La savane s'endort, seul un feu crépitant danse au milieu du village. Les indigènes tournent autour en chantant. Je perçois encore les odeurs de viandes brûlantes.
Ne trouvant pas le sommeil, j'observe cette coutume étrange mais qui, pourtant, me fait rêver, me permet d'atteindre un autre monde.
Ce voyage, c'est moi qui ai décidé de le faire, je voulais m'enfuir de la civilisation pour terminer ma vie dans un havre de paix. Je crois qu'enfin j'ai atteint le paradis, le paradis de la forêt.
Mais déjà le matin s'avance, les premières lueures du soleil se propagent à travers les hauts arbres de la jungle. Les premiers oiseaux sifflent et les tambours commencent à s'entendre au loin.
Je n'ai pas trouvé le sommeil, trop de questions, d'interogations me troublent l'esprit. Pourquoi ne suis je pas venu plus tôt? J'ai perdu une bonne partie de ma vie à travailler pour finalement toucher de l'argent qui n'existe même pas. Quelle absurditée!
Ici, les indigènes partagent tout dans leur clan, si un homme tue un singe, ce gibier sera pour son ami.
Les personnes s'agitent de plus en plus autour de moi, ma vue s'embrume, je suis trop fatigué.
Quand je me réveille, mes pensées se reconstruisent, le soleil me gène, la chaleure m'étouffe. Une oseure de sang parviens jusqu'à moi, mais ici, je n'ai rien a craindre, je ne peut qu'être heureux.
Le soleil est déjà bien haut, nule trace d'homme dans le camp. Que des femmes qui s'affairent à réparer des filets, construire une maisonnette identique à celle où je me trouve. Quel plaisir de voir autant de personnes travailler avec une telle volontée, toutes ont le sourire, pas une seul femme est malheureuse.
Je me lève doucement craignant quelque chute de tension. Rien ne se passe, les femmes continuent leur travail comme si je n'étais pas là. Ma venue crée quelque mouvement mais il me semble que je ne suis pas de trop dans la tribue.
Je visite alors les alentours, c'est la première fois que je vois la forêt dans toute sa splendeure. Les hauts arbres me font prendre conscience du respect que je devrais éprouver face à la nature. A leurs cimes, les feuilles sont vertes, des oiseaux chantent toujours et on peut entendre cà et là des cris d'animaux sauvage dont j'ignore la nature.
Le système des indigènes est basé sur un régime communiste libre et équitable. Chaqun travaillant pour sa tribue, sans demander plus que son voisin mais avec une rage de travail, de faire cela pour ses enfants.
Je me mets donc, moi aussi, à l'ouvrage, ne voulant pas être un fardeau pour la tribue. En observant bien les constructions des femmes, je fais des allers- retours en empoigant le plus de branches coupées grâce à un silex. Au début, les femmes sourient en remarquant mon inexperience mais ma présence ne les gène point.
Après une bonne heure, déjà exténué, transpirant à grosses goûtes, je me met à l'ombre d'une feuille de palmier. A ce moment même, les hommes reviennent, fiers, droits, le gibier sur l'épaule. Deux hommes portent même un tigre dont la fourure est perlée de sang, peut être le sang d'un homme.
Les femmes s'agitent, un feu est allumé, les indigènes se regroupent. Les uns allument un feu, les autres décarcassent la viandes, d'autres, les plus agiles, grimpent sur les arbre pour, me semble-t-il, faire le gué.
La même odeure de viande brûlée parviens à mes narines, un vent frais me parcour le village sous la chaleure pesante du soleil.
Les larmes me parviennent aux bords des yeux. Je suis le seul homme civilisé à connaître cela, encore que les indigènes soient plus civilisés que les personnes qui se nomment ainsi.
On me tend alors un bol contenant une bouille blanchâtre, je n'ai pas même le temps de remercier la personne qui me l'a apportée qu'elle va rejoindre une autre femme dégustant avec ses doigts le repas.
Sans perdre mon temps, je prends une petite quantitée de mixture dans ma main que j'avale aussitôt. Il faut dire que je n'avais pas mangé depuis deux jours. Le goût de la mixture est légèrement sucrée, je crois avaler une sorte de légume, fruit et viande en même temps. Ce n'est ni bon ni mauvais mais seulement incomparable et indescriptible.
Je n'ai même pas le temps de terminer mon bol que les hommes retournent se coucher, comme si ils se préparaient à une deuxième nuit.
A ce moment, je me sent à denouveau libre et plein de vie, mon coeur ne suis plus. J'aurais envie de survoler la jungle et la terre tel un oiseau, d'être tout le monde pour faire éprouver ce plaisir à la terre entière. Mais finalement, si je suis le seul à éprouver cela, je peux en être fier, je suis au moins unique. Je m'endors, la tête toujours remplie de rêves.
Vers la fin de l'après midi, un grand son d'un instrument en bois d'après le son me fait lentement quitter le rêve dans lequel j'étais dans cette tribue. Finalement, la réalitée s'imprègne même dans mes rêves.
Au moment où mes pensée commencent à se remettre en place, la nuit est déjà avancée, plus signe de soleil. Mais autour d'un grand feu, toute la tribue est rassemblée, danse chantent des chants dont j'ignore le sens mais qui me glacent leur sang par leur beautée.
Un vieil homme, maigre, dont il manque des dents me tends une sorte de longue pipe qui fume à l'etremitée en souriant. Je la prend et y aspire une grande bouffée d'air. A ce moment même, mes pensées se clarifient. Je suis le maître du monde, la terre m'apparaît comme mon amie, les arbres sont mes membres, le ruisseau est mon sang, les insectes sont mes cellules, les tribues sont mes organes, les hommes sont des virus qui me détruisent.... La terre est moi ne sommes qu'un, je suis la terre, la terre est moi. Notre sang est partagé. Car chaque homme a une terre en soit où des virus détruisent ce corp. Ainsi je suis, moi aussi, un élément du corps d'une autre terre. Les hommes ont cherchés longtemps l'explication de l'illogisme de notre monde. C'est car chaque homme est en fait une partie du corps d'un autre. Donc rien ne peut avoir de sens, il n'y a pas de limites à la grandeure ni au minuscule. En cherchant, l'homme trouvera seulement de nouveaux monde à explorer, nous ne pourrons expliquer la vie.
Lentement je me réveille, la nuque douloureuse et les membres engourdis. Le village dort et seul moi, qui ait connu la véritée que ces indigènes avaient surement eux aussi compris, je m'avance pour aller au ruisseau que j'ai aperçut.
Je plonge, nu, dans l'eau glaciale et y reste un bon moment, le moment de retrouver mes esprits. Mais mon esprit va rester sous le charme de ce village et tant que j'y serais, je serais comme dans un rêve.
Mais ce village, je ne l'ai jamais retrouvé, je me suis perdu dans la nuit et je suis arrivé aux abords de la civilisation, dans une usine d'armes.
Si un jour vous entendez parler de ce village, tenez moi au courant car depuis, quarante ans ont passés et je suis toujours à sa recherche, les hommes de mon corp prennent le dessus sur mes arbres.
