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[Nouvelle] Fraternel
Section : Création littéraire
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[Nouvelle] Fraternel : Discussion sur le forum Création littéraire (votre edition : Faites nous partager vos écrits, poêmes et autres créations littéraires ou dessinées.)

 
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 Nouvelle Fraternel
 Création littéraire : votre edition
25/01/2008, 23h56 #1
Arckhangelos 
Dieu supérieur

Arckhangelos

[Nouvelle] Fraternel

Tout est parti d'un voyage en train... Il s'agit d'une idée que je voulais exploité dans un premier temps à une époque actuelle, mais je me suis dit que cela serait sympa tout d'abord de le mettre dans du passé, et en changement le point de vu.
Bonne lecture...
Fraternel

Décembre. J'étais parti tôt le matin. Le voyage durerait longtemps. Je détestais devoir faire ce trajet trois fois par an.

Il neigeait. Les flocons dansaient tout autour de moi. Cette impression de légèreté grandit alors que la fumée noire de la locomotive contrastait avec le paysage emplie de pureté.

Cette année n'avait pas été comme les autres : mon père avait augmenté la pression sur mes épaules depuis l'accident de mon frère. De plus, je me sentais plus qu'impliqué dans sa chute de cheval, ce qui me troubla profondément, entraînant de mauvais résultats au lycée.

C'est sa lettre qui m'aida. Je l'ai lue un nombre incalculable de fois. Malgré tout le soin que je porte à mes affaires, le papier est un peu froissé et à certains endroits, d'anciennes larmes ont fusionné avec l'encre, effaçant à moitier quelques mots. Néanmoins, je la conserve précieusement, et maintenant, je la connais par coeur.

Espoir. C'était le sentiment que j'avais ressenti en la lisant. Elle était comme une marque définissant l'entrée dans un nouvel ère. Je me suis alors convaincu du but de ma vie. Je dois prendre le même chemin tracé par mon aîné pour pouvoir prendre sa place avec sérénité.

Mais avant, il faut que je me montre à la hauteur. J'avais déjà tâché le nom familial auparavant. Je devais rentrer chez moi, la tête haute après les avoir toutes effacées. Je me mis à ce travail avec acharnement.

Des heures durant je travaillais mais plus mes résultats s'amélioraient, plus je voyais un gouffre s'étendre devant moi. Je n'avais pas comme lui le talent pour les langues, cette capacité d'exceller en grec et en latin. Je savais que je n'atteindrai jamais son niveau.

M'inquiétant constamment de sa santé, j'écrivais alors beaucoup plus souvent. Il était faible mais il faisait l'effort de m'écrire afin de m'encourager. Il finissait par me dire que c'était lui et lui seul qui était responsable de son état.

Mes parents étaient devenus beaucoup plus froid. Mon père distant et son humeur s'était dégradé. Quant à ma mère, elle m'avait toujours délaissé étant le cadet, préférant s'occuper de mon frère ou de ma jeune soeur. Je l'avais même déjà entendue le dire lors de réunions entre femmes.

Cela fait mal. Je me souviens de tout. Oui, de tout. Surtout le regard vide de mon père se posant sur moi. Puis, l'apparition d'une lumière emplie de haine en voyant le corps de mon frère. Tous ses plans réduient à néant par son propre sang. Lui qui cherchait à nous anoblir...

Une chute de cheval. Quelque chose pouvant paraître totalement anodin mais qui néanmoins peut-être fatale. Cela aurait dû être moi. Ce fut lui.

Il était pourtant un excellent cavalier. Je me souviens...

Nous nous promenions dans les champs et comme à chaque fois, nous nous lancions dans un galop à travers les sous-bois. Cependant, cette fois-ci, cela avait mal tourné.

Mon cheval s'est emballé. Je n'arrivais plus à arrêter ma monture. Je m'agrippais autant que je pouvais pour ne pas tomber. Je craignais le pire quand deux mains sont alors apparues et ont serré fermement les rênes, puis, elles ont tiré progressivement, de plus en plus, en arrière, ralentissant alors peu à peu l'équidé.

