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20/07/2007, 20h10 | #1 | | Dieu supérieur
| [Nouvelle à 4 mains] Des bonnes manières et de la vie nocturne | | Tant que je suis dans phase "Sauvegarde du patrimoine" (j'plaisante  ), j'ai redécouvert avec un immense plaisir une nouvelle que j'ai écrite dans le cadre du jeu de rôle Gehenne, avec le personnage que j'incarnais à l'époque et que vous pourrez découvrir dans un autre texte intitulé "Les Chroniques de la Maison d'Angefeu".
La particularité de cette nouvelle est qu'elle a été écrite à quatre mains comme on dit, c'est-à-dire qu'il y a des passages que j'ai écrit et d'autres qui ont été rédigé par Lazrho, un membre qui, à ma connaissance, ne passe plus sur Hyjoo depuis longtemps. On se concertait pas vraiment, mais je trouve qu'on a réussi à écrire un texte cohérent, chacun faisant de son mieux pour reprendre des éléments introduit par l'autre et l'intégrant dans son propre récit, tout en respectant les personnalités des personnages créés par l'autre auteur.
Le récit est en lui-même inachevé, Lazrho ayant quitté Hyjoo, je n'ai pas voulu le poursuivre seul. Dommage, j'ai songé à le continuer, mais j'ai abandonné jusqu'à présent. On verra un jour...
Ce fut ma seule expérience de ce genre d'écriture, et j'ai eu de la chance que ça colle super bien entre Lazrho et moi au niveau "littéraire". Et j'ai donc voulu vous partager ça...
Là encore, ca se passe dans le monde du jeu de rôle "Vampire", j'espère que le jargon de ce jeu ne gâchera pas la lecture...
Là encore, ça a été écrit il y a "longtemps", et avec le recul, je vois tout plein d'imperfections, mais bon, je laisse les textes en l'état, avec les éventuelles fautes de styles ou d'écriture...
Pour différencier les textes écrits par l'un et l'autre, j'adopte un code couleur  :
- en Navy : Angefeu
- en Sea Green : Lazrho
Bonne lecture.
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DES BONNES MANIERES ET DE LA VIE NOCTURNE
La cité parisienne allait enfin respirer. La nuit tombante devrait apporter un peu de fraicheur après un longue journée de canicule estivale. Encore, des citadins cherchaient, par leurs promenades dans les rues de la ville, d'attraper un courant d'air frais, mais le vent s'obstinait à rester le plus plat. Et la chappe de pollution restait ainsi vissée sur les hauteurs de Paris. Le visage des femmes et des hommes se recouvrait d'une moiteur caractéristique, et à l'odeur des gaz d'échappement se rajoutait maintenant celle de la tranpiration, ou au contraire de déodorants largement trop parfumés.
Arthus, lui, n'avait pas à souffrir de la chaleur. Il ne transpirait plus depuis pas mal de temps, et ses odeurs corporelles se résumaient désormais à celles des femmes qui partageaient sa couche pour quelques heures de la nuit.
Elegamment emballé dans une chemise en soie exotique, il cheminait, les mains dans les poches de son dockers, le long du boulevard Richard Lenoir, allant d'un pas tranquille vers la Bastille. Plus il s'approchait de la place, et plus les gens se massaient, d'une manière ridicule, sur les terrasses de café qui étaient, de toute manière, bien trop chers. C'était cela, la vie parisienne, un mélange sordide de soirée à partager des verres dans des bars branchés, à dépenser son argent sans avoir conscience du lendemain. Et le fait de vivre une éternité de lendemains changeait quelque peu la vision des choses...
Il devait retrouver juste devant l'Opéra Bastille un autre Toréador, un compositeur brilliant, qui avait eu la chance d'être repéré par un ami du Prince, appellé Guillaume-Olivier. Depuis plusieurs années, GO, puisque c'est comme cela qu'Arthus avait pris l'habitude de l'appeller, occupait en plus un poste à proximité du Prince, car il en était devenu une sorte de secrétaire particulier. Et dans le genre, il avait révélé des talents de virtuose, sachant parfaitement satisfaire les moindres besoins de Villon. Et c'était certain qu'ils étaient nombreux...
Arthus se fraya un chemin assez facilement à travers ce troupeau gluant et suintant qu'était la population parisienne prise dans une frénésie de quête de fraicheur. Il dut certes jouer un peu des coudes, mais ses capacités physiques lui permettaient de ne pas avoir trop de problème.
Il repéra assez vite l'autre vampire. Il attendait comme convenu devant l'escalier principal de l'Opéra, où il conversait passionnement avec une sublime créature blonde dotée d'arguments devant approcher le mythique chiffre de 95. GO avait gardé ce gout pour la matière molle qu'était la poitrine des femmes. Si Arthus daignait coucher avec des représentantes de la gente féminine, c'était essentiellement pour se repaitre d'un sang fiévreux et fielleux. Mais Guillaume-Olivier lui aimait sentir entre ses doigts d'artiste le poids excessif d'un sein gorgé de désir. Il parait même que c'était à cet endroit qu'il percait de ses crocs les veines de ses repas nocturnes.
En arrivant à leurs hauteurs, Arthus put remarquer qu'elle était belle. Très même. Il aurait certainement bandé s'il en avait encore la possibilité. Mais aujourd'hui, cette sensualité manifeste lui inspirait surtout la confirmation que le corps pouvait juste être une merveilleuse usine à sensations, pour la plupart perdues chez le vampire en activité.
Il intégra et rompit le cercle intime que les deux interlocuteurs avaient réussi à se créer au milieu de la foule. Il dut avouer qu'il éprouva un certain plaisr à mettre au sol les tentatives de séduction de GO. Le Casanova dormira sur sa crampe, ou plutot sur sa faim...
" Bonsoir Guillaume. On me présente son amie ? demanda Arthus, un sourire narquois aux lèvres.
- Oui, répondit sèchement GO, je vous présente Emilie Lacorte.
- Euh, non, mon nom c'est Amélie, dit-elle en riant comme une otarie."
Un instant, Arthus resta figé, le sourire toujours accroché. Une gourdasse... Cet abruti de GO était en train de se lever un gourdasse. Il avait du la trouver assise, la robe fendue, la poitrine en avant et la bouche coulante d'un filet de bave, sur les marche de l'Opéra. Et répondant à son instinct, il lui avait parlé, et il était en train de tenter de conclure. Décidement, ce pauvre GO perdait le rythme, et surtout le gout du défi.
" Enchanté, Amélie, ajouta Arthus, après avoir effacé son sourire. Je suis honoré de vous rencontrer, car Guillaume m'a énormément parlé de vous.
- C'est pas vrai ? Mais on vient juste de se rencontrer !"
Elle avait dit cela d'une manière tellement naturelle, que cela en était presque devenue comique. C'est pas vrai ? Alors là, GO en avait trouvé une belle, une perle rare, de celle qu'on ferre au cours d'un diner de gala, et qu'on saute à l'arrière d'une limousine, pour enfin la lacher juste devant son immeuble.
"J'en suis désolé, mais en effet, cela n'était qu'un vulgaire mensonge, mais votre perspicacité a été plus acéré que ma vaine tentative de supercherie à votre encontre, déclama Arthus, un air vaguement théatral."
Elle rigola de son rire tellement aquatique.
Arthus saisit le bras de GO, qui avait la mine défaite, et se placa, en tournant sur lui-même, entre Guillaume et Amélie. Il les tira vers la place, vers la foule aussi.
Cette conne en robe pourpre le faisait rire, et il avait décidé de passer une bonne soirée, et avec elle, la bonne humeur semblait être assurée...
HRP: Vous trouvez qu'il y a des clichés ? Et oui, le Monde des Ténèbres est rempli de clichés... (hors role play, note de l'auteur)
"Mesdames et messieurs, nous allons bientôt atterrir à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Heure locale : 22h30. Température extérieure : 25°C. La compagnie et l'équipage espère que vous aurez passé un agréable voyage."
Pendant que le commandant de bord débitait son message de répondeur, Ephraïm regardait Paris, à travers le hublot... Les lumières de la métropole éclairait de manière diffuse et un peu glauque le nuage de pollution qui flottait sur la capitale. Paris ressemblait un peu à Londres un jour de brouillard...
Ephraïm était légèrement nostalgique, quoiqu'il ne voulait se l'avouer... Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas revu sa terre natale. Tout avait évidemment changé depuis la Renaissance! Est-ce qu'il avait vraiment envie de revenir, prenant le risque de ne pas aimer ce qu'il verrait? Enfin, de toutes façons, il y a des choses qui ne changeront pas de sitôt, se dit Ephraïm, en pensant à la Cour de Paris...
"Maître Ephraïm, nous sommes arrivés, descendez d'abord, je vous suis avec les bagages" dit Nestor, son fidèle majordome, coupant court à sa langueur.
Ephraïm se leva et mit sa lyre en bandoulière. Elle était protégée par un étui, pour éviter aux humains de se poser des questions inutiles... Mais de toute façon, il n'y avait que Nestor et lui en classe affaires... En se levant, Ephraïm s'étira, et s'apprêta à descendre, lorsque la voix de Nestor lui parvint:
"Maître Ephraïm, ne faites donc pas cette tête... Ce n'est pas un enterrement, si je puis me permettre... Pensez plutôt à votre frère Alban qui doit vous attendre avec impatience !"
"Ah Nestor, que ferais-je sans toi? Merci infiniment" répondit Ephraïm en se retournant pour sourire à son plus fidèle et dévoué serviteur.
Ephraïm était le premier passager à descendre de l'avion, et c'est d'un coeur léger qu'il se dirigea vers le hall d'arrivée. Il passa les formalités administratives en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, certaines personnes s'étant chargées de faciliter son arrivée, on dirait...
Ephraïm repéra tout de suite son frère Alban dans la foule, portant un sobre costume gris et des lunettes de soleil. Sans un mot, ce dernier se dirigea vers une limousine aux vitres teintées et y entra. Ephraïm et Nestor le suivirent à distance.
Ce n'est qu'une fois que la voiture se mit à rouler que les frères jumeaux laissèrent éclater leur joie de se revoir. Ils se serrèrent longtemps dans leurs bras.
"Alban! Comme je suis heureux de te revoir, mon frère.
- Moi aussi, Ephraïm, ça fait un bout de temps... pas vrai? Comment s'est passé ton voyage?"
- Pas trop mal, il n'y avait que très peu de monde dans l'avion. En tout cas, je suis passé très rapidement à l'arrivée...
- C'est normal, en tant qu'invité du Prince Villon, il s'est arrangé pour que tu sois au Louvre le plus tôt possible. Il ne voudrait pour rien au monde que ton concert à l'Opéra Garnier ne soit retardé... Il faut dire qu'il a souvent entendu parler de toi, mais ce n'est pas de mon fait pour une fois, dit Alban en riant.
- Vraiment? demanda Ephraïm quelque peu embarassé.
- Ta réputation te précède, frangin ! Notre Prince a hâte de t'écouter, et tout le gotha de la capitale a été convié ce soir... Je crois qu'il y a d'autres talentueux musiciens qui joueront également ce soir. Je crois que le Prince a tenu à ce que tu passes en dernier... Je crois qu'il s'attend vraiment à être impressionné, je crois même que..., dit Alban, d'un air détaché, mais avec un sourire en coin.
- Alban, tu trouves ça drôle?! Comme si je n'étais pas assez tendu..., s'écria Ephraïm d'un air faussement réprobateur.
- Tu sais que je te taquines, et tu sais très bien que nul ne peut rivaliser avec toi... Ce n'est pas pour rien qu'on dit que notre famille descend du harpiste de la mythologie grecque: Orphée..."
La limousine s'était arrêtée devant un luxueux hôtel particulier, avenue Foch.
"Bien, nous sommes arrivés chez moi. On descend un moment pour se changer, et on file au Louvre. Ca te va? dit Alban, tout en entrant dans le charmant bâtiment."
Une demi-heure plus tard, Alban et Ephraïm étaient de nouveau en limousine, direction Le Louvre.
Alban était vêtu d'un uniforme militaire d'apparat en usage dans les Cours du 18ème siècle : pantalon de cheval noir serré, avec bordures dorées, lourde veste d'officier en velours écru avec galons et décorations, hautes bottes de hussard noires, cape en hermine avec fermoir en or. A son côté pendait un sabre magnifiquement ouvragé, portant les armoiries de la Maison d'Angefeu.
