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[Nouvelle] Le Sacrifice
Section : Création littéraire
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[Nouvelle] Le Sacrifice : Discussion sur le forum Création littéraire (votre edition : Faites nous partager vos écrits, poêmes et autres créations littéraires ou dessinées.)

 
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 Nouvelle Le Sacrifice
 Création littéraire : votre edition
29/09/2007, 21h48 #1
Arckhangelos 
Dieu supérieur
Plumo d'argent

Arckhangelos

[Nouvelle] Le Sacrifice

Ca fait pas mal de temps que je n'avais rien écrit... Je me suis jeté à l'eau sur une idée que je cogitais depuis quelques temps. Et puis comme je me connecte moins souvent, je risque de donner plus que de ne rendre.
Je tiens à m'ecxuser d'avance pour les fautes, j'ai pas tout corrigé.

Le Sacrifice

Il existe différents types d'amour. Chaque personne les quantifie selon ses affinités, et finalement les classe après ses différentes expériences. Moi, je n'ai pas eu ces choix. Il y a des fois comme cela...le temps d'une vie.
Je suis l'aînée d'une famille composée de cinq enfants.

Ma mère est veuve et tant mieux. Mon père, mort. Overdose de cocaïne. Il était temps. Il n'a jamais été très présent à la maison et les seuls bribes de souvenir qu'il me reste maintenant de lui, sont ceux d'un homme constamment défoncé. Tantôt, il était avachi sur le canapé, tantôt, il frappait ma mère et abusait d'elle. Elle n'était rien d'autre qu'un objet dans ses larges mains.

Il est mort. Un grand soulagement pour moi. Je le sais maintenant...Peut-être une année et cela aurait été mon tour. Je pense que c'est pour cela qu'il a augmenté fortement les doses vers la fin. Il savait déjà qu'il faisait souffrir ma mère et pour n'être plus qu'une loque et ainsi me préserver, il s'est tué à petit feu.

Il est mort. Ce n'est pas ça qui a arrangé nos problèmes. On avait du mal à joindre les deux bouts avec son salaire rongé par la drogue, alors après... Ma mère a fait ce qu'elle a pu, mais ce n'est pas avec des heures supplémentaires et les quelques subventions de l'État que l'on fait vivre convenablement cinq enfants. Elle perdit la charge du dernier. Elle avait beau se battre, seule, elle ne pouvait rien faire.

J'ai donc commencé à travailler à l'âge de douze ans. Des petits boulots au début, ensuite, je faisais travailler mes deux frères et ma soeur avant de faire des métiers légèrement plus complexes. Ma scolarité était alors difficile à gérer, je réussissais à coup d'immenses efforts à passer dans la classe supérieure.

Ce lieu qui pour beaucoup compte énormément notament les relations sociales, a vite perdu de l'importance à mes yeux. Le seul intérêt était de comprendre les cours pour pouvoir aider mes cadets.

Le soir, ma mère rentrait souvent après le repas. C'était moi qui me chargeais des petits. Elle arrivait, posait son sac à l'entrée, et s'installait à la table à manger pour grignoter et faisait un petit geste du menton qui me poussait à lever les yeux de mes devoirs, lui répondre brievement et replonger dans mon travail. Je ne pouvais plus supporter de voir son teint cireux et le vide dans son regard. Je sentais que son âme était aussi brisée que son corps car malgré tout, elle l'aimait encore.

*

Aimer. Un sentiment étrange. Pour moi, la famille : c'est tout. Une alchimie parfaite, mon rôle de presque mère en sortant tout juste de l'enfance, le poids qui empêche de sombrer dans les limbes... Pourquoi s'attacher à autre chose ? Les amies ? J'en ai rarement eu longtemps. Tout le quartier était au courant des agissements de mon drogué de père.

Dans ce genre de logement, les murs n'ont même pas des oreilles ! Les secrests s'ébruitent aussi vite que le vent, aucune intimité. Notre famille vit donc dans l'ombre du défuint. J'ai été tout comme ma mère traiter de tous les noms sauf que, contrairement à elle, moi, je m'y suis habituée. Je fais la sourde oreille, je ne médis pas derrière leur dos, je n'ai pas le temps. Un regard glacial suffit.

