| Fée
| [Nouvelle] La fin. | | Un soir, ce soir, 21h14 précise, je me mets à pleurer. Un sentiment qui m’était alors inconnu me rongeait de l’intérieur. Son nom ? La nostalgie. Jusqu’ici, je n’avais jamais pris la peine de regarder dans le passé, je préférais me projeter dans l’avenir. Avoir des projets, des ambitions, dépasser ses limites. Tout cela pouvait se résumer à un mot : un but. Oui, avant j’avais un but dans la vie, et aujourd’hui, pour la première fois je regardais en arrière et regrettais de n’avoir pas plus profité du présent. Oui, vivre au jour le jour. Je n’étais qu’une pauvre loque assise par terre et pleurant sur son sort. Ecouter de la musique me faisait pleurer, regarder les photos me faisait pleurer, écrire me faisait pleurer. Je me remémorais les bons moments passés l’année dernière. Je me disais que je ne les revivrais plus. Certaines personnes tentant en vain de me consoler me disaient qu’ils y en auraient d’autres. Oui mais ce ne serait plus ceux là, ceux d’avant, ceux du bon vieux temps. De l’insouciance j’étais passée à la prudence, de la joie de vivre j’étais passée à la monotonie.
Je pensais avoir perdu tous mes amis – ce qui était faux bien sur - et je pensais ne jamais m’adapter.
Je vécus pendant un mois dans le passé. Je ne pensais qu’à l’ancien temps. Je ne pensais qu’aux anciens professeurs. Je ne pensais qu’à tout ces moments heureux.
Un jour, je sillonnais seule dans la cour, lorsque je le vis. Il n’était pas forcément très beau mais il était fascinant. Je n’arrivais plus à détacher mon regard de sa silhouette. Lui aussi me regardait. Nous nous fixâmes ainsi durant un long moment lorsque la sonnerie retentit. Je me résignai à monter en classe. Pendant toute l’heure mes pensées vagabondaient loin du cours d’économie ennuyeux, pensant à l’inconnu.
Etait-ce un coup de foudre ? Je n’en savais rien. Lui non plus n’en savait rien. Je décidai de cacher cette étrange rencontre à mes amies qui m’aurait immédiatement assommées de questions. Je réussis, je ne sais toujours pas comment, à me procurer son nom ainsi que sa classe. Chaque jour, je le croisais ignorant tout de lui mais ayant l’impression de le connaître par cœur.
Un jour il m’accosta.
Je le regardais à la fois étonnée et rassurée, je savais qu’il viendrait. Depuis le début je le savais. Nous étions comme programmés, pris au piège dans quelques toiles et autres. Je commençais à devenir dépendante. Dépendante comme à une drogue. Baudelaire, dans les paradis artificiels, cite : « Vous prêterez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir ou votre mélancolie ; ses gémissements et ses oscillations deviennent les vôtres, et bientôt vous êtes l’arbre. ». Il était l’arbre. Les jours passaient de plus en plus vite, nous ne montrions à personne la réciprocité de notre amour. C’était une chose bien à nous. Juste à nous. Nous ne le partagions avec personne. Et si quelques personnes avaient voulu y goûter, elles s’en seraient vite lassées. En effet, nous avions toujours les mêmes habitudes. Chaque soir je le retrouvais et nous parlions. Nous parlions littérature. Nous parlions musique. Nous parlions de la vie en général. De nos sentiments. Nos conversations étaient belles. Elles étaient uniques. Chaque détail restés gravé dans ma mémoire. J’avais trop souffert de mon entrée au lycée. De tout oublier. Mais cela n’arriverait plus. Des soirs entiers nous restions ensembles affalés dans les canapés. Toujours le même. Le même canapé. Notre canapé. Il m’initia à la drogue. Lorsque nous ne parlions pas, nous restions assis pendant des heures, son regard perdu dans le mien et moi le regardant comme si je le voyais pour la dernière fois. Ces pupilles dilatées, son regard à la fois vide et débordant de sentiments nouveaux m’incitait à y replonger à chaque fois. Il dépendait de la drogue et moi je dépendais de lui.