Ephraïm, quant à lui, portait un pantalon de lin beige, une tunique longue en soie bleu nuit décorée de minuscules diamants, descendant jusqu'aux genoux, une longue ceinture de soie rouge brodée de fils d'argent et une étole en cachemire rouge également. A son cou, pendait son petit pendentif en forme de croix aux branches égales. Ephraïm tenait entre ses mains sa précieuse lyre, un instrument unique de par sa beauté et sa facture. Une lyre à neuf cordes... Ephraïm possédait la dernière existant encore et la plus belle... Un trésor qui appartenait depuis l'aube des temps à la Maison d'Angefeu, appelé La Lyre d'Orphée...
Ephraïm fut tiré de sa rêverie par Alban: ils étaient arrivés au Louvre...
Ephraïm avait un peu d'appréhension... Il respira un grand coup et se recommanda à Dieu, avant de pénétrer dans la Cour...
Un serviteur annonça leur entrée : "Messire Alban d'Angefeu, Messire Ephraïm d'Angefeu, Ducs de Belle-Isle."
Ils continuaient à cheminer sur Rivoli, d'un pas calme et posé. Arthus tenait fermement les bras de Guillaume-Olivier et de cette Amélie. Bastille et sa foule avait cédé la place à un rythme lent de gens qui marchaient avec un nonchalence des plus parisienne.
Arthus était attendu avec GO au Louvre, afin d'assister à un concert, qui devait se dérouler à l'Opéra Garnier. Il y aurait pas mal de monde qui joueraient ce soir, des vampires comme des mortels. Le Prince Villon affectionnait ce genre de manifestation, pleine d'un charme désuet. Pour Arthus, c'était pire, c'était surannée, moisie jusqu'à la moelle. Ce sordide simulacre de compétition était comparable à un combat entre une souris et un chat. Et comme d'habitude, cela serait Nathan, le propre infant de Villon, qui allait gagner. Sans aucune surprise en plus.
La chaleur semblait enfin baisser, et la nuit allait jouer son role, en rendant la cité plus fraiche et respirable, enfin, facon de parler. Tandis qu'il trainait ses deux compagnons, Arthus prenait la peine de regarder avec attention les gens qui cheminaient sur Rivoli. En fait, il cherchait à savoir si cet homme, marchant seul et d'un rythme rapide, était un vampire, tout comme cette femme en tenue de soirée qui semblait avoir cassé un de ses talons.
Non, en définitive, il semblait que Arthus et Go fussent les seuls caïnites à marcher dans les environs.
Ils ralentirent en arrivant enfin devant les premiers murs du musée, ancien palais royal et actuelle demeure du Prince de la Cité des Lumières. Le Louvre resplendissait sous un éclairage savant de lampadaires et autres luminaires qui avaient couté un prix totalement exorbitant. Les impots locaux des parisiens avaient d'ailleurs fortement augmenté, pour compenser les charges.
Après avoir pénétré dans la cour carrée, qui était devenu maintenant une voie de traverse pour atteindre le musée, ils descendirent par une porte de service d'apparence quelconque. Et, à force de parcourir des couloirs, passer des portes et arpenter des coursives, ils arrivèrent enfin dans une sorte d'antichambre, où trois goules attendaient.
Elles se levèrent à la vue de GO, qui d'un simple geste, les fit rasseoir.
" Alors, quoi de neuf Denis ? demanda Guillaume à l'une des goules.
- Rien, Monsieur. Ah si, l'invité du Prince Villon est arrivé, avec son frère.
- C'est bien, murmura GO, ainsi donc Ephraïm est arrivé."
Ephraïm... Ephraïm... Ce nom sonnait étrangement à l'oreille d'Arthus. Il connaissait ce nom, et savait à quel visage il aurait du associer ce même nom.
Alors qu'il s'apprétait à demander à Guillaume, le souvenir lui revint. En effet, Sire Ephraïm était devenu une véritable légende parmi les caïnites, et plus particulièrement parmi les Toréadors. De lignage noble, il était un virtuose dans la maîtrise d'un instrument rare et délicat, la lyre. On le disait même descendant du mythique Orphée, celui qui avait pénétré les Enfers pour en sortir Eurydice, mais qui, par une impatience toute humaine, l'avait perdue dans les ténèbres.
Artus s'approcha cependant d'Ephraïm, et, en lui saisissant le bras, lui demanda :
" Dites moi, Guillaume, cet Ephraïm dont vous parlez, c'est bien celui auquel de pense ?
- Si c'est le Duc de Belle-Isle, oui, c'est lui. Il est venu sur l'invitation du Prince pour le concert, avec son frère Alban.
- Pour le concert ? Comme spectateur ?
- Non, voyons, comme concertiste..."
A cette révélation, la soirée prenait un autre caractère. Si Ephraïm était présent, et si sa réputation n'était pas usurpée, il n'y avait que peu de chance que ce médiocre Nathan remporte encore une fois le concours. Et donc, par voie de conséquence, la soirée prenait aussitot un gout tout autre.
Les goules firent leurs travails, et fouillèrent les trois personnes avec une précision toute professionnelle. Artus s'étonna même que l'opulente poitrine d'Amélie ne sonne pas sous le détecteur de métal.
Ensuite, les deux vampires et la mortelle passèrent par d'autres portes, d'autres couloirs pour arriver enfin à une salle à haut plafond, où quelques autres caïnites accompagnés de pas mal d'humains discutaient et devisaient avec beaucoup de bruits. Dans un coin de cette pièce, sur une estrade, un trône était planté, comme un décor suréaliste, et vide. Le Prince n'était pas encore là...
GO salua poliment quelques caïnites, qui lui rendirent la pareille. Arthus le suivait, toujours accroché à Amélie, qui devait se demander ce qu'elle faisait là...
Le compositeur Toréador passa une porte, et laissa entrer ses deux compagnons. Un autre couloir... GO invita Artus à lacher Amélie, et l'envoya allait les attendre dans la grande salle. Aprsè qu'elle ait quitté le couloir, Guillaume referma la porte, et se mit à marcher, suivi d'Arthus.
" Où allons nous, Guillaume ? demanda Arthus.
- Dans le bureau du Prince...
- Ah... Vraiment... Et bien, j'aurais certes du m'habiller d'une manière plus classique...
- Ne vous inquiétez pas, Monseigneur Villon n'accorde pas grande importance à la mise des ses fidèles sujets."
Un compliment ? Une bouttade ? Arthus ne savait pas comment prendre cette dernière réponse de Guillaume-Olivier.
GO s'arrêta devant une porte, et frappa. On lui dit d'entrer. A l'intérieur, Arthus vit le Prince Villon, accompagné des trois personnes. Et Arthus n'en connaissait qu'une seule, un Ventrue appellé Gabriel de Montpensis, qui servait de banque pour les manifestations culturelles du Palais. Les deux autres avaient le même visage, des frère jumeaux, et portaient des vétements d'un rare esthétique.
Le Prince tourna la tête vers la porte, et sourit.
" Mes amis, je suis content que vous soyez arrivé avant. Je tenais à vous présenter un être exceptionnel, un musicien d'une qualité jamais atteinte. Guillaume-Olivier, Arthus, je vous présente les Ducs de Belle-Isle, les Sires Ephraïm et Alban."
Ephraïm n'était jamais entré dans l'Elysium qui se trouvait sous le Louvre... Quel dédale! C'était à se demander si l'expression "intrigues de couloirs" n'avait pas été inventée ici! Alban, quant à lui, semblait tout à fait à l'aise, marchant d'un pas sûr, étant un habitué de la Cour.
Ils arrivèrent enfin à la première antichambre, où trois goules se levèrent à leur approche. L'une d'entre elles ouvrit de grands yeux et bredouilla :
"Euh, c'est... c'est vous, Messire Alban d'Angefeu? C'est bien vous?
- Mais oui, c'est moi Denis. Allons... dépêches-toi s'il te plaît Denis, le Prince nous attend, répondit Alban.
- Mais pourquoi vous êtes deux ??
- C'est mon frère jumeau, Ephraïm, l'invité personnel du Prince, répondit Alban amusé, tandis qu'à côté, Ephraïm réprima un sourire.
- Ah... oui..."
Visiblement déconcerté, Denis procéda toutefois à la fouille des deux gentilhommes. Quelques minutes plus tard, les deux frères arrivèrent dans la Salle du Trône, où se trouvaient d'autres Caïnites qu'Alban salua rapidement.
Ephraïm se serait attardé un peu plus pour admirer la salle, mais Alban continua son chemin, car le Prince Villon l'attendait et avait hâte de voir Ephraïm...
Alban frappa trois petits coups secs à une porte et attendit la réponse avant d'entrer dans la pièce et fit signe à Ephraïm de le suivre.
Ils se trouvaient dans le bureau du Prince, et François Villon était là, assis dans un somptueux fauteuil. A ses côtés se trouvait un de ses Conseillers. Dans un même mouvement, Alban et Ephraïm s'agenouillèrent en silence devant le Prince, jusqu'à ce que ce dernier les fit relever d'un geste de la main. Il observa les deux frères pendant un moment, avant de prendre la parole.
"Fantastique! Vous vous ressemblez comme deux gouttes d'eau... Qui eût pu croire une telle chose? Deux frères jumeaux, étreints à peu près au même moment, mais l'un en Bretagne et l'autre en Terre Sainte, et ils ne sont pas du même clan! Etonnant, n'est-ce pas, Gabriel?
- Tout à fait, Votre Altesse, tout à fait..., répondit l'intéressé.
- Mais pardonnez-moi, je manque à mes devoirs... Messire Ephraïm, voici Gabriel de Montpensis, l'un de mes... Conseillers. Gabriel, voici Ephraïm d'Angefeu, le harpiste dont la réputation fait de lui une légende non-vivante, et Alban, son frère, l'un de mes meilleurs agents et diplomates.
- Je connaissais déjà Messire Alban pour l'avoir déjà rencontré hors de l'Elysium. (puis se tournant vers Ephraïm) Enchanté de faire votre connaissance, Messire Ephraïm, dit Gabriel de Montpensis, d'un ton affable.
- Enchanté, répondit simplement Ephraïm, avec un sourire légèrement crispé.
Ephraïm était quelque peu intimidé par le Prince Villon, et son visage s'empourpra très légèrement lorsque le Prince fit son éloge...
"Si ça se trouve, on lui a tellement exagéré mes talents qu'il sera bien déçu lorsqu'il m'entendra à l'Opéra..." se disait intérieurement Ephraïm. Il était pendant quelques secondes perdu dans ses pensées, lorsque l'on frappa à la porte.
Deux Caïnites entrèrent. Ephraïm ne connaissait vaguement que l'un d'entre eux : Guillaume-Olivier, un talentueux compositeur Toréador devenu le secrétaire particulier du Prince... Ephraïm l'avait rencontré une fois lors d'un concert de Yehudi Menuhin à New York. Ils avaient plutôt sympathisés, même s'ils n'avaient pas vraiment gardé le contact par la suite...
Ephraïm lui fit un petit signe de la tête.
Arthus eut dans un premier temps un vague mouvement de recul. Le fait de voir le visage complètement identique sur deux vampires différents lui parut étrange, un peu comme lorsqu'un artiste regardait un autoportrait, sauf que dans ce cas, l'autoportrait pouvait se mouvoir librement. Puis venait les détails que son oeil acéré de critique parvenait à trouver. Une légère corpulence différente, un port du corps aussi qui avait quelques divergences
Le pire, c'était qu'Arthus connaissait Alban, pour l'avoir vu deux ou trois fois au Louvre, lorsqu'il remplissait des taches obscures pour le Prince de Paris. Il conaissait aussi la réputation de ce vampire, où l'on associait souvent l'excellence et le talent. Mais il ignorait déja qu'Ephraïm fusse son frère, jumeau de surcroit. Alors, Arthus reporta son regard vers celui qu'il pensait être le joueur de Lyre. Il regarda longtemps ses yeux, qui lui semblaient emplis d'une crainte diffuse, il étudia la courbure de son visage, de ses bras, l'agilité évidente de ses doigts de musicien virtuose. D'instinct, il sentit le maître.