Je m'étais alors souvenu de ce qu'il m'avait dit quelques années auparavant : « N'oublie jamais deux choses : il faut toujours que tu maîtrises, en gardant en main les rênes, ton cheval car sinon, tu mets en jeu vos vies. Ensuite, tu ne dois surtout pas angoissé, montré ta peur. Dans toute condition, tu dois rester calme. »

A ce moment-là, j'avais gentiment écouté son discours et opiner pour pouvoir enfin monter sur un cheval. Il avait cédé à mon impatience tout en ajoutant : « de toutes manières, ne t'inquiète pas, je serais là! »

Non, tu n'aurais pas dû être là!

Je me suis retourné pour te remercier. Et à cet instant, une lueur étrange dans tes yeux est apparue, puis tu as disparu, avalé par la forêt.

Étonné, j'ai tout de suite stoppé mon cheval et parti à ta recherche dans les sous-bois. J'allais enfin pouvoir me moquer de toi. Toi, tomber de ta jument! Je ne pouvais absolument pas laisser passer ça. Enfin, je te trouvais.

Quand je t'ai vu, le sourire qui était à mes lèvres disparu et se mua en effroi. Tes vêtements étaient déchirés. De longues estafilades les maculaient. Malgré cet état, tu as tout juste gémi. La première chose dont tu t'es inquiété, était de savoir où était passée Fleur. L'animal, privé de son maître pour le diriger, c'était de lui-même arrêté à quelques enjambées de là.

Affolé, j'eus tout de même la lucidité de te déposer sur un brancard fabriqué rapidement pour nous ramener le plus vite possible à la maison.

Tu étais inconscient lorsque tu es arrivé. J'étais encore sous le choc et je n'étais pas capable d'expliquer clairement ce qui s'était passé. On envoya chercher le médecin le plus proche.

Il diagnostiqua quelques contusions mais ne détecta rien de grave, du moins, au début. Quand tu lui as dit que tu ne sentais plus tes jambes, il a murmuré quelque chose en se grattant la barbe. Puis, plus haut, il ajouta que l'on ne pouvait pas se prononcer tout de suite sur cette affaire et que seul le temps nous le dirait.

Je retournai au lycée, te laissant te guérir de tes cicatrices, avec tout le soin apporté par la maisonnée. Je suis parti la tête basse et je ne l'ai jamais complètement relevé depuis.

Je rentre maintenant la peur au ventre. Dans ta dernière lettre, tu m'indiques que le mal progresse : toute la partie gauche supérieure est également paralysée. Tu dois souffrir de devoir rester allongé, toi qui aimait tant te promener...

A travers la vitre, la paysage défilait. Le blanc dominait et faisait apparaître des détails invisibles en temps normal. La lumière des lointains villages apportait du relief au noir et blanc de ce tableau.

Ma tête touchant la glace, me rappela que je n'étais pas dans un foyer chaleureux. De longs couloirs glaciaux, une chambre à l'écart. Je n'aurais pas dû être. Je suis le fruit pourri tombé de l'arbre.

Ils pensent que j'ai éliminé mon frère pour pouvoir prendre sa place. Je me serais sauvé en le blessant. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que j'en suis incapable. Il est pour moi, bien plus que mon aîné : c'est mon guide. Il m'a toujours tendu la main, il était quelques fois mon professeur ; il m'a donné goût à la lecture, m'a permis de m'élever sans toute fois m'inférioriser. Il m'a toujours traité égal.

Un nouvel arrêt. Le dernier. Je m'approchais de ma destination. Toutes ces gares, se ressemblent, je n'en vois plus le bout, elles sont toutes parsemées de neige, les gens s'agitent dans tous les sens. On peut observer la multitude d'empreintes sur les quais entre les voyageurs. Je traîne mes affaires avec moi.

Il faisait froid dehors. Le vent vient cingler mon visage et ébouriffer mes cheveux. Au loin, j'aperçus notre cocher qui m'attendait. Nous nous saluâmes brièvement. Puis, après l'avoir aidé à monter mes valises, je rentrai à l'abri dans la voiture. Nous partîmes.

La route était cahoteuse à cause des précipitations, et la boue enlisait le véhicule. Sur la fin, je vis les bois dans lesquels nous avions longtemps joué avec mon frère ainsi que nos chevauchés, jusqu'à la dernière. Que de souvenirs gravés dans l'écorce...

A peine arrivé, je sautai à terre et laissais le cocher se débrouiller. Je grimpai rapidement le perron en prenant soin d'essuyer mes bottes et les ôtai à la porte malgré la fraîcheur du parquet. Mes parents étaient là, avec ma soeur ainsi qu'une servante qui s'empressa de me saluer et de me remettre une paire de souliers. Puis, elle se couvrit et partit à la voiture.

