Genre: Poésie, SF Fantastique/Anticipation, Surréalisme
Bibliographie de l'auteur:
William Burroughs est l'auteur de nombreuses oeuvres publiées entre 1952 et 2003, dont la quasi totalité ont été traduites en français :
- Junky
- Queer
- Le Festin Nu
- Nova Express
- Le Ticket qui explosa
- La Machine molle
- Les Garçons sauvages - Un livre des morts
- Les Derniers Mots de Dutch Schultz
- Exterminateur
- Ah ! Pook est là et autres contes
- Les Cités de la nuit écarlate
- Essais (2 volumes)
- Les Terres occidentales
- Interzone
- L'Ombre d'une chance
- Mon éducation - Un livre des rêves
- Trilogie / Dead Fingers Talk
- Lettres du yagé
- Oeuvres Croisées
- Entre chats
- Lettres de Tanger à Allen Ginsberg
- Takis (avec Gregory Corso et Pierre Restany)
- L'Œuvre croisée (avec Brion Gysin)
- Révolution électronique
Les plus connues restent Le Festin Nu, Nova Express, La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Les Garçons Sauvages.
Petite biographie de l'auteur:
William Seward Burroughs (05/02/1914 - 02/08/1997) est, avec Jack Kerouac et Allen Ginsberg, l'un des précurseurs de la Beat Generation, mouvement littéraire à la créativité frénétique et subversive.
Ce romancier américain au talent très largement reconnu a influencé beaucoup d'auteurs, mais aussi de nombreux musiciens, il a collaboré avec de nombreux réalisateurs et était également acteur.
Insoumis, libertaire et provocateur, il a marqué durablement les années soixante de son style anarchique et de sa prose marginale et irrévérencieuse.
Anecdotes:
Le titre de "Festin Nu" a été donné au livre par Jack Kerouac, titre sibyllin que Burroughs finit par comprendre après une nouvelle cure de désintoxication : "Le Festin Nu – cet instant pétrifié et glacé où chacun peut voir ce qui est piqué au bout de chaque fourchette."
Explication obscure qui semble décrire une sensation particulièrement douloureuse du drogué en proie à une crise de paranoïa..
Le Festin Nu a été adapté au cinéma par David Cronenberg, ce film est à la fois un film biographique (biopic) et une concentration des passages clés du roman de Burroughs.
L'état de Burroughs s'était tellement dégradé lors de la rédaction tourmentée et saccadée de son livre, qu'il a eu besoin de l'aide de ses amis Kerouac et Ginsberg lors du cut-up.
Histoire:
Ce livre subversif et sulfureux publié en 1959, longtemps interdit et désormais légendaire, ne peut absolument pas être résumé ou raconté, étant donné qu'il a été écrit en utilisant la méthode de l'écriture automatique ainsi que celle du cut-up, qui consiste à assembler des portions de textes mélangées en suivant un ordre défiant la logique, et que l'auteur était sous l'influence de divers psychotropes puissants.
On obtient donc un livre sans aucune linéarité, le temps et l'espace n'y ont aucun sens et les digressions sont légion.
Ce livre est en très grande partie autobiographique, c'est un livre à l'état sauvage, l'inconscient éclaté et halluciné d'un drogué se retrouve couché sur le papier, étroitement entrelacé au récit de son quotidien, au point qu'on ne peut plus distinguer la réalité des délires : incursion brutale dans la tête, le monde et les perceptions d'un drogué, Bill Lee (Burroughs).
Les sujets dérangeants sont nombreux : drogue, violence exacerbée et sexe, ponctués de délires quasi schizophréniques et de véritables scènes d'horreur, l'ensemble forme la chorégraphie hallucinée d'une satire sociale confuse où la morale et l'intolérance dictatoriale sont littéralement assassinées.
Mon avis:
Je me souviens avoir lu ce livre dans un café/cafétaria, et avoir été prise d'un fou rire irrépressible lors d'un passage relatant un délire complètement absurde et pourtant terriblement comique (le passage avec le médecin).
La minute d'après j'avais pourtant l'estomac retourné et la tête dans un étau..
C'est un livre fourre-tout d'un point de vue émotionnel, qui mêle le personnel à la fiction, entre comédie musicale, dictateurs ridicules, prostituées anthropophages et homosexuels martyrisés, on rit, mais on en culpabilise quelque peu, puis on est dégoûté, et là encore on en culpabilise..
Les délires sont nombreux et recèlent tous, en plus de l'évidence comique ou obscène, quelque chose qui vient nous marteler le crâne, une vérité.
On ne sait pas comment réagir et c'est légitime, tout comme le personnage principal on perd pied, entre euphorie et peur panique.
Ce livre nous entraîne au-delà des réflexions habituelles sur le monde de la drogue et sur la déchéance sociale, et on se retrouve perdu dans un monde fantasmagorique où on ne peut pas se fier à nos perceptions ou à nos émotions, et encore moins à l'entité que ce monde représente et qui semble nous broyer lentement, la société.
On entre réellement dans la tête de Bill Lee et la paranoïa et le malaise nous gagnent insidieusement.
Tout comme il ne peut être résumé, ce livre, à la fois empreint de Kafka et de Philip K. Dick, ne peut pas être aisément critiqué, on y pénètre comme dans une dimension oubliée et cauchemardesque : sans repères, en laissant derrière nous la nôtre, avec tous ses préceptes, ses croyances et ses fondements qui n'ont ici aucune réalité.
La descente aux enfers dans l'univers de la drogue a depuis lors son chef d'oeuvre, à la fois drôle, violent et macabre, et dont on ne peut ressortir indemne, plongez donc