L'établissement dans lequel je fis mes études était en zone d'éducation prioritaire. C'était un bâtiment qui contrastait fortement avec les barres commes tous les immeubles construient à la va vite pour acceuillir. La végétation y était absente, ce qui lui donnait plus un aspect de prison que de site de culture.

Le corps enseignant était rempli de ces gens qui se demandent ce qu'ils font ici. Chaque année, on voit les anciennes têtes dépitées de ne pas avoir été muté et les nouvelles découvrent un autre monde.

La cité n'est pas un endroit mauvais. Loin de là. Il y a beaucoup d'entre-aide. Mais la noirceur du coeur des hommes y est omniprésente. Chacun sait... L'ascension sociale est trop souvent brisée pour des questions futiles ou préjugées. Tout notre vie, la majorité d'entre nous essaye de s'épanouir, et pour cela, elle travaille durement, du matin au soir, en espérant.

L'espoir. Un mot faisant scintiller dans ses yeux. Un rêve qui se trouve détruit pour une simple adresse de domicile. Pas le choix. Restons entre nous, une ville dans la ville, entouré par des muraillles invisibles mais infranchissables.

Pour pouvoir s'échapper de cette misère, on nous laisse que trop peu de solutions. C'est pour cela que certains, comme mon père, finissent par chuter profondément dans le précipice en agrippant à deux mains la corde lisse qu'est la drogue.

Bref, c'est dans cet univers que j'ai grandi. Mai moi, je ne me plains plus. Ca sert à rien. Je suis pas comme ces adolescents qui dès que quelque chose va de travers pensent que c'est la fin du monde. Pas le temps de regarder ce qui m'a fait tomber, il faut se relever et avancer, toujours.


*

Les saisons défilent... Autour de moi, les gens vieillissent. Ma mère a de plus en plus l'air d'une morte que d'une vivante quand elle rentre le soir. J'ai eu mon BAC. Mais mon permis nous a couté presque autant que la vieille voiture dans laquelle j'emmene les petits au lycée.

J'ai réussi. Personne ne peut passer au-dessus du mur. Mais, je leur fait la courte-echelle. Je les ai obliger à travailler énormément leurs cours, tous les jours, maintenant, ce sont de vraies petites têtes. Grâce à ça, ils peuvent aller dans un établissement en ville. C'est moi qui fait la navette. Je continue les petits boulots et je suis actuellement en deuxième année de licence.

Un jour, il n'y pas si longtemps que cela, on m'a demandé pourquoi je faisais tout cela pour eux. Je pourrais sûrement mieux m'en sortir si je n'étais pas tout le temps derrière leur dos. Le plus important : moi... qu'est-ce que je veux vraiment ? Du bonheur ? Non, de l'espoir ? Pas plus.

Je me dis que pour moi, c'est trop tard. La seule chose dont je suis capable c'est de pousser les enfants vers l'avant. Toujours plus haut, comme moi j'aurais voulu l'être...

*

J'arrête les études. Je n'en peux plus. J'ai loupé mes partielles. J'aidais ma soeur à tenir le coup en première et mettais la pression à celui qui était en seconde tandis que le dernier joussait encore de son avant-dernière année de collège.

A force d'acharnement, je les ai pousser à faire des études quitte à nous ruiner. De toute manière, on pouvait bien emmenager dans un appartement plus petit et loin de ces tours pour pouvoir vivre un peu plus en paix. Ensuite, ils n'auraient pas sur leur CV la trace d'un logement dans un quartier dit sensible. Avec le salaire cumulé de nous deux, on arrive à peu près à relier les deux bouts. Les études ça coûte cher. Mais on survivra.


*

Ma mère est en congé maladie. Pour la première fois depuis longtemps, elle n'a pas travaillé pendant deux semaines d'affiler. De peur qu'on l'a licencie, j'ai intensifié mon volume horaire et je collecte un peu comme je peux des offres d'emplois lui correspondant, au cas où. Et là, soudain, je prends légèrement frayeur au début, puis cela prend de l'ampleur : on demande de plus en plus de qualification pour ces métiers. Ce n'est pas avec le brevet des collèges que ma mère fera la différence.

