NdA : Bon et bien voilà mon premier essai d'écriture théâtrale. Je l'ai rédigé plus ou moins du premier jet aujourd'hui, et je ne sais pas du tout ce qu'il peut bien valoir, ni même s'il a un quelconque intérêt. L'envie m'a pris d'écrire cet après-midi, c'est tout.
EDIT : Cet avant-propos concerne seulement l'Acte I. La suite a été écrite plus tard... ^^
EDIT 2 : Pour ceux qui auraient déjà lu la première partie de la pièce (qui se trouve dans ce message), la suite (à partir de l'Acte IV) se trouve dans le message suivant, qui se trouve un peu plus loin dans cette discussion.
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Réflexions de l'abyme
ACTE I ou PROLOGUE
Deux jeunes hommes se trouvent dans dans un temple antique circulaire, ouvert, ceint de colonnes grecques intactes, de plusieurs tailles. Seulement autour du temple, un tapis de brume. Marbre immaculé. Aucun objet. Derrière eux, l'immensité et le vide d'un ciel bleu sans nuages. Rien d'autre n'est visible.
L'un porte un T-shirt blanc ajusté et un costume cintré noir, il est assis par terre, en tailleur ; l'autre un T-shirt noir ajusté et un costume cintré blanc, il est perché sur une haute colonne. Ils sont immobiles, silencieux et se tournent le dos.
JH COSTUME BLANC
(du haut de la colonne, regarde l'horizon) - Stat crux dum volvitur orbis.
JH COSTUME NOIR
(sursaute) - Non mais ça va pas ?!
JH COSTUME BLANC
(calme) - Tu dis ?
JH COSTUME NOIR
(énervé) - Tu te fiches de moi ou quoi, là ?!
JH COSTUME BLANC - Pas du tout... Je soliloque.
JH COSTUME NOIR
(aparté) - Il se fiche vraiment de moi.
JH COSTUME BLANC - Tu n'as qu'à ne pas m'écouter. Ou alors t'en aller.
JH COSTUME NOIR - Tu te fiches de moi ! Tu sais très bien que je ne peux pas te quitter, tout comme nous ne pouvons quitter ce drôle d'endroit.
JH COSTUME BLANC - Je sais.
JH COSTUME NOIR - Et puis, il y a cette espèce de brume, ou ces nuages, à perte de vue. Et c'est bizarre, rien que ce ciel bleu, sans l'ombre d'un soleil à l'horizon. Et oui, je suis conscient de l'ironie de l'expression que je viens d'employer.
JH COSTUME BLANC - Je n'ai pourtant rien dit, pour une fois.
JH COSTUME NOIR - Non, mais tu l'as pensé tellement fort que cela revient au même.
JH COSTUME BLANC - En tout cas, le lieu ne manque pas de charme et de tranquillité, tout de même. On doit reconnaître que le metteur en scène a fait un beau boulot, n'est-ce pas ?
JH COSTUME NOIR
(lassé) - Tu dis vraiment n'importe quoi...
JH COSTUME BLANC - Ici : luxe, calme, il ne manque plus que la volupté, malheureusement...
(se tourne lentement vers son compagnon avec un regard aguicheur) Mais sur ce dernier point, il ne tient qu'à toi d'y remédier, mon ange.
JH COSTUME NOIR - Dans tes rêves.
JH COSTUME BLANC - Dans les tiens aussi.
Pas de réponse. Le jeune homme au costume noir cherche le point le plus éloigné de l'autre et tourne obstinément le dos.
JH COSTUME NOIR
(comme à contre-coeur) - Et ça voulait dire quoi, ta phrase ?
JH COSTUME BLANC - Intéressé, tout d'un coup ?
JH COSTUME NOIR - Ne m'obliges pas à me répéter, c'est déjà bien assez humiliant comme ça.
JH COSTUME BLANC - C'est du latin. Ca signifie "Le monde tourne tandis que la croix demeure". C'est la devise des moines chartreux.
Silence. Le jeune homme qui était assis par terre fait mine de réfléchir, se lève doucement et se met à tourner autour de la colonne où se tient son compagnon. Puis soudainement, il s'arrête et saisit la colonne à deux mains et tente de la secouer, la faisant à peine vaciller. Il explose de rage. L'autre sursaute et faillit en tomber, il tremble de peur.
JH COSTUME NOIR - Non mais décidément, non seulement tu te fiches de moi mais en plus, tu ne racontes que des sottises qui n'ont aucun sens, aucune cohérence, aucun intérêt ! Où tu vois que le monde tourne dans ce décor statique et sans vie aucune ? Dans ces ruines pour qui le temps s'est arrêté ? Dans ce ciel si vide, si creux, si plat ? Dans ce bleu si fade à en mourir ? Dans ce silence que ne brisent que nos mots ? Et tu vois une croix ici, toi ? Moi non, parce que s'il y en avait une, crois-moi bien que je n'aurais pas hésité une seconde à te clouer dessus pour te faire taire ! Tu te prends pour la Pythie tout d'un coup ou bien quoi ? Tu me fais pitié, oui !
Silence de mort. Le jeune homme au costume noir fait les cent pas et tente de se calmer. L'autre continue de regarder fixement l'horizon, mais semble effrayé intérieurement de cet accès de rage.
JH COSTUME BLANC
(apeuré) - Non mais moi, je disais ça comme ça... Il fallait bien commencer par quelque chose, non ? Et c'est la première phrase qui m'est venue à l'esprit... Et je...
JH COSTUME NOIR - Tes justifications sont encore plus pathétiques. Ca suffit comme ça. Ca ne m'amuse plus.
Le jeune homme au costume blanc saute de sa colonne, atterrit en douceur sur ses pieds, et réarrange sa veste. Il a repris son assurance première teintée d'une pointe d'amusement, tandis que l'autre s'est calmé d'un coup.
JH COSTUME BLANC - Ca y est, tu as piqué ta crise ? tu as fini ? Tu es content ? Ai-je été assez soumis et apeuré à ton goût, mon ange ?
JH COSTUME NOIR - Ah, ça va... No comment.
Les deux jeunes hommes tournent l'un autour de l'autre, sans se quitter des yeux. Au sourire provocant de celui en costume blanc répond le sourire sur la défensive de celui en costume noir.
JH COSTUME BLANC - Tu sais que je te connais comme moi-même.
JH COSTUME NOIR - Ca, c'est un peu facile.
JH COSTUME BLANC - Tu crois ça ?
JH COSTUME NOIR - Et là, tu vas continuer en disant que tu es moi, n'est-ce pas ?
JH COSTUME BLANC - Et aurais-je tort ?
JH COSTUME NOIR - Là n'est pas la question.
JH COSTUME BLANC - Alors où est-elle, mon ange ?
JH COSTUME NOIR
(exaspéré) - Mais je n'en sais rien, ça n'a aucun sens.
(Il tourne le dos à son compagnon, tous deux s'arrêtent de marcher) Tu m'énerves, c'est tout. Tu m'énerves à faire comme si tu savais tout sur tout, et surtout sur moi...
Le jeune homme en costume blanc enlace lentement l'autre et pose son visage dans le creux de son épaule. L'autre semble s'abandonner et ferme les yeux.
JH COSTUME BLANC - Connais-toi toi-même. C'était la devise d'un certain Socrate... Je l'applique, voilà tout. Voilà pourquoi je te connais aussi bien.
JH COSTUME NOIR - Mais comment se fait-il alors que tu semble savoir des choses que j'ignore de moi-même ? Pourquoi donc devrais-je te croire ?
JH COSTUME BLANC - L'essentiel est invisible, on ne voit bien qu'avec le coeur.
(pause) Décidément, je suis inspiré en ce moment : que des citations.
JH COSTUME NOIR
(soupirant) - Je n'avais pas remarqué, tiens. Mais tu ne réponds pas à la question.
JH COSTUME BLANC - Si, techniquement, j'ai répondu. Mais est-ce ma faute à moi si tu n'as pas compris ce que j'ai dit ?
Le jeune homme au costume noir se libère doucement des bras de son compagnon et s'assoit en tailleur, adossé à une colonne. Le jeune homme au costume blanc va s'allonger lascivement à la romaine à quelques mètres de l'autre, et le regarde affectueusement.
JH COSTUME NOIR - Pourquoi donc cette inégalité fondamentale entre nous ? Tu sembles lire en moi comme dans un livre ouvert, alors que ton être tout entier me reste inconnu, insondable, impénétrable.
JH COSTUME BLANC
(avec un sourire suggestif) - Pour ce qui est de me pénétrer, on peut s'arranger, tu sais, mon ange...
JH COSTUME NOIR
(agacé) - Arrête. Pourquoi faut-il toujours que tu réagisses ainsi quand j'essaie d'avoir une discussion existentielle avec toi ?
