Bonjour,
Je vous fais l'honneur de lire mon roman en plusieurs épisodes. Cette saga estivale vous conduira dans une ville lointaine de l'Inde fantastique et mystérieuse, où nous suivrons les cruelles aventures de Deborah, jeune fille seule qui attend son Prince parti.
Pauvre Deborah, l'avenir sera bien cruel avec toi !
L’Amour à Pondichéry
Episode 1
Le soleil du matin tapait déjà fort sur les volets fermés de Deborah. Deborah n’était pas endormie. Elle était réveillée depuis plusieurs minutes. Elle écoutait le champ du matin des oiseaux perchés sur la branche de vieux chêne, qui était dans le jardin, avec le mobilier en tek. Sa montre avançait. Ou sinon son réveil retardait. Deborah avait des doutes sur les piles de sa montre. Elle était vieille, les piles aussi. L’heure qu’elle marquait semblait fausse, mais Deborah n’était pas sure de rien. Elle se leva donc pour la première fois, en ignorant l’heure qu’il était. Elle avait peur, car elle était seule.
Elle avait bougé durant la nuit. Le lit était défait. Sa nuit avait été courte. Déborah n’aimait dormir. Elle espérait voir venir le sommeil, mais elle ne l’avait pas vu partir ce matin. Sa nuisette était humide, comme la rosée du matin sur les pelouses du Parc Moreau, à coté de la maison du Colonel Drenier, chez qui elle avait passé tant de temps cet hiver. Deborah avait tant espéré voir surgir Stephano, son amant envolé en avion pour une mission humanitaire en Bengalie. Stephano était docteur. Deborah l’avait sauvé lorsqu’il s’était noyé dans le lac en voulant pécher. Deborah aimait Stephano comme le soleil aime la mer où il se reflète. Stephano aimait Deborah comme le sable aime la plage qu’il recouvre jour et nuit. Et la nuit avait été mouvementée dans l’esprit de Deborah, car sa nuisette était humide. Elle recouvrit son corps tremblant d’une robe de chambre de satin. Elle mit ensuite ses pantoufles de fourrures de vison à ses pieds blancs et pales. Deborah n’avait pas envie de descendre, mais le soleil était déjà haut et elle ignorait l’heure.
L’escalier blanc de marbre blanc sentait la rose rare d’Inde. Deborah aimait cette odeur. C’était Stephano qui avait offert le premier un bouquet de rose à Deborah. Elle avait aimait les fleurs et Stephano. Elle avait cueilli tant de fleurs que sa maison était comme le jardin d’Eden, pur et éclatant. Elle aimait son salon de cuir et de marbre blanc, elle aimait la sensation du fauteuil sur sa peau douce et blanche. La blancheur de sa peau répondait à la blancheur du marbre. Elle rêvait dans son fauteuil d’un horizon lointain, de s’échapper de tout cela avec Stephano et de partir vers une île déserte. Ils s’aimeraient sur cette île, seuls et sans personne. Stephano construirait un abri dans les arbres. Deborah irait cueillir des fruits mûrs et juteux. Ils les mangeraient autour d’un feu sur une plage nue de toute présence humaine. Elle rêvait.
Deborah arriva dans la cuisine spacieuse de sa maison. Elle était blanche. Comme le salon, en marbre immaculé tel sa peau pâle. Dans sa robe de satin, Deborah avait maintenant chaud. Et le soleil qui était en avance sur sa montre tapait déjà sur les volets clos de sa chambre au dessus de la cuisine. Peut-être irait-elle s’asseoir sous le chêne du jardin ?
Dans le frigidaire à double porte avec distributeur intégré de glaçons et de glace pilée, tellement agréable lorsque le soleil frappait de ses rayons dorés les volets de la maison clos mais cependant tellement agréable derrière des rideaux de mousseline venant de Chine, elle prit une orange. Pulpeuse et gorgée de jus, elle la coupa en deux. Une par une, elle passa ses moitié sur le cône afin d’en retirer tout le jus. Elle les pressa d’une main experte, rien n’allait rester. Une fois vidée, elle passa le jus au filtre. Elle n’aimait pas la pulpe qui restait entre les dents. Elle saisit ensuite son verre de jus d’oranges fraîchement pressées. Elle s’assit devant la baie vitrée de sa cuisine et tira le rideau en bois qui protégé les carreaux de marbre du sol du soleil matinal chaud. Le sol était ainsi très frais.
Le jus était frais, cela était agréable en ce matin presque brûlant. Elle le but par petites gorgées rapides. Dehors, quelques oiseaux se baignaient dans la fontaine du jardin. Ils virevoltaient comme des petits anges autour du jet, en se mouillant la tête et s’ébrouant les ailes. Deborah aimait regarder les oiseaux ainsi tant de vie. Elle était heureuse de voir ce genre de choses. C’était plein de poésie et elle aimait cela. Sa seule source de réconfort était justement l’espérance dans ce monde qui devienne plus poétique avec le temps.
