Voilà longtemps que je n'avais pas écrit une nouvelle, mais l'inspiration en ébullition depuis hier, j'espère que cet écrit vous plaira.
Retrouvailles.
Hiver 2007 - Orphelinat de Wloclawek.
Je gare la voiture dans le parking désert et enneigé près du bâtiment à la peinture défraîchie. Je sors et regarde avec nostalgie l'établissement qui surgit devant moi. Depuis combien d'années ne suis-je pas venu ici? Tous mes souvenirs d'enfance sont situés à l'intérieur de ces hauts murs. L'orphelinat n'a pas tant changé que ça, seuls les murs ont été repeints et présentent des couleurs vives et joyeuses. Il est beaucoup moins austère qu'il y a cinquante-et-un ans quand j'étais parti pour l'université.
J'avance lentement dans la neige qui crisse sous mes pas, puis arrivé devant la grande porte cochère, je sonne et attend patiemment que l'on vienne à moi. La porte s'ouvre sur une femme à la quarantaine tout juste et je suis frappé de constater la ressemblance avec cette femme que j'ai connu ici auparavant, mais je suis sûr qu'il ne s'agit pas de la même car sinon elle aurait vieilli moins vite que moi. Je sais avoir devant moi la fille de celle qui se faisait appeller mademoiselle Kraszewski, la nouvelle directrice de l'orphelinat. Elle me fait un sourire et tout en me serrant la main, elle me salue:
- Bonjour, vous devez être monsieur Szymborska que j'ai eut hier au téléphone.
- Oui, enchanté de vous rencontrer madame, vous ressemblez beaucoup à votre mère.
- Oui, on me le dit souvent! Entrez, monsieur! Je suis ravie de voir que vous ayez voulu revoir ma mère qui ne fut votre directrice que pendant deux courtes années si j'en crois les archives que j'ai feuilleté hier soir.
- De rien, ces deux années ont été les plus belles de ma vie, elle a tant apporté à notre lieu de vie! Vous ne l'avez pas prévenue de ma venue, j'espère, je veux que ce soit une surprise. Elle se porte bien au moins?
- Oh! Je ne lui ai rien dit. Si vous saviez, sa santé est bonne, la mémoire toujours aussi vivante mais elle a toujours été l'ombre d'elle-même comme si dans son passé quelque chose la rongeait!
Sans rien en faire paraître, je souris sadiquement à cette phrase. Pénétrant dans la cour de la grande maison, les souvenirs affluent d'un coup et je me rappelle en premier lieu de ce fameux matin d'hiver où tout commença. Je lève la tête jusqu'à la fenêtre d'où je l'avais aperçu pour la première fois.
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Hiver 1956 - Orphelinat de Wloclawek.
Je m'habillais le plus rapidement possible et jetais un regard dehors par la fenêtre. Je vis dans la cour où la neige tombait encore lentement: les professeurs habillés de noir alignés contre le mur est, les élèves de l'école étaient déjà tous contre le mur nord et face à eux se trouvaient trois nouveaux accompagnés d'un adulte. Deux nouveaux étaient âgés approximativement de huit, neuf ans et le dernier qui regardait tout autour de lui devait avoir plus ou mois le même âge que moi. Nos regards se croisèrent et je ressentis comme une palpitation dans la poitrine, je ne crois pas qu'il m'ait vu, mais je m'élançais tout de même dans les escaliers, le coeur battant et sortant enfin dans le dehors glacial, je me glissais parmi les autres élèves et rassuré, je vis que le directeur n'était toujours pas arrivé. Apparemment en dehors de quelques élèves qui se retournèrent à mon arrivée, personne sauf ce garçon m'avait remarqué. Il me sonda avec un regard profond et lumineux. Chamboulé, je me dis qu'on allait certainement devenir de bons amis. Pendant tout le reste de la présentation des nouveaux par le directeur et la présentation du règlement et de l'orphelinat, il ne me lâcha pas du regard. Le directeur fut lui-même dérangé que le jeune homme ne lui jette pas un seul regard pendant son discours de bienvenue.
A la fin, alors que tout le monde repartait en direction de sa classe, le directeur qui avait pris les nouveaux avec lui annonça d'une voix neutre et posé:
- Monsieur Szymborska venez avec nous vous aussi, s'il vous plaît.