JH COSTUME BLANC - N'est-ce pas ce que tu attends de moi ? Que j'esquive tes interrogations, que je ne te donne que des réponses qui en fait n'en sont pas...
JH COSTUME NOIR - Je n'en sais rien.
JH COSTUME BLANC - Tu le sais, mais tu ne veux pas te l'avouer, c'est aussi simple que ça.
JH COSTUME NOIR - Et si je demandais à Monsieur-je-sais-tout-et-j'agace-tout-le-monde de bien vouloir me répondre sans détours ni pirouettes ?
JH COSTUME BLANC - Tu incarnes tout le monde maintenant ?
JH COSTUME NOIR - Vu que nous sommes deux, et seulement deux, oui, j'incarne en tout cas, le reste du monde, si tu joues sur les mots.
JH COSTUME BLANC - A moins bien entendu que toi et moi ne fassions qu'un, auquel cas, vu que nous sommes seuls, je pense que tu as effectivement le droit de dire que tu es tout le monde...
JH COSTUME NOIR - Bon, j'en ai marre. J'arrête.
JH COSTUME BLANC - Tu peux me dire merci quand même. Grâce à moi, tu ne chercheras plus à approfondir tes problèmes existentiels, mon ange.
JH COSTUME NOIR - Et tu penses qu'en les fuyant, ça résoudra les choses ?
JH COSTUME BLANC - Tu veux ton avis ou le mien ?
JH COSTUME NOIR - Ca change quelque chose ?
JH COSTUME BLANC - Non, mais je pose quand même la question... On ne sait jamais.
JH COSTUME NOIR - Bon alors ?
JH COSTUME BLANC - Ca ne résoudra rien.
JH COSTUME NOIR
(sarcastique) - Merci, je ne l'aurais pas deviné tout seul. Et c'est sensé me rassurer ?
JH COSTUME BLANC - Non. Mais c'est ce que tu voulais entendre, mon ange.
JH COSTUME NOIR - Je ne suis pas sûr que je veuille entendre du "mon ange" à tout bout de champ par contre.
JH COSTUME BLANC - Je sais aussi. Mais ça, c'est ma façon à moi d'exister et de me persuader que c'est entre autres de cette façon que j'exerce le peu de liberté dont je peux jouir ici,
(sourire suggestif et pose lascive) à défaut de jouir d'autre chose et de jouir tout court...
JH COSTUME NOIR
(embarrassé) - Arrête de parler comme ça, tu me dégoûtes.
JH COSTUME BLANC - Je sais.
JH COSTUME NOIR - Alors pourquoi continues-tu ?
JH COSTUME BLANC - C'est ma façon à moi d'exister et de me persuader que...
JH COSTUME NOIR - Ca va, ça va, j'ai compris. C'est bon, c'est bon.
JH COSTUME BLANC - Et puis, je sais aussi qu'au fond de toi, tu m'aimes comme je suis. Imagine une seconde que je disparaisse, tu te rendrais amèrement compte de la véracité de l'adage suivant : "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"...
Silence.
JH COSTUME NOIR - Pourquoi avoir choisi cette citation latine, au fait, celle que tu as énoncée de façon si pontifiante, du haut de ta colonne ?
JH COSTUME BLANC - Je ne sais pas, elle t'avait marquée quand tu l'avais entendue pour la première fois. Et puis il fallait bien commencer par quelque chose... Sinon, nous serions encore là, moi sur la colonne et toi par terre, sans rien dire. Pas de mots, pas de gestes, rien qu'une étouffante immobilité, un arrêt sur image. Non, crois-moi, nous ne sommes pas dans un tableau, encore que je ne sache pas bien où nous nous trouvons.
JH COSTUME NOIR - Tu ne sais pas où tu ne veux pas me le dire ?
JH COSTUME BLANC - Je ne veux pas te le dire.
JH COSTUME NOIR - C'est bien ce que je pensais.
JH COSTUME BLANC - Alors pourquoi poser la question ?
JH COSTUME NOIR - Pour être sûr. On ne sait jamais. Et pourquoi tu ne veux pas me le dire ?
JH COSTUME BLANC - Parce que tu ne voudrais pas l'entendre.
JH COSTUME NOIR
(soupirant) - Notre discussion est vraiment absurde.
Le jeune homme au costume noir met les mains derrière la tête et semble essayer de dormir, tandis que le jeune homme au costume blanc semble le vénérer du regard en lui souriant tendrement. Au bout d'un long moment, le premier ouvre à nouveau les yeux et tourne la tête ailleurs.
JH COSTUME NOIR - Absurde. Oui, tout cela est absurde. Absurde et inutile. Cela n'a aucun sens, et je ne vois pas où cela pourra nous mener.
JH COSTUME BLANC - Si tu ne le sais pas, je ne le sais pas non plus, et cette fois, c'est vrai. On verra peut-être dans le prochain acte, enfin s'il y en a un, il paraît que ce n'est pas sûr.
Fin du premier acte. Rideau.
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ACTE II
Scène 1
Même décor. Les deux jeunes hommes sont exactement dans les mêmes positions qu'avant le baisser de rideau, comme s'ils n'avaient pas bougé.
JH COSTUME NOIR
(surpris voire amusé) - C'est drôle, on dirait qu'il y a eu un blanc, tout à coup...
JH COSTUME BLANC - Un black-out, tu veux dire...
JH COSTUME NOIR
(agacé) - Comme d'habitude, tu pinailles, tu joues sur les mots.
JH COSTUME BLANC - Mais c'est parce qu'ils sont importants. En plus, dire blanc pour dire noir, on ne peut pas être plus inexact...
(pause) Mais pour en revenir à l'essentiel, oui, moi aussi, j'ai eu l'impression d'avoir été déconnecté du reste du monde, comme l'impression que le rideau se baissait sur notre existence et que nous étions voués à disparaître dans les limbes, à sombrer dans l'oubli ou encore dans les coulisses de l'histoire... C'est assez désagréable, je dois avouer...
(comme effrayé par ce qu'il va dire) Cette conscience que l'on peut avoir de n'être rien pour personne, d'être anéanti et aspiré par cette obscurité oppressante et dévorante, ce néant annihilateur, cette absence de ta présence...
JH COSTUME NOIR
(légèrement goguenard) - Tu exagères tout, en plus cela n'a duré que quelques secondes, chochotte...
JH COSTUME BLANC
(rapidement, peut-être vexé) - Mais c'était déjà trop. Quelques secondes, ce sont des fractions d'éternité.
(plus lentement, comme une confidence) Et tu n'étais plus là, tu avais disparu et donc c'était comme si j'avais disparu.
JH COSTUME NOIR
(peu convaincu) - Je n'ai pas ressenti ça, moi, pourtant.
JH COSTUME BLANC
(crie) - Menteur ! Insensible !
Le jeune homme au costume blanc semble au bord des larmes. Le jeune homme au costume noir semble interloqué d'une telle réaction.
JH COSTUME BLANC
(d'une voix comme cassée par l'émotion) - Tu l'as ressenti parce que je l'ai ressenti, mais toi, tu n'en as pas eu conscience, parce que de toute manière, tu ne t'écoutes jamais et tu ne fais jamais attention à ce que je peux ressentir.
Il se lève, réajuste son costume blanc, et marche tristement comme un condamné à mort vers la colonne la plus éloignée de son compagnon, et s'assoit à son sommet. Il regarde dans la direction opposée au jeune homme au costume noir qui reste assis mais le ne quitte pas des yeux.
JH COSTUME BLANC
(doucement mais convaincu, comme illuminé) - Dans ce monde où nous ne sommes que deux, s'il n'est présent, l'autre dans les yeux duquel j'existe, alors ne suis-je plus rien ? Dans ce lieu où nous sommes tous deux, s'il est absent, l'autre qui me reconnaît, alors suis-je personne ? Dans cet espace où nous sommes deux, si je ne suis qu'un, alors qui suis-je ?
Le jeune homme en costume noir semble partagé entre surprise et inquiétude devant l'attitude et les propos de son compagnon.
JH COSTUME NOIR
(conciliant) - Pourtant, la conscience de soi, ce n'est pas rien tout de même. Ca devrait t'aider à te sentir exister. Et ta "façon d'exister" dont tu semblais si fier tout à l'heure ?
JH COSTUME BLANC
(triste) - La conscience de soi ? Et si j'avais conscience de n'être qu'un personnage de théâtre à qui l'on prête vie le temps d'une représentation, qu'un exutoire pour un coeur tourmenté, un fantasme qui s'évanouirait comme une volute de fumée à tout instant, tu y as pensé à ça, toi ? Non, bien sûr, toi, tu ne peux pas prendre conscience de ça...
JH COSTUME NOIR
(peu assuré) - S'il te plaît, descends de cette colonne, elle ne te va pas du tout...