Mon père commença à parler durement. Une ambiance lourde et glaciale s'installa, je maîtrisais ma colère en faisant des réponses brèves. Ce qui avait le don de l'irriter. J'en étais presque a regretté être entré. Il devait faire meilleur dehors.

Je prétextai un fatigue due au voyage pour abréger cette discussion et aller dans mes appartements. Je savais bien sûr que cela arrangeait tout le monde. Je passais juste avant aux cuisines pour prendre un peu de nourriture.

Ma chambre était telle que je l'avais laissée. Mes affaires y avaient déjà été monté et en partie rangée. Sur mon bureau, il y avait une lettre. Je vérifiais le cachet et l'ouvrait. C'était mon frère. Il me souhaitait la bienvenue et espérait que j'allais bien. De son côté, le mal avait atteint son épaule droite et commençait lentement à descendre. Il avait maintenant du mal à écrire.

J'irais le voir demain. Il devait être en train de se reposer. J'espérai pouvoir l'aider à retrouver quelques couleurs. Son esprit était à coup sûr tourmenté par ce manque d'activité, de dépendance, comme s'il était redevenu un nourrisson. Il ne pouvait plus partir dans ses longues promenades, n'y même respirer pleinement l'air frais et paisible des sous-bois.

Je finissais de ranger mes vêtements pendant que la servante ramenait un brasero pour chauffer le lit. La disposition de cette pièce était telle qu'il y fait très froid en hiver et étouffant en été. J'enfilai une chemisette en laine au passage et après, avoir grignoté un peu, je me mis à lire pour trouver le sommeil. Mon esprit vagabonda longtemps entre les deux univers, puis, je m'allongeai et dormis presque immédiatement.

Un monde sans rêves, une nuit agréable et reposante sous de chaudes couvertures. Je fus réveillé par la douceur des rayons de Soleil à travers les rideaux. Le ciel était bleu clair. Aucun nuage à l'horizon. La brise légère me fouetta le visage, me rappelant que nous étions en hiver.

La saison avait pris le dessus sur la nature. La neige enveloppait, de son manteau, l'ensemble de la vallée. La plupart des bois, aux alentours, ressemblait à des cimetières. Cette année serait rude. Un jour de plus, et je ne pouvais pas venir. Le lac à proximité n'était pas encore gêlé mais vu les températures, lui aussi ne résisterait pas.

Je descendis me restaurer, puis, après mettre lavé et rasé, j'allai voir mon frère. Mon impatience était grande. Je m'arrêtai devant sa porte. J'hésitai. Entendant quelqu'un parler et d'après la diffusion de la lumière dans le couloir, il devait être éveillé.

Je toquai et entrai. Sur un lit baigné par le Soleil, se trouvait mon pâle frère. A son chevet, une servante que je remplaçais. Un sourire aux lèvres, il m'invita à parler, à dire tout ce que j'avais sur le coeur. La parole touche souvent plus que les lettres.

Durant mon monologue, il m'interrompit seulement pour me poser des questions. Il se garda de juger les faits. Mieux vaut attendre l'intégralité des éléments.

La fatigue avait peut-être atteint son corps, son esprit restait le même et ses yeux étaient toujours aussi pétillants. Cependant, sa voix n'arrivait pas à suivre le rythme : il devait souvent s'arrêter au milieu de phrase pour reprendre son souffle. Lui si brillant, maintenu dans un lit. Où se trouve la justice? Pourquoi une telle condamnation?

Son intelligence apaise ma colère et fait fuir mes craintes. Pour l'heure, notre présence réchauffe l'âme de l'autre. Cela fait du bien de se revoir. Maintenant que tant d'espace nous sépare, le lien prouve la résistance à la nécessité de garder contact.

C'est peut-être pour cela que mes parents me détestent : je suis la seule personne de la famille à qui s'est totalement ouvert mon frère. Nous partageons tout deux de nombreux secrets. Il m'a avoué qu'il ne désirait pas comme mon père l'ascension sociale car au final, pour lui, un homme reste un homme. Ce n'est pas avec des titres ou de l'argent que l'on sera jugé, mais bien mis à nu. Il voulait servir son État, défendre les valeurs de la France, que ce soit au niveau politique ou militaire.

