un accident de voiture ? Bon sang, c’est elle, je suis sûr c’est elle !!!

Je le sens ! Je le sens même tellement fort que j’en ai mal au ventre ! Elle a été renversée par un chauffard, je le sens au fond de moi. NON pas ça, pas toi, pas ma chérie !!!! Poussez vous bon sang, laissez moi passer. Il y a plein de monde. Les pompiers sont là je les vois ils sont penchés sur un corps. Pas elle, pourvu que ce soit pas elle !!!

Non, ouf, elle est la au premier rang, elle pleure, elle est choquée mais elle va bien. Elle regarde un pompier qui se tourne vers elle. Il parle et fait un signe négatif de la tête, je n’entends pas ce qu’il dit. Elle s’effondre en hurlant sur le corps froid devant elle. Ma chérie je suis là !!!



« Désolé Madame, il vient de mourir. On est arrivé trop tard pour votre ami, on a été bloqué par la neige. »



Ma montre cassée indique 20H30, j’étais à l’heure, elle aussi et le chauffard aussi…

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h08.
Ebert est déconnecté(e)
05/03/2006, 21h30 #6
Zuka 
Ombre

Zuka

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

4eme nouvelle : (Carmilla)

Etrangement Familier

J'ouvre un oeil, puis l'autre. Mon estomac me signale que l'heure de manger se rapproche. Bientôt, il faudra que je quitte ce matelas douillet et que je me manifeste, mais je sais hélas qu'il ne me sert à rien d'aller réclamer avant l'heure, elle est inflexible sur ce point. Je m'étire voluptueusement, baille, me lève et commence à faire ma toilette.

J'ouvre les yeux en sursaut. Je me sens crispé, tendu comme s'il y avait un orage. Je sursaute quand elle arrive, une assiette à la main. Elle me regarde d'un air amusé et me sert. Elle a mis les petits plats dans les grands, ce soir. Je me jette dessus comme un tigre sur sa proie, prenant à peine le temps de savourer. Ce n'est que quand mon appétit est enfin rassasié - quand il ne reste plus la moindre miette dans mon écuelle - que je me rends compte que quelque chose ne va pas. Elle est en avance.

Je la regarde d'un air interrogateur, mais elle m'ignore. Elle passe distraitement sa main sur ma tête, toujours souriante, va déposer l'assiette vide dans l'évier et retourne à ses fichus bouquins. Je m'installe dans un fauteuil et considère l'option habituelle de la sieste post-dînatoire. Mais le sommeil se refuse à moi. Il se passe quelque chose d'étrange, et impossible de mettre le nez dessus.

Je tends le cou et regarde autour de moi. La salle est comme à son habitude, étagères croulants sous les vieux livres le long des murs, cornues exhalant des vapeurs méphitiques et colorées sur l'établi du fond, et toujours ce matelas qui occupe la table centrale depuis quelques semaines.

Je me lève et m'en approche. J'ai une sensation de raideur, comme si j'avais dormi sur un sol trop froid et, bizarrement, j'ai cette étrange impression de ne pas être à ma place, un peu comme celle qu'on peut avoir quand on est en train de chiper un bout de viande dans la cuisine et qu'on sait qu'on peut être pris sur le fait à tout moment.

Je prends mon élan et bondis sur la table. Elle ne m'a pas vu, plongée qu'elle est dans ses chères études, et j'en suis soulagé car l'idée qu'elle ait pu me contempler dans une telle démonstration de maladresse me vexerait au plus haut point. L'odeur du matelas est étrange, à la fois familière et étrangère, mais impossible de déterminer en quoi.

De là où je suis, j'aperçois le bassin de l'horloge à eau et ses poissons qui me narguent, comme à leur habitude. Curieusement, le bac est à moitié plein, alors qu'il n'atteint ce niveau qu'après l'heure du repas. Mais elle était en avance, ce soir. Comment se fait-il que l'horloge le soit aussi ? Se pourrait-il que mon fidèle estomac m'ait trahi en se manifestant plus tard que d'ordinaire ? Serais-je souffrant ? Mais non, je ne me sens pas malade, juste... bizarre. Une bonne sieste me fera du bien. Je m'installe confortablement au milieu du matelas et laisse enfin le sommeil me gagner.

Mes rêves sont étranges. Pleins de lumières et de couleurs, mais assourdis et presque dénués d'odeurs. J'ai l'impression de flotter au-dessus du sol et de perdre l'équilibre en même temps. D'être plus grand. Et j'ai froid, comme si - quelle horreur ! - ma fourrure avait disparu. Je baisse les yeux dans l'espoir d'infirmer cette terrible hypothèse et j'aperçois non seulement une peau rosâtre et imberbe, mais des mains !

Je me réveille en sursaut, mon miaulement suraigu résonnant encore dans le laboratoire. Elle accourt aussitôt, et son visage est un masque d'inquiétude et de compassion. Je la laisse me prendre dans ses bras et me caresser jusqu'à ce que ma tension retombe. Mais lorsque je reprends enfin le contrôle de moi-même, c'est pour lui lancer un de ces regards de reproches dont nous autres félins avons le secret. Que m'a-t-elle fait, cette fois ?

Je me rappelle de quand elle m'a coloré en rose (mais c'était il y a bien longtemps), et aussi de lorsque j'ai bu ce liquide qui sentait si bon mais qui m'a fait cracher des souris pendant toute une après-midi. L'an dernier, elle s'est servie d'une incantation qui m'a fait atteindre la taille d'un mouton afin que je débarrasse son potager des hordes de lapins qui l'avaient envahi.

Elle retourne à son fauteuil, m'installe sur ses genoux et reprend sa lecture. Je tends le cou, curieux. Le dessin qui illustre la page représente un corbeau, une flèche grossière et un humain. La lecture n'est pas mon fort, mais j'arrive quand même à déchiffrer le titre du chapitre :

Transformation de Familier

Je me demande pendant combien de temps je vais lui demander de se faire pardonner.

