 |  | Charles Mingus Jazz Artiste / Groupe | Charles Mingus (Jazz) : Fiche / Article de la section Artistes et groupes, crée sur le forum Musique (Artistes, chansons, groupes et lives : Informations et discussions sur les courants et les genres musicaux, leurs auteurs, artistes et interprètes...)  | Charles Mingus Genre : Jazz
| | Rédaction : nakata (03/08/2006) |
CHARLES MINGUS

Pays : États-Unis
Style : jazz (compositeur, contrebassiste, et occasionnellement pianiste)
Label : Debut, Atlantic, Columbia, Candid, Impulse, Blue Note...
Biographie :
Né en 1922 d'une mère anglo-chinoise et d'un père métis, le jeune Charles Mingus est très vite confronté à la discrimination raciale, rejeté à la fois par les Blancs parce que trop noir et par les Noirs parce que trop blanc. Sa mère ne tolérant que la musique religieuse, il découvre la musique à l'église, avec le gospel et le blues. Il nourrit déjà une passion secrète pour son idole de toujours, le jazzman Duke Ellington, mais c'est par le classique qu'il apprend à jouer d'un instrument : du trombone dans un premier temps, puis du violoncelle. Il est doué, mais on lui fait vite comprendre qu'il n'a aucun avenir dans le monde de la musique classique - réservée aux Blancs - et il se fixe finalement sur la contrebasse, assez proche du violoncelle. De cette jeunesse frustrante, il héritera un caratère orageux et paranoïaque, mais aussi l'ambition de pousser les structures du jazz au même niveau de complexité que le classique.
Mingus devient vite un prodige de la contrebasse. Dans les années 40, il est successivement engagé dans les groupes de Lee Young, Louis Armstrong et Lionel Hampton, des légendes du jazz. Au début des années 50, il réalise même son rêve en jouant pour Duke Ellington... mais il est viré à cause de son caractère excécrable ! En 1953, il participe au Massey Hall Concert, connu pour avoir réuni la dream team la plus impressionnante de l'histoire du jazz : Charles Mingus à la contrebasse, Max Roach à la batterie, Bud Powell au piano, Dizzy Gillespie à la trompette et Charlie Parker au saxophone.
Ce concert a lieu dans un contexte particulier, celui d'une intense collaboration entre Mingus et Parker, qu'il considère comme le jazzman le plus novateur. Mais deux années plus tard, les deux virtuoses sont les protagonistes d'un épisode particulièrement pathétique au cours d'un concert dans un club de jazz avec leurs glorieux ainés. Powell, qui est en train de sombrer dans l'alcoolisme et la maladie mentale, semble incapable de jouer correctement. Parker, seulement 35 ans mais déjà consumé par la drogue, chante le nom du pianiste pour meubler. Mingus se lève finalement et annonce dans un micro : "Ladies and gentlemen, please don't associate me with any of this. This is not jazz. These are sick people."
C'est la fin d'une génération et le début d'une nouvelle : Charlie Parker meurt une semaine plus tard de ses excès, et Mingus se consacre plus sérieusement à sa propre carrière avec le Jazz Workshop, groupe dont il est le leader. Déjà co-fondateur du label Debut Records et auteur d'une dizaine d'albums depuis 1952, il écrit sa première oeuvre majeure en 1956 : Pithecanthropus Erectus. Mingus a trouvé son style inclassable, précurseur du free jazz par son côté improvisé et expérimental, mais profondément enraciné dans les racines swing, blues et gospel, et fortement influencé par la musique classique russe à la Stravinsky. Toujours excécrable, il est très dur et directif avec ses musiciens, mais en même temps, il les laisse improviser, du moment qu'ils respectent le cadre créé par le thème principal qu'il a composé. Effrayant quand il s'énerve, le colosse restera célèbre pour ses colères homériques : lors d'un concert à Philadelphie, il tente de refermer le couvercle du clavier sur les doigts de son pianiste, puis casse la figure à son tromboniste ! Le Jazz Workshop révélera plusieurs pointures du jazz, comme Eric Dolphy.
Mingus compose l'essentiel de ses chefs-d'oeuvre dans les années suivantes : The Clown (1957), Mingus At Antibes (live, 1960), Oh Yeah (1962), The Black Saint and the Sinner Lady (1963), Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus (1963)... En 1957, après un séjour de débauche à Tijuana, ville-frontière et bordel à ciel ouvert, il crée l'album Tijuana Moods, très inspiré par le Mexique. En 1962, il revisite quelques grands thèmes de Duke Ellington, en trio avec Max Roach et... le vieux Duke lui-même, dans un autre disque de légende, Money Jungle.
Quelques années plus tôt, en 1959, c'est "Fable of Faubus", un thème de l'album Mingus Ah Um, qui fait polémique dans un contexte de ségrégation raciale : Faubus est le gouverneur de l'Arkansas qui avait refusé l'accès d'une université à des Noirs ; le morceau de Mingus commence par un discours incendiaire à son sujet. Mais la maison de disque, Columbia, censure l'intro, et l'artiste furieux rejoint un autre label, Candid. Un an plus tard, il sortira le morceau non censuré dans l'album Charles Mingus presents Charles Mingus. En France, ce thème est célèbre pour avoir servi de fond musical à une chanson de Nougaro, "Harlem".
En 1964, il vit très mal la mort de son ami et musicien Eric Dolphy. Dépression, paranoïa, chute de créativité... Pendant les années hippies, Mingus effectue sa traversée du désert. Dans les années 70, il est de retour sur scène, et sort quelques disques importants comme Cumbia and Jazz Fusion, un mélange de musiques latino-américaines et de jazz. Mais son corps colossal commence à le lacher. Il est atteint d'une sclérose amyothrophique latérale paralysante, maladie rare, extrêmement handicapante, qui ne lui permet pas de jouer ni de composer de la musique. Charles Mingus y survivra jusqu'en 1979.
Peu après la mort de l'artiste, Sue Mingus monte un big band entièrement consacré à l'oeuvre de son défunt mari. Le Mingus Big Band existe toujours, multipliant les tournées mondiales et les albums de réinterprétations.
Discographie : Plus de détails ici.
La discographie de Charles Mingus compte plusieurs dizaines d'albums. Voici une sélection de ses meilleurs disques :