Mais il restera à jamais coincé dans ce corps. Ainsi cet être de chair et de sang ne pourra pas apporter directement sa pierre à l'édifice. Mon but est donc maintenant de retranscrire au monde le mieux possible sa parole étant donné que je me sens tout de même responsable de sa situation.

Nous discutâmes longtemps. Je ne pensais pas que j'avais autant de choses à lui dire. Il finit par me donner quelques conseils utiles et me conseilla des ouvrages où chercher plus précisément des réponses à mes questions. Ma totale émancipation devait se faire par un passage où je pourrais me passer de lui. Pour cela, il fallait que j'acquière des connaissances et de l'expérience qui me formeraient et me rendraient unique ainsi qu'indépendant d'esprit.

Je continuais ainsi à venir le voir tous les jours, lui rapportant des nouvelles du monde, lui demander de l'aide dans mes travaux, des idées de lecture ou tout simplement se remémorer les événements heureux du passé. D'un autre côté, j'essayais d'éviter le plus possible la confrontation avec mes parents, et quittais rarement le domaine. Je me réfugiais soit dans sa chambre, soit dans ma tour d'ivoire. Mon temps était donc majoritairement partagé entre mes révisions et cette relation sociale restreinte mais enrichissante.

Un soir, alors que j'allais quitter sa chambre, sa main droite tremblante se leva. Il prit une grande inspiration et me demanda de vérifier qu'il n'y avait personne qui nous espionnait. Quand ce fut fait, je retournai vers lui et lui demandai ce qui le tracassait. Il me parla alors doucement, exposant tous ses arguments, l'ensemble de la méditation qui avait précédé sa décision. Puis, il me l'annonça de but en blanc. Étrangement, je m'y attendais. Mais par contre, quand il me demanda de l'exécuter, je ne pus que refuser.

Comment pourrais-je tuer par amour? C'est tellement paradoxal! Je comprenais pourquoi il voulait mourir, mais me choisir comme bourreau, ça, je ne l'acceptais pas. Un libérateur? Non, un criminel. Brandir le glaive pour une cause sans s'en servir, défendre une idée sans aller jusqu'au bout!

Mon frère êtes-vous en train de me dire que vous me mettez à l'épreuve? Testez-vous ma détermination, désirez-vous renforcer mes convictions? Serait-ce cela qui me manque : agir? La dernière étape, quelque chose pour marquer un changement, un nouvel ère. Mais d'abord franchir l'obstacle, une immense muraille élevée face à moi?

D'un doigt, il me désigna son sabre de cavalerie accroché au mur, me sortant de ma profonde réflexion. Plus on attend, plus le doute s'installe dans notre esprit. Je le pris et déposa sur le lit, délicatement. Il agrippa de sa seule main valide la garde. L'arme à la main et en pleine conscience des choses, rien de tel pour accueillir la mort.

Je décrochai la seconde lame mais face à lui, je ne pus la brandir. « Fais ce que tu dois faire, me dit-il simplement, ôte les chaines qui m'entourent. » Des larmes se mirent à couler. Elles se rependirent sur mon visage et chutèrent enfin sur le lit. Mon frère sourit. Puis, ferma les yeux. Enfin, complètement étourdi par tant d'émotions, je me préparai à le décapiter. Il me dit avec sérénité : « je te pardonne. » Mon bras descendit net et avec le poids de l'arme, je tranchai sa gorge. J'eus besoin d'un deuxième coup pour détacher totalement la tête du tronc.

Je fus alors pris de panique. Qu'avais-je fait? Que faire maintenant? Une sensation nouvelle apparaissait. En même temps, je sentais monter en moi la folie. Mes mouvements étaient non sûrs, je tremblais. Pour me calmer, je me mis à genoux et je posais ma tête sur le lit. Je fermai les yeux. Une odeur de sang. Les cliquetis du sang coulant sur le sol. Il me fallait disparaître. Le plus vite possible.

Mon corps se mit à bouger. Il s'activa. Il commença par déchirer les draps pour emballer la tête. Ensuite, il essuya les tâches sur le sol et recouvrit le mort d'un linceul temporaire. Mes pas retentirent sur le sol quand il courut dans les couloirs, son souvenir dans la main gauche.

Après avoir pris des vêtements chauds, il se dirigea vers les écuries. Là, il sella mon cheval. Il partit en direction des bois, parcourant la distance enneigée lentement, car la nuit, on voit mal les volumes. On pouvait entendre seulement le bruit des sabots s'enfonçant dans la neige ou un hululement venant de la forêt avoisinante.