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06/03/2006, 16h54 #7
Pazul 
Demi-Dieu

Pazul

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

5eme nouvelle : (Mary-chan)

"Douce illusion"


Thomas se rattrapa de justesse au dossier de la chaise la plus proche avant de se laisser tomber dessus et se masser douloureusement les tempes : il venait d’avoir un vertige et avait bien failli s’étaler par terre les quatre fers en l’air… « Etrange, pensa t-il, j’ai pourtant déjeuné ce matin, ça ne peut pas être une crise d’hypoglycémie ! » A moins que le fait de s’être levé plus tôt pour réviser le programme du TP qu’il avait à faire aujourd’hui l’ait fatigué plus que de raison ? Machinalement il regarda l’heure à sa montre : 8h30 . Il avait du mal voir, ça ne pouvait pas être possible : il se souvenait parfaitement s’être réservé un créneau de 45 min pour sa petite révision ; or, si son poly se trouvait bien sagement sur la table de la salle à manger, à laquelle il s’était précisément assis, il savait qu’il n’y avait pas touché !

Un brusque instant de panique lui fit rater un battement de cœur quand il se remémora le début de sa journée : il se rappelait s’être levé à 7h, s’être douché et habillé, avoir déjeuné, et se revoyait même se réjouir d’avoir respecté son timing en consultant sa montre à 7h45 alors qu’il s’apprêtait à regarder son poly…mais après ça, c’était le vide total, le trou noir, impossible de se souvenir de ces 45 min jusqu’à ce qu’il reprenne ses esprits !




-« Ok mon grand, entre le vertige et le trou de mémoire, c’est clair, tu deviens sénile ! Tout de même être atteint d’Alzheimer si jeune… »



Même s’il le prenait sur le ton de la rigolade, ça l’inquiétait tout de même un peu ; mais bon, là il n’avait plus le temps d’y penser : s’il ne se dépêchait pas il serait en retard. Son TP commençait à 9h et il lui fallait 20 bonnes minutes en voiture pour aller à sa fac, sans compter le temps de trouver une place et d’aller au labo…il serait toujours temps de consulter un médecin si sa petite mésaventure se produisait à nouveau.

Sans perdre une minute de plus, il rangea son poly dans son sac-tant pis il le lirait au fur et à mesure du TP pour une fois- mit celui-ci à dos après s’être couvert, saisit sur le meuble de l’entrée les 2 trousseaux de clé correspondant à l’appartement et à la voiture ainsi que son portable, et sortit.



Il faisait un temps particulièrement beau pour un mois de février ce matin là : le ciel clair qu’ aucun nuage ne venait troubler rendait l’air pur et vivifiant… un peu trop même, se dit-il en resserrant les pans de son manteau avant de monter dans la voiture. « Je vais être à la bourre » pensa-t- il en voyant l’horloge du tableau de bord indiquer 8h35. Mais, finalement, il arriva sans encombre à la fac à peine un quart d’heure plus tard : il avait eu droit à des feux verts tout le long du chemin, et n’avait rencontré ni camion qui ralentissait le trafic, ni aucun des conducteurs fous furieux qu’il croisait immanquablement chaque jour. « Pour une fois, ils ont dû choisir quelqu’un d’autre » pensa-t-il, satisfait que cela tombe pile le jour où il en avait besoin.



Une fois arrivé au labo, ce fut une morne matinée d’expériences qui débuta. Thomas utilisait les temps de centrifugation et de révélation entre les différentes étapes pour préparer les expériences suivantes, et prendre des notes pour le compte-rendu qu’ils auraient tous à rendre ensuite par binôme. Enfin, le responsable de leur TP les autorisa sur le coup de midi et quart à aller prendre leur pause déjeuner, sans oublier de préciser qu’ils devraient revenir pour 13h30.



Thomas lui aurait sauté au cou ! Son estomac commençait à émettre de sérieux signes d’insatisfaction, et lui même avait plus que hâte de faire une longue pause. Il se dirigea donc vers la cafétéria et, après avoir fait la queue et commandé son sandwich, alla s’installer à coté de ses amis.




-« Tiens, mais ne serait-ce pas Tommy qui vient se s’asseoir ? Comment ça va ? Je sais que t’étais en TP mais tu pourrais quand même prendre 5 min pour me répondre quand je te téléphone tu sais, c’est pas interdit de souffler de temps en temps !!! »



-« Salut Alex ! Désolé mais j’avais éteint mon portable, et puis tu savais qu’on se verrait à midi alors t’avais peut-être pas besoin de m’appeler tout de suite non plus. Qu’est ce qu’il y avait de si urgent ? »



-« Et bien je voulais savoir si tu faisais quelque chose ce soir. On a prévu de se faire un billard avec Eric et les autres, et j’ai profité de ma pause pour t’appeler, même si Môôôssieur n’a pas daigné répondre !!! »



-« C’est ça, joue les offensés ! Ce sera pour une autre fois, j’ai déjà un truc de prévu ce soir… »



-« Laisse moi deviner…tu as rendez-vous avec Alicia, je me trompe ? » Le sourire qu’il reçu en retour ne lui laissa aucun doute sur la réponse. « Je le savais, lança-t-il en rigolant, tant pis, tu sais pas ce que tu rates, petit veinard ! »



Tommy, comme ses amis l’appelaient, laissa son regard dériver et se perdre par-delà la grande vitre séparant l’intérieur de la cafet de la partie terrasse. Alicia…il l’avait rencontrée grâce à des amis communs quelques mois auparavant. Il n’avait pas vraiment fait attention à elle au début, après tout ils ne se connaissaient absolument pas…et puis au fil des soirées ils en étaient bien sûr venus à se parler et discuter. Les points communs qu’ils s’étaient découverts, principalement autour de la lecture mais il y en avait bien d’autres, les faisaient se lancer dans des discutions enthousiastes, pimentant ces soirées déjà bien agréables ; puis sa présence lui était devenue naturelle, et enfin indispensable.

