| Harpie
| [Ecrits] Membres d'Hyjoo | | Chapitre 13 : Androgynéité
Nous nous taisions, n’osant prononcer aucun mot, pour ne pas briser un silence apaisant. J’étais tout contre lui, les cheveux épars sur sa poitrine. Il murmura : « Tu es belle, tellement belle. »Il me releva doucement de façon à ce que je sois assise, les jambes repliées. « Tellement belle, répéta-t’il, dommage que je ne puisse emporter le paradis que j’ai trouvé sur ta poitrine. Je voudrai emmener de toi rien qu’un peu. Laisse moi encore et encore te contempler. Tu as la beauté des anges, ni féminine, ni masculine. Tu es prince et princesse, dandy et élégante. Mon amour ambiguë, tu as des appas qui charmeraient hommes et femmes. Tu pourrais renverser des empires de tes yeux brûlants. Tu désarmes totalement... Ecoute moi parler, ne dirait on pas un jeune écolier ? Je perds mes repères, tu m’enivres. Ah t’emmener, rien qu’un peu, rien qu’une ombre... Sauve-moi, il me semble que je t’aime. »
Le sang gouttait encore ou séchait doucement sur nos deux corps. Je me mettais à quatre pattes au dessus de lui. Je souriais tristement :
« Je t’aime tant aussi, au-delà des mots je crois.
-Nous sommes fous, pourquoi nous attachés alors que nous serons séparés, pourquoi s’imposer cette souffrance inutile ?
-Je ne sais. Mais, imagine que l’un de nous doive mourir demain ...
-Si tu devais mourir demain... Est-il besoin de mots ? Un regard suffirait... Toi une fois morte, je ferai semblant de vivre.
-De nouveau des fantômes...
-Donne-moi quelque chose de toi...
-Que veux-tu ?
-Ton prénom.
-Gabriella, je m’appelle Gabriella. » Et ma voix s’étrangla de sanglots.
Il roula sur moi : « Gabriella, pour la princesse des neiges ; Gabriel pour l’archange. Tu formes ce prénom. Tu l’es toute entière. Les lettres courbes sont comme les douces formes de ton corps. Les L sont pour ta droiture, ta force, ta force de décision. Les A représentent ta douleur, ton repli sur toi-même. Le E est la petite fille qui réside encore en toi. Quant au R, il représente toute ta sensualité, ton caractère de panthère lorsque tu apposes tes griffes sur ma peau. » A cette description de mon prénom, je ris et je ne songeai mêle pas à lui demander le sien. Je l’attirai à moi sentant ses cheveux m’effleurer, son haleine chaude contre mon cou. Nous nous laissâmes emporter par une vague de douceur, et nous savions pertinemment que ce serait la dernière. Nous étions encore enfant et il était bon de se dire qu’une fois au moins dans notre vie nous étions rentrés au port, et que même si nous subissions encore moult tempêtes, nous nous retrouverions un jour dans ce havre. |