 |  | Bienveillantes (Les) LITTELL Jonathan Littérature | Bienveillantes (Les) (LITTELL Jonathan, Roman de guerre) : Fiche / Article de la section Littérature, crée sur le forum Littérature et bande dessinée (BD, livres et édition : Informations et discussions sur la littérature, la bande dessinée et ses auteurs.)  | Bienveillantes (Les) Auteur : LITTELL Jonathan Genre : Roman de guerre
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Les Bienveillantes
Genre : roman de guerre
Auteur : Jonathan Littell
Né le 10 octobre 1967 à New York, il est le fils de l'écrivain Robert Littell. D'origine juive polonaise émigrée aux Etats-Unis, il passe la majorité de son enfance en France. Pendant plusieurs années, il s'investit dans des associations humanitaire qu'il quittera en 2001 après être passé dans les Balkans, en Afghanistan ou en Tchétchénie. Il décide alors d'écrire ce roman. Ce n'est pas sa première oeuvre littéraire publiée. Il dénigre cette-dernière comme une "erreur de jeunesse" (écrit à 22ans) Bad Voltage.
Date de parution : novembre 2006
Editeur : Gallimard (collection Blanche)
Prix : prix Goncourt 2006 & prix de l'Académie Française 2006
Explication de titre : les Bienveillantes désignent les Erinyes de la mythologie grecque. Surnommé Furies, ce sont des déesses persécutrices. C'est donc par euphémisme qu'elles sont appelées ainsi.
Résumé :
Maximilian Aue, docteur en droit, reconvertit en industriel du nord de la France, nous raconte son histoire : celle d'un officier SS durant la Seconde Guerre Mondial.
Il assume entièrement sa participation aux massacres, son engagement pour le parti et pour le Führer. Mais il montre aussi la gêne que cela lui procure autant moralement que physiquement.
Il nous conte chronologiquement son ascension et ses aventures sur le front de l'Est dans le Caucase, l'Ukraine et jusqu'à Stalingrad.
Là-bas, il est vite dépassé par les événements et quitte la ville après avoir reçu une balle dans la tête. Suite à ce traumatisme, il part à Antibes voir son beau-père et sa mère. Il retourne ensuite au Reich où il joue un rôle dans la solution finale dans le département d'Himmler.
Quand les bombardements deviennent incessant dans Berlin et que les Alliés les tiennent en tenaille, il décide d'aller voir sa soeur jumelle, cible de toutes ses passions mais trouve la maison de Poméranie vide. Il commence alors à délirer et nous dévoile des obsessions sexuelles assez troublante.
Thomas, son meilleur ami, réussit à le ramener à Berlin d'où il réussira à gagner la France et l'inconito.
Avis personnel :
*Nyx pas taper pour le "retard" *
C'était un récit que j'ai trouvé troublant et attrayant à la fois. L'histoire est bien développé, peut-être même un peu trop. Je reprocherai à l'auteur surtout son style d'écriture qui peut être gênant car des pages entières sans retrait à la ligne ou un point, la manière dont est présenté les dialogues, ne donne pas envie de continuer de lire.
L'auteur dégage beaucoup de points importants comme la normalisation du mal ou le plaisir naissant chez les bourreau.
Certains points manquent de véracités que seuls les historiens pourront les apercevoir car il s'est beaucoup documenté sur l'époque. L'omniprésence sur tous les fronts du héros, son parcours lui font perdre sa crédibilité. Mais on le remarque seulement avec le recul. 26/11/2006, 19h52 | #2 | | Dieu supérieur / Déesse supérieure Coordinateur Hyjoo
| Re : [Litt] Les Bienveillantes | | Les bienveillantes...
Un des meilleurs livres que j'ai lu cette année... Une merveille, et contrairement à ce que tu dis, moi je trouve le style puissant, l'ecriture percutante, les idées sont posées énoncées et on suit les divagations mentales de ce jeune militaire enrôlé dans une guerre qu'il subit et dont il est à la fois bourreau assumé et victime...
Aue est un homme lettré, cultivé fin et subtil. Son regard sur la guerre et surtout sur ses aspects les plus horribles : la normalisation de l'execution des juifs d'abord par balle jusqu'à la "solution finale" est particulièrement bien rendu. C'est du droit ou de la comptabilité. Tout en ne nous epargnant pas ses états d'âme, sa douleur mais aussi son engagement pour le national-socialisme dont il renie certains principes tout en acceptant d'autres inconditionnellement, Aue nous depeint cette guerre et cette déshumanisation qu'il subit.