Il s’en était rendu compte à la déception intense qu’il avait ressentie lorsqu’elle n’avait pas pu venir à une de leurs sorties, ainsi qu’à la joie de la revoir à celle d’après. Il avait aussi remarqué dernièrement à quel point elle était jolie : légèrement plus petite que lui, il la trouvait parfaitement proportionnée, ses cheveux mi-longs blonds et aériens qu’elle laissait détachés la majorité du temps encadrant son beau visage fin ; il aimait aussi cette lueur qui animait ses yeux noisettes quand elle était heureuse. Quoiqu’il se passe elle était là, joyeuse et optimiste, remontant le moral des troupes lorsque c’était nécessaire, ne se laissant jamais abattre ; oui, elle était là, tout simplement.

Alors un soir, après une soirée particulièrement animée et surtout bien arrosée, il avait pris son courage à deux mains, lui avait tout avoué et posé LA question qui le taraudait depuis quelques jours. Et elle avait accepté !! Cela faisait maintenant 5 mois qu’ils sortaient ensemble et il ne s’était jamais senti aussi bien avec une fille.

Ce soir il comptait l’emmener au cinéma puis aller manger une crêpe quelque part, bref une soirée toute simple pour conclure ce vendredi avec la fille qu’il…



-« Eh oh Roméo, redescends sur terre, tu vas la voir ta belle !! » Des doigts claquèrent devant ses yeux, le ramenant à la réalité. « Faut que j’y aille, on se verra lundi, passe un bon week-end ! »



-« Toi aussi Alex, amusez vous bien. » répondit Tommy.



Il reporta ensuite son attention vers l’extérieur et remarqua alors que le temps était en train de tourner : de gros nuages noirs commençaient à s’accumuler, poussés par le vent qui s’était lui aussi levé si l’on se fiait aux branches ondulant légèrement sous la brise ; ils masquaient périodiquement le soleil tout en faisant baisser la clarté. Cela lui rappela l’incident du matin. Il ne se rappelait toujours pas ce qui s’était passé pendant les 45 minutes qu’il lui manquait, et cela le mettait mal à l’aise. Mais même en se concentrant sa mémoire ne revenait pas ; c’est donc légèrement énervé qu’il quitta la cafétéria pour retourner dans la salle de TP.

L’après-midi suivit à peu de choses près le même schéma que celui du matin, les expériences se succédant les unes après les autres. Sauf que Thomas faisait de moins en moins attention à ce qu’il faisait, cassant un tube à essai, renversant une préparation, et étant même obligé de recommencer du début une des manipulations suite à un oubli. Il avait la tête ailleurs, était préoccupé. Le hic c’est que là encore il ne savait pas pourquoi : il sentait confusément que quelque chose n’allait pas sans arriver à mettre le doigt dessus. Il était de plus en plus anxieux et énervé, et c’est donc à son plus grand soulagement-et celui de son binôme-qu’il put enfin finir sa journée sur les coups de 18h, regagner sa voiture et quitter la fac.



Entre-temps, le temps avait carrément viré au gros orage : de puissants éclairs striaient le ciel devenu noir-violacé tandis que de profonds coups de tonnerre claquaient à vous faire sursauter. Les essuies glace semblaient inefficaces et les phares parvenaient à peine à trouer la pluie violente qui s’abattait sur la route ; c’est donc littéralement trempé que Thomas arriva enfin chez lui après ¾ d’heure d’embouteillages, et seulement 30 sec sous la pluie.




Il se rendit immédiatement compte en appuyant sur l’interrupteur afin d’avoir un peu de lumière, que suite à l’orage les plombs avaient sauté.

-« Génial il manquait plus que ça ! » maugréa-t-il.

Après avoir pris une serviette dans la salle de bain, histoire de se sécher un peu et accessoirement éviter de s’électrocuter, il se dirigea tranquillement vers le tableau électrique. Un simple mouvement de doigt lui permit de rétablir le courant. Une fois la lumière revenue, il alla s’écrouler sur le canapé, la serviette toujours sur la tête, sa couleur rouge vif tranchant avec le noir de ses cheveux plus vraiment coiffés. La journée avait été épuisante et il avait bien besoin d’un peu de chaleur…Il s’apprêtait à se relever pour prendre une douche quand la sonnerie au combien stridente du téléphone posé sur la petite table en face du canapé lui vrilla les tympans.

Il n’avait pas envie de décrocher ; il voulait simplement rester là, ou aller prendre sa douche, mais décrocher ne le tentait pas du tout…Il finit pourtant par se rendre à l’évidence : s’il ne le faisait pas, cette maudite sonnerie ne cesserait jamais…Il saisit finalement la chose bruyante faisant office de téléphone sans fil avec beaucoup de réticence et appuya sur le bouton :



-« Allo ? »



-« Allo Thomas ? Bon sang mais qu’est ce que tu foutais, j’ai essayé de te joindre toute la journée ! Comment tu te sens, tu tiens le coup ? Les parents d’Alicia m’ont appelé ce matin, et si je n’étais pas obligé de rester à ce séminaire, je …..



Mais Thomas n’écoutait déjà plus son père ; il savait bien que c’était une mauvaise idée de répondre, parce que maintenant il se souvenait, il se souvenait de tout ce qu’il s’était passé…



Son portable avait sonné alors qu’il s‘apprêtait à réviser. C’était la mère d’Alicia, elle voulait le prévenir que sa fille avait eu un accident : un chauffard avait grillé le feu rouge alors qu’elle traversait pour rejoindre l’arrêt de bus situé en face de chez elle, la renversant. Ses parents, avertis par les pompiers, venaient tout juste d’arriver à l’hôpital mais elle était déjà partie pour le bloc : son état était critique. Ils l’avaient alors appelé en désespoir de cause pour le mettre au courant, lui certifiant qu’ils l’informeraient de l’évolution de son état quand ils en sauraient plus.

