Voici donc ma nouvelle en intégralité dans laquelle mon poème "la souffrance" est inclus. C'est assez long, ça tient sur deux posts.
ps: désolé si la mise en forme est un peu étrange à certains moments, j'ai fait un copier coller à partir du fichier Word mais j'ai eu du mal pour remettre en forme de manière correcte sur le topic....
ps2: mise à jour de l'
index.
Une nuit, cette nuit.
Notes :
* En général, dans mes textes, les passages écrits en
italique représentent les pensées et ceux en
italique gras représentent les actions à l’intérieur des dialogues.
* Quand je parle de mon chien, j’utilise en anglais « he » au lieu de « it ». Ce n’est pas une erreur d’inattention, mais la volonté de le mettre au même niveau que les êtres humains, car je préfère le considérer comme un membre à part entière de la famille et non comme une chose que l’on possède.
terminé le jeudi 25 mai 2006 dans la nuit, 04:58.
Il faisait nuit. Une nuit d’automne, au tout début du mois de novembre. La pluie s’abattait de plein fouet sur la petite route de campagne, frappant violemment le goudron. L’eau coulait de toutes parts, remuant et noyant la terre et le gravier au bord de la route. La boue ainsi formée venait souiller la bordure herbeuse séparant le mince espace réservé aux piétons du caniveau dans lequel coulaient avec violence les filets d’eau qui s’y étaient infiltrés.
Je me dépêchai de rentrer chez moi. Mon pas se voulait rapide mais j’étais considérablement ralenti par mes vêtements gorgés d’eau glacée qui me collaient horriblement à la peau tandis que le froid me pénétrait jusqu’aux os. Je me sentais vraiment très mal à l’aise, et je n’eus qu’une idée en tête : rentrer chez moi pour me réchauffer. Cette nuit-là était vraiment trop froide, mais malgré tout, j’aimais cette sensation de chaleur une fois rentré. Je m’imaginais déjà confortablement installé dans ma chambre, un verre à la main et lisant une bande dessinée de Picsou ou Donald.
Mes pas se firent plus rapides. Je vérifiai dans la poche de mon imperméable si les clés du portail et de la porte d’entrée étaient bien présentes. Ce fut le cas. Je réajustai ma capuche et me dirigeai rapidement vers ma maison, la tête baissée et le regard toujours fixé vers le sol. Je devais me dépêcher, aussi pour que mes affaires d’école ne prennent l’eau et ne deviennent pas inutilisables, et également pour que je ne me fasse pas gronder par mes parents – c’est-à-dire, ma mère et ma grand-mère.
Cette nuit-là était véritablement froide. Je tremblai, mais continuai à marcher.
Une voiture passa à toute vitesse dans la rue noyée, manquant de m’éclabousser. J’eus le réflexe de me protéger et regardai sans colère la voiture s’en aller dans la nuit.
Je ne distinguais déjà plus le ronronnement du moteur, couvert par la pluie, le grondement du tonnerre, et une voix plaintive.
Une voix plaintive ? Ce n’était pourtant pas moi qui gémissait ainsi.
Oui, en tendant l’oreille, je pouvais assez nettement distinguer des gémissements. Des gémissements aigus. Une fille ? A moins que je ne confonde avec un chat, peut-être. Mais je fus intrigué et j’oubliai du même coup le froid et l’humidité.
Je m’essuyai le front et les verres de mes lunettes avec mon imperméable, évidemment en vain. Je me dirigeai vers la source des gémissements. J’avançais prudemment. Les gémissements semblaient provenir du caniveau mais je ne vis rien. Je me dirigeai de l’autre côté de la rue, le doute s’étant emparé de moi. Je regardai et écoutai. Rien. Le bruit venait bien d’en face.
Je m’apprêtais à retourner vers l’autre bord lorsque je vis enfin ce que je n’avais pas pu voir. Je traversai la rue et fis quelques mètres supplémentaires en arrière.
Ce que je vis me choqua et me révolta profondément.
Oh mon dieu !……C’est pas vrai !……… Dites-moi que je rêve !………… Pensai-je tout haut en mon fort intérieur.
Mes mâchoires se crispèrent de colère et de tristesse alors que se présentait devant mes yeux d’où coulaient quelques larmes silencieuses une jeune fille qui semblait avoir à peu près mon âge, onze, douze ans. Elle était recroquevillée sur elle-même, en position fœtale, cachant sa tête dans ses bras. Elle était habillée en pyjamas, les pieds quasiment nus, souillée par la boue.
Ce n’est pas possible !………………Ce que je vois n’est pas réel !…………
Elle pleurait, laissant échapper des plaintes aiguës. Elle tremblait de froid. Elle ne semblait pouvoir faire autre chose que trembler. Elle était trempée jusqu’aux os. Il faisait tellement froid. Mon imperméable ne me suffisait pas à affronter correctement le climat de cette nuit, alors j’osai à peine imaginer ce que cette jeune fille devait ressentir à ce moment-là. Cela devait être horrible !…
Ce n’est pas possible !…………pas possible !………Pourquoi ?…………Comment ?…………
Je fus profondément marqué par cette image, par cette scène. Je ne voulais pas rester impuissant face à cela. Je me dis que, pour une fois dans ma vie, il fallait que je fasse quelque chose de bien, quelque chose qui puisse me servir comme acte de référence pour ma vie.