JH COSTUME BLANC - Imagines un objet dans l'obscurité la plus totale. Comment peut-on savoir qu'il existe cet objet si l'on n'a pas un rayon de lumière pour l'éclairer ? Et réciproquement, s'il n'y a aucun objet dans cette obscurité, comment peut-on savoir que que le rayon de lumière existe aussi ? C'est donc par nos relations à l'autre que nous existons ? Mais alors, s'il n'y a pas d'autre ?
JH COSTUME NOIR
(ferme les yeux) - Descends s'il te plaît, tu me donnes le vertige...
JH COSTUME BLANC
(effrayé) - J'ai peur de ce que je dis.
JH COSTUME NOIR
(effrayé) - J'ai peur de ce que tu dis.
Long silence. Le jeune homme en costume noir se lève lentement et s'approche de la colonne où est assis son compagnon et s'y adosse. Ils sont toujours tournés dans des directions opposées, le jeune homme au costume noir baisse les yeux vers ses pieds, l'autre se recroqueville, la tête posée sur ses genoux.
JH COSTUME NOIR
(sans animosité) - T'as vu comment tu es ? Je te revois encore en train de pérorer ainsi : "Grâce à moi, tu ne chercheras plus à approfondir tes problèmes existentiels, mon ange"... Pourtant, c'est bien toi qui viens de remettre ça sur le tapis.
JH COSTUME BLANC
(immobile, murmurant) - C'est à cause de ce choc émotionnel, ça m'a mis dans tous mes états, j'ai disjoncté, on dirait...
JH COSTUME NOIR - Oui, on dirait. Tu devrais faire plus attention, à cause de toi, on a failli frôler une catastrophe : on aurait pu dévoiler une vérité, par exemple, ou creuser trop profondément, je sais pas, moi...
Le jeune homme au costume noir prend une expression un peu surprise et réflexive.
JH COSTUME NOIR - C'est bizarre, je parle comme toi maintenant, j'ai l'impression de dire ce que je ne devrais pas dire.
JH COSTUME BLANC - T'as dû te tromper de ligne et lire mon texte.
JH COSTUME NOIR - Mais qu'est-ce que tu racontes ?
JH COSTUME BLANC - Voilà, on est de nouveau bons, là.
JH COSTUME NOIR - Hein ?
JH COSTUME BLANC
(esquissant un sourire timide) - Je confirme, ça a l'air d'être rentré dans l'ordre. On dirait qu'il y a eu un décalage, mais cela semble rentré dans l'ordre, en apparence du moins.
JH COSTUME NOIR - Je n'y comprends rien.
JH COSTUME BLANC - C'est normal.
(pause) Enfin, d'une certaine manière. D'un autre côté, c'est pas normal.
JH COSTUME NOIR - Pourquoi ?
JH COSTUME BLANC - Parce que...
JH COSTUME NOIR
(sourire moqueur, mais intérieurement soulagé que son compagnon soit redevenu "normal") - Je m'attendais à cette réponse.
JH COSTUME BLANC - Bon, c'est pas tout ça, mais je crois que je vais descendre de cette colonne. Ce n'est pas que l'on n'y soit pas bien installé ou que ce soit inconfortable, mais si je reste trop longtemps perché là, on pourrait croire que je n'ai pas les pieds sur terre, ce qui ne serait pas faux, en fait...
Le jeune homme au costume blanc saute de la colonne, et atterrit devant son compagnon, leurs visages étant très proches. Le jeune homme au costume noir sursaute, et se dérobe, pour mettre plus de distance entre eux.
JH COSTUME NOIR
(sursautant) - Ah ! Tu m'as fait peur.
JH COSTUME BLANC
(souriant avec assurance) - Tu n'aurais pas eu de réflexes, je t'aurais bien embrassé, mon ange. Dommage, ce sera pour une prochaine fois.
JH COSTUME NOIR - Je me demande si je ne te préfère pas déprimé et angoissé.
JH COSTUME BLANC - Tu n'y survivrais pas, je pense, mon ange.
JH COSTUME NOIR - Ce ne serait pas faux, en fait.
JH COSTUME BLANC - Je te l'ai dit.
JH COSTUME NOIR - Tu m'énerves quand tu parles comme ça.
JH COSTUME BLANC - Je sais.
JH COSTUME NOIR - Alors arrête.
JH COSTUME BLANC - Non.
JH COSTUME NOIR - Pourquoi ?
JH COSTUME BLANC
(souriant, comme s'il avait posé une question stupide) - Parce que.
Scène 2
Le jeune homme au costume blanc s'amuse à faire le tour du temple, imitant un funambule évitant soigneusement de sortir du cercle. Le jeune homme en costume noir le suit, sur une trajectoire plus intérieure, de telle sorte qu'il y ait les colonnes entre eux.
JH COSTUME NOiR - Arrête, tu pourrais tomber dans cette drôle de brume...
JH COSTUME BLANC
(intéressé) - Tu t'inquiètes pour moi, mon ange ? Comme c'est adorable.
JH COSTUME NOIR
(gêné) - Pas du tout, je dis ça uniquement parce que si tu disparaissais, je me retrouverais tout seul. Pire, si tu te blessais, je devrais supporter tes jérémiades, ce qui me donnerait des envies de t'achever.
(réfléchit) Remarque, ça pourrait me satisfaire...
JH COSTUME BLANC
(moqueur) - Je ne savais pas que tu donnais dans le sado-maso, mon ange...
JH COSTUME NOIR
(s'exclamant) - Pas du tout ! Pourquoi faut-il toujours que tu interprètes mes paroles d'une façon tordue ? Et puis, techniquement, Monsieur-le-pointilleux, ça serait seulement du sadisme.
JH COSTUME BLANC
(énigmatique) - Je n'en suis pas sûr. Ce serait du masochisme également, parce que tu te ferais souffrir et tu regretterais amèrement ton geste ; tu serais seul - si toutefois tu existais encore après ma disparition, ce dont aucun d'entre nous ne peut être convaincu. Imagine une éternité de lamentations solitaires, de remords et de culpabilité, sans nulle autre issue que la négation...
(sourire triste et inquiet) Je suis sûr que tu ne pourrais endurer cela, mon ange...
JH COSTUME NOIR
(coupant court) - Bon bref.
Silence. Le jeune homme en costume noir s'arrête, tandis que l'autre continue le même jeu pendant un moment. Puis, tout à coup, le jeune homme en costume blanc s'arrête derrière une colonne, de façon à ce que son compagnon ne le voie plus, alors que ce dernier s'attend à ce qu'il réapparaisse en continuant à marcher. Au bout de quelques secondes, le jeune homme en costume noir panique et court vers la dernière colonne où est passé son compagnon. Ce dernier reste contre la colonne, se déplaçant pour que l'autre ne puisse pas le voir.
JH COSTUME NOIR
(inquiet) - Bon, où es-tu ? Tu es tombé ?
(pause) Bien fait. Tu n'as que ce que tu mérites de toute façon.
(Se penche vers l'extérieur du temple) Tu es vraiment tombé ? Tu m'entends ?
Le jeune homme au costume noir tourne alors autour de la colonne pour voir s'il se cache, et son compagnon, discrètement, fait de même pour l'éviter.
JH COSTUME NOIR
(plus inquiet) - Bon, ça suffit. Tu m'entends ? Tu es là ? Tu te caches ? Ce n'est pas drôle. Bon, tant pis pour toi. J'en ai rien à faire de toi, de toutes façons, tu sais. Finalement, si tu es tombé, c'est tant mieux. Je ne serai plus "ton ange", ça me reposera.
(pause) Non, allez, ça suffit. Montre-toi ! Je sais que tu es là ! Allez ! Allez !
(de plus en plus paniqué, cherche partout, tandis que l'autre se cache tout en l'observant) Tu es là ? Il est là ? Non, il n'a pas pu tomber ? On ne sait même pas si c'est profond, par ici. On dirait seulement une couche superficielle de brume.
(se hasarde lentement à mettre un pied en suspens au dessus de la brume, puis se ravise) Non, je ne vais pas faire ça. On ne sait jamais. Et si je me faisais engloutir à mon tour ? Ah ! Non, là, je viens de supposer qu'il s'était fait engloutir, puisque j'ai dit "à mon tour" ! Non, c'est impossible. Il n'a pas pu me faire ça. Il n'a pas pu me laisser seul. Seul. Non, c'est impossible. Il sait que je lui en voudrais. Il n'a pas le droit. Non. Je ne le veux pas.
(exclamation de surprise et de colère) Ah !
Le jeune homme en costume blanc se montre de nouveau, souriant comme un gamin fier de sa farce, ce qui provoque la surprise, le soulagement et la colère de son compagnon.
JH COSTUME BLANC
(souriant d'un air satisfait) - Je suis content de moi.