Je sursautais en entendant mon nom et je suivis le directeur jusqu'à son bureau. Il me fit m'asseoir à l'entrée du bureau et y entra avec les nouveaux. Après quelques minutes les deux petits sortirent et s'assièrent près de moi sans un mot. Puis le directeur fit sortir le troisième nouveau et me fit entrer à sa suite. Après qu'on se soit installé au bureau, le directeur s'adressa à moi:
- Alors Josef, vous pensiez que je n'avais pas remarqué votre retard ce matin dans la cour. Je vous rappelle que vous devez comme tout le monde être ponctuel, je passerais pour cette fois-ci mais la prochaine fois, vous aurez une punition. Mais comme vous êtes là, vous allez conduire les nouveaux dans leurs classes respectives. Anton va dans la classe de CE2, Dmitri en CM1 et Krzysztof se retrouve dans la même classe que vous en troisième. Bonne journée! Vous pouvez disposer!
- Merci beaucoup, monsieur le directeur! Bonne journée.
Je sortais du bureau et après avoir accompagné Anton et Dmitri dans leurs classes, je me retrouvais seul avec Krzysztof dont je sentais le regard dans le dos. J'attendais qu'il arrive à ma hauteur pour qu'on puisse parler côte à côte.
- Je m'appelle Josef Szymborska, j'ai quinze ans et on sera dans la même classe.
Il se tourna vers moi et je vis enfin qu'il avait les yeux d'un beau bleu-gris, un regard à la fois doux et perçant. D'une voix gentille, il répondit:
- Moi c'est Krzysztof Menckiewitz, j'ai quinze ans également. J'espère que l'on va pouvoir devenir ami, j'ai un peu peur de me retrouver dans cet endroit que je ne connais pas et puis l'orphelinat c'est nouveau pour moi.
- T'en fais pas, tu verras, je ne pense pas que ce soit si différent des autres écoles. Le plus dur, pour toi, sera d'oublier tes parents. Moi je ne les ai pas connus, j'ai toujours vécu ici. Les bâtiments sont gris et défraîchis mais la vie est supportable. Et puis le directeur est très bon envers nous.
Nous continuâmes à parler jusqu'à ce qu'on atteigne la classe. Nous entrâmes. Le professeur de mathématiques fit les présentations et fit déménager mon voisin pour faire asseoir Krzysztof à mes côtés et me confia l'insertion de notre nouveau camarade au sein de la classe.
Rapidement un fort lien se tissa entre Krzysztof et moi, et comme il fut écarter par mes amis ainsi que par le reste des garçons de la classe, je fus moi-même mis sur le côté. Etrangement, je ne fus point gêné par cette exclusion, je me sentais presque heureux d'être seul à parler à Krzysztof. Dans les dortoirs répartis par classe, nous avions des lits voisins et souvent je m'éveillais alors qu'il pleurait. Je venais à ses côtés le consoler, lui carressant la joue, le dorlotant. J'avais conscience que notre relation n'était pas aussi amicale que je ne le voulais et je pense que lui aussi en avait pris conscience. Nous finîmes par être un peu mal à l'aise par moment où nous nous retrouvions plus proches que la bienséance ne le prête. Nous rougissions et nous retranchions maladroitement dans un silence pesant mais si doux de savoir que l'autre n'était pas si loin.
Un peu plus de deux mois après son arrivée, il pleurait regroupé sur lui-même dans son lit, je m'allongeais près de lui et le tournais vers moi pour qu'il mette sa tête contre moi, mais au lieu de cela, il leva son regard troublant vers moi. Comme attiré l'un par l'autre, je posais mes lèvres contre les siennes et nous fûmes troublés par ce premier baiser qui resta chaste.
Ce même matin, on nous regroupa tous dans la cour éclairée partiellement par un soleil encore timide. La nouvelle tomba avec surprise dans les rangs des orphelins, le directeur était mort cette nuit. Ce directeur que tous les élèves aimaient et appréciaient tant s'était éteint cette nuit où nous avions échangés notre premier baiser. On nous informa de l'arrivée d'un nouveau directeur dans la semaine.
