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[Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés
Section : Littérature et bande dessinée
BD, livres et édition


Actualiser  Hyjoo > Forums > La fontaine > Littérature et bande dessinée > [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

[Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés : Discussion sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)

 
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 Poésie Les poèmes qui vous ont touchés
 Littérature et bande dessinée : BD, livres et édition
06/05/2005, 06h58 #1
Tarja 
Dieu supérieur

Tarja

[Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Il existe actuellement deux postes consacrés à la poésie : le premier est destiné à nos propres écris que nous désirons faire partager, le deuxième est un recueil des poèmes laissés par les membres d'Hyjoo sur les différents sujets de ce forum.

Je vous en propose un nouveau afin de poster les poèmes d'un auteur célèbre ou inconnu qui vous ont touché : celui de votre petit ami offert à votre anniversaire, celui de votre poète préféré, celui qui vous a le plus surpris, écoeuré, touché, charmé, envoûté.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
Place à la Poésie


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06/05/2005, 07h04 #2
Tarja 
Dieu supérieur

Tarja

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Faut bien donner l'exemple, alors je commence. C'est Rimbaud qui m'a éveillé à la poésie alors que je n'y comprenais rien il y a quelques années. J'avais beau avoir scandé les rimes latin et adorré Cyrano de Berjerac, j'étais resté de marbre à la poésie avant de tomber sur ce poème :

Ophélie (écrit par Arthur Rimbaud)
S
ur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte trés lentement, couchée en ses longs voiles...
--
On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son éepaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
--
Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
--
C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
--
Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !

-- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.



Les différents détracteurs et analystes de poèmes vous diront que Rimbaud reprend le thème de Shakespeare dans Hamlet... Mais ce n'est pas cela qui m'a marqué et me marque toujours. J'ai vraiment découvert ici le travail d'un poème, la forme sculptée des vers et le fond affiné du sens de chaque mot, de chaque phrase... L'opposition du blanc et du noir qui parcourt tout le poème crée, pour moi, un mélange assez fascinant avec le thème principal de la folie d'un amour impossible et vraissemblablement d'un suicide... (C'est tout du moins ce que je comprend en le relisant). De plus les émotions de cette enfant me parlent autant que les émotions que je ressens en lisant ces quelques lignes. Je me sens... triste, attendri par le sort de cette petite mais en même temps, la description de son corps flottant me parait belle... comme si l'enfant avait gardé la beauté de son innocence par delà la mort...

Dernière modification par Tarja : 06/05/2005 à 07h18.
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06/05/2005, 09h11 #3
Miss Mopi 
Ombre

Miss Mopi

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Il faudrait que je vous mette "les Fleurs du mal" en entier pour exprimer mon émotion toujours renouvelée à la lecture des poèmes de Baudelaire.

Ne pouvant me limiter à un poème, j'ai malgré tout effectué une drastique sélection pour n'en garder que deux plus un autre pour d'autres raisons que vous comprendrez plus tard!

Le chat est un poème simple, à plusieurs sens qui a signifiait des choses différentes selon les âges auxquels je le lisais.

Le chat

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.



Charles Baudelaire

Le deuxième est également un grand claissique du sire Baudelaire, où il nous fait part de divers plaisirs, chair, voyage, etc... Son rythme, ses mots, les images qu'il fait naitre sont fascinants.

Invitation au Voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur,
D'aller là-bas, vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir,
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés,
De ces ciels brouillés,
Pour mon esprit ont les charmes,
Si mystérieux,
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe,calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs
Les canaux, la ville entière
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe,calme et volupté.



Charles Baudelaire

J'aurai pu également cité "L'Horloge" dont le texte nous rapelle tant notre état de mortel. Mais en hommage à Géhenne, voici un autre texte, probablement moins connu de Charles Beaudelaire, hommage par son thème, avertissement par son contenu?

Les métamorphoses du vampire

La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"
Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.



Charles Baudelaire

Dernière modification par Miss Mopi : 07/05/2005 à 10h46.
Miss Mopi est déconnecté(e)
07/05/2005, 01h20 #4
boulé 
Ombre
Ca se passe de commentaires ...

boulé

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Voici un poème que j'ai étudié au lycée et qui m'a beaucoup marqué (alors que j'ai oublié pas mal d'oeuvres etudiées durant ma scolarité), qui mélange amour et mélancolie. Aragon y évoque aussi la guerre et l'occupation.
Les nombreuses répétitions utilisées lui donnent un rythme assez étrange et captivant.


Louis Aragon
ELSA AU MIROIR


C'était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C'était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
C'était au beau milieu de notre tragédie
Qu'elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise a son miroir

Elle peignait ses cheveux d'or et j'aurais dit
Qu'elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
A ranimer les fleurs sans fin de l'incendie
Sans dire ce qu'un autre à sa place aurait dit

Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C'était au bon milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire

C'était au beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi

Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir
Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit

Et vous savez leurs noms sans que je leur aie dit
Et ce que signifient les flammes des longs soirs
Et ses cheveux dorés quand elle vient s'asseoir
Et peigner sans rien dire un reflet d'incendie
boulé est déconnecté(e)
07/05/2005, 11h09 #5
erato 
Ombre

erato

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

moi c'est ce poeme qui m'a vraiment touchée...
je l'ai decouvert en lisant un roman qui le citait...

Si... Rudyard Kipling

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;


Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;


Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;


Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !
erato est déconnecté(e)
11/05/2005, 09h58 #6
Tarja 
Dieu supérieur

Tarja

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

J'en ai un autre à vous proposer : un poème aussi simple que l'objet qu'il décrit. Ce poème m'a marqué parce que la prose est à la fois extrèment simple et remarquablement compliquée à copier... Ce n'est pas un poème qui ma marqué sentimentalement mais plutôt pour sa construction et le style. C'est l'exercice de style qui m'a bleufé car il reflete exactement tout ce qu'est :

Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.
Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.