Dans ce silence quasi-religieux qui régnait dans le bureau de Villon, le temps sembla passer comme un filet de sable le long d'une pente lisse d'une dune du désert.
" Messire Ephraïm, je suis heureux de pouvoir enfin vous revoir, depuis tout ce temps, dit enfin Guillaume-Olivier, rompant de la sorte la magie du moment. "
Ephraïm répondit par un signe de tête assez bref.
" Je tiens à vous présenter un autre artiste, grand amateur de musique et de littérature, ajouta Guillaume-Olivier en saisissant le bras d'Arthus."
Arthus mit quelques seconde à remarquer que GO avait pris son bras, et qu'il parlait de lui. Il avait toujours le regard plongé dans celui d'Ephraïm. Une légende se trouvait devant lui, et, bizarrement, il ressemblait juste à son frère. Mais pouvait-il en être autrement entre deux jumeaux ?
Lorsqu'il sentit enfin la pression de plus en plus forte de GO sur lui, il tourna la tête, prit une ou deux secondes pour se replacer dans la situation, et regarda à nouveau Ephraïm en souriant.
" Guillaume exagère, malheureusement... Je ne suis qu'un petit pamphletaire, et critique d'art à mes heures. En tout cas, rien de ce que me gratifie mon ami, dit Arthus.
- Mais vous êtes un brilliant pamphletaire, je vous l'assure..."
Cette dernière réplique surprit d'autant plus Arthus que cela avait été Villon qui lui avait fait ce compliment. Il assuma donc de lui faire une révérence, en signe de remerciement.
" Croyez bien que je suis moi aussi honoré d'avoir enfin l'occasion de vous rencontrer, Ephraïm, et de pouvoir entendre un de vos concerts."
Le musicien sembla sourire, pour remercier Arthus de ce qu'il venait de dire.
Sans l'intervention de Gabriel de Montpensis, cette assemblée se serait certainement replongée dans une torpeur contemplative des plus délicate, mais le Ventrue prenait maintenant la parole.
" Sans vouloir offenser le Prince, ni même ses invités et amis, mais je crains que l'heure n'avance, et je me permet de rappeller à Monseigneur Villon qu'il doit faire un discours avant de partir pour l'Opéra.
- C'est vrai, je le dois... Et bien, ne perdons pas de ce temps que vous estimez tant, Gabriel, et allons continuer notre soirée parmi nos semblables et nos calices."
Le Prince avait cela avait un ton badin, assez peu inhabituel chez lui. C'est à ce genre de détails qu'Arthus comprit qu'en plus de lui-même, Ephraïm devait compté l'entière estime du Prince de Paris.
Villon se leva de son siège, et ouvrit la marche vers la salle de conférence. Il allait dire son discours, puis il allait ensuite partir pour l'Opéra Garnier, afin d'écouter tout ces concertistes. Et Arthus allait quant à lui retrouver dans l'immédiat cette donzelle blonde, dont il avait déja oublié le nom...
Alban ne dit rien, mais le visage d'Arthus lui semblait un peu familier... Evidemment, il en avait aussi entendu parler... Comme lui, Arthus était un agent de Villon, dont les principales qualités étaient l'efficacité, l'influence et la discrétion. L'autre, Guillaume, Alban l'avait souvent vu puisque ce dernier était le secrétaire du Prince, mais n'avait pas eu souvent l'occasion de parler avec lui personnellement...
Ephraïm sentit le regard scrutateur d'Arthus se poser sur lui, et éprouva un léger malaise. Arthus semblait détailler chacun des deux frères, comme s'il jouait au jeu des sept différences... Bien sûr qu'il y en avait... ils avaient vécu séparés pendant plus de 3 siècles, il y avait forcément des différences... La plus grande et peut-être la plus indécelable était la couleur des yeux. Si Alban et Ephraïm avaient tous deux les yeux d'un gris aux reflets bleutés (couleur rarissime), seul les yeux d'Ephraïm pouvaient changer légèrement de teinte et refléter parfois ses émotions... Sûrement une particularité héritée de sa Maîtresse...
La remarque de Guillaume tira tout le monde de ce silence, et tira Ephraïm d'embarras par la même occasion.
Ainsi, Arthus était critique d'art... Ephraïm comprenait un peu mieux le regard d'Arthus... Pamphlétaire... La remarque du Prince pouvait être comprise et interprétée de deux façons... Ephraïm se dit toutefois que, de manière évidente, Arthus n'écrivait pas de pamphlets contre le pouvoir du Prince, sinon, il y avait de fortes chances pour que ce dernier ne soit pas aussi badin...
Ephraïm écouta les compliments d'Arthus mais n'arrivait à distinguer s'ils étaient sincères... Car ce dernier semblait avoir retrouvé une contenance, après avoir été comme hypnotisé par son regard...
"Je suis également enchanté de faire votre connaissance. Il est vrai, Messire Arthus, que je donne rarement de concerts devant un grand public... Le dernier était à Carnegie Hall, New York, il y a déjà 7 ans, je crois..." dit Ephraïm d'une voix qu'il voulait neutre, mais qui restait mélodieuse.
Tous allaient retomber dans cette espèce de torpeur, mais Sire Gabriel rappela au Prince ces obligations... Ce dernier semblait de bonne humeur ce soir et quitta son bureau suivi de près par Gabriel de Montpensis. Alban sortit également.
Ephraïm prit à part Guillaume, tandis que s'éclipsait discrètement Arthus. Ce dernier lança un regard de connivence à Guillaume, que celui-ci comprit aussitôt... Guillaume semblait tiraillé entre son envie de discuter avec Ephraïm et celui de rejoindre l'autre cruche aux formes plus que généreuses...
Mais Arthus était déjà parti, alors Guillaume soupira...
"Que se passe-t-il, Messire Guillaume? Il y a quelque chose qui ne va pas? demanda Ephraïm légèrement anxieux.
- Non, non, tout va bien, Messire Ephraïm... tout va bien... répondit-il, comme s'il cherchait à se convaincre lui-même, Alors, ça fait un bail, pas vrai ?
- 4 ans déjà... Nous nous étions vus lors du concert de Yehudi Menuhin, vous vous en souvenez ?
- Bien sûr! En tout cas, je suis heureux que vous ayez accepté mon invitation au concert de ce soir... Le Prince vous aurait lui-même demandé de venir, mais il ne savait pas où vous vous trouviez et ignorait que Messire Alban était votre frère jumeau... Je voulais faire une surprise au Prince, et je ne saurai jamais vous remercier d'être là... Heureusement que je vous avais déjà vu à New York et que je connaissais de vue Messire Alban.
- C'est vrai que de temps en temps, j'aime bien prendre du temps pour moi et pour Dieu, et me ressourcer. C'est de Lui que viennent mes dons..."
Guillaume ne dit rien puis au bout de quelques instants, reprit la parole :
"A propos de la soirée à l'Opéra Garnier, je vais vous en expliquer un peu plus en détail son déroulement. En première partie, il y aura l'Orchestre de Paris, et des virtuoses, mortels bien entendu, puis en deuxième partie, des solistes Caïnites, dont Nathan infant de Villon... Vous, Messire Ephraïm, jouerez après tous les autres. Ce sera une sorte de concours. Comme toute la Cour est invitée et sera présente, vous pouvez vous douter que les paris iront bon train, à cause de votre présence parmi nous ce soir... Tous essaieront d'influencer notre Prince mais il restera seul juge... Notre clan est évidemment en ébullition... Le Paris Toréador ne parle que de vous depuis que je lui ai annoncé votre venue... Mais décontractez-vous, je suis persuadé que tout ira bien, dit Guillaume d'un air entendu.
- Et avec tout ce que vous venez de me dire, vous voulez que je me décontracte ?! s'écria Ephraïm, Messire Guillaume, rien de tout ceci n'était dans votre lettre !
- Sinon, vous ne seriez pas venu, Messire Ephraïm! Et puis avouez que cela ajoute du piquant à la situation, non ? répliqua Guillaume, l'air faussement contrit.
- Puisque vous le dites...
- Bon, allons-y, le Prince doit être en train de terminer son discours."
Guillaume-Olivier sortit, laissant Ephraïm seul un moment dans le bureau du Prince... Ephraïm souffla un grand coup, et pinça la première corde de sa lyre... Le son le calma...
Ephraïm venait de comprendre le petit manège de Guillaume-Olivier... L'avoir trouvé et fait venir à Paris devait être une sorte d'exploit qui visait à réhausser son prestige aux yeux des Anciens du Clan, et en particulier du Prince Villon... Enfin, bon, puisque Ephraïm était là, il ne pouvait plus faire marche arrière... Il ne jouait pas pour la gloire, ni le pouvoir... Sa musique n'était pas faite pour ça... L'idée de partir l'effleura...
Mais Ephraïm pensa alors à Alban et au domaine familial en Bretagne... Il se dit que ce soir, il devait jouer, sinon Alban, qui cotoyait la Cour de Paris d'aussi près, risquait d'en pâtir... La famille d'Angefeu ne pouvait se permettre de perdre les faveurs des Grands de France...
L'humble Frère Ephraïm (hrp: c'est le nom qu'il a pris en devenant moine, dans sa vie) redevenait le Duc Alexandre d'Angefeu, et il se résolut à se surpasser, pour son frère, et aussi pour le nom, l'honneur et le rang de sa famille, l'une des plus vieilles et des plus nobles du Royaume de France, et pour son sang...
En serrant fortement la croix qui ornait sa poitrine, il pria silencieusement et se confia à la Grâce divine... Il aurait bien besoin de la présence de Dieu à ses côtés.
Rasséréné, Ephraïm sortit du bureau et se dirigea vers la salle du trône. Tout en marchant, il se demandait où étaient Alban et Arthus.
Lorsque tout le monde sortit, Arthus se retourna pour voir où étaient Guillaume et Ephraïm. Il ne les vit pas. Probablement, le secrétaire du Prince réglait quelques derniers détails avec le musicien.
Alors, il continua d'avancer, et se mit à la hauteur d'Alban. A nouveau, il le salua.
" C'est un grand honneur de pouvoir rencontrer votre frère. Je n'imaginais pas que le Grand Ephraïm viendrait pour un concert de Villon."
- Je ne le pensais pas non plus, répondit sobrement Alban. Je crains que cela ne lui ressemble pas.
- Que voulez vous dire ?
- Rien de particulier, ne vous inquiétez pas, dit en souiant Alban. "
Ne pas s'inquiéter ? La supplique était étrange, car en effet, Arthus n'avait aucune raison de s'inquiéter, mais le fait de lui dire que le contraire fut possible... cela le plongea dans un certain doute, comme si Alban avait tenté de dire quelque chose mais s'était ravisé ensuite. Il le laissa avancer, et profita de son éloignement pour saisir discrétement le bras de Montpensis.
" Le frère est étrange, tu ne trouves pas ?
- Je ne sais pas. Alban et Alexandre sont deux frères très liés.
- Alexandre ?
- Oui, c'est le véritable nom de baptème d'Ephraïm. Il a prit se nouveau nom en même temps qu'il est rentré dans les ordres.
- Je comprends, et selon toi, quel genre de relations existe entre les deux frères ? "
Montpensis fut surpris par la question, et prit la peine de réfléchir.
" Les deux hommes sont des vampires. A ce que je sais, ils ont été étreint à près de 6000 km l'un de l'autre, à peu près au même moment. Si pour Alban, ce fut dans le domaine familial, Ephraïm a été prit en Terre-Sainte. Je ne pense pas que cela fut un hasard, à défaut de ce que soutient Villon."
Arthus se contenta de secouer légèrement la tête.
Villon était maintenant monté sur l'estrade, et s'appêtait à faire son discours, que tant de gens attendaient. Arthus regarda la foule, à la recherche de cette Amélie, qu'il devait impérativement récupéré avant le départ de cgacun pour l'Opéra Garnier. Il ne la vit pas.
" Chers amis, dit Villon en prenant la parole, je vous suis gré d'être venu aussi nombreux ici pour assister à l'un des plus fabuleux concert de l'histoire des Arts à Paris. Car, j'ai acquis l'intime conviction que ce concert sera et restera gravé dans nos mémoires comme celui qui a vu l'art musical gagner un nouvel état de virtuosité.
