Bonjour, bonjour,
Voici le roman que j'ai commencé récement, j'aimerais connaître vos avis dessus.
Petites précisions: Le titre n'est pas définitif et si vous ne voyez pas chapitre, c'est normal, je couparais tout ça après.
J'avoue que c'est un peu long ^^
Voici un petit résumé comme on me l'a demandé:
Anaelle lisait tranquillement dans sa maison quand elle fut enlevée inexplicablement. Elle s'est reveillée dans une pièce étrange. Un vieillard entre et, après une tentative de fuite désespérée, lui explique qu'elle est dans un autre monde, un monde dont elle ne connaissait pas l'existence, divisé en royaume. Ceux qui gouvernent le royaume dans lequel elle se trouve sont de dangereux hommes avides de pouvoir et sanguinaires qui font la guerre aux autres royaumes depuis plusieurs années. Le veillard mentionne égallement que les empereurs de ce royaume ont besoin d'elle (l'explication ne lui est pas encore donnée) ainsi que l'existence de sources de magies epuisées. Elle rencontre par la suite ces fameux empereurs à l'occasion d'une immense réception de laquelle elle tente de s'enfuir, en vain. Une fois retournée dans sa chambre, un dénomé Iago Tigan vient la libérer.
Voila, mais je dois vous dire qu'il vous sera difficile de juger avec un simple résumé, c'est pas vraiment le but que j'avais en tête quand j'ai posté le début de mon histoire. Toutefois, si cela peut vous aider...
Merci d'avance
PS: Je joint le dossier .doc, si ça vous interresse.
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« …
- Jane Eyre ! Jane Eyre ! dit-il simplement.
- Mon cher maître, répondis-je, je suis Jane Eyre ; je vous ai retrouvé ; je suis revenue vers vous.
- En réalité ?... en chair et en os ? C’est ma Jane vivante ?
- Vous me touchez, Monsieur… vous me tenez, et même assez serré : je ne suis ni froide comme un cadavre ni vide comme l’air, n’est-ce pas ?
- C’est un rêve ; un de ces rêves comme j’en ai fait la nuit, où je la serrait de nouveau contre mon cœur, comme je le fait en ce moment ; où je l’embrassait, comme ceci… où je me rendais compte qu’elle m’aimait et m’estimais sûr qu’elle n’allait plus me quitter.
- De fait, Monsieur, je ne vous quitterais jamais plus, à compter de ce jour.
… »
Anaelle, assise sur son canapé, un gros chat gris ronronnant avec force sur ses genoux, était plongée dans son roman favori, un sourire béat sur les lèvres et le nez presque collé sur le papier comme si elle espérait traverser les pages pour se retrouver au sein de l’histoire de Jane Eyre dont le dénouement heureux approchait. Elle l’avait lu une bonne centaine de fois mais jubilait autant que lorsqu’elle avait découvert ces mots pour le première fois.
C’est alors qu’une sonnerie étrange, rassemblant à celle d’un téléphone, dont le son était trop faible pour venir de l’intérieur de la maison et trop fort pour provenir de l’une des maisons du voisinage, la tira de sa lecture. Elle leva les yeux et les dirigea vers la porte menant au garage, endroit qui semblait être l’origine du bruit. La sonnerie cessa. La jeune fille haussa les épaules et replongea dans son livre.
«…
- C’est bien vous n’est-ce pas Jane ? Vous êtes donc revenue vers moi ?
- Oui.
… »
De nouveau la sonnerie retentit, mais cette fois avec plus de force. Intriguée pour de bon, Anaelle repoussa son chat sans ménagement qui descendit mollement du canapé, d’un air outré, puisque brusquement expulsé de sa douce rêverie. Elle marcha d’un pas rapide vers la porte d’où, selon elle, provenait ce son intriguant sans la moindre hésitation ni inquiétude : sa petite sœur y avait sûrement oublié le téléphone de la maison qui était sans fil. Elle le voyageait constamment à droite et à gauche, le laissant, parfois dans des endroits insolites à cet objet, jamais sur le socle prévu pour le ranger. Cependant, la sonnerie ne ressemblait pas à celle qu’elle connaissait…
Au moment où elle posa la main sur la poignée, le son cessa. Le temps d’arrêt qu’elle marqua alors avant d’ouvrir la porte lui permis d’assister à l’apparition d’une lumière dans la pièce voisine. De toute évidence, elle était très intense puisqu’elle se distinguait à travers l’encadrement de la porte.
Sans attendre plus longtemps, étrangement sereine en vue des circonstances, la jeune fille entra dans le garage… du moins faillit. Elle se trouvait devant un écran blanc éclatant, l’empêchant de voir la pièce, comme si elle était composée uniquement de vide. Elle n’eut pas le temps de réfléchir d’avantage, l’éblouissement que provoquait la lumière empêchait toute activité cérébrale. Elle voulut se détourner ou se cacher les yeux, elle en fut incapable. Elle était totalement figée sur place. Un mal de tête atroce la saisit et elle eut l’impression que sa tête allait exploser à tout moment. Puis d’un coup, tout cessa, la lumière s’évanouit avec la douleur lorsqu’elle s’effondra sur le sol, inconsciente.
A peine quelques secondes après avoir rouvert les yeux, Anaelle su qu’elle n’était ni chez elle, ni dans tout autre endroit connu. La panique qui n’avait pas encore vu le jour dans les derniers évènements commença à monter. De toute évidence, elle s’était faite enlevée, c’était l’explication la plus plausible… Mais la jeune fille trouvait cela tellement insensé qu’elle ne parvenait pas à s’y résoudre… Pourtant, rien d’autre ne lui venait à l’esprit.
Elle mit de côté se questionnement pour concentrer ses pensées dans une observation minutieuse de la pièce. Le style architectural ne ressemblait à rien de ce qu’elle connaissait. Le plafond, haut et d’une pierre claire, presque blanche, était gravé finement sur toute sa surface. Il était de forme arrondie et semblait flotter en apesanteur puisque aucun pilier, aucune voûte ne paraissait le retenir. En son prolongement, les murs formaient comme une bulle ovale autour de la jeune fille et arboraient des fresques aux couleurs ternies par le temps. Le plus étrange était la porte, triangulaire, d’un bois rouge criard.