J’avais tout juste treize ans à l’époque et j’étais un garçon qui n’allait absolument pas bien. Je vivais avec mes parents, et il était difficile de vivre avec eux. Entre autres, je m’étais vu plusieurs fois obligé de dormir dehors en pleine nuit. Ça avait commencé vers l’âge de six, sept ans. Ce qui m’avait surtout marqué, ce n’était pas le fait que je dorme dehors en pyjamas – moi aussi, et je me sentais du coup lié à cette fille par ce fait, car j’avais l’impression de mieux comprendre ce qu’elle pouvait ressentir, même si je ne savais rien d’elle – mais c’était surtout la condition à laquelle je pouvais rentrer. Je n’étais autorisé à rentrer que si je regardais une émission enregistrée sur cassette vidéo sur les ordures, les poubelles, et les déchets. Il était inutile d’évoquer le rapprochement que l’on pouvait faire avec ma personne. L’humiliation que je ressentais était terrible. Et du coup, je me suis toujours rabaissé et dévalué par rapport à ce que je pouvais faire. J’ai toujours été fragile, physiquement, et aussi mentalement à cause de mes parents, dans un premier temps, et par conséquent, à cause des autres personnes de mon entourage, au vu des conséquences que cela avait sur ma vie.
Je me sentais tellement seul ! Et j’avais besoin d’exister comme une personne à part entière.
Je me disais à ce moment-là que je devais faire quelque chose pour cette pauvre fille.
Je sentais quelque part en moi mon altruisme remonter en moi. Je sentais que j’avais besoin de soigner les autres pour me soigner moi-même. Et c’était là une occasion de faire quelque chose. Le sort de cette fille paraissait ressembler par certains côtés au mien, et je me refusais de la laisser dans cette situation. Cela m’était totalement intolérable.
Je me dirigeai très lentement vers elle, oubliant mes complexes, et pris la parole, tachant d’avoir la voix la plus douce possible pour ne pas la brusquer.
« E…excuse-moi……. »
Elle sursauta, effrayée, et tourna son visage pâle vers moi, me regardant de ses yeux rouges d’avoir trop pleuré. Je pouvais nettement lire la peur dans son regard. Je fus également marqué par son œil enflé, très certainement du à un coup qu’on lui avait porté. J’étais complètement dégoûté par ce que je voyais, au bord des larmes.
Ce n’est pas possible !!!……………Comment peut-on faire ça ???……………Elle ne peut même pas se défendre !!……………Je ne comprends pas !!…………Comment ???……………
Je tentai de me ressaisir et lui adressai à nouveau la parole, balbutiant.
« - Excuse-moi………..je ne vais pas te faire de mal………je crois que tu as besoin d’aide……….
Elle n’arrêtait pas de trembler. Elle semblait incapable de réagir. Je……..
- …….je…….parle pas………français……… » Parvint-elle à dire avec un accent étranger, tremblante et en larmes, au terme d’un immense effort.
Je fus surpris par sa réponse. Elle était vraisemblablement étrangère. Je me demandai comment j’allais me débrouiller pour la suite de cette rencontre inhabituelle. Je me repris et tentai autre chose.
« - Do you speak english ?
Elle ne répondit pas. Je tentai de poursuivre……..I’m not gonna hurt you……..
Elle ne réagit pas à mes paroles. Je poursuivis. Where is your house ?
Elle ne répondit toujours pas. Je ne savais pas si elle comprenait ce que je disais ou si elle ne souhaitait pas rentrer chez elle. Je poursuivis. You don’t know where is your house ? »
Elle rentra sa tête dans ses bras et se mit à pleurer de plus belle. Je ne pouvais pas dire si elle me comprenait mais qu’elle ne voulait pas rentrer chez elle, ou si elle était intimidée par ma présence. Mais quelque chose me disait que, effectivement, elle ne souhait pas rentrer chez elle.
« You don’t wanna go home ? »
Elle me fit faiblement « non » de la tête. Ainsi, c’était bien ça. J’eus du mal à retenir mes larmes. Je lui proposai alors mon aide, et une idée me vint tout naturellement à l’esprit, bien que risquée à cause de mes parents. Mais je me sentais parfaitement prêt à prendre le risque et à en assumer les conséquences. Je voulais l’aider, la protéger. C’était instinctif. Je poursuivis.
« - You can sleep in my house…………..
Elle releva la tête et me regarda à nouveau dans les yeux. Je repris la parole. It’s very cold here…… Don’t be afraid…… I’m not bad….... I just wanna help you……… You can sleep in my house………if you want……… If you don’t want, I will understand…….»
