Frankestein (SHELLEY Mary, Science-fiction) : Fiche / Article de la section Littérature, crée sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)
Quand vous entendez "Frankenstein", vous pensez à quoi ? Le grand bonhomme tout bleu-vert avec plein de points de suture et deux gros clous qui lui traversent la gorge ? J'ignore comment on en est arrivé là, mais cette image ne reflète pas du tout le roman d'origine, donc pour lire cette fiche, virez-la de vos têtes !
Je l'ai A-DO-RE, je suis donc à fond dans le sujet et je pourrais vous faire 20 pages recto-verso sur Frankenstein (voir plus). Bien entendu, je vais essayer de faire court, parce que le but ici n'est pas de vous bourrer le crâne, mais de présenter et de donner envie de lire le roman J'espère juste que mon enthousiasme par rapport à cette lecture sera contagieux^^
Auteur : Mary Shelley (maîtresse et future épouse du poète Shelley)
Genre : fantastique, gothique, science-fiction
Pièce jointe : la couverture de l'édition que je me suis procurée et ai lue. Le livre de poche peut paraître superflu, mais en réalité il est souvent mieux traduit et contient des commentaires suplémentaires très intéressants sur l'oeuvre.
Détail important : contrairement à la croyance populaire, Frankenstein n'est pas le nom de la créature, c'est le nom du docteur, Victor Frankenstein. Le monstre qu'il a créé n'a pas de nom.
Historique :
Publié en 1818 sous un pseudonyme, puis re-travaillé par l’auteur et re-publié en 1831, Frankenstein ou Le Prométhée moderne (Frankenstein or The Modern Prometheus) est un roman gothico-fantastique.
Mélange de réalisme et d’étrange, le genre fantastique nait aux alentours des années 1820 et Frankenstein en est certainement l’un des romans les plus représentatifs. Fini le roman gothique et ses châteaux peuplés de fantômes et autres esprits maléfiques. Ici, il est question de l’intrusion de l’horreur dans le quotidien (cf. définition du fantastique )
Frankenstein est également considéré a posteriori comme le précurseur de la science-fiction. En effet, Mary Shelley s’inspire des découvertes les plus récentes de la science (de l'époque bien sûr ) et en particulier de celles de Sir Humphrey Davy sur la chimie et de Galvani sur l’électricité.
On remarque aussi une touche typiquement féminine et victorienne : l’excès de "bons sentiments", parfois écoeurant mais qui convient tout à fait à l’esprit manichéen du XIXème siècle anglais. Les divers accès de fièvre du jeune Dr Frankenstein en témoignent ; c'est un mal typique chez les jeunes de cette époque, car il joue une sorte de rôle dans l'évacuation des tensions et autres angoisses provoquées par la société rigide victorienne.
Résumé :
Robert Walton écrit des lettres à sa sœur à propos de son expédition vers le pôle Nord, à bord d'un bateau. Il voit passer une luge, et rencontre un homme coincé sur un bloc de glace avec une luge similaire : Victor Frankenstein. Celui-ci, désespéré et ayant perdu tout goût pour la vie, raconte à Walton la cause de ses malheurs. A partir d'ici, l'auteur enchâsse trois histoires en une, grâce à une narration de type épistolaire. Cela a pour effet d'accentuer la crédibilité de Frankenstein.
C'est donc l'explorateur Walton qui écrit l'histoire du Dr Frankenstein que ce dernier lui raconte et, à l'intérieur de ce récit, Frankenstein raconte l'histoire de l'évolution de sa créature (racontée par la créature elle-même à son créateur). C'est la technique de la mise en abyme, comme pour les Mille et Une Nuits racontées par Shéerazade
/ ! \ Contenu, clés de l'intrigue et fin du roman :
Spoiler
Il est issu d'une famille relativement nombreuse qui se fixe à Genève. Etudiant en premier lieu la philosophie naturelle, il se découvre une passion pour la pierre philosophale et part poursuivre ses travaux à Ingolstadt. Au cours de ses progrès rapides, il découvre le moyen de donner la vie. Il se dévoue alors corps et âme à cette tâche qui l'occupe pendant des mois, et donne naissance à un être surhumain mais hideux d'apparence. Alors qu'il prend vie, Frankenstein, horrifié, fuit. Il rencontre le lendemain son ami d'enfance, Clerval, et tombe gravement malade, puis guérit quelques mois plus tard. Alors que leur retour à Genève est sur le point d'être prévu, Frankenstein apprend que son frère William a été assassiné par un voleur. Il se rend sur place et aperçoit son monstre, près du lieu du crime. Justine Moritz, la servante de la famille Frankenstein, est accusée du meurtre. Victor est convaincu de son innocence mais la jeune fille est condamnée à mort et exécuté. Désespéré, Frankenstein part à Chamonix où il rencontre le monstre, envers qui il éprouve une ardente haine. Celui-ci lui conte son histoire.