Je descendis de ma monture exténué. Je m'assis à l'orée d'une clairière et entrepris de faire un feu. Il fallait que je m'arrête, que je prenne le temps de réfléchir. En y repensant, je vômis. Moi, faire ça...jamais.

Était-ce vraiment moi? Non, non. Un nouveau relent. Je regardais mes mains. On pouvait sans problème voir les traces de sang dessus. Criminel. Je courus enlever cette souillure avec de la neige. Meurtrier. J'agrippais mes vêtements comme s'ils étaient enflammés. Assassin. Je me cognais la tête contre le tronc des arbres. Fratricide. Je m'agenouillais en pleure et griffais mon visage.

Je te déteste.

Mon état de douleur profonde resta jusqu'au matin. Moralement vidé de toute force, je m'endormis contre un arbre. Le feu n'était alors plus qu'un tas de cendres fumantes.

Se furent des cris lointains qui me réveillèrent. Les voix, je les connaissais. Ils étaient cinq : mes parents, ma soeur, le cocher et le garde-chasse. Quelqu'un s'approchait de moi. Mon cheval n'était plus là, sa selle était encore sur le sol.

Je défis quelques sacs de toile à la recherche de la tête. Enfin je la trouvai. Je la soulevai et admirai le visage grâce aux rayons de Soleil diffusant à travers les branches. Je me remis à pleurer face à la chaire blême.

Un cri me sortit de ma béatitude. Je me retournai. C'était ma mère. Les yeux écarquillés, le visage déformé par la terreur que je lui inspirais, elle s'avança malgré tout. Je m'agenouillai face à elle et lui demandai : « Mère, suis-je un lâche? » Aucune réponse. Les larmes noyant ma vision, je continuais : « Je suis un lâche, c'est ça?! » Je lui tendais du bout du bras le scalp de mon frère. Je me mis debout et m'approchais encore plus près d'elle. Elle était complètement horrifiée les mains devant sa bouche, les jambes en coton.

Un coup de feu retentit. Une douleur aigüe se fit sentir à mon épaule gauche. Je tombai à terre. Les mains dans la boue, de la neige virevoltait autour de mes cheveux. Je respirais fort. Du sang tâchait mes vêtements.

C'était chaud.

Je me relevai et constatai ma blessure. Un gros point rouge désignait l'endroit où se trouvait mon épaule. Voyant le tireur s'avancer, je pus voir son visage. Sortant de la pleine ombre, mon père pris ma mère dans ses bras pour la consoler.

Effrayé par la figure paternelle, je courrai vers les sacs agrippant toujours la tête. Manquant de perdre l'équilibre, je me retins à l'arbre le plus proche avant de continuer ma course. Une paume ensanglanté reste sur l'écorce.

Des affaires prises au hasard sans m'arrêter, et je disparus dans les bois. Cela faisait longtemps que je marchais en dehors de la forêt. J'étais sur une route allant je ne sais où. Mon épaule me lançait. Le sang avait arrêté de couler mais la douleur s'était accentuée. Je ne rentrerai pas. Je ne reviendrai plus. Pendant que je fuyais, une seconde balle avait sifflé et s'était figée dans un arbre tout proche de moi. J'étais définitivement chassé de chez moi.

Une auberge m'apparut alors que le Soleil finissait sa course. Je ne m'étais presque pas arrêté et je n'avais croisé personne. J'ouvris la porte à grandes peines. Il devait y avoir pas plus de cinq clients à mon arrivée. Je demandai une chambre, le souper et la venue d'un médecin dès que possible car déjà les regards me fixaient. Mes vêtements étaient maculés de sang.

Je mis du temps à persuader la salle que je n'étais point un brigand. Heureusement, mon éloquence montrant ma bonne naissance, ils s'empressèrent de m'aider car ma famille pourrait alors se montrer généreuse. Lors de la discussion, ce fut l'intervention d'un moine qui fit pencher la balance. Il déclara me connaître et assura mon honnêté.

Un médecin arriva tard dans la soirée, bien après le repas. Il monta à ma chambre. Je me levai juste pour le saluer et me rassis aussitôt. J'enlevai avec son aide mes hauts. Il commença par nettoyer la plaie avec de l'eau chaude, puis, il sortit différents instruments. Il me donna un morceau de bois, me demanda de mordre dedans et de fermer les yeux. Il n'était pas dupe. Il avait de suite vu qu'une balle avait pénétré la chair sans ressortir. Pour atterrir là, soit le coup visait le coeur, soit c'était vraiment un tir gauche.