Commença pour Thomas l’attente la plus longue qu’il ait eue à endurer de toute sa vie. Il ne pouvait pas rester en place, faisant les cent pas de long en large à travers tout l’appartement, crispant les poings, le cœur cognant fort dans sa poitrine, tellement fort, comme s’il voulait échapper à toute cette détresse. Il sentait la frustration monter en lui, de ne pouvoir rien faire, de n’être d’aucun secours alors qu’elle avait tant besoin de lui…Jusqu’à ce que 45 min plus tard le verdict ne tombe : les chirurgiens n’avaient pas pu stopper ses nombreuses hémorragies, résultat des os brisés et des organes perforés ou pire ; ils ne l’avaient pas sauvée…


Ce…ce n’était pas possible, ce n’était pas vrai, juste une farce au goût amer, mais il ne pouvait pas l’avoir perdue ; elle était si brillante et si forte, trop jeune pour partir comme cela aussi stupidement, et puis….Il allait devenir fou….alors il avait tout refoulé, fait comme s’il ne s’était rien passé, parce que peut-être que s’il n’y pensait plus il pourrait tout effacer …

Mais s’il avait pu abuser sa raison, il n’avait pu le faire avec son cœur et son corps.


Il comprenait maintenant pourquoi inconsciemment il avait complètement éteint son portable au lieu de simplement le mettre en mode vibreur comme il le faisait d’habitude, pourquoi il s’était senti de plus en plus mal au fur et à mesure que la journée avançait et que le vide s’installait en lui, pourquoi il redoutait tant de répondre…

A présent, le visage enfoui dans la serviette, il laissait enfin couler de ses beaux yeux verts les larmes si longtemps retenues, tentant de soulager sa peine et sa douleur au même rythme que ses pleurs. Les plombs avaient de nouveau sauté sous la violence accrue de l’orage, le plongeant dans l’obscurité et le noir, mais il n’en avait cure . Cette pénombre reflétait son cœur meurtri, brisé d’avoir perdu rien moins que la femme qu’il aimait.



FIN

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07/03/2006, 22h31 #8
Nyx 
Dieu supérieur / Déesse supérieure
Coordinateur Hyjoo
Mystère Hyjoo 2008/2009

Nyx

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

6ème nouvelle : (Takezô jr)

3/4
D’Heures



07h09.



Monsieur Nenni dans sa voiture grise peste comme un fou furieux. Furieux autant contre les automobilistes partant, comme par hasard, à la même heure que lui, que contre lui-même qui est en retard alors que c’est précisément le jour où il ne faut pas être en retard.



07h10.



Enfin il aperçoit une place…handicapé. Tant pis, ce n’est pas dans ses habitudes mais là c’est un cas de force majeure. Il se gare.

« Hop, ni vu ni connu. Frein à main, tourner la clé, portière, bip-bip et courir ! »

« Pas très crédible le gars sur une place handicapé qui sort en galopant » se dit il.

Il traverse la rue, monte les escaliers quatre à quatre. En entrant dans la gare, son regard se pose directement sur l’horloge digitale :


07h11.


« Ce n’est pas possible, comment ai-je pu être aussi stupide !? Si je n’ai pas le train de treize autant me jeter sous le suivant. »

Il s’arrête devant les tourniquets pour fouiller sa veste.

« Le portefeuille sur le siége passager, de mieux en mieux ! »

« Tant pis se coller derrière le premier venu et passer avec lui. Pas le temps de lui demander son avis. »

Avec un discret « pardon », Mr Nenni s’élance dans le souterrain.

Au pied du deuxième escalier, il aperçoit le train encore à quai. Victorieux, il pose le pied sur la première marche…et sonnant tel le glas il entend les ronfleurs annonçant la fermeture des portes.

« Je ne vais pas l’avoir ! »

Il vole par dessus l’escalier mais arrivé sur la dernière marche les portes commencent à se fermer.

« Je ne vais pas l’avoir !! »

Il bondit vers la porte tel un triple sauteur, mais quand dans une magnifique extension il presse le bouton, le train centimètre par centimètre commence déjà à lui filer entre les doigts.

«Je suis un abruti ! Je suis un p….. d’abruti !



Tout a fait conscient de l’inutilité de son geste, il continue à courir à côté du train, appuyant frénétiquement sur le bouton.

Il croise le regard vaporeux d’une jeune femme assise dans la rame. Inconsciente de sa détresse, elle semble ne pas le voir.

Finalement le bouton et le femme prennent trop de vitesse, il laisse partir le train sachant que c’est bien plus que cela qu’il laisse s’en aller.

Haletant, Mr Nenni va s’asseoir sur un banc.

« Je dois reprendre mon souffle et réfléchir. »


07h14.

« De si peu…perdre tant pour si peu. »

« Comme j’aimerais revenir en arrière pour changer le cours des choses ! » se dit il.

Le souffle toujours court, son cœur semble s’emballer à cette idée.

« Il ne semble pas, il s’emballe réellement ! » Il le sent battre comme jamais. Faisant vibrer jusqu’à ses tympans il l’entend comme un tambour frénétique. Sa vision se brouille, son sens de l’équilibre aussi ; il tombe sur les genoux et doit poser les mains par terre pour ne pas s’étaler de tout son long.

« Non, je ne vais pas mourir maintenant. » se dit il soudain avec une incroyable force. Pas pour se rassurer, parce qu’il le sait tout simplement. Cette certitude est tellement profonde qu’elle en est même inquiétante pense t’il.

