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12/11/2006, 20h47 | #1 | Dieu supérieurPlumo d'argent
| [Nouvelle] Soif de liberté, soif de haine | | Je sais que j'ai pas beaucoup posté ici ces derniers temps. Voilà donc une nouvelle que j'ai achevé il y a quelques temps. Je suis maintenant sur un bouquin alors je pense pas revenir écrire ici bientôt.
Je voudrais juste remercier Chlorell pour m'avoir inspiré...
Soif de liberté, soif de haine
Je suis mort à mon entrée au lycée. Dès le jour de la rentrée, je suis devenu une marionnette dont mes parents tiraient les ficelles. Chaque soir, après les cours, je travaillais jusqu'au dîner et souvent, bien après, tel est le coût de la recherche de la perfection.
J'avais connu quatre années de repos, c'était les dernières. Mes notes n'étant pas suffisantes aux yeux de mes proches. Les débuts furent laborieux : je n'avais pas l'habitude d'un travail intense, de ne plus voir mes camarades après les cours...
Cette métamorphose fut un bref échange entre mes amis et mes activités extra-scolaire et un statut scolaire. Les passions et loisirs n'étaient plus que des illusions, des envies choisies et obligatoires.
Le dur labeur rapporta de fabuleux résultats, étonnant au fur et à mesure les différents professeurs ; mes performances firent le tour de l'établissement, et je l'appris mais je fus aussi cité comme un exemple de rédemption des années durant. Les marionnettistes étaient enfin fiers, le nouveau pantin faisait fureur.
J'avais réussi l'exploit de faire disparaître en un an, quatre années médiocres et laisser seulement une vieille tâche dans un petit coin de mon compte-rendu scolaire.
Pendant les vacances, je pouvais, entre deux séances de révisions, me consacrer à mes nouveaux loisirs. Ce changement complet surprit au début tous les membres de ma famille. Ma transformation était étonnante, mais très vite ils se laissèrent obnubiler par mes notes, c'était d'un importance capitale pour eux aussi.
Je suppose que vous vous demandez pourquoi je ne me suis pas rebellé. Il est évident qu'une personne se voyant d'un coup perdre ses reperds, étant alors mise dans une cage bien plus petite de que la précédente, se soit énervé. Il y a eu des affrontements mais contre des interdits, des menaces de plus en plus insistant, moi tout juste dans une période adolescente, ne pouvait rien faire, si, seulement lâcher prise et attendre une libération.
L'idée du suicide m'a alors longtemps hanté. Mais je ne pouvais me résoudre à passer à l'acte. J'aimais trop la vie pour vouloir la quitter et une simple question qui résonnait dans ma tête me donnait des sueurs froides : « Et si je me loupais ? ». Si c'était un échec, je ne pourrais plus retenter ma chance et mes courts moments de vagabondage plus ou moins passif n'existeraient plus également.
Cette hésitation entre la vie et la mort, l'esclavage et la liberté m'obsédait à chaque instant. Je réfléchissais ensuite à un plan d'action infaillible mais le temps me manquait à chaque fois. Cette mort volontaire devint à la suite de réflexion, un moyen de se venger et de faire souffrir mes géniteurs. La Haine avait envahit mon coeur et y restait tapi, prête à bondir à n'importe quelle occasion. Le suicide n'était plus un moyen de se libérer mais était devenu la Souffrance qu'il me fallait leur infliger. Moi, j'étais pas comme tous ces adolescents mal dans leur peau. Ce n'était pas une décision dénuée de sens car j'y avais mis toute ma volonté, mon désir de faire du souffrir, même s'il y aura des personnes innocentes, que j'aurais utilisé dans mon essaim. C'était pour moi, un ultime sacrifice pour m'apporter la liberté. J'attendais alors tristement, tournant en rond dans ma cage, le moment le plus propice avec un mélange de joie et d'inquiétude.
