| Ombre
| [Ecrits] Membres d'Hyjoo | | Bon, dans un autre registre et bien evidemment dans un moindre niveau, une nouvelle :
L’attente
Une ombre apparaît. Encore une autre…
Toujours la même chose, ne pas regarder, ne pas écouter, fermer les yeux, et… Et quoi ?
Oublier ? Comment oublier ? Comment faire pour ne pas être là tout en y étant ? Impossible de faire comme si, c’est trop éprouvant. Car Elles vous tentent, sans cesse, Elles vous attirent, vous chuchotent, vous frôlent, vous observent dans l’obscurité. Elles n’attendent que vous, et Elles ont l’éternité pour cela, Elles ne sont pas pressées, Oh non… tout le temps…
D’ailleurs, Elles se délectent de vos réactions, oui Elles aiment jouer avec vous, petit à petit ces créatures vous poussent à bout, vous forcent à atteindre vos limites, vos derniers retranchements. Mais…la question se pose de savoir si vous aurez le cran de résister.
Oh, Elles sont très fortes… Ces Ombres…
Au début, Elles passent simplement, « ce n’est qu’une ombre », puis, Elles repassent, à deux parfois à trois, un peu plus longtemps, et, vous commencez a douter.
Ce n’est qu’un infime doute, l’ombre d’une question au fin fond de votre esprit.
Le temps passe. Vous n’y repensez plus, après tout vous vivez votre vie quotidienne avec son lot de soucis constants.
Et puis, un soir, dans votre sommeil, Elles s’insinuent dans un de vos songes. Ce sont des victimes, ayant subies d’atroces souffrances par le passé, Elles ont besoin de soutien, il faut les consoler.
Au fil des nuits, leur requête devient de plus en plus pesante, et alors Elles commencent à pleurer. J’ai toujours dit que c’était le début de la fin…
« Non ne pleurez plus je vous en prie » c’est ce que vous dites plusieurs nuits d’affilées car le souvenir de leur regard voilés de tristesse, de tant de peine et de souffrances vous hante insidieusement, même le jour…
Votre « vie » commence à s’en faire ressentir, vous y repensez souvent, vous demandant comment les aider, et si c’était possible tout faire pour les sauver ? Vraiment tout ? …
Vous n’arrivez plus à vous concentrer, vous devenez nerveux, en arrivant même à craindre la nuit, le moment où le marchand de sable passe, où vos paupières se ferment, car alors, Elles viennent à vous, leurs regards baignés de larmes, les mains tendues, vous suppliant.
« Non ne pleurez plus je vous en prie, je ferais tout ce que je peux pour vous aider » Finalement vous en arrivez à prononcer ces mots funestes.
« Vraiment tout ? » vous répondent-Elles un timide sourire aux lèvres, l’air apeuré, n’osant croire que vous allez enfin acceptez.
« Oui, tout ce que vous voudrez »
Soupirs.
Et voilà comment cela commence, malheureusement je ne pourrais pas vous dire comment cela fini, en cet instant, il m’est impossible de savoir si, un jour, il y aura une fin à tout cela, car… Elles ont l’éternité devant Elles, ces Ombres.
Qui suis-je ? Peut-être vous posez-vous cette question.
Je suis l’un d’entre vous, un de ceux qui ont fini par dire « oui ». Vous dire comme je le regrette aujourd’hui serait vain. Il fût un temps où je le répétais sans cesse pensant pouvoir tout annuler jusqu’à ce que je me rende compte que cela ne servait à rien sinon à me rendre encore plus fou que je ne l’étais déjà.
Car c’est ce qu’Elles font de vous, Elles vous attirent vers la folie, et c’est aussi ce que les autres perçoivent en vous observant. Ces autres qui ne savent pas, souvenez vous, vous étiez un de ces autres avant. Tout d’abord vos proches, ils s’inquiètent, puis d’autres encore, l’inquiétude fait place à la peur, car vous vous énervez. Comment ? Mais pourquoi ne les voient-ils pas eux aussi ? Mais voyons Elles sont là ! Oui mais invisibles à autrui.