Je la regardai toujours dans ses yeux, tout comme elle continuait à me regarder. Tout semblait tourner autour de moi.
Qu’est-ce qu’il m’arrive ?………Je me sens bizarre……………son regard…………je…………
Tandis que je la regardai, elle leva légèrement sa main tremblante et glacée vers moi. Je crus comprendre qu’elle avait accepté ma proposition. Toutefois, je voulais m’assurer de sa réponse.
« - You want?………. To sleep in my house? »
Elle acquiesça faiblement de la tête, tremblante.
Je lui pris doucement la main, et fus surpris à quel point elle tremblait.
Qu’est-ce qu’il m’arrive ?……………Qu’est-ce qu’il s’est passé pour qu’elle se retrouve comme ça ?…………Je ressens comme un cri en moi…………un cri de désespoir……………
Je l’aidai à se relever. Elle vacilla sur ses jambes minces et fragiles. Elle grimaça de douleur à cause de ses pieds nus au contact du gravier. J’éprouvais beaucoup de peine pour elle. Je me sentais impuissant face à sa douleur. Je lui proposai de marcher sur le bord de la route pour que la marche soit moins pénible pour elle. Mais elle n’avait pas fait une dizaine de mètres qu’elle s’effondra sur l’asphalte. Elle tremblait de tout son corps. Mon premier réflexe fut de quitter mon imperméable pour le lui enfiler, mais ce dernier était tellement trempé que je doutais fortement qu’il puisse la réchauffer, et d’autre part, mes parents trouveraient très étrange que je ne porte plus mon imperméable sur moi. Je la regardai, ne sachant pas quoi faire. Je pensai la prendre dans mes bras et la frictionner pour tenter de la réchauffer, mais nous ne nous connaissions pas et j’avais assez peur de sa réaction. Je me ravisai donc et je lui tendis à nouveau ma main afin qu’elle puisse se tenir debout et marcher plus facilement. Elle la prit.
La tenir par la main dans ces circonstances était très étrange. Je me demandai soudainement comment une personne aillant subi des violences pouvait faire confiance comme cela à un inconnu. Je pensai que cela était probablement du au fait que je n’étais probablement guère plus vieux qu’elle. Elle paraissait avoir un an ou deux de moins que moi. Et peut-être que mon attitude l’avait rassuré. Même si cela ne me semblait pas évident. Mais en de telles circonstances, il peut arriver que certaines logiques s’effondrent.
Elle marcha à côté de moi, proche de moi, tenant ma main et s’agrippant à mon bras, alors que nous nous dirigions vers ma maison. Je me sentais bizarre. Je n’avais jamais ressenti un tel sentiment auparavant. Et pourtant, j’avais vécu un autre épisode terrible, environ une année auparavant. Mais un sentiment aussi fort ! Et avec une parfaite inconnue, ne parlant pas français, une étrangère. Non, j’avais beau réfléchir, jamais je n’avais ressenti cela.
Et ce soir, alors que je tenais toujours la main tremblante de cette fille, j’éprouvais ce sentiment qui me désorientait au plus profond de moi-même, même si, au moins, j’avais l’impression de savoir ce que je pouvais comprendre, sans toutefois impliquer le fait que j’allais effectivement y arriver. Comprendre une telle horreur, cela ne m’était pas impossible, car je subissais aussi certaines choses, mais devant de telles situations, je ne pouvais que ressentir une grande incompréhension et une grande miséricorde.
Quelques instants plus tard, nous arrivâmes devant le grand portail noir en fer forgé qui ponctuait l’allée de gravier menant à ma maison.
Je regardai la malheureuse qui se tenait le ventre à l’aide de son autre main, tremblante de froid. Je regardai ses pieds, salis par la boue et endoloris par la pierre, et grimaçai devant la l’allée de gravier.
L’autre problème était l’obscurité totale et ni moi, ni elle, ne pouvions voir quoi que ce soit à part l’ombre de la maison et des arbres. Je regardai au-dessus de moi et pus difficilement apercevoir la lune dans le ciel couvert par de très lourds nuages.
J’hésitai à lui faire traverser l’allée de ses pieds nus dans le gravier. Mais comme le jardin se tenait à proximité de cet accès, je décidai de la faire passer par-là.
Posant mon index sur mes lèvres, je tentai de lui faire comprendre qu’il ne fallait surtout pas faire de bruit. Elle acquiesça faiblement.
J’ouvris très délicatement le portail afin de ne pas exciter les chiens qui étaient dans la maison, et en regardant bien à travers les arbres, je pus apercevoir la lumière jaunie de la lumière du salon. Il fallait que je la fasse rapidement passer du côté du jardin afin que mes parents ne se doutent de rien. Une fois que le portail fut ouvert, je la fis rapidement marcher sur le gravier pour qu’elle puisse finalement patienter derrière un des arbres bordant le chemin caillouteux. Elle gémit de douleur. Je tentai de m’excuser du regard auprès d’elle, puis, sur la pointe des pieds, je refermai le portail en veillant de le pousser aussi doucement que possible afin que ce dernier ne grince pas.