Puis un jour, il ne vint pas. Il me croisa dans la rue me dit bonjour, nous parlions quelques minutes et il disparut au coin de la rue. Je pensais le retrouver tout naturellement le soir mais il n’était pas présent. Je l’attendis une heure. Deux heures. Il ne viendrait plus. En tout cas pas ce soir. Je l’aimais. Je lui pardonnai donc. Mais en rentrant chez moi, je sentis comme un profond vide en moi. Comme si je n’étais pas rassasiée. Comme si je n’avais pas eu ma dose.
Etant tout de même quelque peu rancunière, je décidais de l’ignorer le lendemain. Mais la tentation était trop grande. J’hésitais. Aller le voir, ne pas y aller, y aller, ne pas y aller. Je ne savais plus. Mes amies me connaissant très bien avait remarqué mon récent changement. Elles me demandèrent tout naturellement ce qui n’allait pas pensant sûrement que j’étais à nouveau victime du passé. Ce n’était pas cela. Elles ignoraient tout de la cause de mon changement. Je ne les connaissais plus. Elles m’étaient totalement inconnues. Oui c’est bien cela. Des étrangères. Elles étaient des étrangères. Elles abandonnèrent bien vite leurs questionnaires pour aller aux nouvelles. Une de mes amies venait en effet de sortir d’un de ses contrôles. Passionnant. Je les laissèrent donc à leur nouvelle occupation. Histoire de ne pas les effrayer, je les suivies mais pris vite congés pour partir à ma recherche. Ma recherche. Oui car je me cherchais et ne me trouvais pas. Nous ne faisions plus qu’un lui et moi. Je le trouvai assis sur le rebord d’une fenêtre, cigarette à la main. Je n’avais pas envie de lui parler, je voulais juste le regarder. L’observer jusqu’à l’indécence, jusqu’à ce qu’il soit gêné par mon regard. Il ne l’était pas. Il ne l’était jamais. Il m’observait lui aussi. Je me sentais évoluer sous son regard. Je voulais l’épater. L’appâter même. L’appâter comme on appâte un quelconque animal. Je voulais qu’il vienne me voir et me supplie de lui pardonner. Lui pardonner, c’était déjà fait. Et il le savait.
Ce soir là, j’inhalais de la poudre lorsqu’il entra. Il jeta un rapide coup d’œil en ma direction.
Une de mes amies, moins cruche que les autres probablement, avait proposé de m’accompagner. Après de nombreux refus, j’avais cédé. Ce qu’elle voyait semblait la dégoûter. Je lui avais demandé si elle souhaitait partir mais elle m’avait fermement répondu qu’un jour elle me ramènerait dans le « droit chemin ». Le droit chemin ! Mais pour qui se prenait-t-elle ? Je préférais la laisser à ses fabulations pour me concentrer sur lui. Sur lui mais aussi sur Elle. Elle, plus communément appelée drogue, était ma maîtresse. Je ne lui refusais rien, je cédais à son chantage et en échange, elle me faisait découvrir un monde merveilleux. Elle me faisait faire 1001 voyages auxquels je n’aurais jamais eu accès. Baudelaire le savait. Je voyais des choses que personne n’aurait pu imaginer dans ses rêves les plus fous. Chaque chose me montrait ses secrets. Je redécouvrais le monde. Et il était 10 fois, 100 fois, 1000 fois plus beau. Chaque voyage était une surprise. On ne s’avait pas ce qu’il y aurait au bout du tunnel. Voila s’en était fini de moi, de nous, d’elle, de lui et de tout les autres. Personne ne saurait jamais. J’étais mon propre maître.