Cette ecriture si particulière ressemble à du journal intime, on suit les divagations mentales de ce personnage, tout s'enchaîne se suit, peu de retour à la ligne, oui, c'est sur... Mais en même temps quand on pense on ne s'arrête pas... Et là, c'est de ça dont il s'agit : une promenade dans l'esprit malade de ce personnage... Malade de culpabilité, malade d'avoir été endoctriné.
Alors certes, il en a beaucoup vu de cette guerre (peut être trop comme tu dis Arckh) mais c'est un roman pas un récit historique réel, alors oui qu'il en ait fait tant et tant pourquoi pas.
Le but n'est pas d'en faire un monument de la littérature historique à prendre comme une référence racontant La Vérité, c'est juste un roman qui décrit la guerre du point de vue d'un jeune SS homosexuel et comment l'homme peut devenir un monstre, comment il l'accepte et comment il le subit...
Ce bouquin n'est pas un plaidoyer pour excuser les atrocités nasies, non pas du tout, c'est une gigantesque mise en abîme dans l'autre camp. Car l'histoire est toujours racontée par les vainqueurs et c'est tellement facile de croire que les gens qui ont commis de telles atrocités pendant la guerre ne sont pas comme nous. C'est tellement facile de dire que ce sont des monstres inhumains et que nous sommes totalement diffèrent d'eux... Non, ce bouquin a le mérite de nous dire la vérité : nous sommes tous potentiellement des monstres et c'est bien uniquement parce que nous ne sommes pas nés en Allemagne aux alentours de 1920 que nous nous permettons de nous croire différent et meilleur que ce colonel SS...
Ce bouquin est une claque dans la gueule pour tout ceux qui se croient tellement bien pensant et au dessus de ça...
Pour moi ce bouquin mérite largement les deux prix qu'il a eu. On en ressort dérangé presque souillé certainement pas indemne mais surtout on en ressort obligatoirement changé...
Et n'est ce pas un des buts de la littérature que de nous grandir et de nous faire évoluer ?
Et bien en cela, c'est plus que réussi, et c'est ça qui en fait un chef d'oeuvre... | | |
05/01/2007, 14h47 | #3 | | Ombre
| Re : [Litt] Les Bienveillantes | | La mémoire mise au travail et le roman de Jonathan Littell par Antivolt
« Cela n'aurait jamais dû arriver. Et par là, je ne parle pas du nombre de victimes. Je parle de la fabrication systématique des cadavres, etc., je n'ai pas besoin de m'étendre davantage sur ce sujet.» Hannah Arendt
« Toute pédagogie de l'horreur en reproduit la jouissance » Anne-Lise Stern
Il est possible que ce roman, les Bienveillantes , soit un des premiers grands livres du XXI ème siècle. Dans notre monde post-moderne, il est comme un"retour du refoulé", venu de ces temps modernes où la technique a fabriqué des cadavres dans des chambres à gaz. C'est un livre trés difficile à lire, même si le lecteur s'accorde du temps et du courage. En changeant de siècle et de nouvelle économie psychique , en passant de la névrose à la perversion, on est passé de l'ère de la victime à l'ère du bourreau. Le récit, dense, aride parfois, pourrait engendrer, une fois encore, la fascination pour la barbarie. En transposant dans son roman l'immense documentation qui existe sur cette époque, J. Littell suscite l'envie de savoir, le désir d'Histoire, la volonté de comprendre l'une des pages les plus complexes et les plus prégnantes du siècle passé. Les lecteurs pensent trouver ce qu'ils cherchent dans Les Bienveillantes, car J. Littell revendique un implacable et irréprochable réalisme historique. Si l'Histoire est convoquée, c'est la magie de l'écriture qui opère. Le lecteur qui voudra en savoir plus devra se mettre au travail.
Le Roman de Jonathan Littell est le récit, pour faire littérature, d'un hommepas trés ordinaire, né en Alsace en 1913 , de père allemand et de mère française, qui va traverser, en bureaucrate serial killer, l'histoire et la géographie de la Mitteleuropa pendant les années du nazisme , la guerre de 1939-1945 et prendre part à l'extermination de tous les ennemis de l'Allemagne nationale socialiste (les juifs de tous les pays occupés, les soviétiques, les tziganes, malades psychiatriques) et à la solution finale du problème juif ( Endlösung der Judenfrage ) : les groupes mobiles de tuerie ( Einzatgruppen ) , les exécutions «à ciel ouvert», les camps d'extermination , les chambres à gaz , les crématoriums, les marches de la mort.