A peine avait-il légèrement enfoncé sa pince que la souffrance devînt insupportable. L'opération dura un temps interminable pour ma part : je ne pouvais pas savoir d'où mon corps puisait toute cette eau pour la déverser par mes yeux.

Enfin, je sentis venir la fin, la douleur dépassait mon entendement, mais je la voyais d'une autre nature au fur et à mesure de l'extraction de la balle. Il dû revenir plusieurs fois dans la plaie car le plomb s'était brisé en quelques grossiers morceaux. Quand il eut fini, il me dit simplement qu'il l'avait enlever et recousu la blessure. Cependant, il ne pouvait m'assurer que son intervention serait suffisante à ma survie. Il me laissa quelques herbes à mettre à infuser et d'autres pour panser et rincer afin d'éviter une vilaine cicatrice. Je le remerciai grassiesement et lui demandai de garder cette histoire discrète car je ne voulais m'attirer d'ennuis.

L'homme repartit et me laissa seul, dans cette chambre boisée où un feu réchauffait la pièce depuis l'âtre. Je donnai l'intégralité des vêtements que je portais à laver pour le lendemain et alla me coucher. La fatigue l'emporta sur la douleur et je dormis ainsi jusqu'à peu après l'aube.

A mon réveil, je trouvais mes habits pliés sur une chaise. La plupart des traces de sang avait disparu. Le trou laissé par la balle était tout de même assez visible donc je pris soin de rajouter une épaisseur pour le cacher. Les braises apportaient encore un peu de châleur qui fut rapidement dispersée quand j'ouvris en grand la fenêtre pour aérer un peu.

Le manteau blanc était maintenant tâché de boue. L'activité humaine avait abîmé l'harmonie des couleurs. Des fumées opaques au loin indiquaient la présence d'une ville. On pouvait entendre le son des cloches.

Entrée au service de Dieu... C'était un moyen pour moi de perdre mon nom, de commecer une nouvelle vie... J'attendais en bas l'apparition du prêtre pour lui demander de m'aider à devenir un homme d'Eglise. Il fallait absolument que je disparaisse de ce monde. Je pourrai ainsi me préserver de la justice humaine.

Quand il fut parti, je comptai jusqu'à deux cent avant de le rejoindre dehors. Je fus étonné de voir qu'il étais accoudé à une barrière comme s'il avait deviné toute ma réflexion.

Il me dit simplement : « Vous désirez entrer dans les ordres, c'est ça? Suivez-moi, je vous guiderai jusqu'à la maison de notre Seigneur. » Je marchai donc à ses côtés et nous gardâmes le silence à travers toute la campagne. Ce fut qu'une fois arrivée en ville, qu'il me donna des conseils pour ne pas nous faire repérer par les miliciens car l'information d'un meurtrier présent aux alentours avait dû avoir le temps de circuler dans la ville.

Il débuta donc par me demander mon couteau. J'eus un instant d'hésitation car je me disais que s'il était un clerc, il ne me ferait aucun mal, cependant, il pouvait être aussi un brigand déguisé! C'est le calme et la sagesse qui émanait de son être qui me fit lui faire totalement confiance.

L'arme à la main, il commença par abîmer les vêtements en les trouant ; de même, il usa complètement la semelle de mes bottes et fit sauter à l'une un clou. Ensuite, il me coupa les cheveux afin d'y obtenir une tonsure et me rasa. Je pus voir le changement effectué dans une flaque, il était flagrant. Je ressemblais plus du tout au personnage que l'on aurait pu décrire tout à l'heure.

Il voulu aussi que je me débarrasse de l'intégralité de mes possessions. Dans le sac que j'avais avec moi, il y avait peu de choses intéressantes, néanmoins, je tenais absolument à garder un peu d'argent et le petit sac en toile. Mes sous iraient de toutes manières à l'église sous forme de dons pour les bonnes oeuvres. Devant mon insistance pour conserver avec moi le sac, il ne fit aucun commentaire.

Je suivis ensuite mon guide jusqu'à une petite église du XI ème siècle que je n'avais pas remarqué sous la couche de lierre qui parcourait sa façade. Il me fit entrer à sa suite. Il prit de l'eau bénite et se signa. Je l'imitai. Puis, il se dirigea derrière l'autel et me désigna une porte.