JH COSTUME NOIR
(furieux, surpris) - Et ça t'amuse ?
JH COSTUME BLANC - Non. Mais je suis content de moi, malgré tout.
JH COSTUME NOIR - Pourquoi ?
JH COSTUME BLANC - Parce que.
JH COSTUME NOIR - Mais encore ?
JH COSTUME BLANC - Parce que, bien que je le savais déjà, j'ai eu là une nouvelle preuve que tu ne peux te passer de moi. Que tu veuilles l'admettre ou non, nous sommes inséparables, mon ange.
JH COSTUME NOIR - C'est ce que tu crois.
JH COSTUME BLANC - C'est ce que tu refuses de croire.
(pause) Mais quoi qu'il en soit, nous sommes ici tous les deux, il doit y avoir une raison...
(adopte une expression pensive)
JH COSTUME NOIR - A quoi penses-tu ?
JH COSTUME BLANC
(joueur) - A toi, comme toujours, mon ange.
JH COSTUME NOIR
(pas amusé) - Non, je parle de la raison qui ferait que je doive me taper quelqu'un comme toi et que je...
JH COSTUME BLANC
(surpris, mais vivement intéressé) - Pardon ?
JH COSTUME NOIR
(interloqué de la réaction de l'autre, puis, comprenant) - Mais non ! Pas dans ce sens !
JH COSTUME BLANC
(soupirant) - Dommage...
JH COSTUME NOIR - Non, mais tu n'es qu'un obsédé, ma parole !
JH COSTUME BLANC
(haussant les épaules) - Et alors ? Tu trouves ça étonnant que je fasse une fixation sur toi ? Tu es la seule autre personne ici, je te signale.
JH COSTUME NOIR - Mais ce n'est pas une raison pour te comporter de façon aussi lubrique et éhontée.
JH COSTUME BLANC
(aparté) - On s'amuse comme on peut.
JH COSTUME NOIR - Tu dis ?
JH COSTUME BLANC - Rien.
(pause) Et cela te dérange ?
(pas de réponse) Cela te met mal à l'aise ?
JH COSTUME NOIR
(faux déni) - Pas du tout.
JH COSTUME BLANC - Avoue que je ne te laisse pas indifférent...
Pas de réponse. Le jeune homme au costume noir se trouve au centre exact du temple. Il tourne sur lui-même pour éviter le regard de son compagnon qui, par jeu, essaie de le surprendre en gravitant autour de lui, à distance d'environ un mètre.
JH COSTUME NOIR - Arrête. Ca suffit. Pourquoi faut-il que tu te comportes comme un gamin ?
JH COSTUME BLANC - Je me mets à la hauteur de mon interlocuteur.
JH COSTUME NOIR
(exaspéré) - Alors, ça, c'est la meilleure ! Qu'insinues-tu ainsi ?
JH COSTUME BLANC
(calme) - Exactement ce que j'ai dit.
JH COSTUME NOIR
(sérieux) - Dis-le moi.
(pesant chaque mot) Je veux te l'entendre dire, l'entendre de ta propre bouche.
Le jeune homme au costume blanc s'arrête pour faire face à son compagnon toujours au centre du temple. Le jeune homme au costume blanc s'avance lentement d'un pas, tandis que l'autre recule d'un pas, et ainsi de suite, de telle sorte que le centre du temple se trouve entre eux. Chacun plonge son regard dans celui de l'autre, et leurs mains tendues vers celles de l'autre se touchent, comme si une vitre invisible les séparait.
Une expression douloureuse se lira sur le visage du jeune homme au costume blanc, une expression anxieuse sur celui de son compagnon.
Après un silence et quelques mouvements des mains seules, ils s'immobiliseront ; les deux jeunes hommes diront alors simultanément la réplique qui suit, mais aucun son ne sortira de la bouche du jeune homme au costume blanc. Seul le jeune homme au costume noir sera entendu, d'un ton lent, solennel et grave.
JH COSTUME NOIR - En vérité, je le dis, je suis enfant de ...
Coup de tonnerre.
Scène 3
Le rideau ne tombe pas, mais les lumières doivent s'éteindre brusquement, plongeant la scène dans l'obscurité totale. Silence. Les deux jeunes hommes doivent rester immobiles, dans la même position, comme pétrifiés ou foudroyés.
Une "lumière noire" doit ensuite progressivement éclairer la scène, laissant voir un ciel désormais noir et non plus bleu. Il est parsemé d'étoiles, simples points plus ou moins lumineux. Les colonnes ont été comme abattues ; à leur emplacement, il n'y a plus que les chapiteaux "debout", tous les autres blocs de pierre "intermédiaires" sont éparpillés et tous renversés un peu partout.
Les étoiles commencent à se déplacer dans un mouvement d'ensemble.
JH COSTUME NOIR
(abattu, totalement immobile) - Ciel, qu'avons-nous fait ?
JH COSTUME BLANC
(tournant seulement la tête, scrutant les étoiles, le ciel, le temple) - Nous avons mis ce monde en mouvement, mon ange.
JH COSTUME NOIR
(terrifié) - Pourquoi ces colonnes, naguère orgueilleuses et fièrement érigées, ont-elles été renversées comme des quilles creuses et fragiles ?
JH COSTUME BLANC - Nous avons ébranlé nos fondations,
(comme s'il s'était trompé dans sa phrase) leurs fondations.
JH COSTUME NOIR - Où donc s'est enfui ce bleu si ennuyeux, si pâle et si propice à l'immobilité et à la rêverie ?
JH COSTUME BLANC - Il a cédé la place à cette nuit d'un noir d'encre, si propice aux nuits blanches.
JH COSTUME NOIR - Je vois les choses en noir. Je suis dans le noir.
(pause) J'ai peur.
Le jeune homme au costume noir s'effondre, tandis que le jeune homme au costume blanc se précipite pour le soutenir ; il le serre contre sa poitrine, comme pour le rassurer et le réconforter.
JH COSTUME NOIR
(terrifié, regarde dans le vide) - Quel est ce doute qui m'envahit et m'engloutit dans sa noirceur ? Quelles sont ces mains glacées qui m'étreignent pour me faire lentement glisser dans l'abyme ?
JH COSTUME BLANC
(doux) - Je suis là, mon ange.
JH COSTUME NOIR - Quelle est cette voix qui doucement m'appelle, me séduit et m'attire dans le vide, me fait dériver vers des eaux inconnues, fascinantes, riches de promesses et de menaces ? Je ne peux pas résister... A moins que je ne le veuille pas, je ne sais pas.
(pause) J'ai peur.
Le jeune homme au costume noir s'évanouit. Le jeune homme au costume blanc fait allonger son compagnon et fait reposer délicatement sa tête sur ses genoux. Il lui caresse tendrement la chevelure, en souriant tristement.
JH COSTUME BLANC - La nuit est tombée et l'entraîne dans sa chute.
(pause, regarde autour de lui) Oui, car ce monde auparavant statique, en équilibre instable, s'est désormais mis en mouvement, il s'est ébranlé et s'est mis à tourner. Tiens, on en revient à ça : "dum volvitur orbis". Quel était le début de cette phrase ? Ah oui : "stat crux". "Stat crux dum volvitur orbis". Le monde tourne tandis que la croix demeure.
Le jeune homme au costume blanc se lève alors, tandis que son compagnon reste inerte sur le sol. Il marche un peu, saute par dessus des blocs de pierre, avant d'aller s'asseoir sur un chapiteau. Il regarde un peu au loin et semble parler à un interlocuteur invisible.
JH COSTUME BLANC - Et cette croix inébranlable résisterait aux flots, aux tourments, aux contradictions, aux soubresauts de notre monde ? Cette croix, est-elle celle sur laquelle nous clouent les peurs, les illusions, les doutes et les désespoirs de notre monde intérieur, les normes, les pressions et les regards de notre monde extérieur ? Ou bien est-elle celle sur laquelle nous font tenir notre foi, nos convictions et nos principes, pour résister aux houleuses questions qui nous habitent, nous traversent et nous emportent ? Dès lors, que faire : abandonner cette croix, bois de supplice et signe de mort, ou bien s'accrocher à cette croix, planche de salut et signe de rédemption ?
Le jeune homme au costume blanc regarde à nouveau tendrement son compagnon étendu à terre, immobile.
JH COSTUME BLANC - Tu ferais bien de reprendre connaissance, mon ange, et rapidement... Parce que mes réflexions m'emportent trop loin, là, et si tu n'es pas là pour me retenir, je risque de me noyer...
(pause) ou de m'envoler...
(pause, puis, comme s'il avait dit une absurdité) Ah non, je ne peux plus m'envoler, puisque j'ai perdu mes ailes et que je t'ai confié ma liberté et ma solitude.
Il se lève et retourne s'asseoir à genoux, près de la tête de son compagnon.
