MATTHEW HERBERT

Pays : Angleterre
Style : electronica, house, jazz
Labels : Accidental Records et K7
Site officiel :http://www.matthewherbert.com/index.php
(avec l'essentiels de sa discographie en écoute
Biographie :
Matthew Herbert a commencé sa carrière de défricheur sonore au milieu des années 90 en Angleterre, sous le pseudonyme Wishmountain. Le premier d'une longue série, puisqu'il sortira des disques sous les noms les plus divers : Radioboy, Doctor Rockit, Matthew Herbert ou encore Herbert. Dans un premier temps, sa musique est essentiellement house, une musique qui a sa place avant tout sur les pistes de danse (malgré un son plus rafiné que la moyenne), mais elle va vite devenir plus expérimentale, moins binaire.
Lors d'un voyage à San Francisco, Herbert rencontre Dani Siciliano, DJ et chanteuse de jazz. Cette rencontre est un tournant dans sa carrière, puisque Siciliano deviendra vite sa muse, sa chanteuse attitrée, et même son épouse. Herbert est de plus en plus attiré par le jazz, et cette évolution va déboucher un véritable chef d'oeuvre,
Bodily Functions, subtil mélange de house, de jazz et d'electronica, en 2001. L'album tire son nom des très nombreux bruits corporels qui l'ont façonné, un peu à l'image des bruits d'hôpitaux sur l'un des albums de Matmos, mais en nettement plus accessible.
Matthew Herbert, c'est aussi un engagement très fort contre la mondialisation libérale et le consumérisme. Toujours en 2001, sous le pseudonyme Radioboy, il dévoile son versant le plus expérimental avec
The Mechanics of destruction, un disque OVNI où il attaque les multinationales en samplant des bruits d'objet MacDo ou GAP. Objets dont il va se servir pour créer des sons en direct lors de ses concerts. Il reprendra le concept quelques années plus tard sous son vrai nom... En cohérence avec son message, l'album est distribué gratuitement, et téléchargeable tout à fait légalement
ici.
Herbert est un compositeur prolifique, puisqu'il enchaine en 2002 avec
Secondhand Sounds, une compilation où il remixe ses anciens morceaux mais aussi ceux d'autres artistes. Car Matthew Herbert s'est toujours distingué par ses remixes : Moloko, REM, Gainbourg, Cibelle, Michel Petrucciani, Quincy Jones, The Soft Pink Truth, Motorbass, The Cinematic Orchetra, Ark, Molvaer, Björk, M. Oizo, Matmos, Sven Väth, Harold Budd... et plus récemment Radiohead.
Le phénomème continue au même rythme en 2003 avec le remarquable et remarqué
Goodbye Swingtime : un album où les machines sont quasiment absentes, entièrement composé pour un big band qui va faire de son auteur une figure respectée dans le milieu du jazz. Pas mal pour un producteur electro ! Dani Siciliano s'occupe une fois encore des choeurs.
Toujours boulimique, Herbert multiplie les collaboration. Déjà, en 2001, il s'était occupé de quelques morceaux de l'album
Vespertine de Björk (comme Matmos, ce qui n'est guère étonnant). En 2004, il produit le premier album solo de Dani Siciliano, et en 2005, celui de Roisin Murphy, la chanteuse de Moloko. Quand on dit qu'il produit ces albums, c'est le terme officiel, car en pratique, c'est lui qui est aux commandes et qui écrit quasiment tout. C'est pourquoi on peut légitimement glisser ces disques dans sa discographie personnelle.