Anaelle se glissa hors du lit sur lequel elle s’était réveillée allongée quelques instants plus tôt pour ce diriger vers cette fameuse porte : elle devait absolument sortir. Elle se doutait cependant qu’elle serait verrouillée et n’avait que peu d’espoir, pourtant, à sa plus grande surprise, le problème ne venait pas de là. Il n’y avait tout simplement pas la moindre poignée, le bois était lisse comme du verre ! Désespérée pour de bon mais résolue à ne pas abandonner, elle concentra toute son énergie à essayer d’enfoncer la porte jusqu'à ce qu’elle entende des pas feutrés accompagnés d’un grommellement incompréhensible : quelqu’un approchait. Elle se prépara immédiatement à agir.
Onyl Vereda avait vu passer maints hivers sous le toit de cette demeure en tant que directeur des domestiques et un événement récent avait une nouvelle fois fait appel à sa diplomatie et son savoir vivre. Il savait que l’affaire était bien plus importante que les précédentes et jamais il ne se permettrait d’aller à l’encontre des directives de son supérieur mais il était las d’obéir aveuglément aux ordres qu’on lui inculquait et songeait à bientôt prendre sa retraite incessamment sous peu. Mais la mission qu’on lui avait confiée, réclamant une grande minutie de sa part, avait encore repoussé l’échéance de son départ.
Ainsi ce matin, lorsqu’il commençait à peine son travail quotidien, un garde lui avait fait discrètement savoir entre deux murs qu’une jeune fille était arrivée et qu’elle serait sûrement la clef de leur victoire. Sur ces mots, il s’était immédiatement rendu auprès de son supérieur qui en avait profité pour le charger du bien être de leur nouvelle hôte.
Un plateau repas d’argent dans les mains, composé de mets préparés avec goût, il s’était dirigé vers les sous-sols du palais où avait été enfermée sa « protégée » comme l’avait précisé Sedar. Voilà qu’il était réduit à servir une inconnue comme un vulgaire domestique ! Scandalisé par cette effroyable régression, il avait parcouru les longs couloirs en marmonnant dans sa barbe. Perdu dans ses pensées, il n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait lorsqu’il ouvrit la porte. Son pied se heurta à un soudain obstacle et il se retrouva étalé sur le sol en moins de temps qu’il n’en faut pour la dire. A peine quelques secondes plus tard, le plateau d’argent qu’il avait lâché avec la chute, saisi au vol par la jeune furie, s’abattit sur la tête avec violence.
Anaelle bondit par dessus le vieillard, pleinement satisfaite de sa performance, rapidité et force avaient été ses alliées et grâce à elles, elle s’en était étonnement bien sortie ! Sans réfléchir, elle courut aussi vite qu’elle le pu dans le long corridor faiblement éclairé et aux allures de prison où elle avait atterri. Ses ravisseurs l’avaient sous-estimée, ils lui avaient envoyé un vieillard, pensant qu’elle ne tenterait rien mais s’était heureusement trompés. C’est ce qu’elle pensa jusqu'à ce qu’elle sente un minuscule picotement au niveau de sa nuque avant de s’effondrer de nouveau sur le sol, inconsciente.
Elle rouvrit les yeux quelques minutes plus tard ou tout du moins c’est ce dont elle eut l’impression. A son grand regret, elle était de nouveau dans cette étrange chambre. S’échapper. Elle devait réessayer à tout prix. Elle tenta de se redresser mais son geste fut arrêté par des entraves a niveau de ses poignés et ses pieds. Elle regarda autour d’elle, tentée de hurler et fut surprise de voir le vieillard tourné de dos, traficotant elle ne savait quoi sur le plateau qu’elle lui avait abattu sur la tête. Elle allait parler quand il la devança en se tournant vers elle, la fixant de ses yeux jaunes pénétrant n’ayant pas l’air de vouloir plaisanter :
- Ils m’avaient prévenus du risque mais je me suis dit qu’une jeune fille sortant d’un état de transe de plusieurs jours ne me ferait aucun mal, même à une épave de ma sorte. Je me suis trompé, je me suis trompé… Tu n’es qu’une jeune présomptueuse totalement insouciante du risque que tu encours en faisant ce genre de tentatives irréfléchies… Tu n’as aucune idée à qui tu as à faire… Des gens hauts placés… sans le moindre état d’âme… Nombreux sont ceux qui ont pensé pouvoir rivalisé avec leur pouvoir et aucun ne s’en est sortit vivant. Tu as toutefois de la chance, ils ont besoin de toi, c’est pour cela qu’il t’on mis dans la meilleure cellule des sous-sols et pour cela qu’ils m’ont chargé de m’occuper de toi, me réduisant à une état de simple domestique.
Il lui tourna de nouveau le dos en marmonnant, la laissant digérer ses paroles en silence. De nouveau, elle voulut parler mais fut encore coupée, cette fois par l’arrivée d’un homme dans la pièce. Tout en poussant la porte, il avait poussé une exclamation de joie et avait posé un regard pétillant d’excitation sur Anaelle qui le regardait, ébahie.
- La voilà enfin réveillée ! Nous allons enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. (Il se tourna vers le domestique, toujours concentré sur son plateau, n’ayant pas levé les yeux à son entrée) A-t-elle mangé ? Quand s’est-elle réveillée exactement ? A-t-elle montré des signes de fatigue ? D’égarement ? De colère ? De peur ? D’anxiété ? Avez-vous vérifié ses pupilles ? Est-elle réellement celle dont nous avons besoin ?...
Les questions, plus incompréhensibles les unes que les autres, fusaient à un rythme infernal. Cet homme, avenant en apparence, n’inspirait que méfiance auprès d’Anaelle. Derrière son sourire, elle voyait quelqu’un d’incontrôlé et de capricieux, prêt à tout pour arriver à ses fins. Il était, de toute évidence, supérieur au vieil homme. Celui-ci courbait l’échine devant lui mais surtout, elle le voyait aux vêtements de soie, riches en broderie, ressemblant légèrement aux tuniques portées par les empereurs chinois. Peut être était-il l’un des « ils » auxquels le domestique avait fait référence.
Les deux hommes ne faisaient pas le moins du monde attention à elle et le questionneur lui portait un intérêt qu’on porte à une bête curieuse. Elle avait horreur de cela et la situation lui échappait totalement. Elle sentait une rage folle monter en elle et au bout de quelques minutes, elle explosa, elle s’exclama d’un ton agacé et colérique :
- HEY !