Cependant, elle doutait parfois, dans ses moments de désespoirs solitaires, qu’un jour elle puisse voir fleurir la paix dans le monde et qu’elle puisse s’échapper de tout ce système avec son amour Staphano. Deborah doutait parce qu’elle était en vie. Et c’est cette vie pleine de vibration qu’elle voulait garder. Le plus difficile n’était pas d’être heureuse, mais de rendre le monde heureux. Car elle avait songeait que cela ne servait à rien d’être heureuse dans un monde triste. Autant il fallait qu’elle rende ses amis aussi heureux qu’elle. Stephano serait heureux si il vivait avec Deborah. Et l’inverse était tellement mille fois plus vrai qu’elle en pleurait parfois. La solitude est pesante comme un millier de poids sur le ventre qui saisissent avec hargne la peau et les tempes. Heureusement, le bonheur était proche. Elle ne doutait pas que sa bonne étoile veillait sur elle comme c’était normal. Elle croyait en son bonheur, cela était suffisant.
C’est alors qu’elle entendit le portail automatique s’actionner. Dans l’allée s’avança une camionnette de couleur brune. Deborah se leva lentement. Qui avait ainsi pu entrer dans la maison ? Etait-ce un ami de Stephano ? Un voleur ? Mais comment aurait-il pu avoir la commande du portail ? Peut-être l’avait-il trafiquée ? Deborah se mit à tourner dans la cuisine, ses pieds nus avaient quitté ses souliers de vison. C’est alors qu’elle ressentit le courage que seules les femmes fortes peuvent ressentir, ce genre de motivation qui vous font faire de grandes et fabuleuses choses lorsque l’heure le demande.
Deborah ouvrit un placard. Elle y prit la première chose qui lui vint sous la main. Une boite de conserve. Des petits pois. Elle ignorait que Stephano aimait les petits pois. Elle pensa qu’il faudrait qu’elle lui en fasse préparer pour son retour. Deborah rêvait de faire plaisir à Stephano pour son arrivée. Tout devait être parfait. Soudain, Deborah se souvint que quelqu’un était là et qu’elle n’avait pas encore mangé.
Une porte claqua. Deborah sursauta. Elle avança à pas de louve dans le corridor qui menait à l’entrée de la maison. La température semblait être montée de plusieurs degrés. Etait-ce la peur qui saisissait le ventre de Deborah ? Ou était-ce la faim ? Il faisait trop chaud. Le climatiseur devait être en panne, ou pire, peut-être l’avait-on lui aussi saboté !
Deborah était en nage, sa nuisette lui collait sur les reins. Elle était devant la porte d’entrée. Derrière, son agresseur approchait. Elle entendait ses pas et sa respiration rauque. Elle prit bien en main la poignée de la porte. Plusieurs fois, elle déplaça ses doigts dessus, tellement qu’elle avait peur. Puis le courage lui revint. Elle se sentit forte et pleine d’audace. Elle poussa la poignée en l’abaissant rapidement. La porte s’ouvrit. D’un geste rapide, comme celui d’un dernier espoir, elle lança la boite de conserve vers l’allée. Le soleil lui entra directement dans les yeux, elle ne vit rien. Mais elle savait qu’elle avait touché. Libérée, elle perdit connaissance, mais heureuse d’avoir su protéger la maison de Stephano.
Elle revint à elle plus tard. Elle était allongée sur une chaise longue en tek dans le jardin, un linge humide sur le front. Où était-elle ? Elle reconnut son jardin et la chaise. A coté d’elle, un homme… Son agresseur ? Elle s’apprêta à agir, à crier afin d’alerter les voisins, et qui sait, le Colonel Drenier. Il viendrait avec ses chiens et la sauverait, il l’avait promis à Stephano et à Deborah aussi, lors de la dernière nuit passée chez lui pour une partie de dés.
Mais elle reconnut l’homme. Elle reconnut les muscles saillants qui se dessinaient sous un tricot de corps trop serré. Elle reconnut la figure carrée et volontaire, recouverte d’une barbe de trois jours. Elle reconnut les mains puissantes. Elle reconnut la couleur d’ambrée de la peau et l’odeur sucrée du corps de cet homme de dos. Elle sentit ses forces s’enfuir. Elle se sentit défaillir. Elle pensa à sa chambre blanche, au marbre, aux oiseaux et à son verre de jus d’orange qu’elle n’avait pas encore terminé. Elle ne savait plus quoi faire ni que penser. Deborah était perdue. Elle était perdue dans un océan d’incertitude et sous le soleil brûlant dans le jardin de cette maison de Pondichéry.