Une fois le portail refermé, je rejoignis celle que je m’appliquai à faire rentrer secrètement chez moi.
Au centre du jardin se trouvait un très gros et très grand arbre, très imposant, qui à lui seul était toute une attraction. Je la pris par la main et lui fit contourner ce pilier végétal afin de passer le plus loin possible du salon d’où l’on pouvait voir le portail et toute personne s’engageant dans l’allée. Elle grimaça de temps à autre mais je pensais qu’il était moins douloureux pour elle de la faire marcher dans l’herbe. Je l’emmenai jusqu’aux arbres qui délimitaient la propriété du voisinage, et vérifiai que les colocataires – qui vivaient dans une petite maisonnette que louaient mes parents et qui se trouvait à seulement quelques mètres de ma chambre – n’étaient pas là. Je vis malheureusement leur voiture mais je pus constater avec une certaine satisfaction que les volets de ladite maisonnette étaient fermés. Je pensais donc que par ce temps, ils n’allaient probablement pas sortir dehors. Toutes les conditions étaient donc apparemment réunies pour que nous ne nous fassions pas remarquer.
La dernière difficulté à lui faire traverser pour ses pieds écorchés était une autre allée de gravier qui longeait la fenêtre de ma chambre. Elle essaya de marcher sur ses talons, grimaçant de douleur, toujours plus tremblante, serrant ma main un peu plus fort.
Soudain, un long gargouillis plaintif s’éleva à mes oreilles. Je retins ma respiration, surpris et me retournai. La malheureuse se tenait le ventre avec difficulté. Son estomac criait famine. Je fus à nouveau marqué par ce nouveau pas dans l’horreur et l’intolérable. Je ne pus retenir quelques larmes, quelques sanglots, apparus à la vitesse de l’éclair, à ma grande surprise, car je n’avais pas du tout l’habitude de pleurer. Toutefois, je tentai de me reprendre.
L’idée que j’avais en effet en tête était de la faire patienter sous l’abri à vélos qui se trouvait à cinq ou six mètres de la fenêtre de ma chambre. J’aurais tellement voulu la faire rentrer tout de suite afin qu’elle puisse se débarrasser de ses vêtements gelés par la pluie et qu’elle se réchauffe ! Seulement, je ne pouvais pas faire autrement. Il fallait que je mange, mais connaissant mes parents, le repas devait être prêt pour mon retour. Je devais être assez rapide pour finir le repas et essayer de rapporter quelque chose à manger et à boire pour mon invitée. Je devais aussi profiter du fait que je devais prendre la douche pour qu’elle la prenne également. Tout cela s’annonçait difficile, mais je me sentais prêt à tout. Je la laissais sous l’abri et, par quelques gestes, tentai de lui faire comprendre qu’elle allait devoir patienter pendant un petit moment et que j’allais la récupérer ensuite. J’insistai surtout sur le fait qu’elle attende sous l’abri en lui désignant que j’allais ouvrir les volets pour la faire passer par la fenêtre.
Cela allait être un autre problème. Il y en avait deux. Les volets possédaient une chaîne qui permettait de les relier et ainsi d’empêcher qu’ils s’ouvrent totalement sur chacun de leurs côtés. Le deuxième problème était le cadenas qui avait été fixé à la fenêtre de ma chambre, principalement posé pour m’empêcher de sortir par cet accès.
Pour pouvoir la faire entrer, il fallait déverrouiller le cadenas qui bloquait l’ouverture de la fenêtre, et prétexter de remettre la chaîne à sa place afin de profiter de cet instant pour la faire entrer secrètement dans ma chambre.
Plus le moment fatidique s’approchait, plus je sentais que j’allais avoir peur. Très peur.
Car si mes parents nous surprenaient, non seulement elle allait se retrouver à nouveau dehors, mais moi également. Même si me connaissant, si elle avait été la seule à être dehors, j’aurais fait un scandale pour me retrouver dehors par la même occasion et pour pouvoir la rejoindre. Mais rien de tout ceci ne se dessinait pour l’instant.
La première chose que je me dis, c’était qu’il fallait absolument paraître naturel. Donner l’impression que rien ne s’était passé. Et si je laissais paraître de la nervosité, je me préparai déjà à dire que je m’étais disputé avec un camarade.
Après avoir une dernière fois demandé à la jeune fille d’attendre sous l’abri, puis après m’être une dernière fois excusé, je me précipitai devant l’entrée de la maison. Je tentai de me maîtriser afin de rester calme. J’ouvris la porte d’entrée et je me précipitai dans ma chambre.
Comme d’habitude, ma mère ouvrit la porte de la cuisine quasiment au même instant où j’étais entré. Cette attitude m’énervait au plus haut point mais je tentai à tout prix de rester calme. Je déposai mon imperméable et mon cartable, et m’apprêtait à rejoindre la cuisine. Ma mère m’interpella assez violemment.
« - Dis, Adrian, tu crois pas que tu exagères ? Me demanda-t-elle sur un ton autoritaire. Tu sais quelle heure il est ?