« Dis au moine qui se trouve là derrière que frère Antoine te recommande à notre ordre »déclara-t-il. Je le remercia grandement et penêtrai dans une pièce obscure qu'un unique chandelier éclairait. Un homme chauve et âgé était en train de lire un passage de la Bible à haute voix. Il leva les yeux à mon apparition, me demanda de qui j'avais obtenu l'autorisation de venir ici. Au nom de frère Antoine il soupira puis se leva après avoir mis la reliure à sa page, et me fit passer dans une grande salle.

Là, je déposai mon argent dans une urne et échangeai mes vêtements contre des habits plus simples. Il prit également mes bottes et alla dehors. Je le vis ensuite prendre une torche, l'enflammer et mettre le feu à mon ancienne tenue. Je serrai le sac de toile contre moi. Il revint, s'aperçut de son oubli, s'approcha de moi sans rien dire et tira dessus d'un coup sec. Je tendis la main pour le reprendre mais déjà les flammes léchaient la toile.

Je me mis à genoux et pleurais en face du brasier pendant un certain temps. Une fois le bûcher éteint, je fus attiré du regard par quelque chose de blanchâtre. Dans les cendres encore chaudes, je montrai au ciel l'objet. Il s'agissait d'un crâne. Celui de mon frère. Je patientai alors du mieux que je pouvais que le tout refroidit avant de le prendre.

Je le levai au-dessus de ma tête pour l'admirer sous tous ses angles puis l'enfouissait dans les replis de mes habits. Je mis ma capuche et rentrais là où le moine m'avait laissé.

*

« Mon seigneur, ils vous cherchent partout! Ils brisent déjà les statues sur les façades!

Ne vous inquiétez pas, ma soeur, je vais à leur rencontre. »
Un vieil homme se leva de sa chaise. Il n'a plus beaucoup de cheveux. Son teint est cireux. Ses yeux gris survolaient la pièce à la recherche de quelque chose. Il se traîna jusqu'à un petit lit sur lequel il prit une canne. Il repartit à son bureau, déposa sa main sur une forme blanchâtre puis se retourna et quitta la pièce en fredonnant une vieille chanson.

« Monseigneur, voulez-vous que je vous aide à descendre car vous savez, avec votre bras gauche...

Ma soeur, veillez s'il-vous-plaît conserver précieusement les deux objets se trouvant sur ma table. »

Ses pas résonnèrent sur les marches quand il descendit les escaliers. La jeune femme vérifia qu'il ne tombait pas durant sa descente, puis, à demi-rassurée, elle alla jusqu'au meuble, récupéra un petit carnet bleu sombre ainsi qu'un crâne et sortit de la pièce.

Dehors, la violence grandissait. Les gens n'ont pas compris que certains possèdent un savoir important à transmettre. L'Homme limite lui-même son évolution. L'oeuf meure avant d'éclore.

Ce soir-là, une lumière vive disparue dans la nuit.

Dernière modification par Arckhangelos : 09/02/2008 à 17h19. Motif: en effet ^^" merci Vyo
Arckhangelos est déconnecté(e)
26/01/2008, 11h45 #2
indochinoise 
Ombre

indochinoise

Re : [Nouvelle] Fraternel

Tout d'abord, chapeau ! Ça faisait vraiment longtemps que je n'avais pas lus quelque chose d'aussi prenant. J'adore ta façon d'écrire, l'histoire est tellement poignante il y a des passages qui m'ont filée des frissons, vraiment, puis c'est tellement bien rédigé... J'ai adorée!

Dernière modification par indochinoise : 27/01/2008 à 18h48.
indochinoise est déconnecté(e) Voir une photo de indochinoise sur son profil
03/02/2008, 17h36 #3
Vyo 
Amazone

Vyo

Re : [Nouvelle] Fraternel

Tout d'abord, chapeau! C'est très bien écrit, poignant triste et violent mais en restant sobre!
Il y a bien quelques fautes parci par là, mais j'ai pas le courage de relire, c'est trop triste!
Juste une chose; il souffrais d'infusion (après sa chute, le frère du narrateur.)???
Pour moi une infusion c'est du thè non? Tu ne voulais pas plutôt dire contusion?
Vyo est déconnecté(e) Voir une photo de Vyo sur son profil

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