Chants de Maldoror (LAUTREAMONT (DUCASSE Isidore), Poésie surréaliste) : Fiche / Article de la section Littérature, crée sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)
Auteur : Isidore Ducasse, Lautréamont sous son nom de plume (1846-1870) : poète franco-uruguayan, il publie le premier des Chants de Maldoror en 1868 à ces frais, qui sortira en version intégrale en 1869. Il écrira aussi les Poésies.
Les Chants de Maldoror sont composés de six chants, chacun eux-même composés de plusieurs chapitres (14 pour le premier, 16 pour le second, 5 pour le troisième, 8 le quatrième, 7 pour le cinquième et 8 pour le sixième). Il y rejette la morale et la foi et y expose les êtres humains comme les créatures les plus monstrueuses de la Terre. Il n'y a pas vraiment d'histoire, Maldoror ére dans le monde et il s'en suit différentes anecdotes ou réflexions diverses, certaines même impossibles dans la réalité.
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Comme la reproduction d'un être humain est d'une femelle requin...
Résumé : Maldoror, homme cruel ayant rejeté toute notion de bien et de mal, ainsi que la religion, voyage sans sembler avoir de but précis. Parfois à travers son point de vue, d'autre fois au travers d'un témoin quelconque, dans un présent ou par des souvenirs, on suit différentes anecdotes de sa vie. Décidant de répendre le mal, il cherche quelqu'un lui ressemblant...
Texte de la 4éme de couverture (chez livre de poche, sous le nom : Les Chants de Maldoror et autres textes) :
Citation
Lorsqu'en 1869, sous le pseudonyme de Lautréamont, Ducasse fait imprimer Les Chants de Maldoror, c'est un texte inclassable que le jeune poète de vingt-trois ans offre aux lecteurs. Cette épopée de la peur, des ténèbres et du mal, qui brandit son attirail de cruautés et fait sourdre un fond de terreur infantile dans les amples strophes de ses six chants, à sa parution demeura à peu près sans écho : il fallut donc attendre la redécouverte des surréalistes pour que ce livre où s'inaugure la transgression moderne prît sa vrai place.
L'année suivante, les Poésies, dont on ignore si l'édition fut diffusée, démentaient leur titre en proposant, écrites en prose, un ensemble de maximes et de réflexions, acerbes parfois mais aiguës, sur la littérature et la morale. Le livre fut-il alors lu ? Quelques mois plus tard, Ducasse mourrait mystérieusement.
Extraits (pour ceux qui ne connaissent pas, s'ils veulent se faire une idée du livre) :
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_ Première phrase (Chant premier, 1) :
Citation
Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont sont âme comme de l'eau de sucre.
_ Chant I, chapitre 6, début :
Citation
On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh ! Comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux ! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas ; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures ; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que le sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel. Homme, n'as-tu jamais goûté ton sang, quand par hasard tu t'es coupé le doigt ? Comme il est bon, n'est-ce pas ; car, il n'a aucun goût. [...]
Je ne la met pas en entier (j'en ai écrit environ 1/5éme). Mais ça vous donne une idée du style (pour ceux qui ne connaissent pas). Chaque chapitre étant plus ou moins indépendant les uns des autres, ce n'est pas dérangeant d'en lire un au hasard (celui-ci est mon préféré, la suite est géniale et on y découvre le côté sado-mazo pervers de Maldoror , et le suivant est une éloge aux prostitués... etc). Je vous rassure, ce ne sont que de quelques passages dans le même genre. Je met un autre extrait (plus court), que j'ai commenté en cours (en suppléante mais bon), extrait du chant I, chapitre 8 :
Citation
[...] Je suis le fils de l'homme et de la femme, d'après ce qu'on m'a dit. Ça m'étonne... Je croyais être davantage ! Au reste, que m'importe d'où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j'aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous qui me regardez, éloignez vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n'a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j'avais sur ma tête des cheveux d'une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velour, noir comme la suie qui remplit l'intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoin de la laideur que l'Etre suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu'aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l'espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m'enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. Pourtant, je sens que je ne suis pas atteint de la rage ! Pourtant, je sens que je ne suis pas le seul qui souffre ! Pourtant, je sens que je respire ! [...]
Voilà. J'espère que ça donne envie à ceux qui ne connaisse pas d'essayer ^^.
Mon avis : Bien qu'ayant 140 ans d'âge, Les Chants de Maldoror me semble d'un style plus actuel (environ 1 siècle plus vieux ). J'ai vraiment adorée. Lautréamont rejette la société et les croyances de son époque (certaines étant encore d'actualité ) et "offre" au lecteur une nouvelle vision des choses. Tous ceux qui l'avait lu et avec qui j'ai parlé s'accordent sur le fait qu'il s'agit d'une lecture presque traumatisante (en exagérant peut-être un peu, moi elle ne m'a pas choquée ). Mais je le déconseille à ceux qui sont trop enfouit dans les conceptes de "bien" et de "mal" .
Bien que n'étant pas fan de la poésie et encore moins du surréalisme, je ne regrette pas d'avoir été obligée de le lire pour un cours, j'ai vraiment été agréablement surprise. Je me suis laissée bercer par le style et l'histoire, vraiment une très agréable découverte littéraire (j'aime ce qui dérange)^^