Ce soir nous aurons l'occasion d'entendre les meilleurs musiciens qui arpentent le monde à la recherche de nouveaux défis et d'excellence. Nous leurs ferons bon acceuil, j'ose le dire."
Arthus ne trouva pas la blonde, mais il vit enfin revenir Ephraïm et GO, ensemble. Le musicien avait dans ses yeux un éclat nouveau, comme celui d'une intense satisfaction, ou mieux, d'une grande béatitude.
Il s'avança vers eux, et il sourit en leurs tendant les mains.
" Je suis désolé Guillaume, mais j'ai perdu votre blonde..."
Ephraïm avait rejoint la Salle du Trône, où le Prince terminait son discours. Guillaume-Olivier se trouvait à côté de lui. Il semblait chercher quelqu'un du regard, lorsque Arthus se dirigea vers eux en souriant, en tendant les mains. Sa remarque ne parut pas être du goût de Guillaume-Olivier...
Ephraïm aperçut alors Alban qui se trouvait dans un coin de la salle et qui regardait vers lui. S'excusant alors auprès de Arthus et de Guillaume-Olivier, il alla rejoindre son frère d'un pas vif, et le prit à part. Ils sortirent discrètement de la salle pour discuter tranquillement.
"Qu'est-ce qui ne va pas, Alban? demanda Ephraïm avec une pointe d'anxiété dans la voix.
- Tout va bien, je t'assure.
- Alban, tu ne peux pas me mentir et tu le sais. Qu'est-ce qui ne va pas?
- C'est juste que je me demandais pourquoi tu avais accepté de venir à ce... concours mondain... Je te connais mieux que quiconque et cela ne te ressemble guère, frangin... murmura Alban."
Ephraïm eut un sourire ému et regarda son frère dans les yeux. L'amour fraternel qui les avait toujours unis dans leur vie ne s'était jamais brisée, même après l'Etreinte et 3 siècles de séparation. Ephraïm et Alban étaient frères jumeaux et ce lien les unirait toujours.
"Personne ne me connaît mieux que toi, mon cher Alban, dit Ephraïm d'une voix douce et attendrie. Personne.
Si je suis là, c'est à cause de la lettre de Guillaume-Olivier que tu as accepté de me transmettre...
- Je savais que je n'aurais pas dû accepter cela...
- Tu ne l'as pas lue ou Guillaume-Olivier ne t'a pas dit ce qu'elle contenait? demanda Ephraïm, légèrement surpris.
- Non, il m'a juste dit t'avoir rencontré à New York il y a 4 ans. Il m'a donné cette lettre en me disant qu'elle contenait une invitation susceptible de t'intéresser... Mais j'étais à mille lieues de me douter qu'il parlait du concert de Villon. Sinon, je t'aurais expliqué de quoi il retournait et t'aurait déconseillé de venir... s'écria doucement Alban.
- Bien, pour tout te dire, si j'avais su, je n'aurais pas quitté la tranquillité d'Abu Gosh...
- Mais alors ?
- Dans sa lettre, Guillaume-Olivier disait simplement qu'il s'agissait d'un concert pour le Prince qui serait enchanté de m'écouter, etc. Il n'était précisé nulle part que c'était un concours devant tout Paris!
- Ah, le... ! (Alban réussit à se contenir en voyant l'expression amusé d'Ephraïm) Je comprends mieux, maintenant... Pardonnes-moi d'avoir douté de toi, frangin...
- Je te pardonne de bon coeur, j'espère que tu es soulagé maintenant..., dit Ephraïm avec un sourire lumineux."
Le coeur d'Alban s'était allégé d'un poids tout d'un coup. Comment avait-il pu douter de son frère? En regardant les yeux de son frère, il y lut un amour fraternel profond, et cela l'émut. Ils se serrèrent longuement dans les bras l'un de l'autre, goûtant à ce moment de béatitude avec délectation...
"Bon, je crois qu'il faudrait que nous retournions dans la Salle du Trône... J'entends les applaudissements, Le Prince doit avoir fini son discours, dit Alban.
- Oui, il va se demander où nous sommes passés. En tout cas, sache que ce soir, c'est aussi pour toi que je jouerai... pour notre famille...
- Père et Mère doivent être fier de toi.
- Non... de nous, tu veux dire! Chacun à notre manière, nous continuerons à montrer que la famille d'Angefeu n'a pas usurpé ni son rang, ni la noblesse de son sang, affirma Ephraïm en faisant un clin d'oeil.
- Merci, frangin, tu as raison, répondit simplement Alban, plus ému qu'il ne voulait le laisser paraître."
Les deux frères rentrèrent dans la Salle du Trône tandis que Villon se faisait acclamer. Ephraïm vit Arthus et Guillaume-Olivier qui semblaient avoir eu une petite explication et Gabriel de Montpensis qui donnait les directives pour le départ. Ce dernier, dès qu'il vit les jumeaux, se dirigea vers eux et leur dit:
"Ah, Messire Alban, Messire Ephraïm, je vous cherchais justement. La Cour se rendra bientôt à l'Opéra Garnier. Les Toréadors sont déjà sur place, c'est pour cela que vous n'avez vu quasiment personne de votre clan ce soir, Messire Ephraïm. Ceux qui sont ici, membres des autres Clans, vont s'y rendre en limousine. Vous voyagerez bien entendu tous deux avec Son Altesse le Prince Villon, Messires Arthus et Guillaume-Olivier, et moi-même."
Montpensis n’attendit pas les réponses des deux frères pour ouvrir la marche vers les parkings souterrains. Il mena les quatre vampires vers une puissante voiture de marque française aux vitres teintées.. Il ouvrit une des portières arrières, et invita ses compagnons à y entrer. Ephraïm sembla hésité, mais, sous l’insistance de son frère, entra en premier.
« Nous allons attendre le Prince ici, dans la voiture, dit Montpensis après d’être installé, en dernier.
- Oui, mais cela risque de prendre un certain temps, je le crains, annonça Guillaume. Il doit s’entretenir avec quelques autres vampires, qui sont friands d’une action en leurs faveur, de la part du Prince.
- De toute manière, il est peu probable que le concert commence sans lui, dit en souriant Arthus. »
Ephraïm et Alban restaient silencieux, comme d’habitude semblait-il. Arthus remarqua qu’ils se regardaient, de temps en temps, en souriant l’un à l’autre. Leur ressemblance étaient frappante, mais ce qu’il l’était encore plus, c’était cette manière qu’ils avaient de se regarder, et pour ainsi dire, d’exprimer cette fusion du regard. Chacun semblait y puiser une force nouvelle, une vigueur particulière. Ils avaient de la chance de posséder ce jardin secret, dans ces époques troublées et sans âme.
Une question vint à l’esprit d’Arthus. Devait-il être jaloux de la complicité unissant les deux frères ? Il fut lui-même surpris d’avoir ce genre d’interrogation à l’esprit. Tant de choses étaient plus importante pour lui, enfin, il le croyait. Les voir, tout deux ensemble, lui renvoya une image peu glorieuse de sa propre vie. « Un brillant pamphlétaire » ? Villon le surestimait. Car en définitive, qu’était-il au juste ? Un simple Toréador, sans grand avenir dans les sociétés de la nuits. Et que restait-il de son passé, de son enfance, de sa vie en fait ?Il avait accepté de tout perdre le soir de son Etreinte. Et il avait perdu peut-être plus que des souvenirs, il avait aussi perdu son âme.
Une goule vint taper à la fenêtre de la voiture. Montpensis baissa la vitre dans un ronronnement électrique.
« Messieurs, le Prince Villon me fait dire qu’il ne voyagera pas avec vous, mais avec le Sire de Morens.
- Et bien, dans ce cas, nous le retrouverons là-bas. »
Montpensis avait répondu avec un sourire courtois, sans aucune intonation particulière, mais dès que la goule avait été à distance suffisante pour ne pas entendre, il laissa sortir un juron. Devant les yeux médusés des deux frères et de GO, il prit la peine de s’excuser. Il indiqua ensuite à son chauffeur, déjà installé au volant, de démarrer et de se rendre à l’Opéra Garnier.
« Ecoute Gabriel, inutile de t’énerver, si le Prince estime devoir voyager avec Morens, nous n’avons rien à dire, dit Arthus au Ventrue.
- Tu plaisantes ? Morens est une punaise, un lâche de Tremere qui quémande des faveurs princières comme un mendiant implorerait quelques centimes. »
Visiblement énervé, Montpensis enfonça son visage dans sa main, et commença à se triturer les poils de sa barbe, en gardant un silence précaire.
Arthus sourit devant la réaction tellement prévisible de Gabriel. Puis il adressa son sourire à Alban et Ephraïm, qui lui rendirent. Il regarda ensuite Guillaume-Olivier, lui aussi assez sombre, certainement d’avoir du laisser sa blonde au Louvre. Mais ce point là, Arthus se garda bien de le remettre sur le tapis, car visiblement, ce genre d’humour, GO n’y goûtait que très modérément.
Et après avoir regardé quelques instant les rues de Paris, suantes et poisseuses de l’excès de chaleur de la journée, il reporta son attention vers les deux frères.
« Ainsi, vous avez répondu à ce concours ?
- Non, je ne suis venu que pour plaire à mon Prince, répondit Ephraïm, après plusieurs secondes de réflexion.
- Et j’imagine que vous êtes au courant des modalités du concert, non ?
- Certes oui... »
A la manière dont Ephraïm avait répondu, Arthus comprit qu’il préférait garder le silence pour le reste du voyage. La concentration de l’artiste avant la représentation ? Certainement oui.
Un regard vers Alban lui confirma déjà que son frère avait besoin de se concentrer, et de rassembler toutes ses ressources, mais aussi le regard qu’il lançait à un Guillaume-Olivier qui s’enfonçait irrésistiblement dans son siège lui fit comprendre qu’en fait, Ephraïm avait été victime d’un stratagème du secrétaire de Villon. Ce dernier avait du lui promettre un concert sous une autre forme, peut-être une représentation en privée avec le Prince, mais pas ce genre de concours. Mais que craignait en fait Ephraïm ? Il ne pouvait pas perdre, si sa réputation était fondée. Aucun musicien de Paris ne pouvait rivaliser avec le virtuose à la Lyre, aucun vampire de la capitale ne descendait en droit lignage du mythique Orphée.
Arthus s’amusa à voir GO acquérir une pâleur de gène encore plus profonde que la couleur blanche de sa peau de mort-vivant.
« Vous voulez que je vous dise un secret, Sire Ephraïm ? dit Arthus en le regardant à nouveau. »
Ephraïm le regarda, d’un œil interrogateur, et acquiesça ensuite.
« Ne tenez pas trop rigueur à Guillaume du piège qu’il vous a tendu, car de toute manière, vous allez gagner ce concours, car vous ne pouvez pas perdre.
- Et comment peut-il en être aussi sûr ? demanda Montpensis avec une certaine moue, en tournant la tête vers Arthus.
- Car son seul concurrent sérieux se nomme Nathan, et dans le genre musical, il joue du piano comme un bûcheron de sa hache. »
Montensis sourit, et se retourna vers Ephraïm, et confirma.
« C’est vrai, dans la musique, il est pire qu’un sous-marinier... »
Et il éclata de rire, bientôt suivi par Arthus. Les deux frères sourire poliment, tandis que sur son siège, Guillaume-Olivier achevait de se décomposer.
Alban fut intérieurement surpris que le Prince acceptât de voyager en compagnie du Sieur de Morens, un Tremere peu influent, plutôt qu'avec Gabriel de Montpensis, un Ventrue respecté... Mais il ne souffla mot. Par contre, il sentit la rage de Sire Gabriel, lorsque celui-ci lâcha péniblement un juron! Gabriel devait vraiment être furieux, se dit Alban...
Mais le Prince était souverain, et tel était son bon plaisir d'accorder une faveur à un Tremere sans influence ou presque... Alban nota mentalement qu'il allait devoir se renseigner sur ce Sire de Morens...
