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[Roman] Chapitre 10 Gabriel de Lioncourt
Section : Création littéraire
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[Roman] Chapitre 10 Gabriel de Lioncourt : Discussion sur le forum Création littéraire (votre edition : Faites nous partager vos écrits, poêmes et autres créations littéraires ou dessinées.)

 
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 Roman Chapitre 10 Gabriel de Lioncourt
 Création littéraire : votre edition
10/08/2005, 19h52 #1
gabriel de lioncourt 
Harpie

gabriel de lioncourt

[Ecrits] Membres d'Hyjoo

Bon voici le 10 éme chapitre... Désolée si le début fait un peu trop compte de fée lool

Chapitre 10 : Réapprendre à vivre



Chaque jour nous nous poursuivions, nous courrions, nous filions tel le vent dans cet endroit magique. Nous y passions presque nos journées entières. J’étais devenue tel un courant d’air pour les petites bonnes et cuisinières restées au château. Mais je savais que je n’aurai aucune question car depuis le début j’étais qualifiée de bizarre et l’on avait appris à respecter mes silences et mes disparitions. En vérité on ne faisait pas attention à moi. Fantôme, spectre, j’étais invisible, sauf pour lui, sauf dans ses bras où doucement je me mettais à vivre. C’était comme si désespéramment nous cherchions une bouffée d’air pur avant de replonger dans un enfer sans nom... Il faisait si bon dans le creux de ses bras, il semblait que nous pouvions faire cicatriser au soleil toutes nos blessures. Nous contemplions le ciel si bleu et nous nous y perdions... Oui nous étions des enfants heureux de le redevenir.

Et un jour, un jour magique, il me poursuivit par amusement et je m’échappais joyeusement lorsque j’entendis un bruit étrange, un peu sourd et étranglé d’abord, puis net, clair, triomphant : le son de mon rire. J’en fus tellement étonnée que je m’arrêtais et quand il me rattrapa et me chatouilla mon rire redoubla. Le sien retentit alors également.... Nous nous écroulâmes, roulant à terre, débordant d’un tel bonheur. Tout à coup il se mit à pleuvoir, nous nous recroquevillâmes l’un contre l’autre, nous blottissant contre l’ange... Cependant je dois avouer que nos vêtements furent vite trempés. « Il faut rentrer ma belle et je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit » Disant ceci il me prit la main et m’entraîna vers le château... Nous courrions tels deux fous, vivant pleinement l’Instant.

Quand nous y arrivâmes j’étais transie. Il me força à retirer tous mes vêtements et m’enveloppa dans une grande couverture ; blottis l’un contre l’autre, assis au coin du feu, nous nous bercions doucement. Je me laissais aller, sentant la chaleur envahir mon corps :

« Je te dois mon histoire, dis-je soudainement. »

Mon histoire...Qu’avait-il bien pu pouvoir se passer avant...Un vague souvenir enveloppé dans de la brume... Pas de détails seulement des impressions, des couleurs, des sons... Pourtant je savais qu’il fallait reconstituer le puzzle, parler et oublier, déverser mon histoire à la coupe de ses lèvres.

« Je me souviens avoir grandi dans un mélange de bleu et de vert tendre, je sens le vent, celui des rires joyeux, des folles courses où je tendais avidement les bras. Mon humeur était jaune comme le soleil étincelant.... Je crois que mon enfance fut heureuse.

- Qu’est ce qui l’a bousculée, heurtée, blessée ?

- Le rouge sombre...Celui des tentures, celui des couvres lits, celui d’une sombre pièce, celui du sang, le mien. Il me semble que l’on m’avait vendue comme petite bonne chez le Marquis de Sead, homme aux mœurs dissolues, aux goûts pervers ; il eut tôt fait de réduire au néant l’enfant que j’étais et bientôt je cédais au moindre de ses caprices.

-Pourquoi n’as-tu pas fuie ?

-Comment l’aurais-je pu ? J’avais si mal... C’était le noir qui prédominait... J’ai appris tout doucement à détacher mon esprit de mon corps, à devenir ce fantôme qui est venu à toi. »

Je frissonnais... Non je ne pouvais pas tout dire, l’ultime bastion de mon intimité, ma dernière folie... Je ne pouvais... alors je me blottis contre lui, dans ses bras qui n’avaient pas de couleurs, qui fleuraient bon, où il faisait chaud.
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