Le lendemain matin, je me réveillais, hostile au monde qui m’entourait. C’était toujours la même chose, les mêmes mouvements, les mêmes pensées, les mêmes sentiments. J’avais cru ne plus l’aimer et voila qu’en fait, je retombais à ses pieds. Cette situation n’était plus possible, il fallait faire quelque chose. Toutes ces personnes qui ne savaient plus quoi faire pour pimenter leurs existences. . Certaines se droguaient, d’autres étaient enfermés dans des hôpitaux psychiatriques, quelques uns décidaient de créer la panique en entrant armer dans des établissements. Mais la plupart n’étaient que de pauvres êtres persécutés par la vie et tout les problèmes qu’elle engendre. Des gosses se mutilaient pour extérioriser leurs peines, des hommes devenaient fous à force d’exécuter chaque jour les mêmes gestes. Oui les gestes quotidiens consistant à se réveiller le matin, déjeuner, s’habiller, partir en direction du lycée, rester sans voix devant une copie tellement cela nous semble difficile puis grandir et aller à son tour travailler, gâcher sa vie, avoir de enfants. Travailler. Notre esprit nous laissait entrevoir des voies pourtant très différentes à 15 ans. Les journées passaient, chaque jour se ressemblait. Seuls les noms changeaient. La monotonie des jours d’hivers s’installait. La nuit tombait vers quatre heures. Je trouvais cela tout à fait déprimant. Mais je continuais à me droguer. Je n’aimais pas ce mot. Dans les bouches, il était écorchés, torturés, injuriés. Rêver aurait sûrement était un mot plus approprié. Oui je rêvais. Nous rêvions tous. Rien de tout cela n’était réel. J’en étais sure. C’était si beau, si improbable, si magique. Je ne pouvais employer que le champs lexical de la magie pour qualifier ce sentiment qui s’élevait en moi. Toutes ces choses qui prenaient un sens nouveau, je me sentais capable d’affronter le monde entier. Placebo, j’écoutais Placebo. Chaque note pénétrait en moi. Je ressentais la musique.
Le psychédélisme du lecteur Windows Media me faisait penser à l’acide, cette vision formidable et toutes ces couleurs dansant devant mes yeux. Ce serait sûrement quelque chose de semblable. Je n’avais jamais pris d’acide. J’en prendrais peut être un jour. Je n’en savais rien. La seule chose sure dans ce monde tourbillonnant était l’amour que je lui portais. A lui. Le seul sûrement qui était capable de me comprendre.
Ce soir-là, j’étais rentrée chez moi dans un état de total ébahissement et une béatitude sereine avait pris place sur mon visage. Les pupilles dilatées, j’avançais, fascinée par les lampadaires et leurs lumières dorées. Une fois arrivée devant le numéro 75, j’entrai, traversai le jardin, ouvris la porte et montais dans ma chambre. Je faisais un tel vacarme, sans le savoir, que j’en avais réveillé ma mère. Elle ne s’était pourtant point levée. Je ne le saurais que le lendemain matin. En attendant, j’entendais encore Led Zeppelin résonner dans ma tête. C’était si beau. Je m’endormis donc bercée par cette mélodie si spéciale.
Elle avait tout découvert. J’avais maintenant droit aux éternels questions, insinuations, prétextes et autres. Elle ne voulait plus me donner d’argent ne sachant pas ce que j’en ferais, ne voulait plus me laisser sortir ne sachant pas ce que je ferais. Je savais maintenant qu’elle ne se souvenait plus de sa jeunesse. Je trouvais cela dommage. Oublier la plus belle période de sa vie. Je ne serais jamais comme elle. Je l’espérais en tout cas.
Ma vie était finie. Tout s’enchaînait si vite que s’en devenait inquiétant. Tous ses moments de joie, d’insouciance avaient disparu. Il était parti, me laissant seule. Je n’étais plus rien. Une loque, un ensemble de cellules recouvert de peau incapable de penser, de réfléchir par lui-même. Je me posais des questions. Qu’allais-je devenir ? Il m’avait tout donné et tout repris si brutalement, si vite. Son départ était inattendu. On ne fait pas une overdose du jour au lendemain. J’étais désorientée. Lui partit et moi, ici. Le voir était ma seule distraction, mon seul but. Il me possédait entièrement. La seule chose qui me restait était la drogue. Elle seule pouvait me faire vivre. Vivre dans un monde d’illusions certes, mais vivre tout de même. Et un jour sûrement je le rejoindrais. Dans dix jours, dix mois, dix ans peut-être. Je n’en savais rien. Plus rien n’avait plus d’importance de toute façon. C’était la fin.
Voici un texte que j'ai écrit l'année dernière. Mon premier texte. Dernière modification par parisian-skies : 24/03/2008 à 22h11. |