Cinq jours plus tard, nous étions de nouveau tous réunis dans la cour. Krzysztof et moi n'avions pas osé aller plus loin dans notre relation ambigüe. La pluie ruisselait et nous étions tous regroupés sous le préau du mur ouest et nous regardions vers la porte cochère grande ouverte où n'allait plus tarder à arriver la voiture qui contiendrait le nouveau directeur de l'établissement. Tout le monde entendit le moteur qui approchait et ralentissait, la voiture arriva et pénétra dans la cour, où le sol était boueux, et s'arrêta près du préau. Les vitres embuées n'offrait aucune vue à l'intérieur. Le chauffeur sortit précipitament, ouvrit un parapluie, ouvrit la porte et tendit l'objet au-dessus de la portière pour protéger l'hôte de la voiture, qui allait en descendre, de la pluie.
Lorsque tout le monde vit une chaussure à talons apparaître en-dehors de l'habitacle, tout le monde pensa que le nouveau directeur avait amené sa femme. Mais après qu'elle soit sorti, elle s'empara du parapluie et avança au-devant de nous qui la regardions avec étonnement, le chauffeur fit claquer la porte et repartit avec la voiture. La femme de haute stature avait un visage jeune et fort joli. Elle était maquillée légèrement avec raffinement et un léger parfum se déposait autour d'elle faisant oublier l'odeur de la pluie. Puis sa voix claqua dans l'air:
- Et bien! En voilà un attroupement d'ânes. Fermez vos bouches, c'est malpoli de fixer les gens comme cela. Vous auriez au moins pu préparer un chant pour mon arrivée et puis que faîtes-vous tous agglutinés sous le préau alors que je méritais bien que l'on se mouille pour moi. Enfin passons, j'imagine que vous avez suivi les consignes des professeurs. Sur ce rentrons, je ne vois aucune raison pour que nous restions là.
Tout le monde se mit à courir vers les portes pour rentrer le plus vite possible et éviter de n'être trop mouillé mais la voix claqua de nouveau:
- Stoooooop! Sauvages, je vous prie de ne pas courir au sein de mon établissement, ce n'est pas un champ de course, ici! Et puis, je vous prie de me laisser entrer avant vous. Pour la peine, vous resterez vingt minutes sous la pluie, j'interdis à quiconque de se mettre à l'abri sous le préau, préau qui sera d'ailleurs démonté dans les jours à venir. Il est vétuste et je n'en vois pas l'utilité. Dans trente minutes, je veux que vous soyez tous dans le réfectoire avec vos habits mouillés, vous ne vous changerez qu'après mon discours.
Elle franchit la cour avec son parapluie, entra suivit par les professeurs qui n'en menaient pas plus larges que nous, elle réapparut à la porte et clama:
- Au fait, je suis la nouvelle directrice de cet orphelinat, vous m'appellerez Mademoiselle Kraszewski. Quelqu'un veut mon parapluie, peut-être?
Quelques mains audacieuses se levèrent, et elle referma la porte après avoir soigneusement prit soin de garder le parapluie avec elle. Après qu'elle eut disparu, je pris la main de Krzysztof et le mena jusqu'au mur est, là où la pluie nous atteindrait le moins. Partiellement abrité, je regardais tristement mon ami et lui dis dans un souffle:
- Peste! Je crois que certaines choses vont changer. Déjà que les bâtiments ne sont pas heureux mais nous avions un encadrement superbe. Avec elle, il ne nous reste plus rien.
- Si, il nous reste quelque chose! Tu m'as, moi et je t'ai, toi!
Aussi puéril que peut paraître sa phrase, je fus pris de larmes de bonheur et l'embrassai à la dérobée sur la joue. On rougit tous deux et heureusement personne ne nous surprit. De toute manière, le sujet était le même dans toute la cour. Qu'allait devenir l'orphelinat avec cette femme?
Lorsque l'on fut enfin tous regroupés dans le réfectoire, elle arriva dans une tenue légère et sèche ( elle avait pris soin de se changer après avoir discuter avec les professeurs ). Mademoiselle Kraszewski monta sur la tribune et dotée d'un micro, elle annonça d'une voix enjouée:
- Bonjour, tout le monde! Je suis Wislawa Kraszewski et je suis enchantée de devenir la nouvelle directrice de l'orphelinat de Wloclawek. Plus jeune directrice d'un orphelinat du pays, je suis ravie de diriger ce petit établissement de cette petite commune si ravissante, j'ai toujours vécu dans la région. Précédemment conseillère au sein de l'orphelinat Marie Sklodowska-Curie de la ville de Plock à quelques kilomètres de Varsovie. C'est ma première expérience en tant que directrice, mais je suis sûre de réussir dans la tâche que l'on m'a généreusement confiée et je reprendrais avec poigne l'établissement de feu monsieur Wienszocki.