L’étau dans sa poitrine se desserre, petit à petit il reprend son souffle. Il se rend compte qu’un homme accroupi à ses côtés lui parle :

-Monsieur ! Monsieur ! Ca va mieux ?!

« Oui ça va mieux » se dit il. « Quelle horrible sensation. J’ai bien cru que j’allais y passer. »

-Oui ça va mieux. Merci beaucoup.

Avec l’aide de l’inconnu il se rassoit.

« Oui ça va mieux se dit il, beaucoup mieux. Je ne me suis même jamais senti aussi bien ! »

D’un coup, ce qu’il voyait il y à quelques secondes comme une catastrophe ne lui paraît plus aussi terrible. Tous ses petits tracas qui lui rongeaient son subconscient se révèlent sous un nouveau jour. « que de futilités » se dit il moqueur à son égard.

Il a déjà entendu des témoignages sur le changement de caractère qui survient quand des personnes frôlent la mort. Mais là sa béatitude est tellement grande que c’en est presque dérangeant.

-Ca va mieux on dirait

-Oui je vous remercie. Ca va, je vais bien.

-J’étais en train de vous observer depuis un bon moment, quand vous vous êtes écroulé subitement. Vous m’avez fait une de ces peurs !

Cette phrase lui fait l’effet d’une claque. Son esprit tout autant que son corps en sont littéralement ébranlés.

-Quoi ? Qu’avez vous dit ?!

-Oui je vous observai depuis une dizaine de minutes, vous étiez tellement immobile que j ‘en suis arrivé à me demander si vous étiez encore vivant. Quand d’un coup vous vous êtes écroulé, j’étais paniqué. Il faudrait quand même appeler les pompiers ou le Samu. Vous savez ce genre de malaise, il faut s’en méfier. Ca m’est arrivé une fois…

Mr Nenni n’écoute plus depuis longtemps. Il regarde sa montre :

07h59.

Il un coup d’œil à l’horloge présente sur le quai : 07.59

«Mon malaise n’a pas pu durer quarante cinq minutes ! Qu’est ce que c’est que cette histoire !? » se demande t’il.

Il se dit qu’il ne comprend décidément rien à ce qui lui arrive ; pourtant enfoui profond dans sa conscience, une part de lui même semble accepter cette étrange situation calmement, comme si l’explication en était simple et déjà connu. Tout cela cela n’affecte en rien sa récente joie de vivre, à présent il ne s’en soucie pas plus que d’avoir raté son rendez vous. Sa sérénité ne l’étonne même pas, il est simplement heureux d’être vivant.


-Je vous remercie beaucoup de votre aide, monsieur. Maintenant je vais bien mieux, ne vous inquiétez pas plus.

L’homme semble à son tour rassuré et lui rend son sourire

-Savez vous quand est le prochain train ? Reprend tout naturellement Mr Nenni.

-Celui de 59 est juste devant nous, mais vous n’arriverez pas à l’avoir je le crains. Le prochain est dans trois quarts d’heure.

Effectivement un train vient de s’arrêter, mais sur le quai d’en face. C’est certain que s’il passe par le souterrain il ne peut pas l’avoir, mais s’il traverse les voies il l’aura…ou peut être pas. Peut être que finalement il sera à son rendez vous…ou peut être pas. « Mais quel importance maintenant » songe t’il de manière complètement détachée.

-Merci encore une fois Monsieur, nous nous reverrons sûrement.

Il se lève et s’élance droit devant lui. Il se sent léger et confiant en son destin.

Au moment où Mr Nenni est percuté, un large sourire illumine toujours son visage.



08h00.



Mr Nenni est en train de regarder ce corps qui lui servait de réceptacle. «c’était déjà il y a bien longtemps » songe t’il.

Au fur et à mesure que sa conscience se détache de son enveloppe, il se rend compte de la vraie nature du monde, du vrai but de l’existence. « Il y a donc bien une réponse à cette question » se dit il.

Petit à petit, émotions et sentiments s’effacent ; la vie révèle alors ses véritables couleurs.

« J’ai longtemps laissé la mienne s’assombrir » parvint il encore à penser.

Il commence à assister au tortueux cheminement qu’a été son existence.

« Quel gâchis, quelle stupidité ! Je me suis tellement caché la réalité des choses que je me suis empêché de vivre véritablement.»

A mesure que le long fil de son passé se déroule, laissant apparaître tout la futilité avec laquelle il a vécu, un léger regret effleure son âme. Mais il reste apaisé et serein car il a présent compris le fin mot de cette journée. Quand celle ci arrive, son esprit n’est plus que reconnaissance devant la chance qui lui est offerte.

Il se revois sur la route, pestant et insultant les gens , le moment où il se gare pour courir, quand il bouscule la personne pour passe le portillon, comment il percute un enfant, il se voie le dépasser sans s’en rendre compte. Il revoie enfin le moment où le train lui est passé entre les doigts. Il est à présent assis le banc.



08h01.



Son âme frétille d’un bonheur impatient. Toute son existence il l’a gâché mais qu’importe ? Maintenant il sait, une chance inespérée de rattraper un peu de temps perdu lui est donnée.

« C’est si peu. Temps de choses à faire. Mais en même temps c’est énorme si l’on connaît l’importance du moindre instant. Je suis prêt. J’ai trois quarts d’heure. Trois quarts d’heure pour être heureux.

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h10.
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08/03/2006, 22h13 #9
Ebert 
Dieu supérieur

Ebert

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

7eme Nouvelle : (Gau)

45 de perdues, 450 de retrouvées ?