De son côté, Ephraïm priait en silence, et se concentrait. De temps à autre, il écoutait la conversation et y répondait d'un air distrait... Sire Arthus a un esprit aiguisé, se dit-il, il a percé à jour les manigances de Guillaume-Olivier... Au final, Ephraïm n'en voulait pas vraiment à ce dernier, bien qu'il n'aimait pas qu'on lui mentit... Par moments, il saisissait les regards noirs que lançait Alban, le pauvre Guillaume-Olivier se décomposait à vue d'oeil... Ephraïm sourit : Alban ne semblait pas vraiment apprécier le fait qu'on se soit servi de lui à son insu, mais Ephraïm savait qu'il n'était pas vraiment en colère.
Le trajet se déroula sans incident, et la limousine arriva devant l'entrée principale de l'Opéra: Chef d'œuvre de l'architecture théâtrale du XIXe siècle, le Palais Garnier, temple de pierre et de marbre superbement décoré.
Quelques centaines de personnes se pressaient à l'entrée, membres de la haute société parisienne, vieilles familles et nouveaux riches se côtoyaient, étrangers arrivistes et leurs fausses princesses en tenues plus extravagantes et plus provocantes les unes que les autres, mécènes et curieux fortunés,... la jet-set qui se trouvait à Paris semblait s'être donnée rendez-vous ce soir à l'Opéra. Vrais bijoux, faux diamants, plumes, paillettes, costumes sur-mesure, robes de grand couturier,... rien n'était trop cher ou trop voyant pour se montrer, se faire admirer, épater, éblouir et éclipser ses rivaux ou rivales!
Dès que les occupants de la limousine sortirent, des vigiles, vraisemblablement des goules vinrent à leur rencontre, et écartèrent le troupeau pour former une haie d'honneur. Gabriel de Montpensis s'avança en premier, suivi par Alban et Ephraïm, Arthus et Guillaume-Olivier fermant la marche. Des commentaires se firent entendre dans la foule, chacun et chacune demandant à ses voisins qui étaient ces personnages qui semblaient importants, tandis que des murmures admiratifs fusaient de toute part. Ephraïm ne put s'empêcher de s'arrêter quelques secondes et leva les yeux sur le toit vert et or, au dôme aplati surmonté " d’Apollon levant sa lyre d’or " entre " la Poésie " et " la Musique " d’Aimé Millet.
Les cinq Caïnites montèrent le magistral escalier à la rampe d'onyx et se rendirent au "pavillon de l'Empereur", une vaste salle située dans une aile de l'Opéra, qui ce soir était réservée aux Caïnites.
Dès leur entrée, la Cour quasiment au complet porta son attention sur eux... Gabriel de Montpensis salua les incontournables de la Cour parisienne, puis rejoignit un groupe de Ventrues.
Le costume d'officier d'Alban lui conférait encore plus de prestance qu'à l'accoutumée. Certains jaloux médisants le surnommèrent ce soir-là le "petit lieutenant de Villon"... Mais Alban n'en avait cure, car il savait qu'ils ne pouvaient rien faire.
Ephraïm perdit de vue Alban, Arthus et Guillaume-Olivier, puisqu'il fut immédiatement assailli par une bonne partie du Clan de la Rose... Il salua respectueusement les Anciens de son Clan, après avoir présenté ses respects aux personnalités les plus importantes de la Cour (qu'Alban lui avaient décrites auparavant). Une femme de quarante ans tendant vers l'embonpoint portant une robe luxueuse quoique désuette semblait trépigner d'excitation et d'impatience... Elle voulait vraisemblablement parler, mais laissa bon gré mal gré d'autres Toréadors plus importants qu'elle prendre la parole d'abord.
"Messire Ephraïm d'Angefeu, votre présence parmi nous ce soir fait honneur à notre Clan, sur qui rejaillit votre réputation et votre prestige..., dit l'un d'entre eux.
- Cela fait longtemps que vous avez quitté la douce terre de France, et votre retour après une absence si longue nous ravit unanimement... Vos éloges sont parvenues jusqu'à nos oreilles au fil des siècles, pourtant vous avez toujours été très discret, devenant presque un mythe! renchérit un autre.
- Pourtant, vous êtes bel et bien là ce soir, Messire Ephraïm à la lyre envoûtante... Le grand honneur que vous nous faites en acceptant de jouer ce soir est plein de promesses et nous fait frémir d'excitation..., glissa une jeune et magnifique dame, vraisemblablement respectée.
- La Maison d'Angefeu n'a jamais failli pas à sa noblesse, de toute évidence, ajouta un Caïnite que l'on supposait avoir longuement vécu. Messire Alban votre frère a toujours fait preuve d'excellence...
- Et vous-même êtes peut-être le plus grand harpiste de tous les temps, au talent égal à ceux de votre ancêtre Orphée, s'exclama la femme à la robe désuette.
Il s'agissait en fait de Marie Mezaud, une autorité parmi les Toréadors classiques... Elle continua à parler, comme en transe, d'une voix enfiévrée, sans même prendre le temps de respirer :
"Oui! Formidable! Fantastique! Divin! Vous êtes la réicarnation d'Orphée, j'en suis sûr! Quel noble instrument que la lyre, et c'est un concert de lyre que nous allons savourer ce soir! Oh mon Dieu, je défaille même à l'idée seule de pouvoir vous entendre, Messire et je..."
Ephraïm souriait poliment, mais n'écoutait pas vraiment les compliments aussi mielleux que faux dans la plupart des cas... Quasiment personne n'avait entendu sa musique, mais tous avaient prêtés l'oreille aux rumeurs qui parlaient d'elle... Néanmoins, Ephraïm ne pouvait se dérober à ce cérémonial mais continuait à prier en silence tout en écoutant attentivement ses interlocuteurs.
Le dithyrambe quasiment fanatique de Marie Mezaud le fit toutefois sursauter et le mit mal à l'aise, quoiqu'il n'en montrât rien... Heureusement, Guillaume-Olivier le tira de ce mauvais pas, en le prenant par le bras.
"Messires et gentes Dames, éminents membres du Clan de la Rose, je me vois dans l'obligation de vous arracher Messire Ephraïm, qui a besoin de se préparer avant le récital qui, j'en suis convaincu, sera inoubliable... Si vous voulez bien me suivre, Messire Ephraïm, je vais vous conduire à votre loge..."
Guillaume-Olivier paraissait vouloir se racheter un peu... Avant de quitter le pavillon, Ephraïm passa près d'Alban qui discutait avec d'autres Caïnites. Alban l'encouragea d'un regard et lui serra furtivement la main l'espace d'une seconde. Ephraïm sentit le courage lui revenir et lui adressa un sourire lumineux...
Le Prince Villon n'était pas encore arrivé et tous l'attendaient avant de se rendre dans la Salle où aurait lieu les concerts de cette nuit... Les Toréadors se mélèrent donc à nouveau aux autres groupes, négociant faveurs et services, sans oublier les ragots et autres paris sur la soirée de ce soir, et les résultats du concours...
Guillaume-Olivier poussa une porte, et entra avec Ephraïm dans une petite salle décorée avec beaucoup de goût. Il s'agissait d'une de ces anciennes loges, qui avaient perdu leur focntion après les travaux de restauration de l'Opéra, effectués il y avait 20 ans. Cependant, elles étaient restées telles qu'elles avaient tojjours été. Tapissée d'un velour rouge très chaleureux, cette pièce contenait tout ce qu'il fallait pour se préparer à une représentation lyrique. Une banquette recouverte d'un plède en soie asiatique se trouvait à la droite de la porte, occupant ainsi le pan de mu entier. Y avait été déposé un sublime bouquet de roses, avec une carte accrochée dessus.
" Voici votre loge, Sire Ephraïm..."
Guillaume-Olivier se tortillait les doigts des mains d'une manière très significative.
" Je voulais vous dire... Je suis désolé... Je voualis faire une surprise au Prince, mais ma surprise a raté...
- Ce n'est rien, je vous assure, je vous pardonne... Cela partait d'une bonne intention, j'en suis sûr... répondit Ephraïm, en se saisissant de la carte sur le bouquet "
" L'un de vos plus fidèles admirateurs, qui est reconnaissant à votre talent."
Qui pouvait bien envoyé cette missive ? Le Prince, Marie Mazeau ? Ephraïm ne le savait pas, mais il avait cependant certain doute.
Guillaume-Oliver avait ouvert une fenètre, pour laisser sortir une odeur un peu rance qui régnait das la pièce. La loge donnait sur une vue assez peu commune de Paris. Guillaume poussa un soupir, puis se retourna vers Ephraïm.
" Sire... Je voulais vous demander quelque chose..."
Ephraïm regarda Guillaume-Olivier, car celui-ci venait de s'arrêter de parler. Il semblait chercher ses mots, sans parvenir à les trouver. Ou peut-être est-ce qu'il manquait à ce moment de courage pour formuler sa requête...
Ephraïm lui sourit donc, ce qui sembla lui redonnait un peu de courage.
" Voila, depuis notre dernière rencontre, j'ai baucoup réfléchie, et j'ai eu l'irréprésible envie de composer une symphonie pour vous, rien que pour vous. Et je voudrais vous demander de la jouer... ce soir... lors du concert..."
Cette demande étonna Ephraïm. Il tenait là la raison de son invitation. En réalité, Guillaume l'avait fait venir pour qu'il exécute cette symphonie inédite. Il ne savait pas trop quoi en penser. L'honneur était grand, mais la méthode employée ne plaisait guère au musicien...
Il réfléchit donc à la réponse qu'il lui fallait donner, afin de ne pas vexer et humilier GO, qui venait de prendre sur lui pour formuler cette demande aussi particulière...
Alors qu'il alalit parler, la porte s'ouvrit brutalement. Montpensis entra sans ménagement. Guillaume le regarda, et darda sur lui ses yeux les plus noirs. Le Ventrue lui rendit son regard, et durant plusieurs secondes, les deux vampires restèrent face à face. Ce fut GO qui baissa en premier les yeux...
" Ephraïm, dit Montpensis en reportant son regard sur le musicien, je suis venu vous expliquer le déroulement de la soirée. Nous avons pris un peu de retard, surtout parce que la voiture où se trouve le Prince est prise dans un embouteillage. Normalement, nous aurions du commencer le concert à minuit, c'est à dire il y a 15 minutes, ajouta-t-il en regardant sa montre.
- Gabriel, nous avions une conversation des plus importante avec Sire Ephraïm, je vous ordonne de sortir, dit Guillaume avec un sursaut de courage.
- Tu m'ordonnes ? Ecoute bien, Guillaume, je n'ai pas d'ordre de recevoir de toi, ni de personne d'autre en fait, excepté le Prince, c'est clair ? EST-CE CLAIR ?"
Montpensis avait crié. Sous la force de sa voix, GO se recula contre la fenêtre. Les yeux du Ventrue brillaient d'une colère froide, et ils perdirent leurs éclat lorsqu'il se reportèrent sur Ephraïm. Ils étaient maintenant avenants et affables.
" Vous devriez passer, normalement, vers 2h30. Je vous invite à rester ici jusqu'à ce que je revienne vous chercher. Votre présence ici attise les rumeurs, et je ne veux pas avoir encore d'autres retards pour la soirée. Je vous serez donc gré de respecter mes recommandations..."
Le ton était amical, mais catégorique. Gabriel de Montpensis se retourna, et sortit, en fermant la porte.
Guillaume-Olivier reprit à nouveau sa contenance, et regarda Ephraïm.
"Puis-je vous demander votre réponse ?"
Ephraïm n'avait pas dit un mot durant l'altercation entre Gabriel de Montpensis et Guillaume-Olivier, mais il fut frappé par l'ascendant que possédait le Ventrue sur le compositeur, par sa morgue et sa force de volonté. Ephraïm faillit même éprouver de la pitié pour Guillaume-Olivier... Mais ce dernier retrouva bien vite sa contenance lorsque Gabriel fut sorti, et reposa sa question...
Ephraïm réfléchit pendant quelques secondes qui parurent une éternité au compositeur. Il se dit que Guillaume-Olivier n'avait pas si mauvais fonds que cela, qu'il avait fait des efforts en luttant contre son amour-propre, et que refuser aurait été considéré comme un affront: qui pouvait alors prévoir la réaction d'un Toréador blessé dans son art..?