Je pense qu'il était temps qu'une femme à poigne prenne en main cet établissement aux règles trop peu punitives et trop laxistes. Je tiens à dire que vous serez ravis des nouvelles installations mises en place. Tout d'abord la récréation se passe en extérieur donc les allées et venues dans les chambres en cours de journée seront proscrites désormais et ce quel que soit les conditions climatiques. La pluie vous rendra plus fort. Vous êtes des garçons, futurs hommes du pays, vous devrez être fort et durs à l'avenir, elle vous forgera un caractère digne de vous-même. Les cours se passeront dans le calme et dans le sérieux bien que je vois que de ce côté là, tout se passait bien déjà et je tiens à ce que cela continue. Au réfectoire désormais, il sera interdit de se lever au cours du repas. Un seul pichet d'eau sera distribué sur chaque table en début de repas, pichet qui ne sera pas renouvelé au cours de celui-ci. Les tables seront dressées par un seul élève, le commis de la tablée, commis désigné au début de chaque semaine par moi-même. Les plans de table seront distribués par l'un de vos professeurs qui vous connaît et je lui fais toute confiance pour éviter de mettre des élèves amis sur une même table.
Elle lança un regard sévère au professeur d'histoire-géographie, le professeur que je préférais. Elle poursuivit:
- Les plans de table pourront être changés quand je vous connaîtrais mieux. Toute discussion est proscrite à table. Seule la tablée des professeurs est autorisée à bavarder. Les assiettes devront être vidées, pas de chichis permis.
En cas d'un malaise en cours, vous levez le doigt et le professeur vous laissera vous rendre, accompagné par celui que le professeur désignera, à l'infirmerie. En cas de malaise au réfectoire, vous levez votre doigt, là c'est moi qui interviendra et vous partirez si j'acquiesce avec votre voisin de gauche, et uniquement de gauche. En cas de malaise au dortoir, vous êtes autorisés à vous rendre accompagné d'un ami à l'infirmerie de vous même, cas identique si vous vous trouvez dans la cour.
Je pense avoir dit le nécessaire, en cas d'infraction à une seule de ces règles, les punitions seront lourdes et en conséquence de la faute commise. En cas d'infraction au sein du réfectoire, le concerné sera privé de repas pendant deux jours pleins avec le droit à une tartine de pain à chaque repas seulement, et bien évidemment, il assistera aux repas.
Pour finir, je vous souhaite une bonne journée. Dès demain, je verrais tous les élèves, un par un, pour mieux vous connaître. Je suis certaine que vous et moi serons rapidement heureux de ce nouveau règlement.
Le discours de la directrice avait eut pour effet de refroidir tous les élèves, certains en oublièrent de changer de vêtements. Krzysztof et moi nous montâmes changer d'habits, nous étions encore abasourdis. Aucun de nous deux ne fut désigner commis de tablée. A midi, je découvris que le professeur d'histoire-géographie n'avait pas du tout suivi les conseils de sa supérieure, car majoritairement, je vis que les voisins de chacun à chaque table étaient amis. D'ailleurs, Krzysztof et moi étions voisins de table. Rassuré, je souris à mon ami qui avait fait de même. Le commis de ma table n'était autre que mon ancien meilleur ami, d'ailleurs à ma table ne se trouvait que mes anciens amis, il avait généreusement rempli à ras-bord la carafe d'eau. Chacun remplit son verre à la moitié d'un commun accord pour éviter que quelqu'un en bénéficie moins qu'un autre. Le repas se finit alors que personne n'avait bu à sa soif mais où tout le monde avait pu boire équitablement sur notre table.
Le lendemain, je fus reçu comme tout le monde dans le bureau de la directrice.
- Bonjour Josef, assieds-toi sur cette chaise!
- Bonjour mademoiselle Kraszewski! ( On m'avait prévenu que si on ne la nommait pas ainsi, elle se mettait en colère )
Elle me désignait une chaise qui faisait face à une petite table qui était à l'écart de son bureau. Apparemment nous n'avions pas le statut pour nous asseoir à son bureau.