Après des études supérieurs réussies, j'entrais dans l'entreprise de mon père. C'était pour eux la meilleure façon de me surveiller. Mais aussi de succéder à l'entreprise familiale. Mon ascension fut vite rapide. Le second tranchant d'être sous son aile était la volonté des autres employés de me mettre des bâtons dans les roues. Ils me jalousaient, je les comprenais, mais de la solitude, j'avais appris à négliger ses détails et à les regarder avec mépris.
Puis vint le jour où le sourire apparu aux coins de mes lèvres. Ma mère me trouva la « perle rare », une femme de haut rang qui devait correspondre à « mes » goûts. Comme toujours avec mes parents, se fut vite organisé. On se serait cru dans le passé : les futurs époux ne se voyaient presque pas, et toujours sous la présence écrasante de leur géniteurs. Je fus fou de joie quand ils annoncèrent que ce se serait le « plus beau jour de leur vie ». Il n'y aura, qu'une mariée éphémère.
Dès lors, tout mon temps libre fut consacré à mettre les derniers préparatifs de mon plan en place. C'était un sentiment nouveau qui m'animait mais tout le monde croyait que c'était le mariage qui me faisait tourner la tête. Les rêveries étaient bien sûr logiquement fondées même si elle n'allaient pas dans le bon sens.
Il approchait, il approchait, inéluctablement ce jour divin ; tout était enfin prêt. Mon dernier. Je du prendre un somnifère tellement j'étais stressé.
Nous prîmes un rapide petit-déjeuné car la route serait longue et les repas de véritables orgies. Avant de partir, je pris le soin de transporter avec moi les objets mortuaires.
La cérémonie fut grandiose. Elle se déroula dans une magnifique église baroque. La lumière du soleil d'été nous baignait, moi et ma future femme, de milles feux, comme ceux que j'allais bientôt rejoindre. Cette diversité de couleur était due aux merveilleux vitraux entreposés atour de l'autel. Nous nous embrasâmes, pour la première fois, après avoir reçu la longue bénédiction du prêtre.
Nous roulâmes ensuite vers la salle des festivités où nous passerions la journée et la soirée. La salle se trouvait en plaine campagne, loin de tout, un endroit idéal pour y creuser sa tomber.
Le repas fut somptueux, rien ne manquait. Les mets étaient forts délicieux et en quantité, les bouchons de champagnes sonnaient tous les quarts d'heure et toutes ces vapeurs enivrantes rendaient les gens heureux. Ce déjeuné pantagruélique aurait sans aucun doute plu à Bacchus. Cependant, mon verre restait plein, je ne voulais pas profité.
Après s'être restauré, les ventres bien arrondies se mirent au repos. La journée s'étira lentement fut le nombre de personne avec qui il fallait échanger des politesses et faire semblant d'entretenir une relation amicale. Pour le banquet final, il avait dressé une unique table. Je présidais au centre, comme un Christ lors de son dernier repas qui savait lui-seul qu'il les voyait pour la dernière fois. Non, je ne suis pas digne de cette comparaison. Comment une personne rempli de haine pourrait Lui ressembler ?
Je prix un prétexte dès que je pu pour m'éloigner de cette atmosphère étouffante. Les invités commençaient à danser et je du passer à travers pour rejoindre ma voiture. Il n'y avait personne dans les parages et les bruits des graviers m'avertiraient de tout déplacement.
J'ouvris le coffre de la cadiallac. Couché à côté de la roue de secours, maintenu par un filet, se trouvait un coffret noir. Dedans, un pistolet, deux chargeurs et quelques balles reposaient, attendant d'être utilisés. Je pris l'écrin couleur ambre et referma le coffre du véhicule.
La brise se leva, emportant avec elle les feuilles roussies des bouleaux avoisinants. Cet air vivifiant me fit lever la tête. Il faisait déjà nuit noire, une nuit sans lune, une nuit obscure, une belle nuit pour mourir. Je repassais par le bal et remerciais différentes personnes de leur présence, sans faire attention.
