Un poème que j'ai découvert tout récemment, d'un auteur Catalan. J'ose à peine imaginer la beauté de la version originale...
Je confie à mon sort tout mon sort à venir...
Je confie à mon sort tout mon sort à venir,
Car je suis impuissantpour toute décision.
Que dieu n'absolve pas mon bon sensdéjà mort,
Puisque je suis fautif dès mon commencement.
Il est beaucoup trop tard pour freiner mes instincts,
Ma bonne volonté est par trop maladive,
Je vais contre mon gré, où je ne voudrias pas
Et je suis mécontent de toutes mes actions.
Me voici maintenantcomme unn paralytique
Qui n'est pas assez fort, lorsqu'on le met debout,
Pour marcher comme il faut ni marcher jusqu'au bout,
Mais tombe à chaque instant et tréuche en arrière,
C'est ainsi que je fais ce que je ne veux pas,
La dictée de mes sens étouffe ma raison,
Si je veux l'écouter mon plaisir disparaît
Et tout ce que je fais, je le fais sans envie.
Ainsi que le vaisseau laissé, au gré du vent
Pendant que les marins sont en discussion,
Poursuit, seul, son chemin imperceptiblement
Et se penche, à la fin, faute de direction,
Ainsi fais-je pour vivre, et mon entendement
Dispute sans reposavec mon propre corps:
Je n'ose hélas, préciser leur débat,
Contre vent et marée poursuis mon appétit.
Il est bien révolu le temps où je vivais
Satisfait de l'amour, malgré toutes mes peines.
Dans ce tout mélangé d'apreté et de douceur
Je croyais être roi: j'étais son serviteur.
Je savourais son mal sans prendre son bienfait
Quoiqu'il n'y ait malheur qui soit exempt de joie.
C'est plus que de mourrir que pour lui j'endure,
Il vit trop agité celui qui vit sans frein.
Toi qui me fais subir ton pouvoir, Ô Amour
Dont la férocité dépasse mon courage,
Exile-toi de moi. Je n'ai aucun plaisir
Dans l'executionde tes commandements.
Montre au moins contre moi l'orgueil qui te convient:
Abandonne un vassal qui ne te dit pas "Maître".
Quel élan imprévu, plus haut que ma douleur,
Fait que je suis si fier de mon propre bourreau?
Cette façon d'agir ne mène à rien de bon.
Je suis présentementde tristesse envahi,
Qui me vient, Tristesse, de mon mal à venir,
Et se dresse déjà, devant mes propres yeux.
Je pourrais l'endurer si, dans son coeur veillant,
Celle que j'aime veut, pour moi la supporter
Sans jamais repentir, pour qu'il y ai mérite.
La mort ne viendrait pas dépourvue de plaisir.
Lys enrtre les chardons: immense est mon plaisir
Si je ne pense pas ce que vous pourriez faire.
Tout acte est rapproché de sa propre puissance
Lorsque la volonté s'accouple à l'appétit.
Ausias March
LA DOULEUR SANS ESPOIR, QUE NUL NE PEUT CONTER...
La douleur sans espoir, que nul ne peut conter,
De celui qui est mort et ignore sa fin :
Il ignore si Dieu avec lui le prendra
Ou bien si dans l’Enfer il voudra le plonger.
Une douleur ainsi dévaste mon esprit,
Ne sachant pas l’endroit où Dieu vous a placée.
Au ciel ou en Enfer ma sentence est dictée :
L’endroit où vous irez est l’endroit qui m’est dû. Et toi, ô cher Esprit, toi qui as partagé
La vie avec ce Corps que moi j’ai tant aimé,
Regarde-moi un peu : ma passion est si folle
Que je perds devant toi l’envie de raisonner.
Ta demeure à jamais dira ou changera
Le sens de tous les mots que je veux t’adresser.
De tristesse ou de joie sera ma destinée :
La volonté de Dieu en toi est enfermée.
Si je prie, c’est en vain que je joins les deux mains :
Car tout est consommé pour elle – donc pour moi.
Et si elle est aux Cieux, comment dire ma joie ?
Si elle est en Enfer ma prière est folie.
Dans ce cas, ô Seigneur, annule mon esprit
Et que mon être soit rejeté au néant :
Mais que je n’en sois pas tellement attristé
Si elle s’est damnée à cause de m’aimer.
Tout ce que je redis je l’ai dit mille fois.
Que je me taise ou crie je reste insatisfait.
Si je pense ou je vais mon temps est temps perdu.
De tout ce que je fais d’avance me repens.
Je ne crains pas le mal de mon bonheur passé,
Car je crains trop le mal inscrit dans l’avenir.
Mais tout mal est petit s’il n’est pas éternel,
Et moi j’ai peur d’avoir mérité celui-ci.
Le mal quotidien est plus que redouté,
Mais il s’apaise un peu lorsqu’il devient commun.
Ô toi, ô ma Douleur, tiens-moi bien éveillé,
Agis contre l’oubli et sois mon éperon.
Attache bien mon cœur, arrache tous mes sens :
Rassasie-toi de moi, car je m’offre tout nu.
Accable-moi de maux, tant, qu’on en ait pitié.
Autant que tu le peux élargis ton pouvoir.
Et toi, ô cher Esprit, si rien ne t’en défend,
Romps avec cette loi commune à tous les morts
Et reviens parmi nous, pour m’informer de toi :
Tu sais que ton regard ne peut pas m’effrayer !
Ausias March