- Remplis moi cette fiche qui est un test pour que je vois l'étendue de tes connaissances dans les différentes matières. Après nous passerons à des petites questions plus personnelles et à un examen poussé de ta personne.
Le test n'était pas très dur, étant un bon élève, je répondis à toutes les questions sans une seule erreur.
- Oh! Monsieur est bon élève à ce que je vois! C'est bien ça! C'est un bon point pour toi. Alors, pour que je puisse mieux te connaître, je vais te poser quelques questions, certaines personnelles, d'autres moins. Depuis combien d'années es-tu dans cet établissement?
- Vous devriez le savoir puisque vous avez accès à mon dossier!
- Non, non, non!, cria-t-elle. Oublie le dossier que je possède sur toi et réponds à mes questions! Je ne vais pas me répéter à chaque fois! Réponds, c'est tout!
- Je suis ici depuis ma naissance.
- Sais-tu qui sont tes parents?
- Non!
- Appréciais-tu monsieur Wienszocki?
- Oui beaucoup!
- Quelle est ta matière préférée?
- L'histoire-géographie.
- Celle que tu aimes le moins?
- Les mathématiques.
- Ton professeur préféré?
- Monsieur Damianisz.
- Celui que tu aimes le moins?
- Euh....
- Réponds, je ne lui dirais rien!
- Monsieur Groblost.
- Haha! Intéressant. As-tu des ennemis parmi les élèves?
- Non!
- Es-tu un leader dans ta classe?
- Je l'ai été.
- Tu es bien délégué?
- Oui, je le suis.
- Et tu n'es plus considéré comme le leader?
- Non!
- Combien d'amis as-tu?
- Un seul!
- Oh! Combien d'amis avais-tu quand tu étais le leader de ta classe?
- Neuf!
Elle me demanda qui étaient ces amis et je les lui énumérais.
- Et lequel est encore ton ami?
- Plus aucun.
- Qui est ton ami?
- Krzystof Menckiewitz.
- Il est ici depuis peu, n'est-ce pas?
- Deux mois et demi, à peu près.
- Est-ce lui le responsable de ton détrônement de place de leader?
- Si on veut.
- Oui ou non?
- Si on veut, je ne répondrais pas par oui, ni par non.
- As-tu remarquer que monsieur Damianisz vous a attablé par affinités?
- Oui!
- A votre avis, pourquoi l'a-t-il fait?
- Car, le professeur est intelligent et qu'il part du principe que nous ne sommes pas sourds et que nous avons entendus vos recommandations et que nous serons donc sage à table. Et aussi, qu'il sait qu'il est toujours mieux de manger en bonne compagnie qu'en mauvaise.
- Oh! En voilà, une réponse bien tournée et intelligente, c'est que tu es presque parvenu à me convaincre du bien-fondé de la mise en place par monsieur Damianisz. Que veux-tu faire pus tard?
- Je ne sais pas.
- Tu as encore le temps, de toute façon! Après avoir déjà vu ton ami, j'ai eut une petite surprise lors de mon examen final. Examen que je ferais après ces dernières questions. Aimes-tu les filles?
- Oui! Pourquoi ne les aimerais-je pas? Après, je n'en ai presque jamais vu.
- Aimes-tu les garçons?
- Non!
- As-tu déjà ressenti quelque chose pour l'un de tes amis et plus particulièrement pour ton ami actuel?
- Non!
- Tu es sûr de ce que tu viens de me répondre?
- Oui!
- C'est en accord avec les réponses de ton ami, questions que je lui ai posé qu'à la fin de notre entrevue après l'examen final qui m'a interloqué. Voyons voir ce que cela donne avec toi!
Je n'avais pas vu Krzysztof après son passage avec la directrice et je fus surpris par les dernières questions, cela dit, j'avais gardé mon calme et toute ma sureté pendant les questions. La directrice s'était glissé derrière moi et m'avait levé de la chaise.
- Retire tout tes hauts et ton pantalon, garde ton dessous., je vérifie que tu as une bonne constitution pour un garçon de ton âge.
Au moment, où je l'attendais le moins, elle se colla contre moi, mettant sa main à mon entrejambe, exhibant sa poitrine. Après quelques minutes de cette examen final, je ressortais du bureau de la directrice alors que celle-ci était déconvenue par ma non-réaction organique. Enervé et déstabilisé, je sortais dans la cour et fulminait quelques instants contre la folie de la directrice et contre moi-même. Pourquoi étais-je resté stoïque? Etais-je donc vraiment homosexuel? Les questions affluaient dans mon cerveau sans que je puisse y répondre.