Cet homme est Maximillien Aue. Son roman familial infiltre ses réflexions, ses attitudes et actions criminelles. Il est amoureux de sa soeur jumelle, Una, et homosexuel dans ses choix. L’image d’un homme torturé s’installe dans l’esprit du lecteur. Intelligent , cultivé, esthète, obstiné, il sera un bon juriste allemand officier de la SS , un homme courageux qui aura bien de la chance malgré les situations les plus graves et les plus terribles de sa vie, une sorte de Forrest Gump nazi qui écrit des rapports à la chaine, omniprésent sur les chantiers de la mort . Ce thanatologue participera au judéocide européen , sans que ses paroles traduisent un antisémitisme haineux , présent lors des tueries massives en Ukraine , en Russie, en Hongrie. Il sera le témoin des horreurs de la guerre et acteur de l'organisation des camps d'extermination en Pologne. Il vivra aussi l'effondrement du III ème Reich. Plus qu'un personnage de roman il s'agit d'une figure du génocide.
La parole de Max Aue est une parole vraie qui peut révéler ses propres abîmes. Il laisse à ceux qui l'entendent, la tâche impossible d'une interprétation. Le roman de Littell ne livre pas à ses lecteurs le «pourquoi» de l'holocauste. Claude Lanzmann nous mettait en garde contre les exercices académiques qui promettent une explication de la Shoah. Ces abstractions, en effet, n'ont souvent réussi qu'à émousser ou à travestir l'événement oblitérant la réalité sans parvenir à clarifier quoi que ce soit. On ne fouille pas aisément la psyché des exécuteurs. Lanzmann lance cet ultime avertissement en citant Primo Levi qui, détenu à Auschwitz, entendit un garde S.S. proférer « Hier ist kein Warum » («Ici, il n'y a pas de pourquoi»).
J. Littell écrit en français , en imitant cette langue du III ème Reich, en Lingua Tertii Imperii (LTI) , mais sans la connaissance intime de la langue allemande, que l'ensemble des judaïsmes de la Mitteleuropa avaient tous placée en position de langue supposée du savoir
( Wissenschaft - Judentumswissenshaft ) . Le texte est avant tout un objet littéraire. C'est d'abord un travail d'écrivain. L'habillage historique est quasiment sans faille, saturé par la masse documentaire ( à comparer, par exemple, au chapitre VII du livre de Raul Hilberg - La destruction des juifs d'Europe : Les opérations mobiles de tuerie - ) . L'histoire personnelle subjective de Max Aue, est fragmentée, dispersée à travers tout le livre. C'est le moteur du roman, branché directement sur l'inconscient de l'auteur et celui du lecteur. Les faits intimes sont contradictoires, changeants , rêvés , fantasmés, hallucinés, refoulés.
Ce roman est comme une tentative d'approche du Réel . La notion de « réel » a souvent été employée pour expliquer l'impossibilité d'expliquer . C'est un lieu symbolique où jamais aucun humain n'a, n'a eu, ni n'aura accès. C'est l'endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à l'exercice de l'art. C'est la demeure des trois grands "A". L'Art, l'Autre et l'Amour. On y trouve en nombre infini, toutes les lettres nécessaires à l'écriture d'un roman… Plus vous en utilisez, plus il y en a ! Dernière modification par Nyx : 18/03/2007 à 22h21. | | |
18/03/2007, 06h15 | #4 | | Ombre
| Re : [Litt] Les Bienveillantes | | Merci Antivolt pour ton message sur Les Bienveillantes. J'ai le livre à la maison, mais je n'arrive pas à me plonger dedans. On m'a fait la lecture d'un passage particulièrement atroce (scène d'abattage) et je n'ai pas eu envie d'être dérangée comme ça pendant des heures (le livre est gros!).
J'ai donc lu, parce que j'étais en vacances, un plus petit bouquin, en livre de poche, finalement sur le même sujet : comment peut-on dépasser les limites de l'humain ? Comment peut-on supporter l'horreur réelle ?
Il s'agit de Bernhard Schlink, Le liseur. Il parait que c'est un best seller mondial. Cela ne dérange pas aussi fortement que Les Bienveillantes, mais le fond est le même. Cela commence comme un amour d'adolescence, et cela devient l'interrogation de toute une vie. Je vais préparer une fiche là dessus, parce que les questions posées ne concernent pas que le XXe siècle et ses horreurs. Et parce que j'aimerais bien avoir des avis là dessus... Dernière modification par Thot : 18/03/2007 à 11h01. | | |
18/05/2007, 16h20 | #5 | | Dragon
| Re : [Litt] Les Bienveillantes | | On aime où on aime pas.
Moi, j'ai adoré (a part quelques pages où il délire complet  ).
Je l'ai prêté à des amis et certains ont détesté (sujet trop sensible, écriture un peu différente que l'habitude, etc...)
En tout cas, bravo à Jon Littell! | | | Emplacement : | Utilisateurs regardant cette discussion : 0 ( membre(s) et 0 invité(s)) | | | | Rechercher dans cette discussion | | |
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