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16/05/2006, 21h47 | #1 | | Harpie
| [Ecrits] Membres d'Hyjoo | | Je suis assez d'accord avec vous, quand on écrit on se met "dangereusement à nu " (désolée je reprends l'expression car elle m'a énormément plu , d'experience je peux dire qu'elle est frappante de vérité  ). On ne peut jamais véritablement se détacher de ce que l'on est, de notre propre histoire car je pense que celle-ci est inscrite dans notre style. Nous sommes influencés par nos lectures, par ce que nous voyons. Nous ne choisirons pas tous les mêmes images pour décrire un même phénomène. François Mauriac disait " dans tout roman, il y a une part d'autobiographie". Je pense que cette phrase illustre bien le fait qu'un texte est toujours quelquechose d'extrêmement intime.
Cependant, lorsqu'on écrit au fil de la plume c'est encore plus dangereux, car généralement c'est que l'on écrit sous le coup de l'émotion, et cette émotion transparaîtra. Aprés, je pense que l'interprétation du lecteur est libre, il voit avec ses propres yeux et sa propre expérience ; alors même si le texte est profondément intime, il sera toujours détaché de l'auteur. Un auteur qui quelque part en est peut-être un peu dépossédé.
Bon et bien voilà une petite nouvelle fraichement écrite et qui ne ressemble pas vraiment à ce que je fais d'habitude mais dîtes-moi avec franchise et moult critiques ce que vous en pensez ^^
Ce matin, je suis mélancolique...
Ce matin je suis mélancolique... Mais j’ai toujours été un peu mélancolique, comme si un voile gris s’étendait en permanence devant mes yeux. Ce matin, ce n’est pas seulement la couleur de mes yeux qui décharne le ciel, lui-même s’étend, sans âme presque, en quelques fils nuageux. Je soupire... J’aime quand je sens l’air qui s’expulse de ma bouche, espérant qu’il emporte un peu de cet état pesant.
Je suis mélancolique, c’est une évidence. Pourtant je n’ai aucune idée de ce que veut dire ce mot... Etrange, la question ne m’était jamais venue auparavant à l’esprit. « Etat de tristesse accompagné de rêverie. » Voilà ce que me livre le dictionnaire.
Je suis triste. Pourquoi ? J’interroge du coin de l’œil les objets. Dis-moi ma cafetière, pourquoi serai-je triste ? Et elle me répond en gouttant doucement, plic ploc, plic ploc. Tu as probablement raison, je fabule, si j’étais triste je pleurerai tout comme toi. Et toi belle dame aux grands yeux encadrée, que penses tu de cela ? Elle se tait, son regard me suit lentement, elle reste impassiblement immobile, à jamais figée dans une autre vérité. Et toi lapin en peluche ? Oui je sais, tu es tout usé et mes élucubrations matinales ne t’intéressent guère. Je m’assois et je contemple la pièce autour de moi. Non, mes objets ne vont pas bien, je ferais mieux de m’occuper d’eux plutôt que de détailler mon nombril... Se relever dans un grincement de protestation du sofa... Bonjour ma salle de bain ! Bonjour mon reflet ! Tu es un peu pâle ce matin ! Que fais-tu pendant que je dors ? Ne peux-tu pas prendre un peu de repos afin de me montrer meilleure figure ? Ou alors c’est toi miroir qui est fâché contre moi. Et toi aussi ma savonnette en as-tu assez de l’existence pour que tu te mettes ainsi à maigrir ? Quelle coquine... Elle préfère en lieu et place de me répondre, filer entre mes doigts et se réfugier dans le creux accueillant de l’évier. Je l’envie quelque part, j’aimerais avoir un endroit où me blottir.
Pardon ma maison, j’ouvre les yeux bien tard, tu souffres, tu as mal, à ta manière. Mais tu sais, cette tristesse, c’est peut-être que tu es mélancolique. Mais non... Ne grince pas de cette manière... Personne n’a voulu dire que tu cachais en ta rate de la bile noire, sois raisonnable ! Pourtant, il semblerait que tu deviennes de plus en plus rêveuse... Et moi alors ? C’est vrai... Quelque part j’ai vraiment beau jeu de te tancer.
Je suis triste. Le monde est gris, et alors ? C’est la couleur de mes yeux qui me vaut cet honneur. Peut-être que s’ils étaient verts j’aurais la perpétuelle impression de courir dans une grande prairie... Soit dit en passant, je remercie ma chère mère de ne pas m’avoir doté d’yeux bleus, tel que je me connais, je me serais alors déplacé en brassant l’air... Mes yeux sont ce qu’ils sont et tant pis s’ils sont couverts d’une fine pellicule perlée.
Je suis triste. C’est un peu pesant parfois. J’ai envie certains soirs de m’allonger sur le sol et de fermer les yeux, longtemps, longtemps, jusqu’à ce qu’un sourire me les rouvre. Je contemplerais alors un jour semblable à une peinture d’Andy Warhol. Je voudrais que ce poids s’enlève de mon thorax. D’ailleurs je me suis toujours demandé si un objet était réellement présent dans ma poitrine. J’ai tenté de le deviner sous la peau, mais le sournois se dissimule, ou plutôt la sournoise, petite sphère de mélancolie. C’est un peu inquiétant tout de même... Et si elle venait à tomber sur mon cœur, l’empêchant de battre ?