Si dans les premiers temps, Krzysztof et moi arrivions à profiter de nous, nous n'admettions pas être différent mais commencions à accepter ce que l'on éprouvait l'un pour l'autre. Notre amour commençait à naître et à s'épanouir. Mais à la fin de la première semaine, le verdict tomba, la directrice a prit la décision de nous séparer. Nous fûmes mis à des tables différentes, je fus déplacer dans le dortoir des quatrièmes, en cours nous étions interdits de nous asseoir à proximité et enfin nous étions interdits de nous approcher dans la cour.
Les jours passants, Krzystof et moi ne parvenions pas à nous parler très souvent. Quelques professeurs dont monsieur Damianisz nous permettaient de nous écrire des mots dans lesquels nous mettions rien de compromettant au cas où le professeur ne lise le mot. Mais enfin, je trouvais l'occasion de lui remettre un papier que j'avais écrit depuis un certain temps qui lui disait de me retrouver cette nuit au dernier étage dans l'unique dortoir inoccupé, message que je lui remets alors que tout le monde s'agglutine en-dehors de la salle et pour une fois, on s'est retrouvé l'un près de l'autre depuis longtemps. Je garde sa main dans la mienne pendant un moment où je ressens une sérénité et un bien-être inespéré.
Dès cette nuit, on s'est retrouvé toutes les nuits dans ce dortoir du dernier étage, rejoignant nos dortoirs respectifs qu'au petit-matin. Nous passions la nuit à nous regarder, nous embrasser, nous faire des petites caresses. Nous n'avions pas encore le besoin d'aller plus loin. Puis cette malheureuse nuit est venue où nous avons fait l'amour où nous avons pu découvrir nos deux corps au plus profond que l'on peut faire. Je devais à jamais me rappeler toutes les courbes de son corps et l'amour qui ressortait de notre union parfaite.
Presque parfaite, car malheureusement, la directrice entra accompagnée du professeur de mathématiques qui nous regardèrent tous deux avec un dégoût complet qui gâcha cette seule nuit qui vit notre union. On fut sévèrement réprimandé. Le lendemain, je me réveillais dans une salle dont j'ignorais l'existence, une seule source de lumière provenait du plafond. La directrice m'avait enfermé dans ce qu'elle appellera ces cellules d'isolement. Et c'est là que pendant trois mois, je fus nourris, éduqué, mais surtout c'était la salle où la directrice venait me retrouver pour me questionner sur ce qui s'était passé avec Krzysztof et qu'elle me fouettait.
Au bout des trois mois, la directrice crut que le problème était réglé, je demandais des nouvelles de mon amant d'une nuit et l'on me dit qu'il avait été transféré dans un autre orphelinat car c'était lui la mauvaise graine puisque avant son arrivée, mon comportement était normal. Il devait donc être mis dans un orphelinat plus dur.
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Lorsque j'eus mes dix-sept ans, je quittais l'orphelinat de Wloclawek pour me rendre à l'université. Je quittais avec plaisir la directrice Kraszewski et me mis à rechercher la trace de Krzysztof Menckiewitz. Recherches qui furent difficiles et je mis plusieurs années à comprendre que je ne cherchais peut-être pas là où il fallait car je commençais à me demander si on l'avait bien emmené dans un autre orphelinat. Les années passèrent et ce ne fut qu'en 1986 que je retrouvais sa trace, là où je n'avais jamais osé penser qu'il serait, dans les rubriques nécrologiques. Je fus estomaqué de constater la date de son décès, daté du 24 décembre 1956, soit alors que moi-même j'étais toujours enfermé dans ma propre cellule, la directrice avait dû le fouetter à mort ou je ne sais trop quoi d'autre. Tout du moins l'article parlait d'une pendaison mais je n'en crus rien. Ayant eut de nouveaux amants pendant mes études, puis j'ai rencontré l'homme de ma vie, avec lequel j'ai vécu jusqu'au mois dernier où il est décédé, mois où j'ai entamé les recherches pour retrouver Wislawa Kraszewski, qu'elle soit vivante ou morte. Et je l'ai retrouvée rapidement car j'ai appris que sa fille dirigeait le même orphelinat, celui de Wloclawek et qu'elle y hébergeait sa mère toujours vivante.