La conversation cessa net et deux regards éberlués se tournèrent vers elle, ils s’attendaient à tout sauf à ça. Ne se démontant pas, Anaelle leur exposa le fond sa pensée, ne réfléchissant pas du tout à ses mots, parlant d’un ton autoritaire :
- Détachez-moi immédiatement ! Ensuite vous me direz où je suis, qui vous êtes et pourquoi je suis là ! Et surtout, arrêter de parler comme si je n’étais pas là et de me regarder comme une bête curieuse ! La moindre des choses est de m’expliquer ! Bande de rats puants, fils de Satan, je vous ordonne de me libérer !
Rouge de colère, son intonation avait accru au fil des mots au même rythme que le sourire du supérieur du domestique s’était affaissé et ses yeux noircis. C’est là que l’impression qu’elle avait eut à son sujet se confirma : il ne supportait pas d’être contrarié ou qu’on lui donne des ordres. Après plusieurs minutes d’un silence glacial où il l’avait fixée d’un regard malsain, il se ressaisit et arbora un sourire commercial. Détournant ses yeux de la jeune fille, il s’était tourné vers le vieillard qui avait suivit la scène avec appréhension et lui dit d’un ton enjoué :
- Elle fera l’affaire, je vous envoie deux soldats pour vous aidez à la conduire dans ses appartements, quelque chose me dit que vous allez en avoir besoin.
Sans attendre de réponse, il ressortit d’un pas pressé, refermant la porte derrière lui. La colère d’Anaelle ne s’était pas éteinte, elle rageait de ne pas savoir ce qu’elle faisait ici, elle se tourna vers le vieillard qui avait les yeux dans le vague. Bien qu’aigri, il lui était sympathique et ne semblait pas mauvais, il ne faisait qu’obéir aux ordres, aussi, adopta-t-elle un ton plus calme lorsqu’elle s’adressa à lui :
- Que fais-je ici ? Où je suis ? Qui étais-ce ? Pourquoi vous a-t-il posé toutes ces questions ? S’il vous plait répondez moi ! Mettez vous à ma place !
Le vieillard sembla hésiter instant puis se résolu à parler, il approcha une chaise du lit et commença :
- Je ne peux pas répondre à toutes vos questions mais à certaines, vous saurez le reste au moment voulut. Où vous êtes ? Vous êtes dans le palais impérial du royaume Numénien, l’un des six royaumes de ce monde. Qui étais-ce ? C’était l’un de nos empereurs, le plus puissant et avide de pouvoir des quatre. Il se prénomme Yuga Sedar, méfiez vous de lui, il est rusé et cruel, votre petit jeu de tout à l’heure n’en restera pas là, c’est moi qui vous l’dit.
- C’est quoi ces histoires de royaumes ? Je ne suis plus sur terre, en France ? questionna Anaelle, totalement désorientée.
- Bien sûr que non, soupira-t-il, vous n’êtes par chez vous, des
Doms de haut niveau sont venus vous cherchez. Pour cela ils ont du déployer une grande énergie magique, les sources étant rares, je ne serais pas étonné que ne deviez rester ici si ce n’est pas pour toujours, pour un long moment.
Anaelle pris une grande inspiration. Elle ne pouvait que rêver, c’était la seule explication. Elle qui avait toujours eut la tête bien sur les épaules ne pouvait croire tout cela. C’est comme si on lui disait que le noir est blanc ou le blanc noir, inconcevable. Pourtant, le vieillard avait l’air très sérieux et cela expliquait toutes les choses étranges qu’elle avait vues jusque ici. Elle parla calmement, masquant de son mieux son angoisse, évitant de penser au fait qu’elle était coincée ici :
- Bon, s’il vous plait, expliquer moi tout ce que je dois savoir sur ce monde pour me permettre de comprendre.
- Bien… répondit son interlocuteur en paraissant réfléchir à ce qu’il allait dire. Cette terre se nomme terre du De’Anderë. C’est un monde parallèle au tien. Il existe très peu de moyen de voyager l’un à l’autre, comme je te l’ai déjà dit, il faut de puissants mages et une grande quantité d’énergie pour y arriver et de ce fait, beaucoup d’andëreèns ignorent l’existence de ton monde et réciproquement, ce monde est inconnu des terriens. De’Anderë est divisé en six royaumes qui se sont formés au fil du temps par des guerres et conquêtes. Il y a le royaume Licentien, dit libre, le royaume Numénien, dit puissant, le royaume Nébulien, dit brumeux, le royaume Mirusien, dit admirable, le royaume Placidien, dit paisible et le royaume Peresien, dit des morts. Dans chacun de ces royaumes, quatre empereurs gouvernent et chacun se voit chargé d’un domaine. On les appellent Premier, Deuxième, Troisième et Quatrième tout bêtement. Le but était bien sûr d’éviter de concentrer le pouvoir sur un seul homme et ainsi d’équilibrer. Tout s’est relativement bien déroulé jusqu'à ce que Yuga Sedar entre au pouvoir au poste de Premier. Il est rapidement devenu très influent et n’écoutait pas les avis des autres empereurs qui régnaient à ses côtés. Rapidement, il s’est mis à guerroyer un peu partout, avide de conquêtes et de puissance. Il à pris sous son joug les royaumes Placidien et Peresien, les royaumes Licentien et Mirusien résistent toujours, quand au royaume Nébulien, il n’a pas grand intérêt pour lui, il est toujours resté en marge des autres, ses terres son infertiles et il est peuplé d’hommes sauvages s’habillant de peaux d’animaux et vivant dans des grottes à ce qu’on dit.
Le vieillard marqua un temps de silence comme s’il méditait sur les paroles qu’il venait de prononcer. Anaelle avait écouté avec attention, commençant à admettre la triste vérité : elle était bloquée dans ce monde en guerre et semblait au centre même de la bataille, retenue en otage par l’homme qui avait provoqué le conflit. Sa situation était critique.
Pourtant, quelque chose la gênait encore.
