| Harpie
| [Nouvelle] Dédain | | Texte 4 !
J'avoue que cette nouvelle-ci je l'aime moins que les autres...moins bien écrite...
Je l'ai écrite quand j'ai décidé d'essayer le défi des 100 discours de fanfic.net (j'ai laissé tomber évidemment...)
Dédain
Sania fronça les sourcils, méfiante. Son interlocuteur restait un inconnu, et elle ne souhaitait pas s’aventurer trop loin. Elle avait déjà posé le pied sur un terrain glissant.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit-elle d’un ton sec.
- Je crois que si, rétorqua l’autre d’un ton moqueur.
La jeune femme tenta de garder un air assuré et froid, mais elle l’homme en face d’elle était un véritable mur. Impossible de savoir s’il bluffait, ou s’il parlait en connaissance de cause.
- Avez-vous connu un certain Jim Warmish ?
- Non.
- Vous mentez.
Il brandit brusquement une photo. Celle-ci représentait un garçon qui devait avoir une vingtaine d’années, les cheveux bruns et le regard séduisant. Les yeux de Sania s’arrondirent légèrement. Oui, elle le connaissait.
- Je le connais, en effet, même s’il ne m’avait jamais dit son vrai nom.
Un souvenir qu’elle pensait avoir oublié revint alors : toute l’histoire qui s’était passée, à propos de ce personnage. Oh, elle n’était pas prête de l’oublier à nouveau. Mais pourquoi cet inconnu tenait-il à lui parler de lui ?
- Vos liens avec lui ?
Sania lui lança un regard hautain. Cet homme la prenait pour une femme quelconque parcourant le désert en solitaire, ou quelque chose du genre. Mais Sania n’était pas n’importe qui. Elle était l’ancienne princesse du royaume Shiranéen.
- Il faisait parti de mon entourage…lorsque j’étais princesse de Shira. C’était lui qui jouait de la flûte, lorsque les danseuses divertissaient la famille royale…Un virtuose. J’étais séduite par sa musique, et je ne me suis jamais privée de le lui faire remarquer.
Elle renifla d’un air dédaigneux.
- Mais cet imbécile l’a pris pour sa personne et non pour son talent, et son imagination débordante a fait le reste. Un jour, il est venu au balcon de ma chambre, au palais, et s’est mis en tête de me faire sa déclaration à la manière des récits romantiques.
Sania s’interrompit.
- Et alors ? Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
- Il a reçu l’eau de mon vase sur la tête. On ne tire pas la princesse de Shira de sommeil, au milieu de la nuit, pour des fantaisies pareilles. Surtout si l’on est son serviteur. J’aurais pu exiger sa tête, si je l’avais voulu, mais j’ai eu pitié de lui. Et puis, qui aurait joué à sa place ? Il était irremplaçable, malgré cette petite folie, que j’ai bien voulu lui pardonner.
Elle eut un petit rire. Face à elle, l’inconnu avait la moitié du visage dans l’ombre, le reste était caché par un morceau de tissu. Impossible de savoir ce qu’il pensait en cet instant.
Mais Sania ne s’en préoccupait pas. A présent qu’elle se rappelait tout cela, elle prenait plaisir à les conter, moitié pour l’inconnu, moitié pour elle-même.
- Et après, que s’est-il passé ?
- Il a continué à jouer, comme si de rien n’était. Je pensais que cette histoire serait vite oubliée. Moi-même je n’y pensais plus, et je prenais toujours autant de plaisir à l’écouter. Mais je me suis rendue compte qu’il faisait vraiment comme si rien ne s’était passé ; quelques semaines plus tard, il me tirait d’un rêve. Sous ma fenêtre, ce crétin était agenouillée, une fleur de lotus à la main tendue dans ma direction. Il me suppliait de le laisser monter me rendre visite, lui qui n’était jamais rentré dans mes appartements personnels…Puis il a jeté la fleur qui a atterri dans mes cheveux…
- Vous l’avez acceptée ?
- Vous plaisantez ? rétorqua-t-elle, sarcastique. Pourquoi aurais-je fais exception par rapport à la fois d’avant ? J’ai jeté la fleur par terre, je l’ai écrasée et jetée du balcon d’une pichenette, du bout du pied. Ce n’était plus une fleur, c’était quelque chose de végétal écrasé et méconnaissable, qui avait perdu son charme.
- Vous disiez lui avoir pardonné une fois…vous l’avez donc fait exécuter, cette fois-là ?
- Du tout, qu’allez-vous penser là ! Ce petit jeu a commencé à m’amuser. Ce garçon était vraiment stupide, quand j’y repense. Tout a continué comme si de rien n’était. Un mois plus tard, il venait taper à ma porte, un bouquet à la main.
- C’était audacieux, par rapport à ce qu’il avait fait avant…
- C’est ce qui a justifié la gifle magistrale qu’il a reçu, et le retour de son bouquet en pleine figure. Vraiment, je commençais à me demander si ce garçon avait une once d’amour-propre. La suite me prouva que non. Il est revenu, trois jours après seulement, avec sa flûte, en bas du balcon cette fois. Apparemment il avait compris que trop s’approcher pouvait lui causer des dommages directs, à lui. Il a joué un morceau de flûte magnifique, que je n’avais encore jamais entendu. Pour une fois, je me suis laissée envoûter…j’ai écouté, en goûtant la fraîcheur du dehors que je ne remarquais que maintenant, fermant les yeux pour mieux apprécier. Alors, pour une fois, je lui ai dit de revenir, et de continuer à me jouer des choses aussi magnifiques que celle-là. IL est revenu, bien entendu, espérant sans doute obtenir mes faveurs petit à petit. Je lui ai demandé de faire chaque fois quelque chose de mieux que la fois précédente. Il y parvint sans problème. C’était un artiste incontestable, il fallait bien l’avouer.