La femme me proposa de danser, j'acceptai et nous commençâmes sur la chanson suivante, elle était belle, lumineuse... Nos corps se déplaçaient avec aisance autour des ombres. Mais vite, je vu lasser, le coeur n'y était pas. J'avais maintenu l'illusion, je pouvais repartir achever ma mission.
Je m'enferma dans les toilettes, rien de plus beau lieu pour mettre fin à ses jours. L'instrument de métal toujours dans son étui, je sortis de quoi écrire et commençais à inscrire d'un fine écriture mon dernier message.
Je chargea l'arme et la déposa sur ma tempe. Ma main tremblait sous l'excitation, les larmes coulaient sur mes joues, puis, doucement, mon index enfonça la gâchette et le noir apparu, immense.
Le bruit fut assourdissant. Le corps chuta. Le sang se déversa autour du cadavre.
L'ultime danse allait débuter. Les mariés devaient ouvrir la valse. Le héros de la soirée se vit soudain remarqué par son absence. Une femme arriva en trombe dans la salle principale. Elle avait entendu un coup de feu. Comme un seul homme, ils lui emboîtèrent le pas. Elle désigna une porte, c'était la seule qui était fermée.
Ils firent sauté le loquet. La porte s'ouvrit toute seule, laissant apparaître le cadavre encore chaud du marié. Des voix s'élèvèrent alors de toutes parts, et, dans la cohue qui s'en suivit, seuls deux personnes restèrent sur le seuil, le visage pétrifié, des joues inondées de larmes.
De l'autre côté, une mère tentait de consoler sa fille qui pleuraient abondamment. Elle lui caressait les cheveux et lui murmurait des mots à voix basses.
La gendarmerie trouva un papier attestant la thèse du suicide mais la raison restait encore floue. Elle donna le message aux parents car eux-seuls pourraient le comprendre.
La mère lut la première et ne pu s'empêcher d'humidifier la missive avant de la donner à son mari.
« La rage a dominé ma peur. L'espoir a fait place à la vengeance. J'ai perdu l'envie de vivre, et ça, c'est votre faute. Pour que vous souffriez davantage, j'ai du partir avant vous.
Le véritable amour a été remplacé. Aveuglément j'ai du suivre une voie. Mais même si une seule liberté subsistait, elle me permis de tout accomplir.
Sachez que ce que l'on gagne, il est si facile de le perdre.
Je disparais maintenant, vous laissant seuls, à imaginer un futur à jamais perdu. » | | |
14/11/2006, 16h21 | #3 | | Dragon / Hydre
| Re : [Nouvelle] Soif de liberté, soif de haine | | je n'irais pas jusqu'à dire "sublime"... mais très inéressant et poussant à la réflexion...
je dois reconnaitre que le rythme est assez entrainant et je l'ai lu d'une traite en attendant la chutte ; fera / fera pas?....
jusqu'à l'entrée dans l'entreprise familliale, j'ai même trouvé que ça sentait presque le vécu. ? ?
peut être parce que je me suis pris au jeu de m'identifier au narateur et que d'une certaine façon quand on est :
- plus vraiment ado,
- pas encore adulte,
- à la recherche de son identité,
- en ayant déja ses propres convictions
- mais pas l'indépendance pour les vivre pleinement,
...
en gros, on traverse tous plus ou moins ce genre de crise existentielle sans avoir le talent d'arriver à y mettre des mots dessus.
ça s'appelle "murrir", "grandir", voir même "vieillir".
"détester ses géniteurs" aïe! thème douloureux et relativement taboo... que tu as su décrire ...
mais, c'est une étape dans la vie. pas pour tout le monde! mais ça n'a rien de dramatique! c'est une question d'individualité.
je m'explique : c'est une manière de faire une rupture avec "la famille" et de s'individualiser et certaines personnes ont besoin d'en passer par là pour s'affirmer.
maintenant, c'est pas facile -comme toute rupture-, mais détester quelqu'un à une période que ce soient des amis, de la famille, des profs, des collègues de boulot... ne veut pas dire que ça soit irrémédiable! les sentiments ne sont pas figés.