JH COSTUME BLANC
(doucement) - Il est plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre, a écrit Camus, je crois. Mais je ne te laisserai pas t'en aller et fuir comme ça, mon ange... Parce que ce serait trop facile pour toi. Parce que tu emporterais trop de moi avec toi. Parce que je n'ai pas l'intention de me perdre,
(comme s'il s'était trompé de texte) de te perdre. Alors, je te préviens tout de suite, si tu ne te réveilles pas dans quarante quarts de seconde, je t'embrasse, mon ange. Ca marche d'habitude, dans les contes de fée.
(sourire coquin) En plus, tout le plaisir est pour moi.
Scène 4
Même décor. La lumière noire est remplacée à nouveau par la lumière "naturelle". Les étoiles se mettent à clignoter et leur lumière faiblit tandis que le ciel prend les couleurs de l'aurore.
Un sourire aux lèvres, ému, le jeune homme au costume blanc se penche au-dessus de son compagnon ; son visage, tête-bêche, s'avance lentement tout près du sien. Au moment où leurs lèvres vont se toucher, le jeune homme au costume noir s'éveille brusquement, se dégage et repousse son compagnon.
JH COSTUME NOIR
(vivement surpris, son coeur battant la chamade) - Non, mais ça va pas ?! Tu abuses vraiment, là !
JH COSTUME BLANC - Il fallait bien que je trouve un moyen de te ramener à moi...
JH COSTUME NOIR
(ne comprend pas) - Me ramener à toi ?
JH COSTUME BLANC - Tu te laissais mourir.
JH COSTUME NOIR - Je ne faisais que dormir.
JH COSTUME BLANC - Tu tentais de fuir.
JH COSTUME NOIR - Je m'assoupissais.
JH COSTUME BLANC - Je m'inquiétais.
JH COSTUME NOIR - Tu m'as arraché aux bras de Morphée.
JH COSTUME BLANC - Oui, je suis plutôt du genre jaloux.
JH COSTUME NOIR
(dramatique) - Je ne peux pas être en paix une seconde ? Sans toi ?
JH COSTUME BLANC
(constate une "fatalité") - Je ne peux pas être en paix une seconde sans toi.
Réponses à l'unisson, en exagérant les expressions.
JH COSTUME NOIR
(soupirant) - Non.
JH COSTUME BLANC
(soupirant) - Non.
Court silence.
JH COSTUME NOIR
(légèrement agacé) - Tu veux bien arrêter d'être mon écho ?! Non mais...
JH COSTUME BLANC - Mais...
(prononcé mai-eeeuh)
JH COSTUME NOIR
(catégorique) - Pas de mais.
Le jeune homme au costume noir se lève, beaucoup plus calme à présent et paraît surpris du nouveau décor. Le jeune homme au costume blanc reste à terre et le suit des yeux.
JH COSTUME NOIR - Notre ciel a changé.
JH COSTUME BLANC - Oui, il a quitté son bleu de travail. Il a revêtu sa robe de soirée constellée de petits bijoux scintillants, pour mieux nous séduire et nous attirer dans ses filets.
JH COSTUME NOIR - C'est beau.
JH COSTUME BLANC - Je te ferai visiter si tu veux.
JH COSTUME NOIR
(intéressé, étonné) - Vraiment ? On peut monter là-haut ?
JH COSTUME BLANC -
(sourire entendu et pose aguicheuse) Oui, je peux te faire monter au septième ciel quand tu veux, mon ange.
(devant l'air consterné de son compagnon) C'est tout de même le moyen le plus agréable.
(pause) Parce que sinon, un certain Jacob a songé à une immense échelle jetée entre ciel et terre, mais c'est un peu long et pénible. Et il y a encore un autre moyen, mais c'est assez douloureux, et en plus il y a une correspondance qu'il faut pas louper d'ailleurs, sinon c'est mort. Je crois qu'un seul l'a jamais fait, alors on peut faire une croix dessus.
JH COSTUME NOIR
(secouant la tête) - Je me demande vraiment où tu vas chercher tout ça.
(pause, puis montrant du regard les colonnes) - Et sinon, que leur est-il arrivé, aux colonnes ?
JH COSTUME BLANC
(taquin) - J'ai éternué.
JH COSTUME NOIR
(sans rire) - Très drôle.
JH COSTUME BLANC - N'est-ce pas ?
Pause.
JH COSTUME NOIR - Bon, sérieusement, que s'est-il passé ?
JH COSTUME BLANC - Tu ne te rappelles de rien ?
JH COSTUME NOIR - De quoi ?
JH COSTUME BLANC - De rien.
JH COSTUME NOIR - Mais...
JH COSTUME BLANC - Pas de mais, tu as dit.
Le jeune homme au costume noir hausse les épaules comme si cela ne l'intéressait plus. Il fait quelques pas, regardant ici et là.
JH COSTUME NOIR
(comme s'il se parlait à lui-même) - N'empêche, je me rappelle m'être énervé à cause de ton attitude puérile, puis plus rien jusqu'à ce que j'ouvre les yeux pour voir ton visage à deux centimètres du mien. C'est un peu énervant, tout de même. Tu ne veux vraiment rien me dire ?
JH COSTUME BLANC - A quoi cela servirait ?
JH COSTUME NOIR - Je ne sais pas, moi. A savoir.
JH COSTUME BLANC - Si tu ne t'en rappelles pas, cela ne devait pas être important...
JH COSTUME NOIR
(catégorique) - Si. Mais j'ai beau faire un effort, impossible de m'en rappeler.
JH COSTUME BLANC
(réticent) - Tu as reçu un choc, voilà tout.
JH COSTUME NOIR - Je me suis juste cogné quelque part, c'est ça ?
JH COSTUME BLANC
(empressé, comme si l'explication était satisfaisante) - Oui, ça doit être ça.
JH COSTUME NOIR
(dubitatif) - Je ne te crois pas.
JH COSTUME BLANC - Tu as raison.
JH COSTUME NOIR
(insistant) - Allez, dis-moi. Je veux savoir.
JH COSTUME BLANC
(fermé) - Ah non, je ne dirai rien cette fois. Pas deux fois la même plaisanterie.
Le jeune homme au costume noir prend un air dépité, tape du pied comme un enfant qui fait un caprice.
JH COSTUME BLANC - Tu ne m'auras plus ainsi. Après, qui c'est le gamin ?
JH COSTUME NOIR -
(soupir) Bon, j'abandonne.
(pause) Parfois, j'aimerais lire dans tes pensées, pour savoir tout ce que tu me caches. Parfois, je voudrais me passer de toi. Ce serait, ce serait...
JH COSTUME BLANC - Une chimère.
JH COSTUME NOIR - Un rêve.
JH COSTUME BLANC - Un cauchemar.
JH COSTUME NOIR - Le pied.
JH COSTUME BLANC - Mon oeil.
JH COSTUME NOIR - Le bonheur jusqu'au bout des ongles.
JH COSTUME BLANC - Je m'en mettrais pas ma main au feu.
JH COSTUME NOIR
(levant une main menaçante) - C'est un coup de main que je vais te donner si tu continues.
JH COSTUME BLANC - C'est tiré par les cheveux, là.
JH COSTUME NOIR
(légèrement exaspéré) - Tu me prends la tête.
JH COSTUME BLANC
(passant sa langue sur les lèvres de façon très suggestive) - A défaut de te prendre en bouche...
JH COSTUME NOIR
(interloqué, frissonne) - Ah ! Je ne veux pas voir ça.
JH COSTUME BLANC - Si c'est qu'ça
(accentuer le jeu de mots), ferme les yeux et laisse-toi faire.
JH COSTUME NOIR
(dramatique) - Plutôt mourir.
JH COSTUME BLANC
(moqueur) - Volontiers, je te ferai mourir d'extase, tu verras, mon ange.
Le jeune homme au costume blanc, qui était allongé à terre, attrape le bras de son compagnon et le fait tomber à terre. Ils se relèvent tous deux et s'empoignent, s'étreignent et semblent lutter l'un contre l'autre mais sans brutalité ni force. A un moment, ils roulent tous les deux à terre, de façon à ce que le jeune homme au costume blanc se retrouve au-dessus son compagnon, maintenant ses poignets au sol, au-dessus de leurs visages se faisant face. Le jeune homme au costume noir, prisonnier, tente de se débattre en vain, puis sa détermination semble s'affaiblir, à mesure que les étoiles s'éteignent une à une.
JH COSTUME BLANC
(souriant, victorieux) - Le vainqueur peut disposer du vaincu à sa guise, si je ne m'abuses.
JH COSTUME NOIR
(esquissant un sourire) - Si, tu abuses.
Ils ne se quittent pas des yeux. Silence jusqu'à ce que la dernière étoile se soit éteinte.