Triste : « Etat pénible affectif et durable ; envahissement de la conscience par une douleur morale ou par un malaise qui empêche de se réjouir du reste. » Décidément dictionnaire tu es un coffre à merveilles mais parfois un peu hermétique. Pourrais-tu m’expliquer ? Non ? Bien. Continue de jouer les sphinx.
Alors je ne suis pas vraiment triste, pas de cette tristesse violente où je me sentirais terrassé, cette tristesse où je tomberais à terre, nez à nez avec mon tapis rouge, où je hurlerais, à l’intérieur.
Il me faut partir. À ce soir ma maison ! Sois sage et ne te lamente pas trop ! Le four, le rasoir, l’agrafeuse, si j’apprends que vous avez été complices...
Matin gris. La foule chaude du train semble me laver de la solitude. À noter que je ne lui ai rien demandé, elle se montre d’elle-même généreuse en distractions. Mes regards peuvent sauter à loisir d’un visage gris à un autre visage gris... Peut-être que tous ces gens sont tristes... Ils devraient consulter leur dictionnaire plus souvent, ainsi ils comprendraient qu’ils ont un réel motif d’inquiétude. La tristesse nuit à la santé et provoque mon ennui. Le même paysage, et pourtant les yeux fermés je ne pourrais le dépeindre. Je ne l’ai jamais vraiment observé.
Un chantier. Tout ce métal me donne terriblement froid, m’automatise, me crispe. Peut-être par ce qu’il me ressemble, il est gris lui aussi, alors ça laisse une légère impression de ton sur ton. Pourtant ce matin, il y a une tâche rouge qui effleure ma paupière. Une jeune femme est assise sur une poutrelle, elle dessine. Quelle élégance... Que fait-elle là ? Et lors que le train passe elle se retourne et sourit... Sourit de toute sa franchise à cette centaine d’inconnus qui passent à une vitesse renversante.
Elle a souris. Elle doit aimer les trains. Elle doit aimer la liberté. Elle a dû s’envoler de son chez elle ce matin et courir sur la brume jusqu’à cette poutrelle. Juste pour griffonner sur son petit carnet. Elle était si belle. Et pourtant je n’ai distingué aucun de ses traits. Mais je peux deviner qu’elle n’a pas les yeux gris. Elle me plaît. Elle est ma petite dessinatrice. Un peu mon secret.
Je suis rêveur. Je pense à elle. J’en oublie de prendre garde à rester au-dessus de cette foule, prudemment. Certes, je veux bien la contempler, mais je consens avec beaucoup plus de difficulté à servir de cobaye en ce qui concerne les lois des forces réciproques... Je dirais juste que je ne fais pas le poids. Ma rêverie est toute bousculée, et mes yeux vacillent un instant. Je marche, marche et marche.
Je suis rêveur et un peu triste. Je ne la reverrais certainement jamais et déjà elle me manque. Je m’arrête. Dis moi, cher mur, qu’en penses-tu ? La reverrais-je ma petite dessinatrice ? Et celui-ci me répond : Flash. Je suis ébloui par une aveuglante lumière blanche. Un type est en train de photographier les fentes du mur... Je continue ma route... Il a les yeux d’un éclat noisette.
Cet homme doit aimer le mur pour lui donner ainsi un peu de lumière, pour tenter de guérir un peu ses plaies. C’est sa manière de lui parler. C’est sa manière d’oublier sa solitude, rien qu’un instant en se plongeant en avant dans ce qu’il trouve de profondément beau.
Je suis rêveur, un peu triste, mélancolique. Soudain, je plisse ma paupière gauche, un rayon de soleil vient d’y pénétrer. Dernière modification par gabriel de lioncourt : 17/05/2006 à 15h46. | | |
17/05/2006, 15h51 | #5 | | Harpie
| Re : [Ecrits] Membres d'Hyjoo | | *Rougis, rougis et rougis encore* Merci beaucoup pour ces compliments... Ils sont peut-être un peu exagérés tout de même
Quant à la question du temps... Je dois avouer avec beaucoup de gêne que j'ai dû l'écrire en 45 minutes hier soir (si on exclut l'intéruption : "A taaaaaaaaaaaaaable !!!!!"). Cette nouvelle est sortie un peu toute seule je dois dire, mais il en va de même avec la plupart de mes écrits. Je replanche rarement dessus, si le premier jet ne me plaît pas, directement à la poubelle et on en parle plus ^^.
Pour ce qui est de l'utilisation d'un personnage masculin... Oui je dois faire un complexe certain, comme le traduit si bien mon pseudonyme. En vérité je sais pas vraiment alors si vous avez des idées de réponses, je vous en prie ^^. | | |
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