- Vous avez parlé de sources de magie, de Doms, d’énergie…
- Les sources sont des zones de puissante énergie magique. Avant la découverte de Beryl YaShade, elles étaient un immense point d’interrogation pour toute la population anderëène, tout ce qu’on savait, c’était qu’il se passait des choses étranges allant à l’encontre de la nature dans ces zones. Beryl YaShade est une légende, il a réussit à canaliser en lui la magie des sources, il a appris aux autres à faire de même. Pendant un temps, tout les habitants de De’Anderë possédaient un pouvoir magique, si infime soit-il. Voit-tu, les individus ne peuvent pas tous contenir la même quantité d’énergie, c’est ce qui fait leur puissance ou non. Les Doms sont des maîtres magiciens dotés d’un grand pouvoir. Le plus puissant de tous reste Beryl YaShade. Peu à peu, même si ces dons se transmettaient de génération en génération, les sources se sont vidées et aujourd’hui, il ne reste que très peu de Doms, les autres ont soit un pouvoir minime, soit pas de pouvoir du tout.
Avant qu’Anaelle n’ait le temps de poser d’avantage de questions, quelqu’un frappa à la porte de la cellule avec violence. Le vieil homme se leva de sa chaise, tenant ses hanches en grimaçant, et alla ouvrir. Deux soldats imposants entrèrent. Ils formaient deux énormes tas de muscles de presque deux mètres. Leurs visages étaient ceux totalement fermés des hommes qui obéissent à la lettre aux ordres quels qu’ils soient. Armés jusqu’aux dents, Anaelle ne pu s’empêcher de sourire, ravie d’être sur estimée à ce point.
L’un deux s’approcha du lit où elle était toujours attachée et défit ses liens avant de la prendre par le bras sans ménagement pour la tirer hors de la pièce. L’autre se plaça de son côté opposé, la maintenant de la même manière. Ils se mirent en marche. Leurs jambes étaient si grandes qu’Anaelle devait presque courir pour avancer à leur rythme.
Ils parcoururent le long corridor dans lequel la jeune fille avait tenté une évasion quelques heures plus tôt. Ils débouchèrent sur un large escalier de marbre qu’ils gravirent jusqu’au deuxième palier pour se diriger vers une grande pièce totalement vide qu’ils traversèrent sans ralentir. Puis une autre. Encore une autre. Un large couloir. Un débouché sur un patio verdoyant. Un nouveau couloir. Une nouvelle série de pièces…
Le trajet n’en finissait plus, ils marchèrent ainsi une vingtaine de minutes. C’était un beau palais, ou plutôt il se voulait beau. C’était une accumulation de gravures d’or, de statues, de tentures, de tapis, de tableaux, de lustres tous plus étranges les uns que les autres. Tout ceci ne ressemblait à rien de qu’Anaelle connaissait, les formes et les couleurs des objets étaient différentes mais semblaient avoir la même fonction que dans son monde. Si le décorateur de ce palais avait voulu démontrer que son propriétaire était riche, il avait réussit ! La jeune fille n’aimait pas ces lieux, rien ne lui inspirait confiance, tout lui inspirait méfiance et surtout les gens qui y habitaient…
Elle allait hurler sur les soldats pour demander un arrêt quand ils stoppèrent brusquement leur course devant une porte close, de couleur rouge comme celle de son ancienne cellule mais cette fois elle n’était pas triangulaire, elle était normale.
Le soldat qui l’avait détachée tira sur la poignée et la poussa à l’intérieur de la pièce avant de claquer la porte dernière elle, le laissant seule dans une immense chambre. Immense mais peu meublée. Il y avait un large lit à baldaquin en face d’elle, une commode simple à droite munie d’un miroir triangulaire et une autre porte à sa gauche fermée à clef.
Ce qui rendait cette pièce belle était l’immense fenêtre derrière le lit qui recouvrait le mur entier laissant entrer un hale de la lumière orangée d’un jour qui tirait à sa fin. La vue était également sublime. On pouvait voir une immense plaine verdoyante au loin et un parc ombragé d’arbres immenses et munit d’une fontaine aux reflets argentés. Anaelle compris que c’était l’unique attrait de la chambre et ne pu s’empêcher de se demander pourquoi cet empereur tyrannique la logeait ici alors qu’elle l’avait humilié quelques heures plus tôt.
Elle resta dans la contemplation de ce monde inconnu s’étendant sous ses pieds. Elle songea à son canapé si confortable, à ses parents qui devaient se demander où elle était passée, à sa sœur, petit démon adorable, à son chat et à Jane Eyre qu’elle n’avait pas eut le temps de terminer. Les reverrait-elle un jour ? Mais ce qu’elle souhaitait savoir par dessus tout était la question à laquelle le vieillard n’avait pas répondre, volontairement ou par défaut de temps : Pourquoi était-elle ici ?
Un bruit de serrure qui s’ouvre la tira de ses songes. Elle tourna la tête vers la petite porte qu’elle avait trouvée verrouillée en arrivant. Elle se demanda si une nouvelle évasion était envisageable. A tout vitesse, elle pesa le pour et le contre. Le seul pour était ce dicton qui était devenu sa devise : « Qui ne tente rien n’a rien ». Les contres se bousculaient dans sa tête : elle était incapable de trouver la sortie et si pas bonheur elle la trouvait, où irait-elle ? Un des soldats qui l’avait accompagnée ici pouvait très bien surgir de cette porte et alors elle n’aurait pas la moindre chance de s’enfuir… Le temps qu’elle réfléchisse, la porte était déjà ouverte et elle était toujours près de la fenêtre, impossible de s’en aller à présent, l’effet de surprise, seul allié qui aurai pu l’aider à s’en tirer, venait de lui filer sous le nez.
A sa grande stupéfaction, l’empereur n’entra pas de cette porte, ni un soldat, ni même le vieillard, ce fut une petite fille. Elle était à peine âgée de huit ans, ses cheveux étaient gras et son corps osseux. Son état était bien piètre. Elle transportait un plateau repas en apparence léger mais pourtant semblait l’écraser sous son poids. Elle avait un regard triste et mélancolique. De toute évidence, cette petite fille était exploitée.
Anaelle, prise dans un accès de bonté, s’approcha d’elle et lui pris le plateau délicatement des mains pour le poser sur le lit avant de s’accroupir devant la petite fille, la regardant d’un œil tendre.
- Comment tu t’appelles ?