- Ouais, je sais….
- Où t’étais passé ?
- Je discutais avec un camarade….
- Jusqu’à maintenant ? Non, mais tu te fous de moi ou quoi ?
- Désolé….
- T’as pas à être désolé. T’as à arriver à l’heure. C’est tout. C’est pas un bordel, ici ! Non mais, où tu te crois ? Et d’abord, avec qui tu discutais ?
- Un camarade……
- T’as son nom ? Son numéro de téléphone ? Attention, je vais vérifier !
- Je le connais pas. On se croise souvent mais on s’appelle pas par le nom.
- Ah bon ? Depuis quand ? Tu sais que je tiens à savoir avec qui tu discutes ?! T’as pas à discuter avec des gens que tu connais pas !
-
Je tentai l’impossible pour me retenir, au bord de l’énervement. Oui !……
- On règlera ça plus tard. Viens manger. Le repas est prêt. »
Je m’asseyais à la table de la cuisine, à ma place habituelle. Ma grand-mère m’interpella à son tour.
« - Dis ! Ne dis pas bonsoir, surtout, hein ?!
-
Je poussai un long soupir. B’soir………
- Toujours à traîner avec des voyous ! Continue comme ça, tu vas voir où ça te mènera ! Espèce de voyou ! Porc !
Je ne tentai même plus de répondre à cette provocation habituelle à mes oreilles.
- Connard, ah ! Renchérit ma mère. Pourriture ! Allez, dépêche-toi de manger, que je te voie plus ! »
Avec beaucoup d’efforts, j’attendis que mes parents se rendent dans le salon pour que je puisse me retrouver seul. Je me tus et tentai de manger mon plat de viande hachée et de purée à toute vitesse.
Au bout de cinq minutes qui me parurent une éternité, je n’avais même pas mangé le quart du repas, prenant surtout soin de ne pas manger la viande en prévision avec ce que j’allais tenter de faire.
Le bon côté des choses, c’était que je me retrouvais seul, mes parents s’étant réfugiés dans le salon. J’étais tellement préoccupé et gêné de me retrouver au chaud, devant mon repas, alors que ma malheureuse invitée mourait de froid, dehors sous la pluie, tandis que son ventre criait famine. Je n’avais même pas pu lui donner mon imperméable car cela aurait paru trop suspect aux yeux de mes parents.
Après avoir vérifié que ces dernières discutaient bien entre elles dans le salon qui jouxtait la cuisine, je me levai de ma chaise, me contorsionnant en tout sens pour éviter de faire grincer ses pieds de bois contre le sol. Quasiment aucun bruit ne s’était élevé. Je soufflai un bon coup et me précipitai vers l’évier. Je retins mon souffle et pris, en tentant de ne pas faire de bruit tout en jetant de rapides coups d’œil derrière mon épaule, une assiette propre au milieu des autres. Un léger tintement s’éleva des assiettes s’entrechoquant. Je retins à nouveau mon souffle et tendis l’oreille pour vérifier que mes parents discutaient bien. Ce fût le cas. Je respirai un grand coup et, par des gestes rapides, je transvasai directement la nourriture dans l’assiette propre. Je pris une fourchette et une ou deux serviettes dans le tas qui était présenté sur la table de la cuisine où je mangeais comme d’habitude, puis je transportai le tout sur la pointe des pieds, d’un pas qui se voulait tout de même précipité, jusque dans ma chambre, au milieu des livres sur une des étagères qui reposaient tout juste entre le bureau et la fenêtre.
Je retournai enfin à la cuisine où je déposai la première assiette dans l’évier et la laissai tremper dans l’eau.
Elles la laveront avec le reste de la vaisselle.
Je profitai du fait que mes parents se trouvaient toujours en train de discuter dans le salon –apparemment, elles ne s’étaient doutées de rien – pour emporter à toute vitesse un verre, un bol et une cuillère pour les cacher au pied du bureau de ma chambre, juste en bas du meuble de rangement dont les étagères étaient superposées en hauteur, de manière à ce que l’on ne s’aperçoive de rien en y rentrant. Le deuxième aller-retour fut apparemment également réussi. Je poursuivis sur ma lancée et risquai un troisième aller-retour pour emporter une bouteille de jus d’orange, une bouteille de lait et un paquet de céréales neuf.
Je savais bien que ça se remarquerait, mais je prendrais sur moi. J’avais l’habitude.
Une fois la nourriture dans ma chambre, m’étant aperçu que la fenêtre était verrouillée par le cadenas, je pénétrai timidement dans le salon pour demander la clé du cadenas. Ma mère se leva et me la donna nonchalamment avant de retourner dans le salon. C’était le moment. Je lui précisai avant d’y aller que je comptais prendre ma douche. Elle me demanda de prendre le sèche-cheveux. Je le pris et retournai dans ma chambre pour passer à l’action. Il fallait faire très vite.
