 |  | [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés Section : Littérature et bande dessinée BD, livres et édition | [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés : Discussion sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.) 13/06/2006, 14h25 | #92 | | Demi-Déesse
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Voici le premier poème du corpus du BAC de français de ce matin! Je l'ai adoré, j'aurais beaucoup aimé que le commentaire soit sur ce poème là!
La ronde sous la cloche
Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean. Ils évoquèrent l'orage l'un après l'autre, et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.
Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d'éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l'averse dans les bois.
La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata; mon chardonneret battit de l'aile dans sa cage; quelque esprit curieux tourna un feuillet du Roman de la Rose qui dormait sur mon pupitre.
Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les enchanteurs s'évanouirent frappés à mort, et je vis de loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans le noir clocher.
Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du purgatoire et de l'enfer les murailles de la gothique église, et prolongeait sur les maisons voisines l'ombre de la statue gigantesque de Saint-Jean.
Les girouettes se rouillèrent; la lune fondit les nuées gris de perle; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin secoué par l'orage.
Gaspard de la nuit
Aloysius Bertrand
Edit: J'aime beaucoup ce poème, je le trouve très amusant! J'aime bien Robert Desnos en général!  Dernière modification par Crevetterose : 13/06/2006 à 14h27. | | |
13/06/2006, 23h30 | #93 | |
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | << Jadis,si je me souviens bien ,ma vie était un festin
ou s'ouvraient tous les coeurs, ou tous les vins coulaient.
Un soir, j'ai assis la beauté sue mes genoux.
Et je l'ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui.
O sorcières, o misere, o haine, c'est à vous que mon trèsor a ètè confié !
Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine.
Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bon sourd de la bete féroce.
J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, le sang.
Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue.
Je me suis séché à l air du crime. Et j'ai joué de bon tours à la folie.
Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.
Or, tout dernièrement m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j'ai songé à rechercher la clef du festin ancien, ou je reprendrais peut étre appétit.
La charité est cette clef. Cette inspiration prouve que j'ai revé!
<< Tu resteras hyène,etc...>>, se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots.
<< Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoisme et tous les péchés capitaux.>>
Ah! j'en ai trop pris : Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée! et en attendant les quelques petites lachetés en retard, vous qui aimez dans l'écrivain absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.
ARTHUR RIMBAUD << Extrait Une saison enfer >>
Dernière modification par Nyx : 14/06/2006 à 07h46. | | | |
15/06/2006, 13h34 | #94 | | Feu-Follet
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | se poeme intence et calme à la foie ma émut, je vous le fait donc partager.
SOIR DE BATAILLE
Le choc avait été très rude. Les tribuns
Et les centurions, ralliant les cohortes,
Humaient encor, dans l'air où vibraient leurs voix fortes,
La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
D'un oeil morne, comptants leurs compagnons défunts,
Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
Tourbillonner au loin les archers des Phraortes,
Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
C'est alors qu'apparut, tout hérisse de flèches,
Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
Superbe, maitrisant son cheval qui s'effare,
Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
José Maria de HEREDIA | | |
15/06/2006, 14h43 | #95 | | Feu-Follet
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Un garçon dans ma classe ses convertie en poete après qu'on l'ait lu en cour, du coup je me suis dit qu'il faudrait vous en faire profité!
A une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Jespère que sa vous à plus salut!
VOTRE SERVITEUR Léolio
Excusez-moi, j'ai oublier l'auteur c'est Charles BAUDELAIRE merci de pas m'en vouloir  Dernière modification par Ebert : 16/06/2006 à 19h43. Motif: Fusion d'un double post | | |
17/06/2006, 10h24 | #97 | | Ombre
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Ca restera à jamais Charles Baudelaire pour moi
Je suppose que ça ne sert à rien que je mette Horloge sur le topic puisqu'il a sans doute était cité je pense...  En tout cas ce poème m'a marqué quand j'étais plus jeune et je le garde en mémoir depuis
Intéressant, ne ?
Bon allez, je le mets quand même je peux pas résister
Horloge
Horloge, dieu sinistre, effrayant, impassible,
Don le doigt nous menace et nous dit : "Souvient-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible !
"Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
"Trois milles six cent fois pas heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
"Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !
"Souviens-toi que le temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augemente ; Souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !)
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"
Héhé, dire que je m'en souviens après tout ce temps ^^
Kissoux à tous !  | | |
19/06/2006, 07h21 | #98 | | Feu-Follet
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Au temps de la mort des marjolaines
Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.
Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d'heurs et de malheurs ?
Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D'amour, morts en la saison des pleurs
D'avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?
Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d'amour sans lendemains !
C'est le vent d'automne dans l'allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l'eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c'est le givre dans la vallée.
Dénoue - il est l'heure - tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L'ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.
Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !
Stuart MERRILL (1863-1915)
Nyx modo ON
Il est important de citer les auteurs des poemes, par respect pour les oeuvres et par obligation vis a vis des droits d'auteur. Merci.
Nyx modo OFF
Dernière modification par Nyx : 20/06/2006 à 09h36. Motif: Rajout du nom de l'auteur | | |
20/06/2006, 05h02 | #99 | |
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | |
- Qui aimes-tu le mieux,homme énigmatique,dis ? ton père,ta mère,ta soeur ou ton frère ?
-Je n'ai ni père,ni mère,ni soeur,ni frère.
-Tes amis ?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
-Ta patrie ?
-J'ignore sous quelle latitude elle est située.
-La beauté?
-Je l'aimerais volontiers,déesse et immortelle.
-L'or ?
-Je le hais comme vous haissez Dieu.
-Eh ! qu'aimes tu donc, extraordinaire étranger ?
-J' aime les nuages...les nuages qui passent...là-bas...là-bas...les merveilleux nuage !
BAUDELAIRE << L' étranger >>
(Le spleen de Paris)
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20/06/2006, 12h49 | #101 | | Feu-Follet
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | kichigai je croie que pour moi c'est pareil sauf en amour lol j'en ai pas  !
Bon c'est mon tour, voici un poème fait en classe que j'ai bien aimé.
Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.
Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.
Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.
Le cygne
Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d'ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d'une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu'il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l'azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu'il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l'eau ne se distinguent plus,
A l'heure où toute forme est un spectre confus,
Où l'horizon brunit, rayé d'un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L'oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d'une nuit lactée et violette,
Comme un vase d'argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments.
René-François SULLY Dernière modification par léolio : 22/06/2006 à 15h24. | | |
03/11/2007, 22h40 | #102 | | Ombre
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Un auteur apprécié ici visiblement ce sacré Arthur Rimbaud, j'ai devoré son oeuvre, celle ci m'apportant bien des réponses, mais il est un poême que je ne peux oublier malgré son air quelque peu... comment dire, dégoutant. La beauté se trouve donc la où l'on ne l'attend pas...
"Bal des pendus", Arthur Rimbaud Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !
Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !
O durs talons, jamais on n'use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau:
Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton:
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.
Hurrah! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes:
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...
Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres:
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !
Oh! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,
Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
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