Livré à lui-même, le monstre a appris tout seul à survivre. Il entre vite en contact avec des humains qui, effrayés par son aspect difforme, le chassent. Il en vient à observer une famille où l'éducation d'une étrangère juste arrivée et la découverte de livres permettent au monstre d'apprendre à parler et à lire. Après quelque temps, il entre en contact avec le père, aveugle, mais est chassé par le reste de la famille. Il s'enfuit alors, décidant de se rendre à Genève pour rencontrer son créateur, dont il sait qu'il l'a abandonné, et mûrissant une vengeance contre l'espèce humaine qui le rejette. Il y rencontre le frère de Frankenstein, qu'il tue en apprenant l'identité de son père, et s'arrange pour qu'une autre soit accusée du crime (Justine Moritz).
Le monstre demande à Frankenstein de lui concevoir une femme, pour qu'ils puissent vivre tous deux isolés et heureux. Frankenstein accepte à contrecœur, en étant informé des projets du monstre de le suivre et de le surveiller, et part pour l'Angleterre avec Clerval. Alors que celui-ci reste avec des amis, il se livre à ses travaux sur Orkney Islands, mais se rend soudain compte que son travail permettrait au monstre d'avoir une descendance qui serait un grave péril pour l'espèce humaine. Il détruit alors sa création inachevée alors que le monstre apparaît. Ce dernier le prévient alors de son projet de transformer son existence en enfer, et s'enfuit. Frankenstein va alors jeter ses instruments de chimie à l'eau, mais est entraîné vers le rivage irlandais où il apprend le meurtre de son meilleur ami Clerval dont il est accusé. Il tombe gravement malade, mais survit, et son innocence est prouvée. Il revient chez lui avec son père, venu le visiter, et se prépare alors à son mariage avec sa sœur adoptive, Elizabeth. Cependant, confortant l'avertissement, mal interprété par Frankenstein, de sa présence le jour du mariage, le monstre la tue alors. Frankenstein, horrifié, va apprendre la nouvelle à son père qui en meurt. Il dédie alors sa vie à la traque du monstre qu'il a créé, pour que seul l'un d'eux survive. Le monstre, s'amusant de ce jeu et conscient de sa supériorité, l'emmène vers le Nord car il est insensible au froid. Ayant perdu la trace du monstre, bien qu'aidé par les esprits des victimes du monstre, Frankenstein s'égare.
Forcé par l'équipage à rebrousser chemin, Walton assiste, impuissant, à la mort de son ami, qui n'a plus assez de force pour poursuivre sa traque. Le monstre arrive peu après et apprend la mort de son créateur. Il s'exprime sur son dégoût de lui-même en pensant aux meurtres qu'il a commis par envie de se venger d'un créateur inconscient et irresponsable, mais qu'il répugne, en vertu de son initiale aspiration au bien, détruite par la méchanceté de la race humaine. Il annonce son projet de s'immoler, mais finalement disparaît dans le blizzard.
Avis personnel :
Comme dit plus haut, j'ai adoré ce roman. Petite, j'avais vu une adaptation cinématographique plus ou moins fidèle, Frankenstein de 1994, avec Kenneth Branagh (Gilderoy Lockhart dans Harry Potter^^) dans le rôle du savant... Je le conseille, ça vous changera du zombie recousu de partout
Frankenstein est une œuvre profondément pessimiste. Le pire semble inévitable alors qu'on voit clairement ce qu'il faudrait faire pour l'éviter (un peu comme une tragédie grecque, comme l'évoque le sous-titre Le Prométhée moderne).
Malgré les petits défauts de narration (très peu perceptibles dans la vf), le roman reste trèès agréable à lire et un classique du genre.
C'est aussi une sorte de roman philosophique qui pose des questions fondamentales, dont une qui est le sujet principal du roman :
"Finalement, qui est le monstre : le docteur Victor Frankenstein ou sa créature qu'il dénommait lui-même comme un démon ?"