*je sais j'ai un petit côté idéaliste...*
enfin, ce que j'ai apprécié c'est qu'on est pas rentré dans le "glauque", genre histoire super noire et impossible à suivre. t'as su donner suffisament de paramêtres pour que ça soit cohérent.
ce que j'ai moins aimé, mais c'est très personnel, parce qu'une part de moi n'aime pas les fins qui finissent male ; c'est un peu salop de laisser les parents avec le mot pour qu'ils culpabilisent jusqu'à leur dernier jour...
*même si à une époque... ça ne m'aurait pas posé de problème...*
bref, continue d'écrire je te lirai avec intérêt  | | |
15/11/2006, 17h22 | #5 | Dieu supérieurPlumo d'argent
| Re : [Nouvelle] Soif de liberté, soif de haine | | Voici la version poétique promise :
Un jour un enfant naquit
Très vite celui-ci grandit
Telle une plante il s'épanouissait
Pourtant les jardiniers décidèrent
De lui enlever la terre
Qui sous ses pieds poussait
Le végétal avait vécu dans l'ombre
Ils l'obligèrent à devenir lumière
Ils extrairent le mauvais bois de l'arbre
Ce dernier combattait le lierre
Qui était coincé jusque dans ses racines
Au-delà de tous les monts et collines
Par coups et chantages
Pourtant la conversion ne fut pas complète
Seul son coeur gardait la rage en lui
Et désirait âprement une vengeance
La faux serviteur dévoué se mit en quête
D'un plan infaillible avant l'écheance
Car sa résistance fragelisait sa tête
Et il fallait maintenir l'illusion
Aux parents d'une impossible perfection
Mais la cruelle vérité apparue
L'être n'était pas parfait
Toutes joies alors disparues
Celui-ci ne pouvait
Maintenant que mourir
Le mauvais poète ne veut pas veillir
Une belle femme vînt alors
Elle était entièrement vêtue de noir
Elle avait de manifique cheveux d'or
Malgré ma vue je pu la voir
Se pencher à moi sans peur
Et déposer sur mes lèvres un baisé libérateur
Mais peut-être que derrière cela
Le véritable amour parental
Etait bel et bien présent
Mais la haine m'a rendu aveugle
Et me voici déjà couché dans le linceul. Dernière modification par Arckhangelos : 16/11/2006 à 15h56. | | |
16/11/2006, 13h53 | #6 | | Dragon / Hydre
| Re : [Nouvelle] Soif de liberté, soif de haine | | 1er ligne : il n'y aurai pas une erreur de pronom? un plutôt qu'"une"?
1er paragraphe : il pose bien le décor... j'admire la métaphore...
3ème ligne du 2nd paragraphe : ça ne serait pas le plutôt que "la"?
3ème paragraphe : on sens la fougue de la jeunesse... et on retrouve les contradictions de l'ado...
en tous cas je le ressens ainsi...
et en même temps le plan est en train de se dessiner et le cheminement de son état d'âme est plutôt clair... pour nous...
4ème paragraphe :
-1ère ligne : apparu e
-dernière ligne : Le mauvais...
5ème paragraphe :
très poétique le cliché de la mort... mais ça fait mouche à tous les coups!
6ème paragraphe :
on dirait qu'il y a une pointe de regret du narrateur que je n'avais percuté en lisant la première version plus prosaïque.
En bref, j'ai été touché par ton style et les thèmes abordés.
je ne suis pas "pro" en orthographe et n'ai pas la prétention d'être meilleurs que toi  , mais quand on essaie d'exprimer quelque chose par des mots et de le partager ; il vaut mieux trouver le mot juste (tu le fais très bien) et le genre adéquate  , sinon c'est plus difficile à saisir...
nb : la communication ce n'est pas de se comprendre mais de se faire comprendre, n'est-il pas? | | |
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