"J'accepte..., finit par dire Ephraïm, alors que Guillaume-Olivier faillit bondir au plafond, Mais... (Guillaume-Olivier resta figé, envahi par une sourde angoisse), mais ne me mens plus jamais, d'accord? ajouta Ephraïm en le fixant de ses yeux gris-bleus, sans colère ou méchanceté.
- Je... je vous le promets, Messire Ephraïm, bredouilla Guillaume-Olivier.
- Bon, allez, montre-moi les partitions de ta symphonie, dit Ephraïm en souriant."
Le pauvre Guillaume-Olivier chercha alors frénétiquement une liasse de partitions qu'il tendit ensuite à Ephraïm, qui l'examina avec attention. Il guettait sur son doux visage la moindre expression, frétillant d'impatience. Mais Ephraïm était concentré et feuilleta les partitions. Au bout d'un quart-d'heure, il leva enfin les yeux et se tourna vers Guillaume-Olivier, qui était suspendu à ses lèvres...
"Guillaume-Olivier, je ne peux pas jouer cette symphonie."
Le compositeur se laissa tomber sur un fauteuil, abasourdi et abattu.
"Mais... que... enfin,... pourquoi ? réussit-il à dire, en regardant Ephraïm d'un air hagard.
- As-tu déjà joué ou entendu jouer de la lyre? demanda Ephraïm, d'une voix extrêmement douce.
- ... Non. Je me suis inspiré du son d'une grande harpe pour composer cette symphonie...
- Voilà le problème. Cette symphonie a été composée pour harpe et orchestre, mais le son d'une lyre est trop pur et trop faible pour ressortir s'il est couvert par l'orchestre. Et encore, ça se voit que tu n'as jamais joué de la harpe.
- Mais que vais-je faire alors? demanda Guillaume-Olivier, désespéré.
- Passe-moi un crayon."
Ephraïm prit le stylo que lui tendit le compositeur et pendant plus d'une demi-heure, il modifia quelques notes sur la partition de Guillaume-Olivier. Puis, les yeux brillants, il rendit le tout à Guillaume-Olivier, muet depuis le début...
"A vrai dire, c'est une magnifique symphonie... Vraiment! J'ai fait quelques modifications pour faire ressortir la beauté de la partie destinée à la harpe.
Je ne pourrai pas jouer de la lyre avec cette symphonie, mais si cela peut te consoler, je jouerai ta brillante symphonie ce soir, en tant que harpiste soliste. Je suppose que ce sera une harpe de concert, double-mouvement, 47 cordes... dit Ephraïm, en essayant de réconforter Guillaume-Olivier.
- Oui, c'est ça... mais il y a un problème... Je ne doute pas de ton talent à la harpe, mais...
- Mais quoi ?
- Mais... comment dire..? J'avais promis à la Cour et en particulier au Prince que tu jouerais de ta lyre,... pour le concours, murmura Guillaume-Olivier en détournant le regard.
-Je vois, soupira Ephraïm. Je jouerais de la lyre après la symphonie, le son de ma lyre est spécial et la technique pour en jouer est très complexe... Mais avec l'aide de Dieu, je réussirais à improviser une pièce pour le concours...
- Le problème c'est que la soirée a démarré en retard et tu as entendu Gabriel... il ne veut pas de retard. Or tu veux rajouter un morceau... gémit Guillaume-Olivier.
- Bon, je n'ai pas vraiment envie de contrarier Messire de Montpensis, alors il ne te reste plus qu'une chose à faire : reprends la partition de ta symphonie et arrange-la pour qu'elle dure 15 minutes de moins. C'est la seule solution!
- Bon, bon,... d'acc... d'accord, bredouilla Guillaume-Olivier, un peu découragé.
- Ecoute, tu as une petite heure, fais de ton mieux. Je te fais confiance,et je suis sûr que tu réussiras à rendre ta symphonie encore meilleure... dit Ephraïm à Guillaume-Olivier, en souriant sincèrement pour essayer de l'encourager, car il faisait réellement pitié à regarder.
Le compositeur prit ses affaires, comme revigoré, et après une révérence pour Ephraïm, se dirigea vers une autre loge où il serait au calme pour modifier sa symphonie...
Ephraïm soupira, s'allongea à moitié sur le divan et ferma les yeux. Il avait besoin de silence et de paix... Tout à coup, il sentit une présence au-dessus de sa tête... Il rouvrit les yeux et vit le visage d'Alban légèrement penché sur lui...
"C'est toi? Je ne t'ai pas entendu entrer. Ca fait longtemps que tu es là?
- J'étais dans la pièce d'à côté, j'ai tout entendu, l'arrivée de Gabriel de Montpensis, l'histoire de Guillaume-Olivier, sa symphonie, tout quoi...
- Et alors?
- Et alors, Montpensis n'a toujours pas digéré le tour que lui a joué Morens, et il est d'humeur exécrable... Mais il a beaucoup d'influence et l'oreille de Villon, et il le sait... Mais le vent pourrait bien tourner. Je me suis laissé entendre dire que Montpensis devenait un peu "collant" ces derniers temps...
- Et toi? Tu ne risques rien? demanda Ephraïm, soucieux.
- T'en fais pas pour moi, frangin. Tout comme Arthus, je suis aux ordres directs du Prince et à ses ordres seulement, et je ne recherche pas le pouvoir. Et pour l'instant, j'ai les faveurs du Prince, ce qui me met provisoirement à l'abri des querelles de pouvoir...
- Alors, ce soir, je ferai de mon mieux pour que notre famille s'attire les bonnes grâces du Prince et des Grands de la Cour...
- Je sais que tu feras de ton mieux, frangin, dit Alban, en caressant les cheveux de son frère. Pour le moment, reposes-toi... je veille sur toi...
Ephraïm referma alors les yeux et adressa sa supplique au Seigneur, lui demandant sa grâce et son soutien... Au bout d'une demi-heure, Alban prit les mains d'Ephraïm dans les siennes et lui murmura à l'oreille :
"Il faut que j'y aille. Le Prince vient d'arriver, je serai dans le "Pavillon de l'Empereur. Le Prince et la Cour occuperont ensuite les premières loges lorsque débutera le concert des Caïnites et le concours. J'ai vu que tu joueras la symphonie de Guillaume-Olivier, accompagné par l'Orchestre Caïnite de Paris tout à la fin... Je t'ai aussi entendu dire que tu joueras une oeuvre inédite avec ta lyre...
- Oui, c'est cela, si Dieu m'inspire...
- J'en suis sûr. Bon courage, frangin, le Prince m'a réservé une place dans sa loge, je suis de tout coeur avec toi...
- Merci."
Et Alban quitta son frère sans bruit et alla rejoindre le reste de la Cour qui accueillait le Prince, venant d'arriver. Le concert des mortels touchait à sa fin et les Caïnites musiciens allaient bientôt prendre le relais, une fois que Villon et la Cour se seraient installés... Le public mortel s'était vu refuser les loges ce soir, réservées pour la Cour Caïnite, et profitait de quelques minutes d'entracte avant la dernière partie de la soirée...
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20/07/2007, 20h14 | #2 | | Dieu supérieur
| Re : [Nouvelle à 4 mains] Des bonnes manières et de la vie nocturne | | Le Hall était en effervescence. Autour de la porte d’entrée principal de l’Opéra Garnier se pressaient quelques dizaines de caïnites, à la recherche du Prince. Celui-ci pénétra enfin dans l’Opéra, la route ouverte par un détachement de goules en costume sombre. Dès son arrivée, plusieurs vampires applaudirent, l’acclamèrent. Cette scène était courante à Paris, mais elle était toujours aussi impressionnante. Le fait de voir tant de vampires se plier sous le poids et la présence du Prince Villon en disait long sur le pouvoir et l’ascendance que le Toréador possédait sur Paris, et sur la France aussi.
Alban sortait tout juste de la loge de son frère lorsqu’il vit la scène, du haut d’un balcon qui surplombait le hall. A coté de lui, les mains agrippant avec force la balustrade, Montpensis regardait aussi. Mais ses yeux ne fixaient pas Villon, mais un homme situé à sa droite. Il s’agissait d’un homme d’une apparence physique assez quelconque, ne disposant pas d’un charisme exceptionnel. Assez grand, les cheveux courts et châtain clair, il semblait être comme ces pantins, ou ces marionnettes, monté sur des fils et dirigé par une main un peu tremblante. Vêtu d’un costume gris anthracite, il souriait aux acclamations des courtisans, comme si elles lui étaient adressées.
Morens…Cela devait être lui, pensa Alban. En effet, ce Tremere ressemblait beaucoup à ce genre de vampire qui cherche désespérément l’attention du Prince, sans jamais y parvenir. Alban ignorait pourquoi Villon avait accepté de voyager avec cet individu, et surtout pourquoi il avait, de ce fait, refusé de venir avec son frère et lui. En proie à ces quelques interrogations, Alban regarda de nouveau Montpensis, et il remarqua que le Ventrue murmurait. Alban porta plus particulièrement son attention sur les lèvres, pour y lire quelque chose. Sa formation au service du Prince lui avait apprit à comprendre une conversation en y saisissant que quelques mots, lus sur les lèvres de l’un des interlocuteurs. Mais dans ce cas là, le mystère restait complet. Il n’y lisait rien.
Tout à coup, Alban comprit. Montpensis murmurait en latin ! Et il jurait de surcroît, encore une fois. Son énervement devenait de plus en plus fort. Il était proche de craquer. Un moment, Alban voulut allait vers Gabriel et lui conseiller de se calmer, mais une main se posa sur son épaule. Alban se retourna et reconnut Arthus, qui lui adressa un sourire en remuant la tête en signe de négation.
« Laissez faire, je vous le conseille… Montpensis est un être victime de ses passions, et il saura digérer cela, comme il a accepté d’avaler d’autres couleuvres.
- Je sais, je connais son caractère, mais je ne souhaite pas qu’il cède à la colère, surtout ce soir, répondit Alban, en jetant un coup d’œil vers le Ventrue.
- N’ayez crainte de cela, il va aller s’enfermer, comme à son habitude, et il se calmera seul. »
Alban sembla accepter la proposition d’Arthus, et il se retourna, et descendit l’escalier, suivi par le second Toréador. Ils arrivèrent au rez-de-chaussée, devant la porte menant aux loges, en même temps que Villon et Morens. Le Prince leurs adressa un salue, et entra dans le couloir menant à sa place. Les goules chargées de faire respecter l’ordre et la sécurité veillaient à ce qu’aucun autre vampire ne rentre, excepté le Prince, Morens, Arthus et Alban. Ces deux derniers marchaient à plusieurs mètres derrière le Tremere et le Villon. Alban regardait ce vampire, dont il ne savait presque rien. Il lui revenait à l’esprit la conversation qu’il avait eu avec Arthus, peu de temps après leurs arrivées à l’Opéra, et après la disparition de son frère, allé se ressourcer dans sa loge.
Arthus lui avait dit que Morens était un Tremere de Lyon, où il dirigeait la Congrégation de la Cité. Il n’était pas connu pour être un fervent défenseur de l’Hégémonie Toréador, structure politique caïnite inédite, qui voyait à la tête d’un pays entier un seul et unique Prince. Il était surtout connu pour sa tiédeur en matière de décision. D’autres diraient qu’il était prudent, mais Arthus y voyait surtout un opportunisme assez mesquin. Le seul fait d’importance qui avait jalonné sa carrière de Tremere avait été l’initiative d’un édit, qu’il avait conseillé au Prince. Cet édit réglementait la circulation des Assamites en France. Il les mettait dans l’obligation d’être associé à un autre vampire, un employeur somme-toute. Cet édit avait sonné la fin d’une certaine forme de mercenariat en France. Et beaucoup lui en voulait. Et Montpensis était de ce nombre…
Soudain, une sonnerie retentit, annonçant le retour aux loges pour les vampires. A ce moment là, le Prince était bien installé dans sa loge, avec Morens à sa droite, et Alban et Arthus derrière. Le siège de gauche était réservé. Mais à qui ?
« Excusez moi, Arthus, mais il manque qui à la gauche du Prince, murmura Alban à son voisin.
- C’est la place de Guillaume-Olivier
- Et Gabriel de Montpensis ? Il n’écoutera pas le concert de cette loge ?
