Quand le silence
Devient si dense
Que les paroles
Au vent s'envolent
Quand le silence
Devient absence
Tout'volonté
Est malmenée
Quand le silence
Donne la cadence
Pourquoi parler
Comment s'aimer
Quand le silence
Donne le la
Quand mon coeur bat
Serais-tu là ?
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Noël
La ville resplendit de cent mille lumières
Et la forêt revit au coin de l'âtre en feu -
Les sapins sont venus dépérir peu à peu
Habillés de guirlandes au cœur d'une chaumière.
" Encor un beau Noël " se dit la centenaire -
" J'aurai vu cent Noëls n'est-ce pas merveilleux ? "
Cependant que la joie illumine ses yeux
Et que tous ses enfants entourent la grand-mère.
Certains viennent de loin - ont traversé les mers
Depuis les Amériques aux îles d'outre-mer -
Submergeant de cadeaux l'aïeule solitaire.
C'est un grand jour pour eux ces douces retrouvailles
Le réveillon s'apprête - on plume des volailles
Et le vin du pays coule à flot des futailles.
La soirée bat son plein - ils sont une trentaine
A danser au salon sur de vieilles rengaines :
Fréhel et puis Damia les muses faubouriennes.
La vieille a dans son cœur un bonheur lumineux -
Elle est heureuse et vit ces instants fabuleux
Où le passé déploie ses parfums capiteux.
Quand la fête finie chacun se dit adieu
Espérant se revoir bientôt - s'il plait à Dieu -
La mamie très émue embrasse chacun d'eux
Tandis que des sanglots se mêlent à ses vœux…
Créer par Denis germain
Saule dans la tourmente
Le vent a tant soufflé
Qu'il a plié le saule.
La pluie l'a tourmenté,
Lui a brisé l'épaule.
Autour, l'ouragan frôle,
Sans être désolé,
La perte de contrôle,
Il va tout décimer.
Fixée au toit de tôle,
La gouttière a grincée,
Aucun chat n'y miaule,
La cour est désertée.
La nuit, longue à passer,
Gémissements et pleurs,
La nature, épuisée,
Fait face à la douleur.
Presque déraciné,
C'est un saule pleureur,
Qui vient d'être éventrer,
Qui sous mes yeux, se meurt.
Septembre 2002
Le désert
La nuit, dans le désert, seule la lune brille
Sans nuage est le ciel, sans poussière d'étoile!
Sur les rocs les plus hauts, cette Belle scintille
D'un éclat radieux que ne couvre aucun voile
Dans le désert, la nuit, le silence est sans bruit
Et l'on sent les soupirs de ces lieux désertés.
C'est un bout d'univers où la vie se blottie
Dans des tiges charnues, au coeur des cactacées .
C'est d'un vide trop plein, un espace de rien,
Le trépas étendu, un néant nu, sableux .
La mort rôde partout, s'infiltre entre les grains...
La nuit, le désert est un abîme sans creux.
Sur cette aride mer où rôde la magie,
où flotte l'inconnu, où flâne le mystère,
L'on se sent si petit, si frêle et démuni
Qu'on croit le paradis ailleurs que sur la terre !
L'inspiration
Pour composer rimes et vers
Bien sur il faut l'inspiration.
Tous les sujets de l'univers
Sont prisonniers de l'émotion.
Le souffle de cette chaleur
Recouvrant le cœur de la muse
Utilise les mots du cœur
Pour peindre un regard de Méduse.
La science n'est pas la passion
Et ses mots sont sans nulle grâce.
Le talent sans motivation
Est une verve peu loquace.
Et si la beauté d'Apollon
Fait de la plume une déesse,
En rêve, ce bel étalon
Inspire aux vers un peu d'ivresse.
Pour retrouver ces sensations
L'âme du luth, de la mandore
Se mêle à la respiration;
D'un soupir va naître l'aurore.
Dans l'haleine de cette bise
Dans le reflux de ce frisson
Sur ces instants je vaporise
Mon indécise inspiration.
Octobre 2002
Que reste-il
Que reste-il des jours où la douce lumière
Éclairait la nature et ses boisés prospères
Sur le même sentier, feuillages rougissants
Recouvrent les vallons où j'allais en flânant
Et parlant aux ruisseaux, assise en solitaire
Pour leur dire à jamais de ma berge de terre
Que d'un feu si brûlant je t'aimais pour toujours
Que mon cour et mon corps te voulaient tour à tour.