Elle sursauta, surprise de la douceur de la voix de la jeune fille, elle s’attendait à être frappée pour avoir conduit le repas en retard, pour être entrée sans s’annoncer ou toute autre raison. On la frappait toujours sans raison. Elle sonda le regard d’Anaelle avec crainte. Non, elle n’avait pas l’air hostile. Elle répondit d’une voix frêle :
- Cäcilie.
Anaelle lui sourit largement. Elle voyait toute la souffrance qu’elle avait endurée. Même un adulte plus solide ne l’aurait pas supportée. Elle se redressa et tendit la main à la petite fille.
- Cäcilie... C’est un magnifique prénom. Dis moi Cäcilie, veux tu partager mon repas avec moi ? proposa t’elle avec toute la douceur dont elle était capable.
Cäcilie hésita un instant et accepta en hochant la tête. Elle était affamée, sa maladresse constante l’avait privée du repas de midi de ce jour ainsi que du soir de la veille. La nourriture n’étant jamais très appétissante et copieuse pour les esclaves, elle restait toujours sur sa faim et deux repas sans manger lui étaient insupportables.
Elles s’assirent face à face sur le lit et dégustèrent les mets délicieux qu’avait concocté le cuisinier impérial tout en plaisantant de choses et d’autres. Cäcilie était rapidement entrée en confiance grâce à la bienveillance d’Anaelle et s’avéra être une adorable petite fille, intelligente et tendre à laquelle la jeune fille se lia en peu de temps.
Tout en discutant, Anaelle appris que l’enfant venait du royaume Placidien et avait été enlevée à ses parents pour servir d’esclave peu de temps après sa capitulation devant l’empereur sans pitié. La guerre n’aurait pas changé grand-chose à la pauvreté des paysans - majoritaires de ce royaume - puisque, même les ayant vaincus, Yuga Sedar les avait plongés dans une misère sans nom et la population devait lutter contre les maladies, la fin et la soif pour survivre. Bien que tout cela ait été expliqué avec les mots d’une enfant de huit ans dépaysée, Anaelle compris facilement à quel point la situation était critique. Peut être la petite était-elle même mieux traitée ici que dans son propre royaume mais cela restait à prouver.
Une heure après le début de la conversation, un laquais de petite taille, presque celle d’un enfant, se présenta à la porte sans s’annoncer. Il arbora une posture droite et un regard prétentieux comme si sa présence était essentielle et récita :
- Mlle Anaelle YaShade se verra dans l’obligation de porter la robe de cérémonie, apportée par une esclave quelques temps plus tôt, pour se rendre à la salle impériale dans une demi-heure. Un soldat viendra la chercher ici même pour l’y conduire. Soyez prête.
Sur ces mots, il quitta la pièce aussi vite qu’il y était entré.
Anaelle n’avait entendu que les trois premiers mots de la tirade du domestique et ne s’était même pas aperçue de son départ. Son attention était restée précisément sur le nom par lequel il l’avait appelée mais qui n’était pas le sien. YaShade… Où donc l’avait-elle entendu ? Le mot résonnait dans sa tête. Pourquoi l’avait-il appelée ainsi ?
Elle regarda dans le vague plusieurs minutes, focalisant ses pensées sur un simple nom… YaShade… Berel… Byrel… Beryl… Oui ! Beryl YaShade, la « légende » dont le vieillard avait parlé ! Plus aucun doute n’était possible, le messager s’était trompé, il n’y avait pas d’autre explication, cela deviendrait totalement insensé, déjà qu’elle avait du mal à gober tout ce qui lui arrivait aujourd’hui, il lui était impossible de faire entrer plus de choses étranges dans sa tête.
Perdue dans ses raisonnements, elle ne s’était pas rendue compte de l’affolement qui avait envahi Cäcilie. Elle avait bondit du lit dès qu’elle avait entendu les mots du laquais et s’était engouffrée dans la porte d’où elle était arrivée. Quelques secondes plus tard, un infernal bruit de la chute d’objets métalliques parvint jusqu’aux oreilles d’Anaelle qui réalisa la soudaine absence de sa nouvelle amie. Elle n’eut pas le temps de la rejoindre dans la pièce voisine qu’elle réapparaissait en précipitation, l’affolement et l’inquiétude se lisant sur son visage. Elle portait soigneusement un vêtement volumineux ressemblant à une robe. Elle la déposa délicatement sur le lit et recula d’un pas, confuse d’avoir manqué de discernement.
Anaelle la souleva avec une moue dépréciative. Plus clinquant aurait été impossible. C’était une démonstration maladroite de la richesse de son possesseur comme l’était ce palais. La robe était une tunique ressemblant légèrement à celle que l’empereur portait précédemment mais sa coupe était plus féminine. Les manches, longues, l’extrémité basse, descendant jusqu’aux genoux et le col, haut et fendu légèrement en dessous du menton, étaient détourés d’une bordure épaisse de quelques centimètres faite de fils d’or et parsemée de diamants. Le reste était d’une soie verte luisante.
Hors de question de porter cette horreur.
Anaelle se tourna en grimaçant vers Cäcilie qui n’avait pas bougé. Croyant que la moue était à son attention, elle fondit en larmes en gémissant et s’excusant d’avoir oublié de lui remettre la robe. Anaelle s’accroupit devant elle en lui tenant les épaules puis l’obligea à la regarder dans les yeux et dit d’une voix ferme mais dénuée de méchanceté pour faire comprendre à la petite fille qu’elle était de son côté :
- Ecoute moi Cäcilie, il ne faut pas que tu te laisse martyriser par n’importe qui ! Si tu montres ta peur aux gens qui veulent te dominer tu es fichue ma belle, ils ne cesseront pas de s’acharner sur toi ! Défends toi ! Mais saches que je suis ton alliée et dès que j’aurais trouvé un moyen de partir d’ici je ne serais pas seule, tu viendras avec moi ! Tu peux avoir confiance en moi, tu m’entends !
