Voila une création littéraire que j'ai rédigée en début d'année dans le cadre d'un travail de mémoire dont le thème était le sytème concentrationnaire nazi
Les autres élèves ayant rédigé (pour la majeure partie d'entre eux) le point de vue d'un Juif ou d'une autre victime du IIIeme Reich, j'avais trouvé bien plus interessant de raconter les impressions d'un soldat nazi au sein même du camp de concentration / extermination le plus connu et le plus meurtrier de la seconde guerre mondiale, à savoir Auschwitz...
Bonne lecture
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"Arbeit macht frei...."
Je relis machinalement la rengaine mensongère qu'on martèle aux innombrables flots de déportés que mes semblables poussent, frappent, rudoient et insultent continuellement...
"Le travail rend libre..." Est-ce réèllement ironique? Peut-être la mort est elle préférable à cet enfer cacophonique et gelé...
Le front russe est un échec, la vermine rouge repousse inlassablement nos glorieuses armées: ils seront bientôt à nos portes... Notre Reich est sensé durer mille ans; je prie pour que nos valeureux S.S repoussent ces infâmes bolchéviques!
Je regarde la neige immaculée descendre lentement, mêlée aux cendres crématoires... Avant de rejoindre les souillures maculant le sol boueux d'Auschwitz...
Comment avons-nous pu en arriver là? Ce "travail de purification" répand sur moi ses cendres nauséabondes et est en train d'engluer mon humanité... Je vois les déportés, cadavres boiteux aux yeux vides et aux multiples infections; je vois les autres S.S leur infliger de cruels sévices: cela devrait me révolter, me réjouir ou m'attrister, pourtant je n'arrive qu'à ressentir la lassitude de ces violences inutiles, de ce déferlement de haine et de mépris non justifiés...
Le Reich est encerclé, nos troupes sont exsangues, et le führer a lancé sa "Solution Finale" pour accélérer la cadence... Est-ce un signe de doute, venant de celui que nous considérons comme notre guide?
Tous les peuples de la terre devaient ployer le genou devant nous, tous devaient baisser la tête devant notre puissance! Deustchland über alles! Sieg heil!
Une fois ces nations annexées, nous aurions procédé à l'extermination de ces êtres inférieurs qu'on appelle juifs et tziganes: les aryens auraient repeuplé le monde, et l'humanité aurait connu une ère de paix, de perfection et de magnificence!
Il n'y a encore que deux ans, je ne doutais aucunement de l'avénement d'un Reich planétaire; pourtant, je ne peux continuer à me voiler la face plus longtemps face aux nouvelles sans cesse plus désastreuses des multiples fronts où sont engagées les forces du national-socialisme: l'aigle germanique perd ses plumes, lentement mais sûrement. Nous n'y pouvons rien, notre rôle est de tenir les camps et d'accomplir la volonté du führer, nous sommes les membres de la section "tête de mort" de la Waffen-S.S, nous ne pouvons nous permettre de faillir.
Malgré toute l'importance de cette tâche, nous serions plus utile sur le champ de bataille: les prisonniers qui ne périront pas par les chambres à gaz mourront d'épuisement, de faim ou de maladie...
Mein Gott! Je ne supporte plus cette odeur de charnier, l'obscurité et le froid ambiant constituent les barreaux de ma prison invisible... Je dois tenir et conserver mes convictions intactes; mon coeur ne doit laisser aucune place à la pitié ou à des sentiments aussi méprisables que la condescendance et la faiblesse! Les juifs ont voulu cette guerre, ils ne récoltent que ce qu'ils ont semé! Ces satanés porteurs de bacilles se sont immiscés dans les rouages de l'Allemagne et ont vampirisé ses ressources: tout est de leur faute, ils sont le chancre qui ronge l'humanité, et nous, nous sommes l'antidote!
Alors pourquoi est-ce que je ressens autant de répugnance à l'encontre de mes frères d'arme? Pourquoi ne suis-je pas avec eux en ce moment même, au lieu de me lamenter intutilement? Le sort de ces déportés devrait me laisser indifférent, je devrais être fier d'accomplir la tâche qui nous a été assignée, mais ce sentiment de dégoût ne fait que s'amplifier: je me sens comme écartelé... Le feu de mes idéaux serait-il en train de s'éteindre?
Et si le führer avait eu tort? Et si la défaite était inévitable? Je dois me ressaisir, refouler ces maudits doutes qui gangrènent mon esprit depuis mon arrivée dans ce funeste lieu...
L'odeur de charnier est épouvantable partout ce n'est que mort, douleur, misère, injustice, maladie et désolation: N'y avait-il aucune autre solution?
Le froid transperce mon manteau et m'enserre de plus en plus... Mais est-ce vraiment le froid? Mon regard se porte sur un pauvre hère, le torse nu, se trainant dans la fange car n'ayant plus la force de se tenir debout... Serait-il possible que ce soit le remord qui me fasse trembler ainsi? Je mériterais d'être fusillé sur le champ pour avoir laissé ce genre de pensée indigne me traverser l'esprit... A moins que ce soit pour avoir participé avec ferveur à une telle boucherie...
J'entend la sirène d'un train retentir au loin... Encore un chargement de futurs martyrs...
Que pensera le monde de nous si nous venons à perdre cette guerre? Quelle sera la réaction de ceux qui inspecteront cette antichambre de l'enfer? Les autres S.S me font signe de les suivre... Autant obéir jusqu'au bout: j'ai choisi ma voie, je ne peux plus reculer.
Allons! Le Gruppenführer n'aime pas attendre...