Nom : Caro
Index (en préparation)
Un commentaire avant la lecture: Ma première nouvelle
Mauvais rêve
Cela faisait plusieurs jours qu’elle passait chaque soir devant cette boutique si mystérieuse. Mirabelle se sentait, depuis le premier regard, attirée par cette petite pièce d’une rare singularité. Elle faisait maintenant un détour dès qu'elle sortait de son chez elle pour entre-apercevoir les vitrînes surchargées de petits bibelots, tous plus extraordinaires les uns que les autres. A quoi pouvait bien servir ce morceau de bois courbés ? ces différents tissus superposés, ces plantes entremêlées ? Et ces livres à la forme si énigmatique étaient-ils de simples assemblements de pages innocentes ? L’aura palpable de cette boutique était irrésistible et de ce fait, Mirabelle n’aurait pu hésiter plus longtemps.
Elle avait franchi le pas de la porte en début d’après midi, jamais elle n’aurait pensé passer autant de temps dans une si petite pièce, mais tout était si captivant. Longtemps, ses pensées s’étaient affrontées pour faire le bon choix quant à l’objet qu’elle allait ramener chez elle. Elle avait fini par opter pour son premier coup de cœur : un joli attrape-rêves, ni trop petit, ni trop grand. Déjà, Mira se l’était imaginé trônant tel un roi au dessus de son lit. Le mettre en place était le premier acte qui avait compté en rentrant chez elle.
Cette nuit-là, Mirabelle s’endormit sur ses deux oreilles. Elle ne pouvait pas faire autrement avec la nouvelle aquisition de la journée disposée en évidence au dessus de sa chevelure rousse. L’attrape-rêve allait-il faire effet ? Mirabelle n’était pas le genre de personne superstitieuse à le croire, mais venant d’une boutique si étrange, dormir d’un sommeil sans rêves ce soir là ne pouvait l’étonner.
Ce ne fut pourtant pas le cas, elle rêva. Les rêves s’enchainèrent, un sujet, puis un autre, et encore un autre. Jamais encore elle n’avait passé une nuit comme celle-ci. A son réveil, elle ne se souvenait seulement du dernier songe qui avait traversé son esprit : son meilleur ami lui présentait sa petite amie. Cela avait fait sourire Mirabelle, car elle connaissait Bastien, et lui avec une fille, c’était impensable.
Si impensable qu’elle faillit s’étouffer en apprenant la-dite nouvelle à l’heure du déjeuner lorsqu’ils s’étaient retrouvés à la cafétériat. Mira avait lu beaucoup de chose à propos des rêves prémonitoires, mais elle n’avait jamais pris cela au sérieux. Et puis quoi encore ? Autant faire de la divination ! Cela était décidé, ceci n’était qu’une pure coïncidence.
La nuit suivante, des dizaines de songes l’assaillirent de nouveau. En se levant, elle pensait à ce qu'elle venait de vivre: la chance de trouver une billet de cinquante euros à l'arret de bus. Désespérée, sachant que cela n'arrivait qu'aux autres, Mirabelle partit en cours. Au retour, quelle ne fut pas sa surprise de trouver en effet, un billet de la somme à l'endroit qu'elle avait visualisé. L'exitation montait.
La troisième nuit, elle s’enfonça volontiers sous la couette en jetant un dernier regard bleu océan vers l’attrape-rêve avant d’abaisser ses paupières. Au matin, elle savait. Elle en était presque certaine. Elle ouvrit son cahier et relu intensément son dernier cours de mathématiques. Elle passa sans souci l’épreuve du test surprise particulièrement fière d’elle pendant que ses collègues se plaignaient. Elle se rendait compte de la chance qu’elle avait eu ce jour-là dans la petite boutique du coin de la rue. Mais après tout, non, ce n’était pas de la chance, Mira se mettait à penser que cela était inéluctable. Elle se sentait comme choisie par l’objet fantastique. Elle, et elle seule avait le pouvoir de voir l’avenir.
Cette nuit là, elle se coucha sans manger, tellement impatiente de connaître les évènements de la journée qu’elle allait vivre. Mais cette nuit là, rien ne se passa comme prévu. Elle n’avait pas rêvé, non, elle avait fait un cauchemard. Dans son songe, la femme du facteur et ami de la famille leur annonçait que son mari avait dû être hospitalisé en urgence à la suite d’un grave accident de voiture. Et en effet, personne n’était venu livrer le courrier en cette belle journée, si noirçie par la nouvelle.
Mirabelle était terrifiée. Jamais elle n’avait envisagé tel scénario. On aurait pu croire que l’attrape-rêve rendait tous les songes qu’il avait absorbé jusqu’alors, et en faisait une réalité à travers elle. Elle se sentait coupable, sale de n’avoir pas agit. Sotte de s’être réjouie d’un tel pouvoir. La vie du facteur semblait hors de danger, mais qu’allait-elle rêver pour le lendemain ? Et les jours suivants ? Et si cette fois, des gens laissaient leur vie ? Elle ne voulait pas voir ces événements si funestes ni en être responsable, mais était dans l’incapacité de controler ses rêves.
Après s’être torturé l’esprit, elle prit une décision : il fallait se débarasser de cet attrape-rêve maudit. Elle se rendit cependant vite compte qu’on ne pouvait ni le briser, ni même le brûler. Horrifiée, il fallait une idée, et vite. Elle ne pouvait pas le ramener à la boutique, la vieille vendeuse lui avait bien précisé qu’elle ne reprenait pas les articles vendus. « Quelle sotte ! » pensa-t-elle, cela aurait du lui mettre la puce à l’oreille. Une idée…
Quelques heures plus tard, elle se trouvait au sommet de la falaise Fimée. Plus obstinée qu’elle à jeter l’élèment de ses hantises à la mer, c’était impossible. Elle ouvrit sa sacoche, en sortit l’objet avec un regard méprisant. Puis d’un seul geste détérminé, le lança devant elle, où elle le vit, après un instant de chute libre, plonger dans les profondeur.
Satisfaite de la dernière action qu’elle venait d’effectuer, elle pensait au chemin du retour. Elle se sentait légère, libérée d’un poids. C’est toujours agréable de se ballader sur les sentier cotier. Mais au sommet de la falaise, le vent soufflait fort, si fort qu’elle avait du mal à avancer. Elle stoppa alors sa marche et ouvrir les bras pour se laisser porter, sur place. C’est en sentiment si singulier… Mais ce fut le geste de trop, une bourrasque l’emporta, et elle fut projetée dans le vide. Ses hurlements résonnèrent mais personne ne put la secourir...
Sa mère lui tenait la main, elle était accroupie à son chevet. Mirabelle était en sueur. Elle leva la tête, une seule chose importait à présent. Ses yeux se posèrent sur un petit objet punaisé au dessus de son lit. Jamais plus elle ne pourrait supporter ce vieil attrape-rêve pris dans les cartons chez sa grand-mêre. Elle retira vivement la décoration, la brisa, et la mis dans la cheminée. Ce long cauchemard ne se réaliserait jamais, elle le refusait. Après tout les petites brindilles sont toujours très utiles pour allumer un feu.