Normalement toutes mes matinées commencent par le même rituel. Tout d'abord le réveil, généralement causé par un livre qui me tombe dessus, des fois c'est directement Rex, mon chat, qui me tombe dessus, plus rarement le réveil. Mais pas ce matin. Ce matin, j'ai de la chance. Déjà, on ne me réveille pas violemment, juste un petit bisou et le temps que j'ouvre les yeux, je vois une ombre sortir de ma chambre, un petit déjeuner m'attend sur la table de nuit, le courrier du jour est à coté. Et j'ai même droit à un petit mot doux :

« Petit-déjeuner pour toi,

Passe me chercher au boulot,

On se fera un resto.

Bizzzzzzzzz »

Une petite vérification au réveil m'indique qu'il est quand 9 heures et demie, si j'arrive à pas prendre trop de temps à lire le courrier - ce qui devrait être facile, vu qu'il n'y a que deux ou trois enveloppes – et à petit-déjeuner, je devrais pouvoir sortir de la douche et être habillée sans problème vers 10 heures et quart. Ce qui me laisse largement du temps pour traîner au Virgin avant d'aller chercher Barb' à son boulot. Que c'est bien de pas bosser le samedi.

Petit déjeuner pris, un petit coup d'oeil au courrier, une pub pour un nouveau salon de thé, une facture, et un petit mot de ma cousine en pleine vacance à la neige. Ce qui me fait penser que j'aurai bien aimé y aller cette année. Et me voilà repartie dans mes rêveries. Bon vite à la douche. En m'habillant, je jette un coup d'oeil et je remarque un petit problème. Il est 11 heures passées. Je trouve ça plutôt étrange, je pensais pas être restée aussi longtemps sous la douche. Ni avoir mis autant de temps pour prendre mon petit-déjeuner. Mais bon vu que là je vais être en retard si me dépêche pas, vu que je compte quand même faire un tour au Virgin (histoire de m'acheter un bouquin ou deux). En prenant mon sac, j'y glisse inconsciemment le petit mot de Barb' et la pub pour le salon de thé.

Sur la route je cherche à comprendre comment j'ai pu perdre autant de temps ce matin, et j'arrive toujours pas à savoir pourquoi. Juste avant d'arriver au Virgin, je me dit que c'est pas si vital que ça, et poussée par la curiosité, j'essaye de trouver ce salon de thé, pour voir à quoi il ressemble et éventuellement y amener Barb'. Sauf que j'ai du passer devant plusieurs fois sans le voir en marchant dans la rue. Bah, c'est plus important pour le moment d'aller récupérer Barb'.

J'attends cinq minutes devant sa banque, me demandant, si je vais la chercher à son bureau, ou si j'attends qu'elle sorte. Le temps d'y réfléchir, elle est là, me cachant le soleil, ce qui me tire de mes rêveries. Je retourne à la réalité, et elle m'embrasse, rapidement, mais avec tendresse, et un petit « salut toi » se glisse entre ses lèvres. Il m'en faut pas plus pour oublier mon "retard" du matin. On se dirige vers un petit resto chinois en ville auquel on aime bien aller de temps en temps, et on repasse dans la rue du salon de thé. Un vague coup d'oeil pour tenter de repérer le numéro 36 de la rue de l'observatoire, mais je ne vois rien entre le 34 et le 38, et bon j'ai trop faim pour penser à un salon de thé inexistant. Quelques nouilles sautées, une assiette de poulpes à l'ananas, quelques nougats et un verre de saké plus loin, et je repasse encore dans cette rue, je le réalise en passant devant le 34, et pour au moins la quatrième fois de la journée, pas de 36. Je laisse Barb' devant sa banque. Ensuite, je laisse mes pas me guider dans les rues, dans le but de finalement faire un petit tour au Virgin. Un rapide tour parmi les bouquins, puis les CD et les DVD, mais rien de ce que je trouve ne me fait réellement vibrer. Je me décide alors à tenter encore de chercher ce salon de thé, et de découvrir si il existe ou pas.

Arrivée là ou il devrait y avoir un 36 rue de l'observatoire – c'est à dire entre le 34 et le 38 - , je me décide à ressortir de mon sac, la pub que j'y ai glissé ce matin. Et c'est une feuille blanche, enfin jaune, mais sans encre dessus, des deux cotés en plus. Là je me dis qu'il y a comme qui dirait un petit problème. De retour à la maison, je récupère les dernières enveloppes dans la poubelle. Une provient de France Telecom, c'est bien une facture. Sur l'autre il n'y a rien, c'est une banale enveloppe déchirée par le haut avec un couteau, il y a même quelques taches de confiture, c'est donc bien celle que j'ai ouverte ce matin, mais j'étais sur qu'il y avait mon nom d'écrit dessus. Une opération spéciale pour l'ouverture de ce salon de thé, façon chasse au trésor ? Ou c'est juste moi qui hallucine ? Et mon retard de ce matin ?

Bon, réfléchissons, déjà pour l'histoire du salon de thé. J'ai rêvé ou j'ai bien reçu cette pub ? Et dans le cas ou j'ai reçu cette pub, pourquoi a-t-elle disparue ? Ça me paraît pas très commerciale de faire une pub qui disparaît juste après qu'on l'ai lu une fois. Bon, c'était juste un salon de thé, c'est pas grave si il n'a pas existé ou s'il ne l'a fait que dans mon imagination. Mais bon mon retard de ce matin, je vois pas comment l'expliquer. Une pub pour des médicaments contre Alzheimer ? Un complot planétaire visant à faire perdre à l'humanité sa mémoire à court terme ? Ou juste un vertige dans mon lit qui serait passé inaperçu ? Est-ce que j'en parle à Barb' ?

Je lui parlerais bien de tout ça, mais j'ai pas envie de l'inquiéter, et ça me semble pas si grave que ça, c'est juste un petit oubli dans une matinée, un petit trou de moins d'une heure dans ma vie, c'est comme si j'avais trop bu à une soirée, et que j'ai quelques doutes sur le déroulement de la soirée, sauf que là encore moins de soucis, vu que j'étais chez moi. Donc c'est décidé, quand elle revient, j'y en parle pas.

