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10/06/2006, 20h53 | #1 | | Ombre
| [Ecrits] Membres d'Hyjoo | | [...Je double-post, parce que c'est un nouveau post et que je veux qu'il apparaisse comme tel, mais j'édite le précédent (reproduit ici en rouge)... ça vous va ? :op ]
J'étais pas encore passé par ici.
Je passerai plus souvent. ^_^
J'ai lu que les deux dernières pages ...donc que tes écrits, Gabriel. C'est ça qui me fait dire que je reviendrai. Je veux voir le reste.
En attendant d'y pondre quelque chose à mon tour... :o]
[EDIT : Hum, finalement j'ai pas pu attendre d'avoir lu...! Je ressentais trop le besoin d'écrire, là, maintenant tout de suite !
Voici donc le début de quelque chose qui devrait être prolongé sous peu - dès que j'ai un peu plus de temps...]
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"Trop longtemps...
Trop longtemps que je n'ai pas écrit... Est-ce donc le temps qui me manquait à ce point ? Ou peut-être l'envie ? Je ne pense pas...
C'est pire que cela, l'idée ne m'avait même pas traversé l'esprit !
Mais ce soir les brumes s'écartent pour la première fois depuis bien longtemps, et je me souviens.
...Autrefois je rêvais.
Et je m'appelais Alysssïa."
* * *
Emilie sortait tout juste de la boulangerie et se dirigeait maintenant vers le marché du coin. D'habitude elle prenait le pain après, pour ne pas avoir à se trimballer ses deux baguettes pendant qu'elle faisait le reste de ses courses ; avec la foule qu'il y avait... Mais pour une fois qu'il n'y avait pas de queue elle avait préféré profiter de l'aubaine.
Un kilo et demi de steak haché, et trois bons kilos de pommes de terre, de la crème fraîche et du gruyère. Elle consulta sa liste une dernière fois à tout hasard, mais non, elle n'avait rien oublié. Elle faisait son hachis-parmentier sans persil, pas comme sa mère, qui en mettait toujours sur tout, et elle avait déjà de l'ail et des oignons à la maison, ainsi que quelques oeufs qui lui restaient du début de la semaine.
C'était l'anniversaire d'Adrien. Enfin sa fête en tout cas. Et elle allait devoir faire à manger pour une dizaine de petits monstres affamés. Rien de trop élaboré bien sûr, et surtout pas de légumes, sans quoi aucun d'entre eux n'y toucherait, elle le savait bien. Au moins avec le hachis elle était à peu près certaine de faire plaisir à tout le monde. Et le gâteau était déjà prêt, qui attendait sagement rangé dans un placard, ce qui ne l'empêchait pas d'embaumer toute la cuisine de chocolat. Elle l'avait confectionné avec amour hier pendant que le petit était au cinéma avec son beau-père ..."avec son père", se corrigea-t-elle mentalement. Ce cher Matthieu...! Il l'avait vraiment adopté comme son propre fils.
Ils avaient fêté ses neuf ans le jour d'avant, vendredi. En famille, simplement. Et hier ils avaient passé la journée tous ensemble au Jardin des Plantes, avant qu'elle ne les laisse aller à leur séance de ciné, tous les deux "entre hommes", pour s'empresser secrètement de retrouver ses fourneaux. C'était fou ce qu'il avait grandi vite !
Au retour des courses, Emilie s'était mise à l'oeuvre sans tarder. Il lui fallait préparer le déjeuner, mais aussi tout mettre en place avant que les invités ne débarquent en masse. Adrien n'était au courant de rien. Matthieu l'avait aidée deux semaines avant à prévenir discrètement les parents de tous ses copains, et manifestement il n'avait rien vu venir. Hier encore il n'avait montré aucun signe d'impatience, et n'avait fait aucune allusion à la fête du lendemain, ce dont il n'aurait pas pu s'empêcher s'il avait eu le moindre soupçon. Une chance que ses amis aient su tenir leurs langues ! Elle pourrait les féliciter.
Enfin, un peu avant onze heures trente, elle avait terminé de garnir le salon et la chambre du petit de ballons et de serpentins, et elle avait vérifié au four que le hachis prenait bien. Parfait. Les premiers invités ne devaient arriver que vers midi, mais elle s'était si bien affairée qu'il ne lui restait plus rien à faire qu'à attendre. Elle se creusa tout de même la tête un moment, mais elle eut beau chercher, faire le tour des pièces pour vérifier, tout était bien en place. Curieux comme on peut se sentir désoeuvrée parfois quand on est enfin libre, songea-t-elle avec légèreté avant de se couler confortablement dans son sofa.
Une demi-heure à tuer. Non, non... Pourquoi dit-on "à tuer" ? Une demi-heure à occuper, plutôt. Une demi-heure de liberté. Voilà. Elle ferma les yeux, réalisant tout d'un coup à quel point elle était épuisée. Et pendant un temps elle ne s'occupa à rien d'autre qu'à écouter sa respiration, lente et fluide. Elle aimait ça ; cette impression que l'air, tout l'air du monde, était comme un grand océan, et qu'à l'intérieur d'elle il venait chaque instant fluer et refluer, la remplissant toujours plus de vie avec chaque nouvelle déferlante, et emportant loin d'elle tous ses tracas dans son incessant ressac.