JH COSTUME NOIR
(hésitant) - Qu'est-ce que tu fais ?
JH COSTUME BLANC - J'hésite.
(pause) Tu n'as pas l'impression qu'on nous observe ?
JH COSTUME NOIR - Si, un peu...
JH COSTUME BLANC - Et ça ne te met pas mal à l'aise, dans notre situation ?
JH COSTUME NOIR - Si, un peu...
JH COSTUME BLANC - J'aurais préféré un peu plus d'intimité pour ce moment...
La lumière diminue grandement.
JH COSTUME NOIR - C'est mieux, là ?
JH COSTUME BLANC - C'est pas encore ça, mais on va dire que ça ira... Je n'en peux plus, mon ange...
JH COSTUME NOIR - Ce que tu veux faire, fais-le, parce que je commence à me sentir oppressé...
JH COSTUME BLANC - Moi aussi, en fait...
JH COSTUME NOIR - Pourtant, tu es "au-dessus".
JH COSTUME BLANC
(levant les yeux vers le haut) - Oui, je sais. Mais j'ai l'impression qu'un truc va me tomber sur la tête d'un moment à l'autre...
JH COSTUME NOIR - Le ciel ?
Le jeune homme au costume blanc regarde à nouveau son compagnon avec intensité, et approche son visage du sien. Soudain, juste à la verticale des deux jeunes hommes, trois éléments chutent du haut avant de s'immobiliser à une vingtaine de centimètres du sol. Ce sont trois lettres qui forment le mot LOL. Les "L" sont noirs, ils ont leurs deux côtés égaux ; le "O" est un cercle doré.
Les deux jeunes hommes les évitent en roulant par terre chacun de son côté.
Projecteur vertical sur ces lettres. Extinction des autres sources de lumière.
JH COSTUME BLANC - Non, ça.
JH COSTUME NOIR - C'est quoi ça ? D'où ça vient ? Qui a fait ça ?
JH COSTUME BLANC
(énigmatique, fronçant les sourcils) - Deus ex machina.
JH COSTUME NOIR - Tu as répondu à quelle question exactement ?
(pas de réponse, reprise d'un ton soulagé) Enfin, on l'a échappé belle.
JH COSTUME BLANC
(dépité) - Tu
(accentuer le "tu") l'as échappé belle. Dire que j'étais à deux doigts de conclure...
JH COSTUME NOIR - Je me demande ce que cela signifie. En tout cas, il y en a un qui s'amuse là-haut, on dirait...
JH COSTUME BLANC
(sarcastique, lève les yeux vers le haut et tapotant des doigts pour signifier son agacement) - Tu ne crois pas si bien dire...
Fin du second acte. Rideau.
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ACTE III
Scène 1
Même décor mais les lettres sont maintenant posées sur le sol. Lumière ambiante tamisée. Le jeune homme au costume noir inspecte avec curiosité les trois lettres, sans oser y toucher, tandis que son compagnon boude, allongé par terre.
JH COSTUME BLANC
(agacé) – Bon, ça y est, tu as fini de tourner en rond autour de ces fichues lettres ? Cela va faire maintenant au moins un bon quart d’heure que tu les as observées sous tous les angles.
JH COSTUME NOIR – Je n’y peux rien : elles m’intriguent, voilà tout. C’est l’attrait de la nouveauté, certainement. Cela ne t’intéresse pas, toi ?
JH COSTUME BLANC – Pas le moins du monde.
JH COSTUME NOIR – Arrête de jouer le type blasé… Je suis sûr que tu es tout aussi intrigué que moi, mais tu es trop fier et trop irrité par les circonstances de l’arrivée de ces lettres pour me le dire.
JH COSTUME BLANC – Pas du tout.
JH COSTUME NOIR - Tiens, par exemple, tu ne te demandes pas en quoi elles sont faites ? Qui les a fabriquées ? Quelles sont leurs propriétés ? Comment sont-elles arrivées jusqu’ici ? Dans quel but ? Ce qu’on pourrait en faire ?
JH COSTUME BLANC
(lapidaire) – Non.
JH COSTUME NOIR – Tu veux bien arrêter de faire ta mauvaise tête ?
JH COSTUME BLANC
(décidé) – Non.
JH COSTUME NOIR
(haussant les épaules et continuant son inspection) – Tant pis pour toi. Continue de bouder si ça te chante. Moi, je trouve ça fascinant. Quelque part, c’est quand même la naissance de l’écriture ici-bas, si je puis me permettre… Tu m’objecterais – si tu ne t’entêtais pas à bouder comme tu le fais – que ce ne pourrait être que de bêtes objets sans aucune signification linguistique ni sens, un peu comme ces bouts de colonnes. Encore que… Je crois me souvenir qu’un hiéroglyphe égyptien représentait justement une colonne… Enfin bon, passons plutôt à mon hypothèse la plus intéressante : Tu crois que c’est là l’œuvre de quelqu’un qui désirerait communiquer avec nous autrement que par la parole ? Parce que jusqu’à présent, c’est la parole qui a créé un lien entre nous… Mais imagine que là-haut, cet être soit muet ? Il aurait été bien embêté pour nous signifier quelque chose, tu ne crois pas ? Alors il aurait inventé ce nouveau mode de communication qui, sans mauvais jeu de mots, tombe à point nommé.
JH COSTUME BLANC
(prenant un air théâtralement consterné) – Mais tu divagues complètement, ma parole !
JH COSTUME NOIR
(continuant comme si de rien n’était) – Un peu brutal comme première tentative d’approche ou de communication, mais bon, il en est peut-être à ses balbutiements en la matière… D’ailleurs, nous n’en comprenons peut-être pas encore le sens, la signification de son message…
(jette un regard à son compagnon et fait une moue) En même temps, on ne peut pas dire que je sois beaucoup aidé…
Le jeune homme au costume noir reprend sa ronde en regardant de très près les lettres et regarde à travers le O.
JH COSTUME NOIR – Voyons, voyons… Code d’écriture normalisée, puisque nous avons deux L parfaitement identiques et un O qui est un cercle parfait. Deux couleurs : l’or et le noir.
Le jeune homme au costume noir se relève et prend une expression de réflexion intense ; il mime avec sa main et ses lèvres en faisant semblant de fumer une pipe.
JH COSTUME NOIR – Voyons, voyons… Le mot formé serait ainsi « LOL », mot qui n’a certes aucune signification dans aucune langue vivante, à ma connaissance. Ça, c’est élémentaire, mon cher, n’est-ce pas ?
Il tourne la tête vers son compagnon.
JH COSTUME NOIR
(un peu plus fort) – N’est-ce pas ?
Devant le mutisme de son compagnon, et sans arrêter son mime, le jeune homme au costume noir s’approche de lui, un peu agacé.
JH COSTUME NOIR – Bon, allez, tu ne voudrais pas arrêter de bouder, maintenant ? Ce n’est pas drôle tout seul…
JH COSTUME BLANC
(ironique) – Et pourquoi donc ? Ça te dérange ? Je perturbe tes raisonnements, Sherlock Holmes ?
(pause) En plus, tu mimes très mal.
(sourire suggestif et sarcastique) Je vais te faire une vraie pipe, tu vas voir la différence.
Le jeune homme au costume noir prend une mine atterrée et s’éloigne raisonnablement.
JH COSTUME NOIR – J’en étais sûr. Je savais que tu allais faire une remarque vulgaire encore une fois. Tu ne peux pas t’en empêcher. Bon, et bien puisque c’est ainsi, retourne bouder et laisse-moi tranquillement m’amuser à déchiffrer le sens caché de ces lettres qui sont d’ailleurs bien plus intéressantes que ta conversation.
JH COSTUME BLANC
(énervé) – Ah non ! Alors là, trop, c’est trop ! Tu as dépassé les bornes des limites, mon ange !
Le jeune homme au costume blanc se lève, passablement remonté, et se dirige d’un pas décidé vers les lettres mais l’autre, devinant son intention, s’interpose.
JH COSTUME NOIR – Non, non, non et non ! Je sais ce que tu veux faire et je t’en empêcherai.
JH COSTUME BLANC
(froidement) – Laisse-moi passer s’il te plaît.
JH COSTUME NOIR – Non, tu vas les abîmer, les casser ou les jeter. Ose dire que tu n’en as pas l’intention.
JH COSTUME BLANC – Non, tu as raison. C’est bien ce que je compte faire une fois que tu te seras écarté.
JH COSTUME NOIR – Je ne peux donc pas te laisser faire ça.
JH COSTUME BLANC – Et pourquoi ça ?
JH COSTUME NOIR – Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’y tiens, à ces lettres. Je pressens qu’elles sont importantes. D’ailleurs, tu devrais y attacher de l’importance, toi aussi.
JH COSTUME BLANC – Tu joues les devins, à ton tour, maintenant ?
