Black Sabbath - Paranoid
Sortie: 1970
Titres:
- War Pigs
- Paranoid
- Planet Caravan
- Iron Man
- Electric Funeral
- Hand of Doom
- Rat Salad
- Fairies Wear Boots
Line-up:
Ozzy Osbourne (chant)
Tony Iommy (guitares)
Terrence "Geezer" Butler (batterie)
Bill Ward (basse)
Chronique:
Inspiration. Voilà l’image que l’on garde de Black Sabbath : le groupe qui influença les groupes de hard rock et qui donna naissance au heavy metal. Paranoid dans la discographie du groupe occupe la place de catalyseur. Il s’agit à coup sûr de l’album qui déclencha tout. Le metal puisera longtemps ses ingrédients dans ce chaudron musical qu’est
Paranoid : riffs de plomb, tempos lourds et martèlement de batterie, voix aiguës qui savent se faire graves et imagerie obscure. La musique de Black Sab’ impressionne encore par sa simplicité. C’était le genre de groupe qu’un débutant peut copier en peu de temps, sauf que personne n’avait la voix vociférante d’Ozzy, ni le jeu chirurgical de Tommy Iommi.
La folie infernale. L’album devait à l’origine s’intituler War Pigs. La Warner, maison de disque assez conservatrice , opta pour un titre moins provocateur dans une Amérique qui payait encore les désastres de sa politique au Vietnam. De plus, ce titre avait l’avantage de surfer sur le succès que remportait alors le single du même nom. Fort heureusement, il était trop tard pour changer l’artwork délirant, flou, représentant un guerrier futuriste avec son épée. Cette image associée aux rumeurs qui faisaient de Black Sab’ les fondateurs du rock satanique achevaient de leur donner une réputation sulfureuse.
La messe metallique. A l’évidence, le groupe ne possédait pas le génie de Led Zeppelin ou de Deep Purple, mais il savait être efficace et régulier dans la qualité de ses compositions. Le rythme pesant, aux tonalités funestes tranchaient cependant avec le style de l’époque (on est encore dans l’ère du flower power). Black Sab’ ajoutait à tout cela une mise en scène extraordinaire qui faisait basculer son hard rock dans les délires d’une messe noire électrocutée. Revenons donc en 1970. En cette fin d’année Black Sab’ décroche un immense tube avec le riff entêtant de « Paranoid », un de leurs meilleurs titres. Le groupe développait alors un style simple mais loin d’être simpliste. Avec ce titre, le groupe introduisait un riff primal accompagné d’une voix toute aérienne, flottant sur l’ensemble, Iommi se chargeant du solo éclair. Black Sab’ donnait le ton, les années 70 en seraient marquées à jamais comme « polluées » par ces riffs de plomb. L’intro de « War Pigs » nous laisse éberlué, assommé que nous sommes pas la lourdeur de la musique ; c’est parti, Ozzy entonne un air quasi country, la rythmique s’emballe, soli mélodiques…la machine est lancée. « Planet Caravan » marque alors une pause dans le cheminement infernal que mène le groupe. Black Sab’ nous gratifie d’une chanson aux airs mystiques renforcés par la voix planante d’Ozzy et les percutions de Bill Ward, Iommi se lisse aller à un solo bluesy, très jazz aussi. Il nous fallait bien cela pour nous remettre les idées au clair. Un martèlement primitif, néandertalien annonce alors le majestueux « Iron Man ». A sa manière, Ozzy fait de cette chanson une véritable comptine sur l’homme de fer et soudain le break, le rythmique se lance alors dans une course folle, Butler maltraite sa basse, Ward gifle ses fûts, Ozzy réapparaît un instant pour arbitrer les hostilités et c’est reparti pour un tour chacun rivalisant de talent. Ce titre par son atmosphère d’outre tombe poussait le hard rock dans ses derniers retranchements soniques et possédait un refrain imparable : Busta Rhymes ne s’y trompera pas, qui reprenant ce titre à la sauce hip hop laissera le refrain d’origine, chaotique. Le moribond à peine mort, les préparatifs se faisaient pour ses funérailles, qui s’annonçaient électriques. La voix pernicieuse d’Ozzy, les rythmes lourds laissent place à une accélération, les voix donnent dans le suraiguë. « Hand Of Doom » et « Fairies Wear Boots » nous présentent une rythmique au meilleur de sa forme. Le chant se fait bluesy par moment, le duo basse/batterie très entraînant, les breaks nombreux laissent la voie à Tommy qui livre ici sa cargaison démoniaque. L’instrumental ne fait qu’enfoncer le clou du cercueil musical un peu plus. Roulements caisse, Bill Ward décidément à l’aise sur son attelage s’adonne alors à un solo, le tout accompagné par un riff minimaliste de Iommi qui lui laisse au cogneur toute latitude. Sab’ nous offre un véritable chef d’œuvre. La messe noire et dite. Amen !
Note Générale: 9,5/10.