Avant son retour, j'essaye quand même de faire un petit tour sur le net, histoire de voir si ce salon de thé existe ou pas, c'est vrai que ça pousse ma curiosité cette histoire. Aucun salon de thé dans la rue de l'observatoire d'après les pages jaunes, j'en ai trouvé, mais dans Google, dans une autre ville, même dans un autre pays, et bon ça m'étonne pas trop non plus, rue de l'observatoire, ça doit être plutôt commun, et les salons de thé aussi. Donc encore une fois, impasse.

Une clé se glisse dans la serrure, j'arrête mes recherches, jette une dernière fois l'enveloppe dans la poubelle, et embrasse Barb'. Une petite soirée tranquille pour toutes les deux, et le lendemain matin au réveil j'ai tout oublié.




Au 36 de la rue de l'observatoire, il n'y a pas de salon de thé, il n'y a même pas à proprement parler de 36 dans cette rue là. Une légère incohérence dans la numérotation fait qu'il n'existe pas. Cependant, entre le 34 et le 38, il y a un petit trou au niveau du trottoir, ce qui pourrait passer pour un 36 si vous étiez une souris. Un petit lutin vit ici, et il envoie des cartes, des cartes voleuses de temps, ça vous fait perdre 45 minutes, et la carte disparaît, il ne vous reste plus que le papier, une bonne nuit de sommeil, et vous avez même oublié la carte. Pour le petit lutin, c'est 45 minutes de plus pour vivre, sa prochaine étape, avoir internet, et s'occuper des chaînes...

Dernière modification par Ebert : 27/03/2006 à 18h11.
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09/03/2006, 22h05 #10
Zuka 
Ombre

Zuka

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

8ème nouvelle : (Akenaï)

45 minutes…ça passe comme une flèche.



Hum ? Je me redresse, et un malaise soudain m’assaille. Je regarde autour de moi, la pièce est vide, normale. Je suis seul avec mon ordinateur. Je bloque devant depuis 4h35 du matin, je ne sais pas pourquoi, mais cette heure m’a marquée…allez comprendre. Une insomnie et hop, une nuit de foutue. Si ce n’est pas malheureux ! Tout ça pour dire qu’il est à présent 9h30. Normal me direz-vous, il y a une minute il était 9h29. Enfin bref, je commence à avoir sérieusement faim ! Tiens, il y a du bruit dehors… les gens ne peuvent pas respecter un peu les autres non ? Mon estomac gronde, on verra plus tard pour les gêneurs. Je me lève, m’étire et file sans demander mon reste jusqu’à la pièce maîtresse de ma maison ; la cuisine. Je prends une brique de lait, un bol, mes céréales préférées…et j’attaque mon petit déjeuner avec avidité. L’horloge au dessus de la gazinière indique 9h28 ; non pas que je sois maniaque, mais quand même ça me dérange d’avoir l’heure en décalé. Fainéantise oblige, je n’ai jamais pris la peine de la régler.

Voilà qu’on sonne. Je me lève, file vers la porte et l’ouvre avec curiosité. Le facteur ! Avec mon colis ! Depuis le temps que j’attendais cette commande ! La nouvelle me rend soudain d’humeur joyeuse. Nous échangeons les amabilités d’usage et je plaisante sur l’heure matinale.

- Vous êtes en avance aujourd’hui !

Il me regarde d’un air surpris mais n’ajoute rien et se contente de me présenter le paquet tant attendu. Je le dépose dans un coin avec douceur, comme s’il s’agissait d’une relique sacrée très précieuse et tout autant fragile.

Dans la rue, le bruit se fait toujours entendre ; je me penche par la porte et remarque un attroupement juste en face de chez moi. Intrigué, je demande au facteur s’il sait ce qu’il se passe. Agacé, celui-ci m’explique qu’il vient du côté opposé de la rue, qu’il a du travail et qu’il est déjà en retard ; façon pas vraiment courtoise de me dire qu’il n’en a aucune idée et qu’il s’en fout. Après tout, c’est pareil pour moi, si ça les amuse de s’attrouper, et bien qu’ils s’attroupent. J’ai un colis à déballer moi !

Je m’apprête à signer le reçu qu’il me tend lorsque mon regard s’attarde sur sa montre. J’ai rêvé ou elle indique 10h19 ? Je lui rends le reçu et jette un coup d’œil discret à sa montre. Aucun doute, elle indique bien 10h19. Etonné je lui en fais la remarque, lui signalant que sa montre avance de trois quarts d’heure. Surpris il lançe un regard à sa montre avant de secouer la tête en signe de négation.

- Vous plaisantez ? Je suis parti de la poste il y a un moment déjà, et je peux vous assurer qu’à 9h30 j’y étais encore. C’est mon tour d’être surpris ! Je salue le facteur, referme la porte et me dirige à grand pas vers la cuisine. 9h34. Très bien, je ne suis pas fou tout de même !?

Je retourne vers mon paquet qui m’attend sagement et déchire l’emballage avec fougue. J’ai attendu trop longtemps pour y aller en finesse…et là…c’est le drame, erreur de référence, je rêve. Ou plutôt, je cauchemarde ! 2 semaines de retard et en prime, ils se payent le luxe de faire une erreur dans la commande ! J’vous jure, il y a des baffes qui se perdent ! Je vais leur apprendre à prendre les gens pour des...

Mon ordinateur grelotte ; tiens, un nouveau message !?