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Hiver 2007 - Orphelinat de Wloclawek.
Je lève la tête jusqu'à la fenêtre d'où je l'avais aperçu pour la première fois. Les larmes me montent aux yeux et je ne peux les retenir. La jeune femme les remarque mais humble envers un vieil homme, elle ne relève pas et fait comme si elle n'avait rien vu. La femme n'est apparemment pas aussi mauvaise que l'était sa mère. Alors si j'en crois ce qu'elle m'a dit, cette meurtrière aurait des remords! C'est tout ce que je lui souhaite, j'espère qu'elle a eut beaucoup de remords, qu'elle s'est détruite pour ce qu'elle a fait à ce qui n'était encore qu'un enfant. Sans m'en rendre compte, je dis tout haut:
- Mais il n'avait que quinze ans, bordel! Comment a-t-elle pu détruire une vie à qui l'on tendait la main.
- De quoi parlez-vous, monsieur?
- Non rien, excusez-moi, je pensais au passé! Cela ne regarde en rien votre mère! Pourrais-je la voir, maintenant?
- Mais oui, bien sûr! Suivez-moi.
- Je vous remercie.
La femme me conduit jusqu'au dernier étage, nous passons à côté du dortoir qui est devenu un foyer pour jeunes. Elle ouvre une porte au fond avec une clé et nous entrons dans un petit appartement qui semble n'être que pour sa mère. Et c'est là que je la vois. Je la reconnais immédiatement, ses cheveux ont blanchi, son visage s'est ridé mais on reconnait ce visage dur et cruel. Cependant, la femme est avachie, elle a sursauté en nous entendant rentrer. Puis la fille fait les présentations:
- Bonjour maman, voici un monsieur qui a été un de tes pensionnaires par le passé, il voulait te voir. Je te laisse parler avec lui. Pensez-vous pouvoir repartir de vous-même monsieur?
- Oui, ne vous inquiétez pas, je connais trop bien le chemin, dis-je amèrement. Au revoir madame et merci.
- De rien. Au revoir.
J'attends que la fille de la femme qui me fait face soit sorti et alors que je m'apprête à parler, une voix d'outre-tombe s'élève:
- Qui êtes vous? Pourquoi me rendre visite? Vu l'âge que vous avez, vous n'êtes certainement pas l'un des enfants qui aient apprécié ma direction. Je ne suis devenu une autre que lorsque ma fille est née!
- Vous avez raison, ce n'est pas une visite de courtoisie. Je suis Josef Szymborska, vous rappelez-vous de moi?
- Oh! Crois-tu que j'aurais pu t'oublier Josef? Non, bien sûr que je me souviens de toi comme je me souviens de l'autre.
- C'est bien, que vous vous en rappeliez! Mais dîtes-le ce nom. Quel était le nom de l'autre?
- Je m'en souviens très bien. Mais... mais... Krzysztof Menckiewitz!
Le nom fut prononcé dans un sanglot et elle éclata en larmes.
- Me voilà heureux! Vous n'avez pas oublié et vous semblez souffrir du meurtre que vous avez commis. J'aurais tellement voulu voir cela plus tôt.
- Savourez petit con! Votre ami a détruit ma vie. Je n'ai jamais souhaité sa mort. Sauf ce soir là, peut-être ce soir où, j'ai voulu lui faire payer ce qu'il m'avait fait voir. Je ne pense pas avoir eut tant de torts. Je ...
- Je vous arrête. Vous aviez tous les torts. Krzysztof n'avait que quinze ans! Quinze ans, vous comprenez! Vous avez mis fin à la vie d'un enfant qui ne vous avait rien fait. Vous êtiez une odieuse personne. Je vais vous laisser vivre avec votre conscience. Adieu, mademoiselle Wislana Kraszewski.
- Mon nom n'est plus ...
Je sors de l'appartement en larmes, mais heureux d'avoir pu venger un tant soit peu mon premier et meilleur amant. Je peux maintenant rejoindre Krzysztof l'esprit tranquille.
Fini. Je vous laisse émettre vos critiques. Pour conclure, je dirais juste le remords est la pire chose que peut vivre quelqu'un qui a quelque chose à se reprocher.
Petit détail sur la fin:
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