Tout à coup, j’entendis de l’autre côté de la maison, dans le salon, le grincement caractéristique de l’ouverture des volets. Je ne m’étais absolument pas aperçu qu’elles les avaient fermés. Et ce que je redoutai arriva. Les chiens furent lâchés, aboyant à tout va, probablement en courrant dans le jardin, comme d’habitude.
Merde !!! Si les chiens la repèrent, on est morts ! Surtout qu’elle aura probablement peur d’eux, même si ce ne sont que des cockers !
Tout dans mon cerveau était chamboulé. Je me repris et me précipitai vers le cadenas afin de l’enlever et m’énervai sur la serrure que je ne parvenais pas à ouvrir.
Allez !!! Ouvre-toi !!! Merde !!!
J’arrivai finalement à mes fins et ouvris les volets. Les aboiements des chiens se rapprochaient de plus en plus. Mon cœur me fit de plus en plus mal et battait à toute allure tandis que ma gorge se serra sous l’effet des sanglots que je peinais à étouffer.
Vite !!! Allez !!! Vite !!!!!!
Je me penchai prestement au dehors et, par des gestes précipités et affolés, demandai à la jeune fille de faire très vite pour passer par la fenêtre. Celle-ci s’exécuta, visiblement paniquée à son tour, probablement par les aboiements des chiens, probablement par mes gestes précipités, probablement par les deux. Elle se mit à marcher rapidement sur les cailloux, gémissant de douleur, et parvint jusqu’au rebord de la fenêtre auquel elle s’agrippa, sans réussir à grimper.
Mon dieu, faites quelque chose !! Par pitié !!!
Les chiens apparurent au bout de l’allée et coururent à tout allure. Ils l’avaient repéré. Ils se mirent à aboyer de plus belle.
Non !!! Mon dieu !! Non !!!!! Arrêtez !! Dégagez !!!
La jeune fille, paniquée, laissa échapper un cri strident.
Non !!! Pourvu que ma mère n’arrive pas !!
Dans la panique, elle trouva avec mon aide la force de se hisser sur rebord assez large de la fenêtre. Un genou, puis l’autre. En quelques gestes, je réussis à la faire s’asseoir sur cette même bordure afin de la faire passer en douceur de l’autre côté, sans que ses pieds retombent violemment sur le carrelage. Juste en tendant un peu les jambes pour se retrouver debout dans ma chambre. Elle posa finalement le pied sur le tapis grisâtre qui reposait au pied du mur dans lequel la fenêtre de ma chambre était encrée.
A ce moment précis, la porte s’ouvrit d’autant plus soudainement que cela nous surprit tous les deux. Le violent bruit du loquet de la serrure se défaisant naturellement de son étreinte murale manqua de faire lâcher mon cœur tandis que je virai immédiatement du rouge écarlate au blanc pâle et maladif.
Heureusement, personne ne se trouvait derrière cette porte. C’était très probablement le courant d’air qui l’avait faite s’ouvrir. Elle était juste mal refermée, comme d’habitude.
Je ne pris pas le temps de souffler et pris la jeune fille par la main pour la cacher dans la salle de bains qui jouxtait ma chambre. Une fois dans la salle de bains, alors que la pauvre fille était en larmes, j’allumai la lumière et ouvris les robinets de la douche en comptant sur le fait que ça allait faire assez de bruit pour couvrir ses pleurs. Avant de refermer la porte, je lui demandai, la suppliai d’un dernier geste de ne pas faire de bruit.
A peine avais-je refermé la porte que j’entendis ma mère s’engager dans le couloir qui menait directement à ma chambre.
Lorsqu’elle se présenta à la porte, j’avais réussi à atteindre la fenêtre.
« - Dis, j’ai entendu un cri !
- C’est la chienne !
- Ah….bon….c’est la chienne…..bon, ferme-moi ces volets et va prendre ta douche. L’eau coule.
Je ressentis un horrible frisson grimper en moi. Tu gaspilles et ça coûte de l’argent. Ah, et rends-moi la clé du cadenas.
- Ouais…. »
Après m’être remis de ma peur – qui, en fait, n’était pas partie, car tout ce que j’attendais, c’était que ma mère sorte de ma chambre – je me penchai au dehors pour refermer les volets et la fenêtre. Puis, je jouai la carte de l’illusion en feignant de verrouiller le cadenas fixé à celle-ci, plus précisément en pressant l’anneau de fer hors de l’orifice qui l’aurait bloqué. Je laissai ainsi le cadenas et tentai d’assurer le coup en cachant ma feinte, en tirant le rideau sur mon astuce au cas où elle s’en apercevrait. Je lui tendis enfin la petite clé.
« - Tiens…
- Bien. Va prendre ta douche. Ensuite, tu te feras sécher les cheveux.
- Je sais très bien me sécher les cheveux. Je crois que je suis assez grand pour ça.
- Ouais, et bien moi, j’ai pas envie que tu t’attrapes un rhume !
- Tu pourrais pas me faire confiance au moins pour ça ??