Ils vous font enfermer au final, pour votre bien, évidemment, car votre santé mentale est altérée, vous n’êtes plus utile à la société, vous êtes devenu un danger.
Elles vous aident, rappelez vous, en vous tourmentant sans cesse, ne vous laissant aucun répit, vous en venez à hurler, à gesticuler, rien n’y fait vous les voyez toujours, nuit et jour…
Vous pensez même parfois à mettre fin à votre vie, « c’est la seule solution ».
Mais les blouses blanches vous en empêchent, et à force de calmants et autres drogues, vous en arrivez à ressembler à un légume.
Ca, c’est ce qui se passe à l’extérieur.
Car Elles sont dans votre tête.
Elles vous apparaîtront sous diverses formes, mais le plus souvent en tant que tentatrice, en tant que jolie jeune femme, la plupart du temps peu vêtue, la peau soyeuse, de fines mains aux ongles longs et brillants. Quel effet cela ferait de sentir leurs ongles le long de votre dos ?
Elles viennent à vous, le sourire aux lèvres, des lèvres pleines, rouges. Quel effet cela ferait de sentir leurs bouches sur votre corps ?
Elles chantent, fredonnent une mélodie envoûtante, une sérénade ensorcelante, s’approchent, vous frôlent, puis vous touchent. La seule chose qui vous retient, c’est cet avertissement, suivant votre acceptation.
« Tout ce que l’on veut ? Vraiment tout ? Ton âme pour l’éternité. Tu ne souffriras pas, oh non, tu n’auras que plaisirs et sensualités, luxe pouvoir et confort, ou la mort, à petit feu, enfin si tu arrive à résister. Essayes si tu le peux, pauvre mortel que tu es » suivi de leurs rires glacials, inoubliables.
La seule chose qui vous retient, oui, mais pour combien de temps ?
Elles sont toujours plus nombreuses, comme des charognes attendant l’heure du festin.
Cela fait tellement longtemps que je résiste… et tout ça pour quoi ?
Je n’en peux plus, me disant qu’il serait tellement plus facile de me laisser aller… Sentir leur mains sur mon corps, leur souffles chaud sur ma peau, leurs membres emmêlés au mien, le plaisir, oui le plaisir, juste se laisser aller, car il y a un moment où la volonté d’un homme atteint ses limites.
C’en est trop ! Leur voix entêtantes m’obsède, leur parfum si insidieux pénètre ma gorge une fois encore, mon désir en devient si douloureux ! mon sang va exploser, la folie ma déjà étreint il y a si longtemps, du temps où j’était allongé sur un lit étroit, dans une salle sans fenêtre, drogué de calmants, c’était il y a si longtemps…
Je ne plus supporter cette lutte, si vaine à présent, Elles sont là, tout autours de moi, me susurrant tant de viles et désirables promesses. Oui, il y a tant de nuit dans une éternité…
Et tant de plaisirs en une nuit…
Après tout, qu’est ce qu’une âme en échange de cette délivrance ? Ne plus lutter, ne plus devoir être vigilants à chaque instant, chaque seconde, pouvoir relâcher son attention, ne plus se priver, et enfin pouvoir fermer les yeux. Je n’ai pas fermé les yeux depuis si longtemps…
Ca y est je le sens, l’heure est venue, je les entends Elles arrivent, je les sens, Elles sont si excitées, oui Elles ont faim, si cruelles et si belles à la fois, si désirable, si terrifiante.
Je les vois au loin, Elles se rapprochent, murmurant mon nom, se léchant les lèvres, les mains tendues vers moi, leur peau nues luisantes dans cette lumière tamisée, je vais pouvoir enfin assouvir ce désir tant attendu…oui enfin… c’est la fin ?
Je l’espère en vain.
Syndhara Dernière modification par Nyx : 09/09/2006 à 00h48. |