Pithecanthropus Erectus, 1956
1. Pithecanthropus erectus
2. A foggy day
3. Profile of Jackie
4. Love chant

The clown, 1957
1. Haitian Fight Song
2. Blue Cee
3. Reincarnation of a Lovebird
4. The Clown

Mingus Ah Um, 1959
1. Better Git It in Your Soul
2. Goodbye Pork Pie Hat
3. Boogie Stop Shuffle
4. Self-Portrait in Three Colors
5. Open Letter to Duke
6. Bird Calls
7. Fables of Faubus
8. Pussy Cat Dues
9. Jelly Roll
10. Pedal Point Blues
11. GG Train
12. Girl of My Dreams

Mingus dynasty, 1960
1. Slop
2. Diane
3. Song with Orange
4. Gunslinging Bird
5. Things Ain't What They Used to Be
6. Far Wells, Mill Valley
7. New Now, Know How
8. Mood Indigo (8:13)
9. Put Me in That Dungeon
10. Strollin'

Blues and roots, 1960
1. Wednesday Night Prayer Meeting
2. Cryin' Blues
3. Moanin'
4. Tensions
5. My Jelly Roll Soul
6. E's Flat Ah's Flat Too

Mingus at Antibes, 1960 (live)
1. Wednesday Night Prayer Meeting
2. Prayer for Passive Resistance
3. What Love?
4. I’ll Remember April
5. Folk Forms I
6. Better Git Hit In Your Soul

Tijuana moods, 1962
1. Dizzy Moods
2. Ysabel's Table Dance
3. Tijuana Gift Shop
4. Los Mariachis
5. Flamingo
6. Dizzy Moods (alt take)
7. Tijuana Gift Shop (alt take)
8. Los Mariachis (alt take)
9. Flamingo (alt take)

Oh yeah, 1962
1. Hog Callin' Blues
2. Devil Woman
3. Wham Bam Thank You Ma'am
4. Ecclusiastics
5. Oh Lord, Don't Let Them Drop the Atomic Bomb on Me
6. Eat that Chicken
7. Passions of a Man

