Un écrit différent cette fois. Un texte que je voulais écrire depuis longtemps mais je n'en avais pas eu le courage jusqu'à présent. Il s'agit d'une mémoire, d'un souvenir.
En souvenir.
On m'ouvrit la porte et on me fit patienter quelques instants. Je sentis immédiatement une odeur que je n'avais jamais senti mais qui me répugna au plus haut point. Comment pouvait-on travailler dans cet endroit? Puis un nouveau monsieur vint à moi et me demanda de le suivre ainsi que de me préparer à ce que j'allais voir. J'avais envie de crier que je ne voulais pas mais c'était trop tard, j'avais accepté.
Je revis leur visage: il était blanc comme un linge et il ne pouvait même plus tenir debout, elle était en larmes et rouge. Ils m'avaient dit qu'ils ne pourraient pas y aller. Ils m'ont demandé de le faire et j'ai dit oui, sans doute trop vite.
Je ne voulais plus y aller, je n'ai, en fait, jamais voulu y aller. Je ne suis encore qu'un enfant je ne dois pas vivre ça, je ne dois pas la voir. J'étais pas prêt et je crois qu'on ne l'est jamais.
L'homme en blanc ouvrit une porte et l'on entra dans une nouvelle pièce froide à l'odeur encore plus écoeurante qu'auparavant, je me retins de m'enfuir en courant. Il me fit approcher d'une longue table en métal où une forme était étendue sous un linge blanc.
- Êtes-vous prêt, jeune homme?
- Nooon!, fis-je.
N'écoutant pas ce que je venais de répondre, il souleva le drap fin. Le choc fut horrible, je manquais de m'évanouir et bousculait un plateau à roulettes qui se trouvait derrière moi.
- Mais, faîtes attention, tout de même! Vous allez bien?
Je ne pus lui répondre, les mots restaient bloqués dans ma gorge. Il me demanda:
- Alors, est-ce bien votre amie?
Ne pouvant toujours pas répondre, je fis oui de la tête. Il remit immédiatement le tissu en place. Comme je n'arrivais pas à rester debout, il me conduisit à l'extérieur de la pièce et me fit m'asseoir.
Je revis en pensée ce visage que tu avais avant. Ta peau était rose orangée pleine de couleurs. Tes yeux pétillaient d'amusement. Ton sourire était resplendissant. Tu vivais heureuse.
Quand je pense que l'on se connaissait depuis le parc. On a tout vécu ensemble, lié comme des faux jumeaux, de la maternelle au lycée.
Puis, est arrivé ce jour où je devais venir, mais je n'ai pas pu. Et c'est ce jour, où l'accident s'est produit. Que se serait-il passé si j'avais été là? Peut-être t'aurais-je sauvée la vie mais peut-être pas, mais au moins j'aurais été là. N'était-il pas de mon devoir d'être auprès de toi que je considérais comme ma petite soeur. Jour funeste que je n'oublie point!
Maintenant quand je pense à toi, le premier visage qui me vient c'est celui que j'ai vu à la place de tes parents à la morgue. Un visage que j'aurais préféré ne jamais voir pour ne me rappeler que de celui que tu avais avant. Ce visage de couleur était devenu blanc et froid. Ton regard pétillant était devenu borgne. Ta bouche souriante était tordue et disgrâcieuse. Et cet essieu métallique qui te traversait le visage me renvoyait mon image déformée comme la tienne ce jour là. Je te reconnus tout de même.
Comment cela avait-il pu se produire si vite? Tu n'avais que seize ans et le temps devant toi. Tu avais enfin trouvé l'amour, celui que tu avais tant cherché et dont tu me parlais la veille encore et celui-ci n'aura pas pu durer.
Toi qui fus si longtemps mon amie, ma petite soeur, ma confidente, je t'aimerai toujours et ne t'oublierai jamais. Tu es dans mon coeur et ce pour l'éternité. Je te dis enfin, adieu!
Voilà! Je ne demande pas spécialement votre avis sur ce petit texte très personnel. Faites-le, si le coeur vous en dit.
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