(F. Ponge, Le Parti pris des choses, 1942)
Tarja est déconnecté(e) Voir une photo de Tarja sur son profil
11/05/2005, 17h22 #7
Moïsha 
Demi-Déesse
Miss Hyjoo

Moïsha

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Pour ceux qui viennent souvent boire le thé en mon humble studio... vous savez que j'aime les mots...

voici quelques poemes qui m'ont un jour bouleversés et qui restent toujours pres de moi.

de Stephane Mallarmé

Sonnet.

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui!

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.


*********************

d'Edmond Haraucourt

Les plus beaux vers

Les plus beaux vers sont ceux qu'on n'écrira jamais
Lueurs de rêves dont l'âme a respiré l'arôme
Lueurs d'un infini, sourires d'un fantôme
Voix de plaine que l'on entend sur les sommets.

L'intraduisible espace est hanté de poèmes
Mystérieux exil, Eden, jardin sacré
Où le péché de l'art n'a jamais pénétré
mais que tu pourras voir quelque jour, si tu m'aimes

Quelque soir où l'amour fondra nos deux esprits.
En silence, dans un silence qui se pâme
Viens pencher longuement ton âme sur mon âme
Pour y lire les vers que je n'ai pas écrits


Mo no comment
Moïsha est déconnecté(e)
11/05/2005, 18h29 #8
Christian de Brévan 
Griffon

Christian de Brévan

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Voici le poême qui m'a donné l'envie d'écrire, il est assez connu et la raison est assez évidente :


Le lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse de LAMARTINE
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11/05/2005, 18h40 #9
Moïsha 
Demi-Déesse
Miss Hyjoo

Moïsha

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

haaaaa un emoi d'enfant... ce poeme est eternel


Arthur Rimbaud


Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Moïsha est déconnecté(e)
11/05/2005, 19h33 #10
Christian de Brévan 
Griffon

Christian de Brévan

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Tu m'a pris de court !!! J'allais le mettre mdrr ^^
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11/05/2005, 20h40 #11
Corbeau 
Dieu

Corbeau

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

EL DESDICHADO

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Nerval

Il parle de lui même...
Corbeau est déconnecté(e) Voir une photo de Corbeau sur son profil
11/05/2005, 20h42 #12
Moïsha 
Demi-Déesse
Miss Hyjoo

Moïsha

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Citation
Posté par Corbeau
EL DESDICHADO
Il parle de lui même...


rahhhh terrible... j'étais en train de relire à l'instant un recueil des poemes de Nerval... le seul vrai romantique français!

Les esprits goth se rencontrent

Mo
Moïsha est déconnecté(e)
11/05/2005, 23h54 #13
Angefeu 
Dieu supérieur

Angefeu

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

C'est probablement mon poème préféré aussi, celui-ci... D'ailleurs j'ai repris le dernier tercet en signature... ^^
D'autres poèmes des "Filles du Feu" (si je me souviens bien, c'est le titre du recueil contenant El Desdichado) sont pas mal non plus, mais je ne m'en rappelle plus trop... (j'les ai étudiés en Première)
Angefeu est déconnecté(e)
11/05/2005, 23h59 #14
Atlas 
Dieu
Boulet du mois

Atlas

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Moi c'est un poeme de Jacques Prévert...voyons si j'arrive à le retrouver :

Être ange
C'est étrange
Dit l'ange
Être âne
C'est étrâne
Dit l'âne
Cela ne veut rien dire
dit l'ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu'étrange
Dit l'âne
Étrange est
Dit l'ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
dit l'âne
Et il s'envole.

Désolé si ça fait plus léger mais moi je suis fan éternel même si j'ai dû l'apprendre tout gamin désolé...

Atlas - fier de son bô poème

Dernière modification par Atlas : 12/05/2005 à 11h40.
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12/05/2005, 00h10 #15
Atlas 
Dieu
Boulet du mois

Atlas

Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés

Voilà, amateurs de beauté destructrice, de charme plein de noirceur et de romantisme exacerbé, il manquait à notre communauté d'auteurs celui qui arrache les coeurs enflammés de ses lecteurs dans une composition pour le moins unique...tremblez gothiques car voici la triste et sombre histoire de Boris Vian et de son...Rock Monsieur !

Rock Monsieur

Dans un café des boulevards
Une famille arriva tard
Voulant dîner frugalement
de sardin' au fromage blanc
Mais le maître d'hôtel en noir
Répondit: nous avons ce soir

Potage: Rock en bol
Poisson: Rockillages
Dessert: Rockignoles
Rockfort comm' fromage
Mais si vous aimez mieux
Voilà des rock-monsieur

Rock-monsieur, rock-madame
Rock les p'tits enfants

Très irrité, l'père de famille
Voyant ses garçons et ses filles
Se mettre à danser la polka
Donna des gifles dans le tas
Puis boxant le maître d'hôtel
Il grogna ces mots cruels:

Potage: soupe aux gnons
Poisson: moules raclées
Dessert: gros marrons
Volaille: en volée
Mais si vous aimez mieux
Va pour le rock-monsieur

Rock-monsieur, rock-madame
Rock les p'tits enfants

Puis voulant mettr' un point-virgule
A cette chanson ridicule
Avec ses pauvres enfants
Le papa sortit en pleurant
Tandis que les larbins ravis
Braillaient tout autour de lui

Va donc, consommé
Allez, change de thon
Sortez, choux paumés
Oust! Filez, mignons
Nous ferons des heureux
Avec nos rock-monsieur

C'est bô cela me fait trembler...
Atlas est déconnecté(e) Voir une photo de Atlas sur son profil

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