Elle garda les yeux fixés sur l’enfant dont les larmes cessèrent peu à peu puis l’enlaça comme une sœur. C’est à ce moment que l’on frappa à la porte brièvement avant d’appuyer sur la poignée sans attendre de réponse. Anaelle réagit au quart de tour et conduit rapidement la petite fille dans l’autre pièce, consciente que si on la trouvait ici, elle ne serait pas félicitée. Après avoir déposé un baisé sur sa joue, elle referma la porte derrière elle à l’instant où un soldat qui lui était inconnu entra. Bien que son visage soit différent de ceux qu’elle avait déjà vu, il avait la même expression sans émotion et la même carrure solide. Il la considéra avec instance avant de dire d’une voix grave :
- Vous n’avez pas mis la robe, l’empereur a spécifié qu’il y tenait.
Anaelle répondit du tac au tac :
- Normal, je n’en ai pas l’intention, cette chose est une horreur.
- Vous n’êtes pas amène de discuter.
- Et vous je suis sûre que vous ne voulez pas faire tout le trajet menant à la salle en ayant pour charge la furie que je vais devenir si vous me forcer à mettre cette immondice.
Sa voix avait été glaciale et sans appel et le garde hésita, convaincu que cette jeune fille était capable de bien plus que ce qu’elle avançait avant choisir la voix de la sagesse et d’acquiescer, d’autant que l’empereur n’avait pas spécifié qu’il fallait insister si elle refusait. Il lui prit le bras et l’entraîna dans le dédale des couloirs, salles et escaliers du palais.
Le trajet parut moins long à Anaelle mais dura tout de même interminablement. A quelques mètres de ce qui semblait être leur destination, ils ralentirent l’allure et des bruits de foules commençaient à se faire entendre. La jeune fille déduisit qu’elle était conviée à une réception, ce qui ne l’enchanta pas particulièrement.
Le soldat lui lâcha le bras. Etait-ce le moment ? Si elle tentait maintenant de s’enfuir, aurait-elle une chance ? Elle évalua la carrure du colosse, sa masse corporelle étant d’une importance peu négligeable, elle se donnait l’avantage de la rapidité. Mais elle savait aussi qu’il ne fallait pas se fier aux apparences et que même volumineux, le soldat pouvait très bien être formé à la course. Une voix, la voix de la sagesse, lui disait qu’elle pouvait attendre, que quand elle connaîtrait mieux le palais et ses habitants, elle trouverait rapidement une solution. Mais une autre voix, sa propre voix, lui disait de tenter le tout pour le tout, quitte à être de nouveau attrapée, elle ne se sentait pas capable de rester plus longtemps dans cet endroit hostile.
Elle recula d’un pas. Elle allait s’élancer quand elle se souvint d’une promesse. Une promesse qu’elle avait faite plusieurs minutes plus tôt. Une promesse qui résonna dans sa tête, l’empêchant de bouger.
« Dès que j’aurais trouvé un moyen de partir d’ici je ne serais pas seule, tu viendras avec moi ! ». Cäcilie, la petite fille comptait sur elle, elle ne pouvait lui faire faut bon et si elle s’enfuyait maintenant, elle se savait incapable de la retrouver avant d’être rattrapée. Elle effaça le pas de recul qu’elle avait effectué au moment où la porte de la salle impériale s’ouvrit. Son souffle resta coupé.
Elle avait beau avoir entendu du bruit, elle n’avait jamais imaginé se trouver devant quelques milles personnes au moins. La salle était immense, de la taille d’au moins trois terrains de football. Elle rayonnait, ses murs étaient parsemés de miroirs et des milliers de cristaux de diverses couleurs étaient suspendus au plafond. La foule était baignée d’un éclat de lumière à faire tomber à la renverse. Anaelle n’aurait pas souhaité faire la même chose dans son salon, certes, mais cela valait le coup d’œil.
Elle tourna le regard vers l’assemblée. Des milliers d’yeux étaient tournés vers elle et la regardaient avec curiosité. Perdue dans sa contemplation de la salle, elle n’avait pas prêté attention au soudain silence qui s’était installé parmi la foule. Un cri retentit. Un cri de joie. Un cri de joie qu’elle avait déjà entendu. L’empereur Yuga Sedar en personne s’avançait vers elle, les bras ouverts, un sourire commercial sur les lèvres.
- Bienvenue, bienvenue, Anaelle YaShade ! s’écria-t-il. Te voici ici ce soir devant le royaume Numénien qui mourait d’impatience de te connaître !
Tout en parlant, il était arrivé près de la jeune fille pétrifiée sur place et avait mis un bras par dessus ses épaules. Il la regarda en silence un instant, comme fier d’être si extraordinaire d’avoir réussit à dénicher Anaelle, puis se tourna vers l’assemblée en déclarant d’une voix forte :
- Mesdames, messieurs, peuple Numénien, voici celle que vous attendez tous, descendante directe du grand Beryl YaShade, Anaelle YaShade, celle qui nous apportera la victoire !
Son intonation avait été montante au fil des mots et dès qu’il eut terminé, la foule s’ébroua, lançant des « Vive » et applaudissant avec force. Pendant ce temps, Anaelle, hébétée, suivait l’empereur qui l’entraînait vers le centre de la salle où, sur une estrade, quatre sièges, ou plutôt trônes, était disposés bien alignés, tournant le dos à une partie de la salle, faisant face à l’autre partie. Trois des quatre fauteuils étaient occupés par ce qu’Anaelle supposa être les autres empereurs. Ils se ressemblaient tellement. De même taille, de même corpulence, tous vêtus du même vêtement vert luisant bordé d’or, tous coiffés d’un chapeau assorti au reste. Mais contrairement à l’empereur qui était à côté d’elle, ils donnaient l’impression d’avoir un impact limité sur la population et regardaient, presque passifs la réception se dérouler. On voyait que c’était le Premier, Yuga Sedar qui avait su tirer le mieux profit de son statut et en récoltait tout le mérite, ce qui ne semblait pas pou lui déplaire, au contraire.
A leur arrivée, les trois empereurs tournèrent la tête, sourirent et se levèrent presque simultanément. La suite échappa totalement au contrôle d’Anaelle qui déjà perdait les pédales. Ils discutèrent de tests, de descendance, d’éléments, de guerre, de victoire… Tout cela n’avait pas le moindre sens pour la jeune fille, elle était tout simplement perdue, personne ne lui expliquait quoi que ce soit, elle était de nouveau devenue invisible mais pourtant au centre d’une conversation qui la concernait. Des décisions étaient prises à son sujet, les empereurs débattaient de choses et d’autres. Pendant un moment, tout devint flou autour d’elle, les voix s’estompèrent, la lumière diminua, elle était dans un état de transe sans pour autant être souffrante. Le poids de toutes les révélations de la journée commençait à se faire sentir et la fatigue survenait. Elle en avait assez, elle voulait se réveiller dans son lit, dans sa maison, son chat ronronnant au bout de son lit… la tristesse la submergea et un instant, elle eut l’impression qu’elle allait fondre en larmes incontrôlées. Rapidement, elle se ressaisit et ravala ses larmes, la panique laissant place à la colère, une colère noire et incontrôlable.