-
Elle soupira. Remets le séchoir à sa place quand tu as fini. Je vais contrôler si tes cheveux sont bien secs.
- Ouais, c’est ça…….
- Je contrôle !
- Ouais, ouais……… »
Elle repartit dans le salon après avoir fermé la porte du couloir. Les connaissant, elle ou ma grand-mère ne reviendrait pas, au moins jusqu’à ce que j’aie terminé, ou alors elles passeraient dans le couloir pour entrer dans la pièce d’en face, habituellement fermée à clé.
Je comptais juste sur le fait qu’elles ne rentreraient pas dans ma chambre. En effet, je n’ai jamais eu le droit de détenir la clé de ma propre chambre, ni celle des toilettes. Pour la même raison qu’elles avaient fait poser un cadenas et des chaînes à ma fenêtre et à mes volets : Cela leur assurait sur moi un contrôle encore plus grand.
Je refermai la porte de ma chambre et préparai un pyjama et des pantoufles que je déposai sur le couvercle refermé des toilettes. Je vérifiai les robinets de la douche et effectuai les dosages afin que l’eau soit à la bonne température. Je regardai mon invitée et, toujours par des gestes, lui demandai de ne pas faire de bruit. Je lui indiquai qu’elle avait besoin de prendre une douche, et lui montrai les vêtements en lui faisant comprendre qu’elle les mettrait et qu’elle déposerait ses vêtements sales dans un sac plastique que j’apportai de ma chambre. Je lui indiquai qu’il y avait une serviette de bains qu’elle pouvait utiliser pour se sécher. Elle acquiesça faiblement. C’est sur ces instants que je refermai la porte de la salle de bains, laissant mon invitée dans son intimité.
Je me mis un instant à m’imaginer l’état dans lequel elle devait être, à entrer clandestinement chez quelqu’un.
Si j’avais été à sa place, j’aurais eu très probablement peur, et j’aurais eu honte, je me serais dit en moi-même que j’aurais eu l’air d’un voleur ou quelque chose d’approchant. Qui sait si ce n’était pas ce qu’elle était en train de se dire ? Mais elle ne m’a pas demandé à repartir. Elle m’a suivi et elle a pris le temps de m’attendre sous l’abri près de la fenêtre. Peut-être que la logique aurait été de repartir sous le coup de la honte et de la culpabilité, mais encore une fois, dans ce genre de situation difficile, certaines logiques semblent s’effondrer et l’instinct reprend alors le dessus sur notre conscience. Ce qui n’est pas plus mal, dans ce cas précis.
Je m’assis sur mon lit et soupirai longuement. J’étais assez tendu et mes oreilles étaient sans cesse à l’affût du moindre bruit suspect.
En général, lorsque je voulais faire croire que j’étais absent, je me cachais dans le creux de l’ouverture de la porte. Mes parents ne pensaient jamais à vérifier derrière.
Le regard semi-plongé dans le vide, tout en gardant une oreille attentive, je me demandai comment je pouvais faire pour soigner ses blessures. Je n’avais pas pris de glaçons pour son œil, ayant jugé que j’aurais pu me faire surprendre ou que ça aurait pris trop de temps. Mais je pouvais toujours le demander en rapportant le sèche-cheveux. Seulement elle devait être tellement fatiguée ! Je ne savais absolument pas pendant combien de temps il fallait appliquer un glaçon ou de l’eau froide sur son œil pour réduire sa blessure. J’espérai que ça ne la faisait pas trop souffrir. Je me sentis à nouveau impuissant, à ce moment-là.
Je me demandai également si je pouvais me permettre de prendre la douche ou si c’était trop risqué car ça pouvait laisser à mes parents le temps de nous surprendre. Peut-être l’espace de cinq minutes… je verrais bien. Mais à mon avis, il y avait de fortes chances qu’elles regardent la télévision. Je tentai de me rassurer en me le répétant quelques fois.
Au bout d’un moment, le clapotis de l’eau de la douche cognant contre le parterre s’arrêta. Je me levai instinctivement et attendis, assez tendu malgré moi. Mon cœur se mit à battre sourdement, sans trop que je comprenne pourquoi.
Au bout de quelques minutes, la lumière de la salle de bains s’éteignit, la porte s’ouvrit.
Elle était là, devant moi, timidement, tremblant de froid, les bras en croix serrant sa poitrine. Elle était habillée du pyjama que je lui avais prêté. L’un des pyjamas que j’utilisais. Cela me fit une impression très étrange. Je restai sans voix devant elle.
Elle était magnifique ! Magnifique et malheureuse. Son regard brillant tantôt baissé vers le sol, tantôt relevé vers moi, exprimait cruellement son malheur. Elle était très belle. Mais l’impression de désarroi et de désespoir qu’elle dégageait me troubla tellement ! Je ressentis pour elle une profonde miséricorde. Cela la rendait encore plus belle, quelque part, à mes yeux, car elle avait reposé sa confiance sur mes épaules, et je pouvais, pour l’une des rares et premières fois de ma vie, me rendre véritablement utile pour quelqu’un – une fille – qui en avait terriblement besoin.