Duke Ellington (avec Charlie Mingus et Max Roach) - Money Jungle, 1962
1. Money Jungle
2. Fleurette Africaine
3. Very Special
4. Warm Valley
5. Wig Wise
6. Caravan
7. Solitude
8. Switch Blade
9. A Little Max (Parfait)
10. Rem Blues
11. Backward Country Boy Blues
12. Solitude
13. Switch Blade
14. A Little Max (Parfait)
15. Rem Blues

Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus, 1963
1. II B.S.
2. I X Love
3. Celia
4. Mood Indigo
5. Better Get It in Yo' Soul
6. Theme for Lester Young
7. Hora Decubitus
8. Freedom

The black saint and the sinner lady, 1963
1. Solo Dancer
2. Duet Solo Dancers
3. Group Dancers
4. Trio and Group Dancers

Tonight at noon, 1964
1/ Tonight at Noon
2/ Invisible Lady
3/ "Old " Blues for Walt's Torin
4/ Peggy's Blue Skylight
5/ Passions of a Woman Loved

Let my children hear music, 1972
1. The Shoes Of The Fisherman's Wife Are Some Jive A
2. Adagio Ma Non Troppo
3. Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too
4. Taurus In The Arena Of Life
5. Hobo Ho
6. The Chill Of Death (Recitation By Charles Mingus)
7. The I Of Hurricane Sue

Cumbia and jazz fusion, 1978
1.Cumbia and Jazz Fusion
2.Music for "Todo Modo"
3.Wedding March/Slow Waltz [Take 9]
4.Wedding March/Slow Waltz [Take 12]
Avis personnel :
Pour moi, Mingus combine le swing du jazz old school et l'audace du free jazz, sans avoir les défauts de l'un et de l'autre (j'ai toujours trouvé le swing trop figé, et le free pas assez structuré). Le plus grand jazzman de tous les temps.
J'ai découvert Mingus grâce à Radiohead. À l'époque, je n'écoutais pas de jazz, genre qui me passait un peu par-dessus la tête. Or, Radiohead, que j'adorais, est entré dans une phase d'expérimentation, d'ouverture vers l'electro et un peu le jazz. Pour la sortie de l'album Kid A (qui contient un passage très mingusien, le final de "The National Anthem), France Inter avait offert une heure d'antenne à Radiohead, heure pendant laquelle le groupe d'Oxford pouvait passer toute la musique qu'il voulait. J'avais ainsi pu entendre pas mal de trucs auxquels je n'étais pas habitué, et en particulier un morceau de Mingus pour lequel j'ai eu le coup de foudre : "Freedom". C'est comme ça que je me suis entré dans le jazz. Pas évident d'y entrer, mais une fois qu'on y est, on ne peut plus s'en passer !
Mes morceaux préférés, ceux que je conseille à tous pour débuter dans le jazz, sont :
- "Freedom" : sorte de chant d'esclave crépusculaire qui aurait eu sa place dans la BO d'O Brother. On trouve ce titre sur l'album Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus.
- "Better Git It in Your Soul" : c'est le "hit" de Mingus, un morceau joyeux, qui fout la patate. Il est originellement présent sur l'album Mingus Ah Um, mais j'ai une préférence pour la réinterprétation survitaminée que l'on trouve sur Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus. Également une belle (et longue) version live sur Mingus at Antibes.
- "Haitian fight song" : très dynamique, comme la précédente, mais plus martiale. Présente sur l'album The clown, mais aussi sur Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus, qui, comme vous l'avez peut-être compris, est un album de réinterprétations.
- "Cumbia and jazz fusion" : un long morceau (28 minutes) avec des virages à 180 degrés dignes de "Paranoid android". L'intro latino donne envie de se trémousser. Et bien sûr, c'est sur l'album Cumbia and jazz fusion.
Il y a quelques années, j'ai eu la chance d'assister à un concert gratuit du Mingus Big Band, au parc floral de Vincennes. Fabuleux. Tous les musiciens sont monstrueusement forts. Bon, c'est pas Mingus lui-même, mais si vous avez l'occasion de vivre cette expérience, n'hésitez pas !
Voilà, j'ai tout dit !
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