Et puis un jour, tout de même, finissant son morceau, il m’a crié d’en bas que j’étais tout pour lui, il m’a supplié de le rejoindre. De lui permettre de monter. Et moi, en haut, je n’ai pas pu m’empêcher de rire. J’ai ri, ri, cette idée me paraissait tellement ridicule. Comme avant qu’il ne commence toutes ces tentatives, il avait cru me séduire par son seul talent musical. Il était tellement pathétique, effondré au pied de mon balcon à me supplier comme on demande la protection divine…et moi, de là-haut, je le contemplais avec un superbe dédain, divine et inaccessible, en secouant mes boucles brunes…j’étais la fille la plus belle et la plus convoitée du royaume, sans aucun doute. Sauf que les autres n’osaient pas me faire la cour aussi directement que lui le faisait, eux se rendaient compte que c’était peine perdue. Il faisait tellement pitié à voir…alors j’ai fais le coup de la première fois, je suis allée chercher mon vase, et j’ai jeté le contenu, eau et fleurs pêle-mêle, par-dessus ma balustrade. Et malgré ça, il est resté là, trempé, en bas de ma fenêtre. Finalement je me suis lassé de le voir dans cet état misérable, et je suis rentrée.
Le lendemain, il n’était pas au rendez-vous, pour accompagner les danseuses.
Ni les jours suivants.
Chacun cru qu’il avait quitté le royaume, jusqu’à ce qu’un jour, quelques semaines plus tard, son corps soit repêché dans le fleuve par un bateau de pêche qui passait par là. Il était mort noyé. Apparemment il s’y était jeté de son plein gré. Personne n’en connaissait la raison…personne, sauf moi. J’ai longtemps ri de cette histoire.
- Ri ? l’interrompit l’inconnu. Qu’y avait-il d’amusant, au juste ?
- L’enchaînement des choses…j’avais conclu avant sa mort que la dignité ne faisait pas partie de lui, et j’en ai eu la confirmation par sa mort. Au lieu de renoncer à celle qu’il n’aurait pas pu avoir de toutes façons, et chercher quelqu’un de son niveau, il a préféré ne rien avoir du tout. Tout ou rien. Ce n’était pas la première personne que je voyais fonctionner sur ce principe, mais là c’était tellement poussé à l’excès que c’en était presque comique. Même si moi seule en riait, puisque personne d’autre ne connaissait l’histoire.
- C’est à cause de lui que vous avez quitté votre royaume ?
- Non…En fait, ma famille, afin de créer une alliance avec le royaume voisin, avait prévu de me marier avec le fils des alliés. Et cela sans me demander ma permission, cela va de soi. J’ai donc refusé le jour où l’on me l’a présenté, lui suggérant plutôt de trouver quelqu’un dont il était digne, ma sœur par exemple. Il ne me méritait pas. J’étais celle que l’on surnommait la Perle de Shira…je ne pouvais décemment pas épouser ce rustre qui n’arborait pas une once de grâce. J’ai donc fui le royaume pour me lancer à la conquête du désert, et j’ai finalement rejoint la troupe nomade, où je suis actuellement.
Elle s’interrompit soudain, suspicieuse.
- Mais comment avez-vous su que je connaissais ce Jim Warmish, si vous ne saviez pas qui j’étais ? Et vous d’abord, qui êtes-vous, hein ?
Elle s’interrompit brusquement, prenant conscience que dans son élan elle lui avait tout raconté, alors que personne d’autre ne le savait.
L’inconnu s’avança légèrement, et Sania put distinguer une sourire moqueur. Elle leva les yeux pour voir son visage en entier, et eut soudain le souffle coupé.
C’était Jim lui-même.
Le sourire du nouveau venu s’élargit.
- C’est vrai, quand j’y repense, j’étais si stupide, dit-il d’une voix différente de celle qu’il avait juste avant. Mais vois-tu, si j’ai quitté le royaume, c’était justement pour sauver mon honneur. Je me suis installé chez nos alliés, tu sais, le royaume que tu as déshonoré, en dédaignant le prince héritier, celui qui était réputé pour être si généreux avec son peuple.
Et puis, il y a quelques jours, j’ai décidé de faire un tour dans le désert, moi aussi. Et sur quoi je tombe ? Une troupe nomade qui accepte de partager son eau avec moi qui n’en ai plus…et qui me l’offre ? Celle qui m’a contraint à changer de vie…quelle coïncidence…
Il la saisit brusquement à la gorge et l’attira vers lui. Il avait de la force, le bougre. Sania suffoquait. Et lui avait un sourire démoniaque.
- Je pourrais en profiter, à présent que tu n’es plus princesse, souffla-t-il. Je pourrais t’assassiner sur-le-champ, pour laver définitivement mon honneur. Je pourrais te forcer à faire ce que je ne pouvais pas te forcer à faire auparavant…
Il approcha son visage d’elle, mais la rejeta soudain d’un geste brutal. Sania s’écrasa au milieu de son siège rudimentaire, renversant au passage quelques bricoles qui étaient les objets personnels qu’elle possédait.
- Mais je ne le ferai pas, murmura-t-il d’un ton glacial. Tu ne vaux absolument rien, pas même la peine que je te tue.
Jim saisit la coupe d’eau et renversa ce qu’il n’avait pas bu sur la tête de la jeune femme.
- Adieu…Perle de Shira.
Tout le dédain qu’il avait en lui s’était exprimé dans ces trois derniers mots.
Jim tourna les talons et s’en alla. Dernière modification par Zolena : 26/09/2007 à 15h30. |