À l'écoute de l'album de Roisin Murphy, on se dit qu'il s'agit d'un sommet de l'histoire de la pop. En fait, pour Herbert, il ne s'agit que d'un amusement, une broutille pour se divertir de son travail le plus complexe de l'année 2005. C'est en effet la même année que sort
Plat du jour, un disque sans Dani Siciliano où il renoue avec l'expérimentation et l'engagement politique de
The Mechanics of destruction (mais en dix fois plus beau). Une fois de plus, la forme en en parfaite symbiose avec le fond : dans ce pamphlet contre la malbouffe, la plupart des sons sont en fait des samples, enregistrés à partir de bruits de nourriture et de l'industrie agroalimentaire. Ainsi, l'un des morceaux de bravoure de l'album reprend toutes les étapes de la vie d'un poulet élevé en batterie, de l'élevage à l'assiette. Lors de ses concerts, deux chefs préparent des plats sur scène, et Herbert sample les sons qui en résultent pour les incorporer en live dans sa musique !
Enfin, en 2006, Herbert a renoué avec le son plus accessible de
Bodily Functions, mais en moins minimaliste, avec son nouvel album
Scale. La voix de sa compagne est à nouveau au centre du dispositif, mais l'habillage est plus riche, avec des cordes, des cuivres, et de nombreux sons électroniques. Quant au nouvel album solo (soit-disant) de Dani Siciliano, il devrait sortir en septembre.
Discographie :
Comme elle est un peu longue, je ne vais pas faire toutes les tracklists. Autre remarque, je m'en suis tenu aux albums sortis en CD, mais sachez qu'il existe aussi quelques vinyls. Pour une discographie complète, consulter le site français.
Herbert - 100 Lbs, 1996
Doctor Rockit - The Music of Sound, 1996
Wishmoutain - Wishmountain is dead - Long live to Radio Boy, 1997
Herbert - Aroud the house, 1998
Doctor Rockit - Indoor fireworks, 2000
Matthew Herbert - Globus Mix Vol. 5, Let's all make mistakes, 2000 (compilation/remixes)
Herbert - Bodily functions, 2001
Radio Boy -The mechanics of destruction, 2001
Herbert -Secondhand Sounds : Herbert Remixes, 2002 (compilation/remixes)
Matthew Herbert Big Band - Goodbye swingtime, 2003
Doctor Rockit - The unnecessary history of Doctor Rockit, 2004
Dani Siciliano : Likes..., 2004
Matthew Herbert - Plat du jour, 2005
Roisin Murphy - Ruby blue, 2005
Herbert -Scale, 2006
Dani Siciliano : Slappers, septembre 2006
Avis personnel :
Les deux styles de musiques que j'écoute le plus sont l'electronica et le jazz. Alors Herbert, vous pensez bien ! Mais attention, pour moi, l'electrojazz est plutôt à connotation négative : à la suite de Saint Germain, il y a eu une espèce de mode, avec tout un tas de groupes opportunistes qui se sont engouffrés dans la brêche, la qualité étant rarement au rendez-vous (à quelques exceptions près comme DJ Spooky ou Booster) ! Par exemple, les compils "Café de Flore" sont bourrés de trucs snobs et conformistes du même genre, et je passe au large ! Herbert est à 1000 lieux de tout ça. Parfois il mélange les deux, mais ce n'est jamais forcé, jamais pour se la raconter. Et il est capable de faire des albums entiers d'electronica expérimental, ou à l'autre bout du spectre, des albums de jazz pur, voire académique. Surtout, il est bien plus original et novateur que tous les groupes dits d'electrojazz.
Sinon, j'aime un peu moins ses morceaux house, mais c'est un genre que j'écoute assez peu. N'empêche, ce qui est remarquable, c'est qu'il ne fait jamais du sur-place, il évolue constamment et se bonifie avec le temps.
Si je devais faire une sélection de mes 10 artistes favoris, Matthew Herbert en ferait certainement partie.
Selon moi, ses disques indispensables sont :
Herbert - Bodily functions
Matthew Herbert Big Band - Goodbye swingtime
Matthew Herbert - Plat du jour (mon préféré)
Roisin Murphy - Ruby blue
(cliquez pour écouter sur le site officiel de Herbert)