Elle tourna les talons sans rien dire et fila à travers la salle d’un pas résolu sortit et parcoura les couloirs. Elle ne vit pas le Deuxième s’apercevoir qu’elle était partie et elle ne vit pas non plus le Premier faire appeler une dizaine de soldats armés jusqu’aux dents pour la retrouver. Elle marcha un moment, ignorant totalement où elle allait. Ce petit jeu était risqué et elle était tout à fait certaine d’être rattrapée à un moment donné mais c’était la seule manière d’avoir des explications et non des bribes de conversations qui ne lui étaient pas destinées et qu’elle devait déchiffrer pour comprendre. C’en était assez ! Elle ne cesserait d’être insupportable tant qu’elle n’aurait pas de réponses.
Elle arriva dans ce qui ressemblait à un hall. Tout en haut, un balcon donnant sur un vide d’au moins six mètres. Parfait, cela ferait l’affaire. Elle gravit les escaliers qui y menaient. Arrivée en haut, elle se hissa sur la rambarde, ne tenant sur le mince morceau de bois que grâce à un pilier auquel elle s’accrochait à une main. Si elle perdait l’équilibre, elle se fracasserait sur le marbre du hall sans espoir de survie. Exactement ce qu’elle souhaitait. Elle entra alors dans une longue attente, le temps qu’on la retrouve.
Au bout d’une quinzaine de minutes, elle entendit des bruits métalliques venant du couloir par lequel elle était arrivée. Dix soldats surgirent. Ils ne la virent pas jusqu'à ce qu’elle dise d’une voix forte et d’un ton railleur :
- On ne peut pas dire que vous soyez très efficaces.
Quelques soldats sursautèrent, d’autres, moins prompts à la surprise, regardèrent en haut et la virent, là, prête à tomber dans le vide. Les muscles ayant remplacés leur cerveau, ils ne comprirent pas ce qu’elle faisait là et restèrent sans voix. Anaelle parla de nouveau pour éclairer leur lanterne :
- Vous allez aller me chercher les empereurs. Si vous refusez, je saute dans le vide et meurs. Comme vous savez qu’ils ont besoin de moi, vous obéirez gentiment si vous ne voulez pas vous faire taper sur les doigts.
Voilà, un bon vieux chantage qui ne pouvait que fonctionner. Elle s’attendait à ce que les soldats réagissent dans la seconde mais non, ils se concertèrent du regard en silence et l’un d’eux, le plus petit mais à la fois le plus prestant et autoritaire, commença à avancer vers l’escalier d’un pas résolu. Anaelle tendit la main devant elle pour l’inciter à s’arrêter. Comme il n’en fit rien, elle argumenta :
- Si tu fais un pas de plus mon vieux, je saute. C’est pas des blagues. Je ne te conseille pas de te risquer à vérifier.
Le soldat marqua un temps d’arrêt, le doute se lisant clairement dans ses yeux. Le réflexion dura une poignée de secondes, ils se retourna vers les autres derrière et fit un signe de tête. Immédiatement, l’un d’eux quitta la pièce. Plusieurs minutes s’écoulèrent en silence, Anaelle se laisser voguer dans l’océan de ses pensées. Elle ne pouvait s’empêcher d’être fière de sa force de persuasion. Jusqu’ici, elle avait toujours obtenu ce qu’elle voulait et c’est la seule force de cette idée qui lui permettait de garder la tête haute. Jamais elle ne fléchirait devant l’autorité de ces dictateurs. Elle songea à Cäcilie et cela lui permis de mesurer l’étendue de la cruauté de ceux qui la séquestraient ici et qui l’avaient enlevée de son chez-soi si tranquille. De nouveau, une vague de colère l’envahit, coulant dans chaque parcelle de son corps et faisant bouillir son sang.
Entrèrent alors les quatre empereurs. Trois avaient les traits inquiets. Le Premier était prétentieux plus que jamais. Ce fut lui qui s’approcha le plus d’elle, se détachant du petit groupe qui s’était formé en dessous d’elle.
- Allons, que nous veux-tu ? proféra-il d’une voix contrariée.
- Des réponses, dit simplement Anaelle. Seulement des réponses pour le moment.
- Parle, ne te fais pas désirer plus longtemps.
- Pourquoi suis-je ici ? Que voulez-vous de moi ? Suis-je prisonnière ou invitée ? Quelqu’un aura-t-il le bon sens de m’expliquer ? Sachez que je suis prête à passer la nuit pendue à cette rambarde. Allez ! Répondez !
L’empereur la toisa avec mépris puis se tourna vers le plus petit soldat.
- Commandant, allez me la chercher, ne prenez pas garde à ses menaces, ce ne sont que des foutaises ! Jamais elle ne sautera.
Il lissa les plis de son vêtement et se tourna vers ses confrères qui avaient suivis la scène sans broncher.
- Partons, nous avons des invités et il serait impoli de s’absenter plus longuement.
Sur ces mots, il sorti, sur ses talons les trois autres empereurs. Au même moment, le commandant donna l’ordre à l’un de ses soldats d’aller chercher Anaelle. Celle-ci venait de voir tous ses espoirs partir en fumée. Elle resta dans le doute un instant puis se décida. Il le regretterait. Chargée de haine, elle pris une grande respiration et se laissa glisser dans le vide. La chute lui parut longue, si longue. Jamais elle n’aurait imaginé mourir ainsi mais c’était pour elle la seule manière de démontrer que ses paroles n’étaient pas que du vent. Offrir la victoire au royaume… Elle repensa à ce que Yuga Sedar avait proclamé. L’idiot vaincrait seul.
Le sol se rapprochait considérablement. Anaelle ferma les yeux pour se préparer au dur impact qui lui coûterait la vie.