Mais à cette magnificence venait se mêler l’horreur de son histoire que je ne connaissais pas encore mais dont il me semblait pourtant en lire assez nettement quelques extraits, lorsque je constatai que la relative rondeur de son joli visage contrastait totalement avec ses meurtrissures physiques, son œil douloureux et ses cicatrices se répandant sur son visage tout comme elles recouvraient une grande partie de son corps bien trop amaigri.
Je lui proposai d’un geste d’utiliser le sèche-cheveux, mais elle déclina ma proposition. Je lui redemandai pour m’assurer que ce n’était pas par timidité qu’elle ne voulait pas, mais elle refusa à nouveau très poliment d’une façon qui me semblait assez sereine.
Je me risquai à prendre ma douche, jugeant que mes parents ne viendraient pas ici. Je rallumai la lampe de la salle de bains et rouvrit les tuyaux de la douche. Je préparai mon pyjama et avertis mon invitée – au moyen d’un sabir anglais indescriptible – que ça ne prendrait que cinq minutes. Je respirai un bon coup et priai pour que mes parents ne s’aventurent pas dans ma chambre.
Je me déshabillai à toute vitesse et pris ma douche en un temps record, tout en étant à l’affût du moindre bruit suspect en provenance du couloir. Je me séchai à toute vitesse avec ma serviette et éteignis la lumière de la salle de bains avant de refermer la porte.
Toutes les portes étant fermées, je n’allais pas déranger mes parents.
Après avoir averti la jeune fille, je branchai le sèche-cheveux et commençai ma besogne. Environ deux-trois minutes passèrent. J’avais fini.
Je la voyais qui tremblait toujours un peu de froid. Elle était toujours debout. Je lui proposai de s’asseoir sur mon lit, ce qu’elle fit timidement.
En désignant le sèche-cheveux, je réitérai ma proposition. Je me dis que ça pouvait toujours être mieux pour elle de bénéficier d’un peu plus de chaleur. Je lui suggérai – toujours par des gestes – de la réchauffer en passant le sèche-cheveux pendant quelques secondes un peu partout sur son corps. Elle hésita quelques instants, me regarda et baissa la tête, acquiesçant faiblement.
Je m’assis doucement à côté d’elle.
« I won’t hurt you……» Chuchotai-je pour tenter de la rassurer.
Je rallumai le sèche-cheveux qui était réglé sur le degré 3 sur 4 de chaleur, puis je commençai à passer et repasser l’appareil sur son corps, de la tête aux pieds. La chaleur se répandait à travers le pyjama qu’elle portait, et visiblement, elle semblait apprécier. Son regard était toujours baissé, mais je pus remarquer qu’elle tremblait de moins en moins, et qu’une chair de poule que je connaissais bien était en train de se propager en elle tandis qu’elle fermait de temps en temps les yeux d’où coulait régulièrement quelques larmes.
Je me concentrai sur ce que je faisais, oubliant presque le temps qui passait malgré la menace potentielle de mes parents. J’avais inconsciemment décidé que, pendant les quelques heures que nous allions partager, j’allais la traiter comme si elle était une petite sœur.
Au bout de cinq minutes qui parurent à la fois très longues et tellement éphémères, je lui demandai, à l’aide d’un sabir anglais, si elle était vraiment sûre de ne pas vouloir sécher ses cheveux. Elle infirma ses précédentes réponses en acquiesçant d’un léger mouvement de tête. Je lui précisai que je ne mettrais pas longtemps.
Ainsi, pendant encore une ou deux minutes, je passai et repassai l’appareil au niveau de ses cheveux et de sa tête avant de l’éteindre définitivement.
Je baissai les yeux vers le sol, dans le silence qui venait de s’installer, tandis que j’enroulai lentement le fil de la prise autour de l’appareil.
« Merci….. » Balbutia-t-elle.
Je relevai ma tête et la regardai. Elle avait toujours la tête baissée, tentant, me sembla-t-il, de cacher son œil derrière ses longs cheveux blonds et humides.
Je voulais la soigner, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Je savais juste qu’il fallait de la glace, mais je ne savais absolument pas pendant combien de temps il fallait l’appliquer. De plus, elle avait besoin de dormir et je ne voulais pas la déranger. Je lui demandai si son œil lui faisait très mal, auquel cas je rapporterai de la glace. Elle me fit comprendre que la douleur était en majorité passée et qu’elle n’avait plus aussi mal qu’au début et que ce n’était pas la peine de rapporter de la glace. Sa mère le ferait le lendemain matin. Je me sentis impuissant de ne pas pouvoir faire grand-chose pas rapport à sa douleur.
Après avoir prévenu mon invitée, je rapportai le sèche-cheveux à ma mère et retournai dans ma chambre après avoir pris mon propre verre sur la table de la cuisine. J’entendis ma mère fermer la porte du couloir à clé. Je fus rassuré par ce fait.
Elle ne reviendrait pas. Nous allions être enfin tranquilles.