- Montpensis organise, Montpensis paye, mais Montpensis n’aime pas la musique… Nul n’est parfait, ajouta Arthus dans un sourire. »
Alban fut un peu étonné par cette dernière réponse. Mais il ne tint pas rigueur à Montpensis de ne pas vouloir passer une soirée difficile parmi ses semblables, et surtout avec Morens à ces cotés…
Et le concert démarra…
La première soliste était un joueuse de flûte traversière, qui dédia son interprétation au Clan de la Rose et au Prince, première dédicace d’une longue série. Alban dut reconnaître qu’elle jouait bien, car un sentiment montait en lui. Devant lui, le Prince semblait des plus réceptif, il dandolinnait lentement la tête, en savourant chaque note, chaque inflexion, chaque prise de souffle de la soliste. L’interprétation dura presque 10 minutes. Un exploit pour cet instrument qui demeurait des plus difficiles. Sa note finale déclencha un tonnerre d’applaudissement. Les gens dans le public se levèrent, les mortels comme les vampires avaient étaient subjugués.
Les suivants furent un quatuor à corde, deux femmes et deux hommes. Il interprétèrent différents mouvements de quelques symphonies écrites pour ce type de formation musicale. Là encore, la virtuosité était au rendez-vous. Les violonistes ne se contentaient pas de jouer avec leurs instruments, mais ils les faisaient vivre, vibrer comme un être à part entière. L’apothéose fut une explosion de sentiments, un foisonnement de couleurs musicales, d’impressions succinctes et informelles. Et lorsque les quatre musiciens eurent achevé leur prestation, beaucoup de Toréadors avaient perdu leurs moyens, convulsant presque sur leurs fauteuils. Là encore, les mortels et les vampires étaient conquis. Debout, acclamant les musiciens, ils firent de nombreux rappels, les tenants sur scène pendant un quart d’heure. Autant de temps que prenait la représentation en retard, pour Montpensis. C’est à ce moment que Guillaume-Olivier arriva dans la loge, le visage honteux de son regard. Il s’installa à coté du Prince, qui remarqua à peine sa présence, et peut-être même son absence passée. Tandis que les spectateurs refusaient de lâcher le quatuor, et de le rendre à une liberté certaine, les employés de l’Opéra installaient en arrière les instruments du prochain concourant.
Il s’agissait de caisses de métal, de grosse boites en bois et de barils vides en plastique bleu. Un moment, il y eu un certain flottement dans la salle. C’est alors qu’arriva un vampire habillé en couleurs bariolées et disparates. Il avait dans chaque main un longue tige de fer, surplombée chacune par une boule en fourrure. Et ce fut dramatique, dès la première percussion, Alban comprit que ce vampire ne pourrait pas sortir indemne de cette soirée. Le résultat ne se fit pas attendre. Après à peine une trentaine de secondes d’un vacarme de chocs, crissements et déformations, le Prince Villon se leva, et interpella le musicien, bien que ce qualificatif puisse ne pas lui correspondre.
« Que signifie cette plaisanterie ? Demanda de voix forte le Prince Villon.
- C’est à dire, Monsieur, je souhaitait vous monter un nouveau type de musique, d’expression expérimentale…
- Vous vouliez plutôt nous briser les oreilles, en vérité ! Allez, messieurs, faites sortir ce boucher, dit Villon en s’adressant aux techniciens de l’Opéra. »
Cinq hommes s’avancèrent, saisirent le pauvre vampire, et l’emmenèrent vers les coulisses. Ils revinrent quelques instants plus tard, pour enlever les « instruments » et mettre au milieu de la scène un piano.
« Guillaume, qui est responsable de cette mascarade ? demanda Villon, calmement à son secrétaire.
- Je dois avouer… que… c’est moi en vérité.
- Ah… Guillaume, vous me décevez… Beaucoup en fait…
- J’en suis désolé, répondit GO, le visage cramoisi.
- Fort heureusement, voici Nathan, et avec lui, je ne risque pas d’avoir de mauvaise surprise. »
En effet, après le piano, vint sur scène un grand blond filiforme, portant un costume type XVIIIème. Il avait les cheveux tirés en arrière, et la peau d’une pâleur extrême. Il adressa une révérence à Villon, puis au public, et alla s’installer devant son instrument. Dès que ses doigts effleurèrent les touches noires et blanches de son instrument, les public fut saisi d’un profond frisson. Alban se demanda même pourquoi Arthus et Gabriel avaient qualifier le jeu de Nathan digne d’être fait par un bûcheron.
Nathan exécuta de nombreux morceaux, liés par des envolées d’improvisations dignes d’être gravées à tout jamais dans les partitions originelles. Un public non-averti, tel qu’était cette troupe de mortel, allait dès le lendemain redéfinir le mot de virtuose, car cela ne pouvait pas correspondre à ce qu’ils voyaient ce soir là, assis devant son piano.
Le public redouta même le moment fatidique où la dernière note sortirait de se réseau savant de cordes tirées et de marteaux précis. Et lorsqu’il arriva, se fut une bouleversante démonstration de pleurs et de cris de joies. Tous avaient les yeux marquant une profonde émotions, la plupart des mortels avait des larmes qui coulaient le long de leurs joues. Le bonheur et la béatitude régnait dans la pièce. Il n’eut pas d’applaudissements, cela aurait cassé la magie de l’instant. Le concert aurait pu finir. Le concert aurait du finir. Mais le Prince se leva et s’adressa au Public, situé en bas et sur ses cotés.
« Mes chers amis, nous avons tous ressenti un intense émotion. Elle restera gravée dans nos mémoire, à tout jamais. Cependant, nous avons un dernier concurrent ce soir, en la personne de Sire Eprhaïm d’Angefeu, qui nous fait l’honneur de sa présence cette nuit, avec son instrument mythique, sa lyre. »
A ce moment, Guillaume-Olivier se leva, et s’approcha de l’oreille du Prince. Il lui dit à voix basse qu’en réalité, Ephraïm allait interpréter une de ses créations, et qu’il allait joué de la harpe, et non de sa lyre.
Villon regarda avec doute son secrétaire, et vit arriver sur scène une belle harpe, suivit de la formation musicale du Louvre, composée d’une dizaine d’instrumentistes caïnites. Il eut un léger flottement dans la salle. Si on promettait au public un spectacle à la Lyre, pourquoi faire venir cette harpe au milieu ?
Ephraïm entra enfin sur scène, sans sa Lyre, et après avoir adressé un salut au Prince, dans un silence de glace, il alla s’asseoir sur un tabouret, à coté de la harpe. Il sembla souffler un long soupir, et posa ses doigts sur les cordes de l’instruments. Puis, il donna un signal à l’orchestre…
Le Prince fit une moue désappointé en écoutant la remarque de Guillaume-Olivier et sembla lui en vouloir encore un peu plus, après l'épisode malheureux du "percussionniste"... D'un geste de la main, il fit taire le compositeur qui ne put en dire plus et se tassa dans son fauteuil... Villon semblait assez contrarié, car Ephraïm allait jouer de la harpe et non de sa lyre, alors qu'il venait d'annoncer le contraire...
Ephraïm s'inclina pour saluer le public, avec un regard particulièrement déférent pour le Prince Villon, mais il ne dit pas un mot, alors même qu'il pouvait sentir le murmure qui parcourait la salle et le dépit de Villon... Mais il s'installa au milieu des musiciens de l'Orchestre Caïnite du Louvre, et posa les mains sur la harpe qui se trouvait devant lui... Il fit signe au chef d'orchestre et aux musiciens, et la symphonie démarra...
Pendant une vingtaine de minutes, Ephraïm resta immobile, concentré, mais ne joua pas... Plus encore que le chef d'orchestre, il se trouvait au centre du tourbillon de sonorités qui gagnaient en amplitude jusqu'à remplir toute la salle; vers lui convergeaient les voix de tous les instruments. Les flûtes répondaient aux violons et les percussions mettaient en relief la partie des cuivres... Mais de harpe, point. Ephraïm fermait les yeux, comme absorbé par la symphonie.
Bien que la musique soit absolument magnifique et que les musiciens étaient d'une virtuosité remarquable, tous se demandaient pourquoi le harpiste restait silencieux. Les Caïnites s'agitaient discrètement sur leur siège, tandis que le Prince Villon restait d'une immobilité de pierre, un sourire crispé au visage.
Tous les instruments donnaient de leur voix, jouant avec de plus en plus de force, faisant vibrer les murs de la salle. Soudain, alors que l'on semblait avoir atteint le paroxysme de ce crescendo, tous les musiciens restèrent comme un suspens. Un silence majestueux succéda à ce florilège mélodique, à la stupeur de toute l'audience... Pendant quelques secondes, on n'entendit plus rien...
...lorsque tout à coup, la harpe fit entendre sa première note, claire et apaisante, comme une goutte de rosée après l'orage.
Elle résonna longuement puis mourut. A cet instant précis, tous les musiciens se remirent à jouer. Ephraïm ouvrit les yeux et sous ses doigts agiles, la harpe parut gémir de satisfaction, telle une amante langoureuse que l'on caresse, et son thème mélodique sembla être porté aux nues par les autres instruments... La harpe, hiératique et splendide, semblait régner sur l'orchestre et dégager une impression de force; elle était vraiment la colonne vertébrale de cette symphonie, et autour de son thème, le choeur des autres instruments s'organisait pour la parer des plus beaux atours... Le public était conquis devant cette symphonie inédite et novatrice, devant la harpe royale que les mains d'Ephraïm faisait resplendir. Le mouvement final fut un maëlstrom de sonorités, un enchevêtrement de lignes mélodiques savamment orchestrées dans le seul but d'orner l'envolée lyrique de la harpe d'une instrumentation dont la clarté, la finesse et la sûreté étaient incomparables.
Un tonnerre d'applaudissements retentit dans la salle entière, tandis que les musiciens se levaient pour saluer leur public. Ephraïm souriait mais Alban sut que son coeur n'y était pas, pour lui, le concert n'était pas encore achevé...
Le Prince Villon se pencha alors vers Guillaume-Olivier et lui demanda d'un ton amical, d'où semblait avoir disparu toute animosité :
"Dites-moi, Guillaume-Olivier, qui est le compositeur de cette symphonie?
- C'est... moi, votre Altesse, répondit-il après avoir hésité quelques instants.
- Vraiment? demanda Villon tout en reportant son regard vers la scène, comme s'il n'attendait pas de réponse.
Guillaume-Olivier voulut ajouter quelque chose mais se ravisa. Pendant ce temps, le public mortel continuait toujours d'applaudir, jusqu'à ce que, de chaque côté de la scène, les rideaux rouges se rapprochèrent pour dérober les musiciens à la vue du public. Alors, petit à petit, les spectateurs se levèrent pour retrouver des plaisirs probablement moins éthérés...
Les Caïnites attendaient que le Prince se lève avant de quitter eux aussi la salle de concert, mais Villon restait assis, les yeux fixant le rideau rouge...
Si la majorité des Caïnites avaient apprécié les différents virtuoses, beaucoup se demandaient pourquoi cet Ephraïm n'avait joué de sa lyre, comme l'avait annoncé le Prince... La plupart des Toréadors étaient déçus même s'ils ne voulaient pas se l'avouer... Certes, Ephraïm était un virtuose d'autant plus remarquable que la harpe est l'un des instruments les plus ardus à maîtriser, mais cette virtuosité ne justifiait pas la réputation quasiment mythique qui accompagnait son nom... Après tout, Nathan n'était-il pas aussi l'un des meilleurs pianistes de tous les temps? Pourtant, rien n'en faisait une légende aussi mystérieuse que Ephraïm... La symphonie de Guillaume-Olivier, quoique géniale et splendide, ne produisit pas sur son auditoire Caïnite un effet digne de la réputation de son soliste... Cette symphonie et l'interprétation qu'en avait donné Ephraïm à la harpe étaient élégantes, brillantes même, d'un goût sobre et juste, irréprochable d'un point de vue technique, mais limpide et froide.
Mais pourquoi donc le Prince ne donnait-il pas le signal du départ ?!