Heuresement, elle reprend le travail. Peiniblement nous continuons ensemble à abrever les plus jeunes de notre sang. Le tribut à verser est lourd. C'est la loi. L'argent doit prédominer partout. Si tes parents n'ont pas les moyens, ton esprit se verra empêcher d'éclore. Ni plus, ni moins. La bourse ne fait pas tout. Il y a une vie qui s'additionne avec les études.


*

Le temps passe... Bonnes nouvelles : ils ont tous réussi à trouver un emploi. Fini de dépenser pour eux, remboursons en priorité les crédits et économisons pour pouvoir changer de voiture.

Ils sont partis. Ils ne sont pas revenus. Trop absorbé par leur travail, autres choses à faire... Le chagrin a alors pris place dans le coeur de ma mère. Pendant si longtemps, elle s'est retenue pour leur survie mais ce coup assassin venant de ses propres enfants lui déchire les entrailles.

Elle vient d'ouvrir les yeux et elle se sent perdue. Les mains enfin dénouées, personne n'est là pour l'enserer dans ses bras. Elle ne cherche plus. L'heure de sa libération est proche. La plus belle des tâches accomplie, elle ne demande aucune médaille, elle se dit juste que maintenant, elle n'a plus qu' attendre. Elle viendra.


*

On a partagé les frais de l'enterrement. Loin d'être en grand pompe, c'était quelque chose de modeste, juste entre nous. Ils s'en allèrent peu de temps après la cérémonie. Chacun habitant loin et ne voulant sûrement plus de moi... J'avais été stricte avec eux comme jamais quelqu'un avait pu l'être.

Maintenant, ce n'est plus de la haine que je voyais dans leurs yeux mais de la pitié. Pendant qu'eux ont fait l'ascension, moi j'ai fait du surplace. Je reste dans notre misère.


*

Au fil du temps, j'ai compris ce qu'était la question qui obsédait tant ma mère : si je meurs aujourd'hui, qui me pleurera demain ? Mon existence n'est plus d'aucune utilité pour ce monde. Certains ont un avenir. Moi, je l'ai sacrifié.

Amour. Ce drôle de sentiment. Il m'aura beaucoup coûté. Comme à tous. Je quitte mon corps de vierge déjà usé par le temps. Mon rôle n'a pas été dans la procréation. Dans l'élévation alors ?

Cela reste intriguant. J'ai beau avoir élever leur esprit, cela n'a fait que noircir leur âme. Le prix du sacrifice vaut-il le coup ? Je ne mettais auparavant jamais posé cette question, je devais moi aussi être aveugle. Elle était pourtant essentielle.

Ma vie a été qu'une douleur sourde. Je n'ai pas à m'apitoyer sur mon sort. Je n'ai presque pas connu l'ennui, l'inactivité. Je me suis battue. Cependant, un jour, le champion de l'arêne tire sa révérence.


Vie articielle, amour sacrificiel...

Dernière modification par Arckhangelos : 08/02/2008 à 22h16. Motif: c'est fait, merci Ric'
Arckhangelos est déconnecté(e)
04/02/2008, 18h14 #2
ricmimura 
Dragon
Plumo d'or

ricmimura

Re : [Nouvelle] Le Sacrifice

Ecrit poignant et troublant, j'aime beaucoup. Un texte qui m'a fait ressentir de la tristesse et du froid entre autres sentiments.

Tu m'as fait avoir des larmes. Je trouve ton texte vraiment très beau et bien écrit. Le sens du sacrifice est une vertu très belle et que tu as su rendre parfaitement dans ce texte. Ce n'est pas facile de travailler sur un concept et ton texte y est parvenu. Je ne vois rien à redire.


A la toute fin, tu as écrit faut-il le coup au lieu de vaut-il le coup. Quelques autres fautes, mais ça n'enlève rien à la compréhension sauf ici:

Citation
Posté par Arckhangelos
Un mot faisant scintiller dans d'yeux.
ricmimura est déconnecté(e)

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