Il n’y en eut pas.
Elle tomba délicatement dans les bras de quelqu’un. Elle ouvrit les yeux. Le commandant l’avait rattrapée. Un sentiment de joie mêlée de déception s’empara d’elle. Joie parce que sa vie n’était pas encore terminée. Déception parce que Yuga Sedar ne payerais pas tout de suite. Elle descendit des bras du commandant qui lui prit l’épaule, comme le faisaient tout les soldats ici, et l’entraîna dans le palais jusqu'à sa chambre. Le porte refermée derrière elle, Anaelle soupira en s’appuyant contre et en se laissant glisser jusqu'à ce qu’elle se retrouve en position assise, les genoux repliés sur la poitrine. Elle bascula la tête en arrière et ferma les yeux.
Elle s’endormi quelques minutes sans s’en rendre compte. Elle en prit conscience lorsqu’elle fut réveillée par un grattement à la fenêtre. Intriguée, elle se mit debout et s’avança vers l’origine du bruit. Il faisait nuit et la chambre était éclairée par la douce lueur de la lune se reflétant sur l’eau de la fontaine juste en dessous, dehors.
Un homme était là, ou plutôt un garçon. Un garçon de son âge et, ciel, il était beau ! Sa peau était matte, il avait de grands yeux gris d’une grande pureté qui brillaient d’un éclat sublime. Ses traits étaient fins et délicats, sa silhouette mince et musclée à la fois et ses cheveux d’un noir de jais, comme ceux d’Anaelle. Il tapotait contre le carreau et s’arrêta quand il vit qu’elle s’était approchée. Il lui sourit – magnifique sourire qui fit fondre Anaelle – et lui fit signe de s’éloigner d’un geste de la main. Elle obtempéra et recula de quelques pas. Il crocheta des doigts une barre de fer qui dépassait du mur, se balança un moment, virevoltant de plus en plus haut et, d’un mouvement rapide et fluide, changea sa trajectoire pour traverser la vitre, les pieds en avant, sans bruit ni éclat de verre.
Anaelle cligna des yeux plusieurs fois, persuadée d’avoir rêvé. Elle examina successivement la vitre et le jeune garçon qui souriait, satisfait de l’effet produit sur la jeune fille. Au bout d’un moment, elle du se rendre à l’évidence que tout était vrai. Son regard se posa donc définitivement sur le nouvel arrivant, elle ne s’était pas encore demandée pourquoi il était ici.
- Que me veux-tu ? demanda-t-elle d’une voix sans intonation.
- Te libérer.
Sa voix était chaude et agréable mais elle ne se laissa pas impressionner d’avantage.
- Qui te dit que j’ai besoin d’être libérée ?
- Un genre d’intuition, répondit-il avec un clin d’œil.
- Tu as mauvaise intuition, tu peux repartir.
Le jeune garçon ne se démonta pas, elle avait de la répartie, c’était sur, mais lui aussi en était doté.
- Je vois, je vais m’en aller alors, je suppose que tu te débrouilleras seule avec les cinq cent gardes qui rodent dans le palais et que tu retrouveras facilement ton chemin parmi les plus de cinq cent milles mètres carrés de couloirs, d’escalier et de pièces en tout genre. Au revoir et bonne chance.
Il fit mine de s’en aller et Anaelle capitula :
- Bien, bien, j’accepte ton aide ! Mais dit moi d’abord qui tu es et ce qui te motive à faire ça.
- Je me nomme Iago Tigan et l’on m’envoie du royaume Licentien pour venir te détacher des griffes de Sedar. Je t’expliquerais le reste dans un endroit plus sûr. Deux chevaux nous attendent juste en dessous, il vaut mieux éviter de traîner plus longtemps.
Il se dirigea vers la fenêtre, Anaelle s’apprêtait à le suivre quand elle se rappela qu’elle devait retrouver Cäcilie. Sans mot dire, elle se dirigea vers l’endroit où elle l’avait laissée quelques heures plus tôt, espérant qu’elle y soit. Elle y était, elle s’afférait à astiquer une commode, apparemment, elle avait été désignée pour servir exclusivement Anaelle. Dès qu’elle la vit, la petite fille laissa tomber ce qu’elle avait dans les mains et lui sauta dans les bras en criant de joie. Souriant, Anaelle se dégagea doucement de son étreinte.
- Je m’en vais Cäcilie, tu veux toujours venir avec moi ?
La petite fille hocha la tête de bon cœur et Anaelle se leva en lui tendant la main. Elles retournèrent dans la chambre où Iago commençait à s’impatienter sérieusement. Il ouvrit de gros yeux quand il vit que la jeune fille n’était pas seule. Il ouvrit la bouche pour parler mais elle le devança :
- Elle vient avec nous.
De nouveau, le jeune garçon ouvrit la bouche, cette fois pour protester mais Anaelle l’arrêta en plaçant sa main entre lui et elle.
- Si tu refuses, je reste avec elle et cette fois inutile de me baratiner avec ton histoire de mètres carrés du palais et de gardes, ça ne marchera pas. Ce sera avec elle ou sans moi.
- Nous n’avons que deux chevaux.
- Tu penses vraiment qu’elle est lourde ou encore qu’elle aurait pu monter seule sur un cheval ?
Iago réfléchit un instant puis hocha la tête sans rien ajouter avant de se diriger vers la fenêtre. Là, il se tourna vers Anaelle et Cäcilie et pris un air grave.
- Je vais casser la vitre, le bruit alertera sûrement les gardes alors il faudra être très rapide, vous sauterez dans le vide, ne vous inquiétez pas pour le cheval qui vous attend, il vous rattrapera sans problème. Vous êtes prêtes ?
Les deux filles acquiescèrent et d’un grand coup de pied, il cassa la vitre. Le fracas fut au-delà de ce qu’avait imaginé Anaelle mais elle ne pris pas le temps de réfléchir, ayant pris Cäcilie dans les bras, elle sauta dans le vide. Toutes deux atterrirent sur un cheval qui s’ébroua à la suite du jeune homme déjà en route. Elle pris les rênes tandis que Cäcilie, n’ayant probablement jamais fait de cheval, faisait de son mieux pour tenir. Peu à peu, l’allure devin plus fluide et Anaelle se sentit comme voler et prise d’une irrésistible sensation de liberté.