Encore une pub, je m’en vais te me la supprimer avant qu’elle ait eu le temps de dire en réduction ce mois-ci, ça ne va pas traîner ! Je ne suis plus trop d’humeur, là ! Joignant le geste à la parole, je presse la touche suppr. sans aucun remord. Comment ? Encore une hallucination, je suis certain d’avoir vu un horaire de réception commençant par 10h, je n’ai pas eu le temps de voir les minutes… Trop c’est trop, mon esprit me joue des tours, et ça m’énerve ! Très bien, il n’y a qu’une chose à faire pour le calmer ; j’ouvre mon navigateur web et je tape heure. Google se met en branle et me voici bientôt sur 3669 horloge parlante. L’animation flash qui symbolise l’heure met un temps fou à se mettre à jour et je commence à perdre patience…10h22. Aïe, là c’est le choc ; je regarde l’heure en bas à droite de mon ordinateur, 9h37 ! Quelque chose ne tourne pas rond. Sous le coup de la surprise, je me suis dressé sur mon siège : comment se fait-il que 45 minutes se soient écoulées sans que je m’en rende compte ?

Sur un coup de tête et légèrement perdu, je décide d’appeler un ami…pour lui demander l’heure. Il me prendra sans doute pour un fou ; et il ne sera peu être pas si loin de la vérité… Je sens mon sang froid qui me quitte et je ne saurais dire pourquoi mais je commence à avoir peur. J’ai beau réfléchir, 45 minutes se sont écoulées à mon insu. Vite je me saisis du téléphone, compose le numéro et attend. Première sonnerie. Deuxième sonnerie. Que se passe t-il ? pourquoi ne répond-il pas ? Troisième sonnerie, je suis en sueur, je dois être ridicule. Il faut que je me calme ! Quatrième… » Allo ? » Une voix me tire de mon angoisse, c’est bien lui.

- Quelle heure est-il ? » J’ai presque crié.

- Pardon ?! » Je dois me calmer !

- Sylvain, c’est Charlie, excuse moi de te demander ça, mais pourrais-tu me donner l’heure s’il te plaît ? » Je ne me rappelle pas avoir jamais parlé aussi vite et je sens au bout du fil que mon interlocuteur est plutôt surpris.

- Bin à peu près 10h30, mais t’es sûr que ça v… » J’ai déjà raccroché ; j’ai le regard fixe, je regarde le mur sans vraiment le voir. Mon esprit est ailleurs. Il fonctionne à vitesse maximale. Et pour ainsi dire, il rame dans le vide. Je me lève et me dirige vers la cuisine. J’ouvre un placard, sors un verre et une bouteille de whisky, reliquat d’une fête un petit peu arrosée et me sers une ration généreuse que j’avale d’un trait. Le liquide me brule horriblement la gorge mais me fait un bien fou. Je me saisis d’un tabouret et m’assieds à la table de la cuisine. Réfléchir, je dois réfléchir !

Un bruit de sirène me tire de mes pensées. Il se rapproche et…s’arrête juste dans la rue. Surpris, je me lève et me dirige vers une des fenêtres donnant sur la scène. Les pompiers sont là ; en courant, ils se rapprochent de l’attroupement ; je ne semble pas être le seul à avoir des problèmes apparemment. Je ne dirais pas que ça fait plaisir mais bon…on se sent presque soutenu par le malheur des autres. Quel égoïsme ! Je regarde un moment ce qui se passe par la fenêtre quand la police arrive à son tour. Et bien dites donc, ça m’a l’air d’être du sérieux leur affaire. Je me décide donc enfin à sortir pour rejoindre le groupe de badauds, histoire d’en devenir un moi aussi. Je ne sais pas si ça me changera vraiment les idées mais…

Ca y est je suis dehors, un vent froid me fouette le visage. Instinctivement, je rentre les épaules et je resserre ma veste pour m’en protéger. Un homme est couché par terre, gisant-là dans son sang. Je retiens un haut le cœur. Les pompiers n’ont pas touché le corps, c’était trop tard. Ils cèdent à présent la place à la police. Pas la peine d’être inspecteur pour deviner que c’est un meurtre. La victime a une flèche plantée dans le dos. Je deviens vert, je crois que je vais vomir. Je ne crois pas me tromper en affirmant que l’empennage vert et blanc que je vois dépasser du dos de ce pauvre gars ressemble furieusement à celui de mes propres flèches, celles que j’utilise au club tous les mardis soirs depuis cinq ans ! Je vomis. Reprenant mes esprits je cours jusqu’à ma maison et fonce vers le placard. Mon matériel a disparu. Je me retourne, mon arc est là, dans le coin, mes mains se mettent à trembler, je deviens fou ! Je m’approche, le carquois est posé juste à côté.

Il manque une flèche.

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10/03/2006, 15h43 #11
Pazul 
Demi-Dieu

Pazul

Re : [Concours] Litterature 1 : les nouvelles !

9eme nouvelle : (Kramikrobe)
Selene
Londres, minuit




Accroché, comme un funambule à un fil invisible, aux volutes de la fumerie devenues bourrasques, n’entendant plus les rires tonitruants de mes deux comparses et les flots vrombissants ambiants, je regardais, bouche bée, la fée verte tournoyer et jubiler autour de moi. Refumant encore, prenant le verre de trop, la tête dans un étau, la nausée comme la marée montante et chargée, ma tête s’écroula lourdement sur le petit guéridon en fer forgé.



Puis, plus rien, hormis cette sensation étrange d’être charrié et le murmure d’une inquiétante et rauque mélopée.



Le clapotis de la pluie sur mon corps grelottant, transi de froid, finit par me réveiller. J’étais tombé bien bas, allongé dans le caniveau d’une rue pavée de Londres, adjacente au dernier troquet malfamé où j’avais l’habitude, avec mes deux bourgeois d’amis, d’écumer l’ivresse et la décadence maladive de notre époque. Je tentais, bon gré, mal gré de me relever. Encore sous les effets de mes excès de la nuit, reboutonnant ma redi