JH COSTUME NOIR
(dévisageant son compagnon) – Attends une seconde…
JH COSTUME BLANC – Quoi encore ?
JH COSTUME NOIR – Mais oui…
JH COSTUME BLANC
(détourne le regard, apparemment impatient et agacé) – Laisse-moi passer et jeter ce bazar par-dessus bord.
JH COSTUME NOIR – J’en étais sûr. Tu sais quelque chose à propos de ces lettres capitales et tu ne veux pas me le dire. Alors comme depuis tout à l’heure, je fais mine de chercher leur signification, de jouer les Champollion, tu as pris peur que je ne la découvre. Alors, tu as voulu les faire disparaître.
JH COSTUME BLANC
(mentant) – Pas du tout.
JH COSTUME NOIR – Menteur. Je ne te crois pas.
JH COSTUME BLANC – Laisse-moi passer.
JH COSTUME NOIR – Ce qui voudrait dire que j’étais sur une bonne piste, tout à l’heure ? C’est ça ?
JH COSTUME BLANC – Tu dis n’importe quoi. Laisse-moi passer, allez.
Le jeune homme au costume noir ne quitte pas l’autre du regard, prêt à lui bondir dessus s’il avance d’un pas vers les lettres. Le ton monte entre les deux.
JH COSTUME BLANC
(sévère) – Laisse-moi passer, mon ange.
JH COSTUME NOIR – Non, je ne peux pas faire ça.
JH COSTUME BLANC – Je vais te faire mal, et je n’ai pas envie d’en arriver là.
JH COSTUME NOIR – Alors arrête et renonce.
JH COSTUME BLANC – Je dois me débarrasser de ces lettres.
JH COSTUME NOIR – Pourquoi ?
JH COSTUME BLANC – Parce que. Laisse-moi passer, mon ange. Je te le demande pour la dernière fois.
JH COSTUME NOIR – Renonce !
JH COSTUME BLANC – Je t’aurais prévenu.
Le jeune homme au costume blanc prend un air résolu et se prépare alors vraiment à passer en force.
Tout à coup, les deux jeunes hommes s’immobilisent et regardent le ciel d’un air étonné, leur colère oubliée. Car à ce moment, une fenêtre lumineuse apparaît dans le ciel et une voix féminine se fait entendre.
VOIX INCONNUE
(crie, énervée) – Bon, ce n’est pas bientôt fini, tout ce cirque et ce raffut ? Parce qu’on n’entend que vous depuis un moment… Et ça commence vraiment à bien faire… Bon, vous avez gagné : j’arrive !
Scène 2
Une femme passe alors la tête par la fenêtre. Elle soulève le masque de nuit qu’elle avait sur les yeux et regarde alentour. Elle repère alors les deux jeunes hommes, qui l’observent avec étonnement. Elle se retire, laissant la fenêtre ouverte. On entend un bruit d’interrupteur et tout un circuit labyrinthique apparaît en ombre chinoise derrière le ciel. On voit la silhouette de la femme qui parcourt ce chemin alambiqué jusqu’à une porte lumineuse située l’extrémité gauche de la scène. Elle l’ouvre et entre sur scène.
Elle est vêtue d’un peignoir en soie rouge écarlate et de pantoufles de même couleur.
Elle marche dans la brume comme si de rien n’était et arrive donc dans l’espace circulaire du temple. Elle regarde les deux jeunes hommes avec un air un peu désapprobateur, comme une mère fatiguée d’entendre ses deux gamins qui se chamaillent pour des broutilles. Ces derniers se tiennent tout proches l’un de l’autre, immobiles face à elle.
FEMME EN ROUGE – Bon… Alors ? Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui peut me donner des explications ?
Silence gêné du jeune homme en costume noir, silence assuré du jeune homme en costume blanc.
FEMME EN ROUGE – Bien… Personne ne veut me répondre ?
(pause) Bien, bien, bien… Je vois… Ça braille, ça se croit seuls au monde, ça se prend pour les rois du monde, mais quand faut assumer, y’a plus personne…
Elle tourne autour d’eux comme pour les inspecter. Le jeune homme au costume blanc croise les bras, dans une attitude de défi, son compagnon semble lui moins à l’aise.
FEMME EN ROUGE – Alors comme ça, on dérange les bonnes gens et l’on ne s’excuse même pas ? Pas un mot ?
JH COSTUME NOIR
(gêné, rapidement) – Pardon, Madame, nous ne savions pas…
FEMME EN ROUGE
(triomphante) – Un à zéro en ma faveur. Et toc.
JH COSTUME NOIR – Pardon ?
Le jeune homme au costume blanc va alors s’asseoir sur un chapiteau, la mine grommeleuse. La femme en rouge esquisse un sourire légèrement narquois et lui jette un petit regard avec un hochement de tête comme pour lui signifier sa victoire. Elle va s’asseoir sur un autre chapiteau en face de lui, et faire des gestes « féminins inutiles » comme passer la main dans ses cheveux, examiner sa manucure, arranger les plis de sa chemise de nuit,...
Le jeune homme au costume noir semble ne rien comprendre à ce qui se passe et reste debout entre les deux autres. Il les regarde alternativement avant de se décider à se rapprocher lentement de son compagnon.
JH COSTUME BLANC
(se frappant le front) – Non mais franchement, pourquoi faut-il que tu culpabilises de tout et de rien ? Ça y est, maintenant, on ne peut plus l’ignorer.
JH COSTUME NOIR
(un peu hébété) – Pardon ? Qu’est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas.
JH COSTUME BLANC
(grommelant) – Ben oui, comme d’habitude, mon ange. Tu ne comprends pas, donc tu agis sans réfléchir…
JH COSTUME NOIR – Mais… Qu’est-ce qu’il fallait comprendre ?
JH COSTUME BLANC – Rien. Il ne fallait rien lui dire. Point.
JH COSTUME NOIR – Mais comment j’aurais pu le savoir ?
JH COSTUME BLANC – Je te montrais l’exemple pourtant. Le message était on ne peut plus clair.
Le jeune homme au costume noir prend alors un air théâtralement incrédule.
JH COSTUME NOIR
(aparté) – Ah ben fallait le deviner, ça !
(à son compagnon) Bon, allez, passons là-dessus… C’est si grave que ça ?
FEMME EN ROUGE – Mais pas du tout, mon chou. Pas du tout. C’est juste que « l’autre » n’est pas bon joueur, voilà tout.
HOMME COSTUME BLANC
(vexé) – N’importe quoi !
FEMME EN ROUGE
(moqueuse) – Qu’est-ce que je disais ?
Le jeune homme en costume blanc semble se contenir ; la femme en rouge ne quitte pas son sourire moqueur. Ils semblent se jauger du regard. Son compagnon les regarde l’un après l’autre et prend une mine interrogative.
JH COSTUME NOIR – On dirait que vous vous connaissez. Que vous êtes de vieilles connaissances, même, mais que vous ne vous semblez pas vraiment vous apprécier… Je me trompe ?
Pas de réponse.
JH COSTUME NOIR – Merci de ne pas m’ignorer ainsi… C’est assez désagréable, je dois l’avouer.
FEMME EN ROUGE – Ah, vous voyez un peu l'effet que ça fait…
Le jeune homme au costume blanc se lève alors, soupire et esquisse un sourire de mauvais perdant.
JH COSTUME BLANC – Bien. Puisque l’on ne peut plus faire autrement, autant faire les présentations maintenant.
(désignant la femme) Permets-moi de te présenter cette dame, qui est une
(avec emphase) parfaite inconnue.
Le jeune homme au costume noir se tourne vers son compagnon et prend à nouveau un air théâtralement incrédule.
Scène 3
JH COSTUME NOIR – Tu te fiches de moi ? Tu la connais ou tu ne la connais pas ?
JH COSTUME BLANC – Oui et non. Enfin, en quelque sorte. Mais, pas personnellement en tout cas.
JH COSTUME NOIR – Ton explication me paraît bien embrouillée.
JH COSTUME BLANC – C’est que tout n’est pas aussi simple que tu le souhaiterais.
JH COSTUME NOIR – Bon, alors qui est-ce ?
JH COSTUME BLANC – Mais je te l’ai dit : c’est une inconnue.
JH COSTUME NOIR – On ne doit pas parler la même langue parce que si elle t’est inconnue, c’est que tu ne la connais pas. Mais comme tu sembles la connaître, alors elle ne peut t’être inconnue.
JH COSTUME BLANC – Logique implacable…
JH COSTUME NOIR
(satisfait) – Evidemment… Bon alors ?
JH COSTUME BLANC – Sauf que je n’ai pas dit qu’elle m’était inconnue, j’ai dit que c’était une inconnue.
JH COSTUME NOIR – Permets-moi de ne pas saisir la subtilité.