Inspiration. Expiration. Ce n'était pas elle qui respirait l'air, mais l'air qui la respirait ! Elle ne se souvenait plus où elle avait entendu dire ça, c'était des années auparavant, mais ça lui avait semblé tellement vrai, tellement évident. Pourtant, cela faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas laissée aller de la sorte à écouter cet océan omniprésent, si familier, qui venait jusqu'à elle chaque seconde de chaque jour ; cet océan vivant et respirant, grand tout dont elle sentait alors qu'elle faisait pleinement partie ; ce vaste et insondable océan, qui la reliait à tous les êtres vivants et respirants, sur cette planète et ailleurs...
* * *
...ce soir les brumes s'écartent pour la première fois depuis bien longtemps, et je me souviens.
...Autrefois je rêvais.
Et je m'appelais Alysssïa.
* * *
Emilie rouvrit les yeux doucement, emplie d'un sentiment de joie profonde sans qu'elle ne sache bien d'où cela avait surgi. Il faudrait qu'elle songe à prendre du temps comme ça un peu plus souvent, si ça lui faisait autant de bien. Enfin, elle savait bien au fond que ce n'était pas vraiment possible. Il y avait tant à faire ! Une famille comme la sienne au revenu aussi modeste nécessitait une attention à plein temps.
C'était tout à fait exceptionnel qu'elle ait pu se libérer de la sorte le week-end entier et qu'ils aient organisé une telle fête pour Adrien. Matthieu avait d'ailleurs dû la travailler au corps avec beaucoup de tendresse et un peu de fermeté pour qu'elle accepte de recevoir tant de monde dans leur minuscule appartement. Pour qu'elle lui promette de ne pas se sentir embarrassée. Cinq, cela pouvait sembler peu à d'autres, mais ces pauvres gamins n'auraient pas beaucoup d'endroits où aller, ni beaucoup de jeux pour les occuper. Bon, de toute façon ça ne durerait pas trop longtemps, Pour la déculpabiliser un peu, Matthieu avait proposé de les emmener à la belle aire de jeux du Luxembourg. En attendant ça ferait l'affaire.
Elle avait tout de même fait un effort supplémentaire pour la présentation des lieux, et avait été ressortir les quelques beaux rideaux de soie fine qu'elle avait hérités de sa mère pour les accrocher ça et là. C'était pour leurs couleurs vives et leurs motifs un peu mystérieux, pour constituer une sorte de cabane d'intérieur, comme elle en avait fait si souvent avec ses soeurs du temps de sa propre enfance. Comme ça on ferait un peu moins attention à la simplicité et au petit nombre de meubles, et ça plairait certainement aux enfants !
Combien de temps, encore ? Vingt minutes. Tant que ça...? Emilie laissa vagabonder paresseusement son regard, appréciateur, le long des murs et du plafond du salon ainsi transformé, redécouvrant avec régal sa propre chambre à coucher. C'était vraiment joli, il fallait bien l'avouer. Rose, vert, bleu, violet, jaune...! Il y en avait vraiment de toutes les couleurs. Et toutes ces années sans vouloir toucher aux affaires de Maman ; quelle bêtise tout de même... Elle se surprit carrément à sourire à l'idée de laisser toutes ces belles tentures en place par la suite. C'est Adrien et Matthieu qui en feraient, une tête !
Puis elle avisa son sac en laine non loin de la porte, et se leva pour aller le ranger ailleurs. Elle n'aurait qu'à le fourrer derrière un de ces tissus, personne n'y verrait rien. Au moment où elle souleva le sac toutefois son carnet de notes, posé négligemment par dessus le reste, s'en échappa et tomba à terre. Elle fit mine de vouloir le ranger et puis décida finalement que non ; après tout elle n'avait rien de mieux à faire. Elle farfouilla donc dans le petit sac et finit par en extraire un bout de crayon pas très bien taillé. Il ferait l'affaire.
Le sac glissé sous l'étagère, caché derrière un tissu violet, en fait un superbe voile diaphane discrètement brodé de filins d'argent, elle rejoignit de nouveau le sofa. Son sofa. Aussi loin que portent ses souvenirs, il avait toujours fait partie de son décor, comiquement bouffi et d'un rose sombre si particulier. Pourpre en fait. D'après son père, dès la première fois qu'elle l'avait vu, encore bébé, elle avait décidé sans la moindre hésitation que c'était le sien. Et il en avait été ainsi depuis ce jour là. Certains enfants ont une peluche fétiche, d'autre un doudou, mais elle c'était son sofa que rien ne pouvait remplacer. Avec l'âge bien sûr Emilie avait un peu perdu cette passion première, presque fusionnelle, mais il n'avait pas fallu attendre la mort de sa mère, qui avait suivi de peu son cher et tendre époux, pour qu'elle le récupère. Le jour où elle avait trouvé son premier appartement ses parents lui en avaient fait cadeau spontanément, expliquant qu'il lui revenait de droit, et qu'ils ne pourraient de toute façon pas se résoudre à le voir encore chez eux sans elle. Il aurait bien triste mine !
C'est vrai, il était un peu comme un ami. Et lorsqu'elle s'enfonça à nouveau dans son moelleux, elle sentit son étreinte affectueuse si familière. Complètement détendue, elle ouvrit son carnet à la première page blanche, suspendit son crayon pensivement entre deux doigts, prêts à fondre sur la page comme un rapace sur sa proie...
La sonnerie de la porte retentit. Un coup d'oeil rapide vers l'horloge. Ça alors. Midi déjà !
* * *
...ce soir les brumes s'écartent pour la première fois depuis bien longtemps, et je me souviens.
...Autrefois je rêvais.
Et je m'appelais Alysssïa.
* * *
[C'est tout pour l'heure... :op]
Dernière modification par Fairyhacker : 11/06/2006 à 13h04. | | |
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