Et de tous nos amours cachés dans la bruyère
Sous les nuages flous de la voûte d'antan
Nos vieux corps à cette heure n'ont d'allure si fière
Qu'en nos jeunes années, qu'en nos naïfs printemps
Mais nos lignes de mains en duo s'entrelacent
Du passé, reste encor de s'aimer tendrement.
Dédale
Dans l'enchevêtrement des jours gris
Dans le labyrinthe des regards
Et des mots tricotés trop serrés
J'enfile en un long fil d'Ariane
L'endroit et l'envers de mes errances
Et le nom que je pourrais avoir
Peut-être
Dans une langue nouvelle encore
Je dessine à vie et poing levés
Ce chemin d'ombre et de lumière
Cet espace sacré où renaître
Au carrefour opaque des mondes
Tel Dédale, lourd de tant de deuils,
Marcher les ailes tout écartées
Et imaginer Sisyphe heureux (*)
Peut-être
(*) allusion à l'essai sur l'absurde d'Albert Camus: «Le mythe de Sisyphe».
Camus affirme que la lutte vers les sommets suffit à rendre heureux même si le travail lui-même est inutile et sans espoir comme celui de Sisyphe, condamné à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids.
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Cinquième saison (ballade)
Le jour a déjà goût de deuil
Et mon cœur tangue sous l'orage
Meurtri puis brisé par l'écueil
Sur une note d'eau sauvage
Tout près, si près du blanc rivage.
Aux abords de ton horizon,
Fais-moi connaître ton langage,
Aube d'une cinquième saison.
Mon âme, froid et lourd cercueil,
N'admet pas un autre naufrage
Sous les sanglots de mon orgueil,
Des mots serrés pris en otage
Où se blesse mon paysage.
Nos promesses en demi-ton,
Je veux les saisir en image,
Aube d'une cinquième saison.
Permets-moi de passer le seuil
Pour ne plus sentir cette cage
Peinte cent fois en trompe-l'œil
À même les bords de ma rage.
Je veux pouvoir être nuage,
Construire de nos bras un pont
Enfin en sursis de voyage,
Aube d'une cinquième saison.
Mon amour, reçois en partage
Mes mots fripés et la chanson
Au liséré de mon visage,
Aube d'une cinquième saison.
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Transat
Je me suis tenue près de l'existence
Comme un transat à la frontière souple
Du sable et des eaux et des mots noués
Silence si dense au creux vif des songes
Gestes de pluie, nuits de soif encore
En ce lieu blessé où je ne vais pas
En ces longues enjambées tatouées
Au revers de mon désir de toi, tu.
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Jours d'enfance (triolet)
Dans le givre des jours d'enfance
J'ai retrouvé mille serments
Des poignées de mots en dormance
Dans le givre des jours d'enfance
Malgré l'inaudible souffrance
Et l'inachevé des instants
Dans le givre des jours d'enfance
J'ai retrouvé mille serments
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Reflets d'automne (Villanelle)
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
La vie en cavale qui se froisse et s'étire
Dis-moi surtout l'amour par-delà par-delà
Dis-moi comment teinter mes songes sans éclat
Marcher vers ton visage une nuit à redire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Dis-moi comment sauver mes phrases du verglas
Enrober d'outremer mes poings et mon sourire
Dis-moi surtout l'amour par-delà par delà
Dis-moi les arbres roux, le soleil, son grenat
Pour oublier l'exode et les morts à écrire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Raconte-moi le vert, l'orange et l'incarnat
Raconte-moi le vent, la forêt qui respire
Dis-moi surtout l'amour par delà par-delà
Je n'ai qu'un automne souillé de peur déjà
Un hiver à venir et qui tant me déchire
Dis-moi le réconfort des saisons par-delà
Dis-moi surtout l'amour par-delà par-delà
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Écrire
Écrire
Thésauriser le chant des mots
Et des langues et des souvenirs
Qui s'enchevêtrent dans des sens uniques
Écrire les pages de l'errance
Et des rêves de conquête
Au goût d'eau douce
Et de courant d'ailes
Écrire pour retenir
La paume d'une étoile
Et le poing des regards
Dans toutes les villes du monde
Écrire encore pour griffer
Toutes les terres arides
Au-dessus de mers mortes
Et des creux d'âme
Écrire enfin
Quand les étoiles tremblent
Aux confins des départs sauvages
Et des toits de lauzes
Écrire pour retenir le vent...
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