En fait, le rideau s'était refermé mais pas totalement. Seul le Prince, de sa loge, pouvait voir encore la scène... Et sur scène, tandis que tous les musiciens rangeaient en hâte leurs instruments et que des techniciens enlevaient la harpe et les pupitres, Ephraïm d'Angefeu restait sur son siège, au milieu de la scène, avec à ses pieds, un objet enveloppé dans une pièce de soie rouge fermée par une corde dorée. L'oeil aiguisé de Villon entr'aperçut à travers l'interstice du rideau les armes de la Maison d'Angefeu brodées sur le tissu. Ephraïm semblait attendre d'être seul sur scène...
Au bout d'une dizaine de minutes où seuls se faisaient entendre les chuchotements de la Cour impatiente, Monsieur de Morens, qui ne comprenait pas l''attitude fixe de Villon, se pencha vers lui et dit d'une voix suffisamment forte pour que tous les occupants de la loge princière l'entende, et peut-être même d'autres loges :
"Monseigneur, ne pensez-vous pas qu'il serait temps de regagner le Louvre? Le spectacle est maintenant terminé. De plus, permettez-moi de vous dire que cet impertinent petit harpiste, qui a osé refusé de jouer de la lyre, alors même que vous le lui aviez demandé et l'aviez annoncé, n'était pas si... extraordinaire que cela, et de plus...
- Taisez-vous, Morens! Vous êtes encore plus stupide que je ne le pensais. Vous n'avez rien compris, rien! Alors taisez-vous! répliqua Villon, d'un ton impérieux et supérieur, sans même daigner regarder Morens."
Alors qu'Alban serra fortement les accoudoirs de son fauteuil pour contenir son envie d'étrangler ce Tremere méprisable, qui pâlit et fléchit sous le coup de Villon, tétanisé par la colère du Prince, le rideau s'ouvrit à nouveau, à la surprise de tous sauf de Villon...
Ephraïm était seul sur scène. Il se mit debout, tenant entre ses mains le mystérieux objet emballé qu'avait aperçu Villon. Sa tunique en soie bleu nuit décorée de minuscules diamants lui arrivait aux genoux et recouvrait en partie un pantalon en lin beige. Sa longue ceinture de soie rouge brodée de fils d'argent pendait nonchalamment à son côté. Il était majestueux, d'une grande prestance. La haute noblesse de son sang ne faisait aucun doute. Alban sentit son coeur tressaillir...
Ephraïm se tourna vers la loge du Prince, s'inclina longuement pour le saluer, et relevant la tête, il parcourut les loges des yeux et prit la parole d'une voix claire et mélodieuse en s'adressant à l'assemblée :
"Mon Prince, et vous, membres de la Cour de France, je n'ai pas joué de la lyre tout à l'heure. Et je sais que cela en a déçu plus d'un, dont le Prince, auprès de qui je ne peux que m'excuser. (Ephraïm fit une pause, en regardant Villon dans les yeux)
Toutefois, je voudrais expliquer la raison de cela... La symphonie qui vient d'être exécutée est l'une des plus accomplies et des plus novatrices qu'il m'ait été donné d'interpréter. Elle est l'oeuvre de Sire Guillaume-Olivier. (murmures dans l'auditoire) Elle possède une vivacité, un éclat de couleurs et un mordant de rythme remarquable. Toutefois, ma lyre ne pouvait interpréter cette symphonie, car il manquait à cette oeuvre un élan de vie et de spiritualité. La lyre n'a pas besoin d'orchestre pour l'accompagner, elle se suffit à elle-même. Au contraire, les autres instruments dénaturent la pureté de son chant, si fragile et pourtant si puissant. C'est un instrument extrêmement particulier, que seul son possesseur peut comprendre. Lui seul pourra faire ressortir tout le potentiel de son instrument, révéler l'étendue de ses pouvoirs et en tirer le meilleur, car il l'aura dompté, apprivoisé, compris et aimé... Aussi même la meilleure des compositions ne pourra révéler toute la splendeur d'une lyre si elle n'a pas été composée par son musicien.
Voilà pourquoi j'ai préféré interpréter cette symphonie à la harpe..."
La voix d'Ephraïm s'était emplie d'émotion au fur et à mesure qu'il parlait ainsi, et ses yeux brillaient d'un éclat bleuté. Il se tourna alors vers le Prince, et après s'être incliné à nouveau, lui adressa cette supplique émouvante :
"A présent, Ô Mon Prince, si vous n'êtes point trop en colère à mon égard, je souhaiterais vous faire entendre le chant de ma lyre qui, dit-on dans ma famille, fut celle d'Orphée... Si ma voix peut encore vous atteindre et si votre regard ne se détourne point de moi, si vous n'avez point retiré votre faveur de la famille d'Angefeu, par ma faute..."
Mais d'autres festivités au Louvre devaient suivre cette soirée à l'Opéra, et il y avait déjà un retard, toute la Cour le savait...
Pourtant, le Prince sourit et cligna lentement des yeux pour donner son assentiment.
A ce signal, Ephraïm sourit à son tour et défit le cordon doré et la pièce de soie tomba au sol, révélant un instrument d'une beauté incomparable, en bois sculpté avec précision et minutie, une oeuvre-d'art à lui seul, un instrument tel qu'il n'en existe plus...
C'était la mythique lyre à neuf cordes que l'on appelait la "Lyre d'Orphée".
Ephraïm la contempla un moment et la caressa tendrement.
Ephraïm adressa une prière confiante à Dieu, lui dédia sa musique et, dans un geste gracieux, éleva la main et s'apprêta à pincer l'une des cordes... Toute la Cour retint son souffle... Le silence quasi-religieux qui s'installait fut brisé par le son pur et cristallin de la lyre. Alors les mains d'Ephraïm firent vibrer les cordes d'une main experte et amoureuse, avec une agilité, une maîtrise et une virtuosité sans égales... Une mélodie céleste se fit alors entendre et s'éleva jusqu'aux cieux. Elle était légère et douce, et en même temps puissante et chargée d'émotions. Nul ne pouvait rester insensible en l'entendant; même Gabriel de Montpensis, qui venait chercher le Prince en pensant que les concerts étaient terminés, tendit l'oreille et sentit monter en lui des sentiments dont il ne serait jamais cru capable...
Ceux qui regardaient Ephraïm pouvait voir ses yeux briller d'un feu intérieur, son lumineux visage qu'éclairait un sourire radieux: le harpiste semblait transfiguré et auréolé de clarté...
La lyre et le harpiste ne faisaient plus qu'un, il jouait de tout son coeur et elle portait en sa musique les émotions du musicien, le chant de la lyre était devenu le chant d'Ephraïm... Ephraïm était tout entier absorbé par la mélodie, il jouait pour son Dieu et était plongé dans une contemplation intérieure et une béatitude indicible...
Quant à l'auditoire, il avait oublié l'Opéra et la soirée, le monde qui l'entourait... Tous étaient transportés par la mélodie céleste vers les nuées bienheureuses, faisaient l'expérience d'une extase indescriptible, subjugués cette musique plus divine qu'humaine, ineffable... Le temps semblait s'être arrêté pour faire place à des instants d'éternité...
Lorsque retentit la note finale et que la main d'Ephraïm restait suspendue dans les airs, le faisant ressembler à une statue de marbre, d'une beauté frôlant la perfection, nul n'entendit le moindre bruit. Tous étaient encore sous le charme puissant de la lyre, leur regard rivé sur ce harpiste d'exception qui avait su faire vibrer de manière admirable non seulement les cordes de sa lyre, mais surtout les âmes et les coeurs...
Au bout de quelques longues minutes, le Prince se leva lentement, comme s'il devait faire un effort de volonté pour sortir de ce rêve si doux et si agréable. Regardant alors Ephraïm dans les yeux, il déglutit et parla avec difficulté, mais d'une voix forte, de façon à ce que tous puissent l'entendre.
"Messire Ephraïm d'Angefeu... (long silence, Ephraïm se tourna lentement vers Villon et baissa les yeux) j'ai le regret de vous annoncer que vous n'êtes pas du tout à la hauteur de votre réputation !"
Ephraïm baissa la tête en signe de soumission. Un silence stupéfait suivit la déclaration du Prince tandis qu'un vaste murmure de désapprobation et de mécontentement parcourut la salle. Mais d'un geste sec et impérieux de la main, Villon imposa à nouveau le silence, et après une longue pause reprit la parole :
"En effet, même les éloges les plus flatteurs, toutes les rumeurs ou légendes, tout ce qu'il m'a été donné d'entendre à votre sujet, tout cela ne peut qu'insulter votre talent, car il n'existe pas de mots pour décrire vos dons!
Jamais musique n'avait autant ému mon coeur et touché mon âme...
Vraiment, bienheureuse la Maison d'Angefeu, bien bonne et très ancienne est sa noblesse! Je tend désormais à penser qu'elle descend bien d'Orphée, Messire Ephraïm..."
Suite à ce dithyrambe prononcé par le Prince, la Cour unanime se leva pour ovationner. La plupart des Toréadors étaient tombés en pâmoison, mais avaient trouvé la force de se relever pour chanter les louanges de leur frère de Clan. Ephraïm releva la tête en souriant avant de saluer le Prince et l'auditoire. Son dernier regard, d'une tendresse percepible, fut pour son frère Alban, ému aux larmes. Et après une dernière révérence, il quitta la scène sous les acclamations, le coeur en paix car la présence de Dieu l'habitait...
C'est dans les coulisses que l'attendaient Montpensis accompagné un individu étrange, habillé de bures et le visage dissimulé sous une grande capuche. Au passage d'Ephraïm, Montpensis lui fit signe de s'arrêter. L'encapuchonné se retira en silence.
Après avoir respectueusement exécuté une révérence devant le musicien, le Ventrue, l'invita à s'asseoir sur un divan, disposé sur le bord des coulisses. Après s'être installés, les deux vampires se regardèrent quelques secondes, tandis que dans la salle, les derniers caïnites refluaient.
« Sire Ephraïm, je crois que je vous dois quelques excuses pour la scène dont vous avez été témoin dans votre loge.
Mais auparavant, je tiens à vous féliciter, et même plus, vous remercier d'avoir ainsi honorer le Prince Villon et sa cour d';un tel privilège que celui de vous entendre. Vous rendez votre réputation digne d'être propagée à travers le monde. Vous êtes un véritable virtuose...
Enfin... dit Montpensis après quelques instants.
Comme je vous ai dit, je vous dois des excuses, et je vous les présente de la manière la plus humble qu'il se peut. Et je vous dois une part plus importante de la vérité...
Votre frère, Alban, vous a-t-il parlé de la situation politique de Paris ? »
Devant la mine dubitative d'Ephraïm, Montpensis lui adressa un petit rictus sympathique. Il s'enfonça plus profondément dans le canapé, puis reprit la parole.
« En vérité, vous devez savoir que le pouvoir du Prince se fait de plus en plus fragile chaque nuit. L'Hégémonie est en pleine dislocation, les Marquis revendiquent leurs pouvoirs passés, et les jeunes loups comme les vieux lions reviennent à la charge, menaçant de plus en plus le Trône.
C'est le rôle de votre frère et d'Arthus de maintenir le pouvoir princier en travaillant efficacement contre ces multiples conspirations. Et pour ma part, j'ai été chargé par le Prince de superviser les actions de notre contre-espionnage. Et je vous pris de croire que cela est beaucoup plus important que vous pouvez vous en doutez.
Et le Réseau Falcone, nom du service qui a en charge ce contre-espionnage, a révélé l'existence d'un complot pour ce soir... Contre vous... »
Le regard d'Ephraïm sembla se rétrécirent, mais il connaissait les menaces qui pesaient sur lui depuis des siècles.
« Vous savez qui pourrait agir contre ma vie ? demanda Ephraïm, d'une voix calme et posée.
- Malheureusement, nous l'ignorons, pour le moment. Mais il est certain qu'à travers vous, c'était Villon qu'on visait. Et votre mort, je m'excuse, aurait surtout servi à déstabiliser le pouvoir. Une façon de dire que je crois qu'en fait, votre talent ne pèse pas beaucoup pour les ennemis de plus en plus nombreux de Villon.
- Et actuellement ?
- Il est fort probable qu'il aurait tenté quelque chose durant le concert. C'est certain que cela aurait fortement frappé les esprits. Cependant, je me plait à croire que notre renforcement du service de sécurité a quelque peu dissuadé nos ennemis. »
Ephraïm ne sembla pas troublé |
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