FEMME EN ROUGE – Si je peux me permettre, mon chou, pour une fois, l’autre a raison : une inconnue, voilà bien ce que je suis.
JH COSTUME NOIR
(éberlué) – Vous n’allez pas vous y mettre, vous aussi ?!
JH COSTUME BLANC
(s’adressant quelque peu sèchement à la femme) – Je ne vous ai rien demandé, que je sache. Je peux très bien m’expliquer tout seul avec lui.
FEMME EN ROUGE
(levant les mains) – D’accord, d’accord… J’essayais juste de rendre service. En plus, c’est quand même de moi dont vous parlez.
JH COSTUME BLANC
(s’adressant à son compagnon) – Bref, si tu m’avais laissé terminer tranquillement au lieu de bondir comme ça, mon ange, je t’aurais expliqué que cette personne est une inconnue, au sens mathématique du terme.
JH COSTUME NOIR
(un peu perdu) – Une quoi ? Tu peux me répéter cela ?
JH COSTUME BLANC – Une inconnue, une sorte d’objet mathématique, quoi… Je ne vais pas rentrer dans les détails, ce ne serait pas utile.
FEMME EN ROUGE
(en aparté) – Bonjour le cliché sexiste de la femme-objet.
JH COSTUME NOIR – J’ai l’impression de comprendre ce que tu dis, mais je trouve que cela n’a aucun sens. Mais bon, admettons. Que vient-elle faire ici ? Quel rapport avec nous ?
FEMME EN ROUGE
(solennelle) – Je suis venue jouer le rôle pour lequel on m’a engagée, celui pour lequel je suis faite. C’est-à-dire un rôle dans votre équation à vous. Comme vous n’arrivez pas à la résoudre tous seuls, j’ai été envoyée comme inconnue auxiliaire. Ou bien comme catalyseur, si vous préférez la chimie aux mathématiques.
JH COSTUME BLANC
(peu impressionné) – Elle se la joue surtout beaucoup, mais techniquement, je ne peux raisonnablement pas dire qu’elle a tort.
FEMME EN ROUGE
(se gaussant) – Evidemment.
JH COSTUME NOIR – Je comprends de moins en moins.
FEMME EN ROUGE
(au jeune homme au costume noir) – Ce n’est pourtant pas sorcier. En mathématiques, une équation est une relation qui lie différentes quantités et qui pose généralement le problème de leur identité. Et l’on fait parfois intervenir une inconnue auxiliaire pour résoudre une équation obscure. En chimie, une équation-bilan représente et décrit le processus au cours duquel des corps entrent en réaction, les réactifs, pour former d’autres corps appelés produits. Toutefois, certaines réactions chimiques ne peuvent avoir lieu qu’en présence d’un corps appelé catalyseur, qui accélère cette réaction.
JH COSTUME NOIR – Et vous, vous seriez donc l’inconnue auxiliaire d’une équation mathématique, ou bien le catalyseur d’une réaction qui nous mettrait en scène ?
FEMME EN ROUGE – C’est ça.
(légèrement ironique) Ah, ben vous voyez, quand vous voulez…
JH COSTUME NOIR – Mais où donc pouvez-vous bien voir des équations autour de nous ?
FEMME EN ROUGE – Et bien techniquement, on ne les voit pas. C’est d’ailleurs ce qui rend parfois ardue leur résolution. Mais nous sommes des équations, nous sommes parties prenantes dans des équations. Vous comprenez, l’univers dans lequel nous nous trouvons est composé d’une multitude d’éléments, des objets ou des êtres, qui sont en relation entre eux ou qui réagissent entre eux. Je dis que ces relations et ces réactions peuvent être assimilées à des équations, qui seraient en quelque sorte les lois de cet univers.
JH COSTUME NOIR – Vous auriez un exemple ?
FEMME EN ROUGE – Je vais finir par croire que vous le faites exprès…
(soupir) Bon. Parmi les lois qui régissent cet univers, on peut citer les lois de l’attraction et de la répulsion. Ces lois définissent des relations entre certains éléments de cet univers. Par exemple, la brume possède une équation qui ne vous admet pas comme solution, voilà pourquoi vous ne pouvez pas la traverser. Au contraire, vous êtes inconsciemment très attiré par d’autres éléments de cet univers…
La femme en rouge marque alors une légère pause accompagnée d’un regard appuyé vers le jeune homme au costume blanc, qui écoute sans rien dire, ni montrer quelconque expression.
FEMME EN ROUGE – Ces trois lettres tombées du ciel, elles vous hypnotisent presque. Pourquoi ? Parce que peut-être existe-t-il un lien entre ces objets et vous, une équation, un mystère à résoudre. Peut-être y a-t-il a une réaction possible, et peut-être en suis-je le catalyseur. Peut-être puis-je vous aider à résoudre cette équation, et peut-être puis-je vous en apprendre un peu plus.
JH COSTUME BLANC
(sarcastique) – Et peut-être va-t-elle cesser de parler enfin, l’illuminée.
FEMME EN ROUGE
(indignée) – L’illuminée ? Moi ? C’est l’hôpital qui se moque de la charité, là.
JH COSTUME NOIR – Qu’est-ce que vous sous-entendez par là ?
FEMME EN ROUGE – Eh bien, que l’autre est…
La femme en rouge s’arrête net, comme coupée dans son élan. Elle scrute alors suspicieusement le visage du jeune homme au costume blanc qui essaie de se montrer particulièrement inexpressif et regarde à droite à gauche.
FEMME EN ROUGE
(posément) – Ah c’était donc ça. Bien joué, je l’admets. C’est de bonne guerre. J’ai failli tomber dans votre piège mesquin, aveuglée par mon emportement. Et me faire éjecter encore une fois. On va donc dire qu'on en est à un partout.
JH COSTUME BLANC – Dommage que cela n’ait pas marché jusqu’au bout, toutefois.
JH COSTUME NOIR – Que s’est-il passé ?
FEMME EN ROUGE – L’autre m’a provoqué et je suis entrée dans son jeu en réagissant avec emportement. Et j’ai failli dire quelque chose qui aurait brisé la loi du silence, qui concerne quelques éléments de cet univers. Et si je l’avais fait, j’aurais tout bonnement été mise hors scène immédiatement. Bien, maintenant, nous sommes donc à égalité et le point suivant sera décisif. Je ne me laisserais pas faire si facilement. Je me suis battue pour obtenir ce rôle, ce n’est pas pour faire de la figuration.
Scène 4
L’inconnue, toujours assise, reprend alors son manège de gestes féminins, ce qui a l’air d’agacer le jeune homme au costume blanc tandis son compagnon semble réfléchir et peser tout ce qui s’est dit. Tout à coup, au moment même où le jeune homme au costume blanc ouvre la bouche pour prendre la parole, la femme en rouge l’en empêche en parlant en même temps.
FEMME EN ROUGE
(faussement ingénue) – Tout de même… Même si je vous apprécie particulièrement, mon chou, je m’étonne que vous en sachiez si peu…
(désignant le jeune homme au costume blanc) Pourtant, l’autre là, lui, il sait tout ce que j’ai dit. Je ne lui ai rien appris de nouveau, jusqu’à présent. Mais il ne vous a rien dit, rien du tout ?
Le jeune homme au costume noir se tourne alors vers son compagnon qui semble embarrassé. La femme en rouge se rapproche alors du jeune homme en costume noir et lui parle près de l’oreille ; elle passe un bras autour de son cou et pointe un index accusateur vers le jeune homme au costume blanc, désarçonné.
JH COSTUME NOIR – Mais c’est vrai, ça… Tu savais qui était cette dame, tu n’as pas du tout semblé surpris en entendant cette histoire d’équation, de lois…
JH COSTUME BLANC
(sur la défensive) – Attends une seconde, mon ange… Je peux t’expliquer, je…
FEMME EN ROUGE – C’est un peu tard, tout de même.
JH COSTUME NOIR – Oui, c’est vrai. Maintenant, c’est un peu tard.
FEMME EN ROUGE – L’autre voulait vous cacher des vérités qui auraient pu écorner l’image que vous aviez de lui. Des vérités qu’il ne voulait pas que vous entendiez, probablement…
JH COSTUME BLANC
(fusillant la femme du regard) – Ne l’écoute pas, mon ange. J’ai mes raisons.
FEMME EN ROUGE – Il sait beaucoup de choses, vous n’avez pas remarqué, mon chou ? Il en sait beaucoup, cependant il ne vous dit qu’un peu, il ne vous dit que ce qui l’arrange au moment qui lui est favorable, et ainsi il vous prend de haut.
JH COSTUME NOIR – Oui, c’est vrai. Il semble toujours en savoir plus qu’il ne veut bien m’en dire.
FEMME EN ROUGE – Et quand vous cherchez à découvrir des choses par vous-même, ne vous en empêche-t-il pas, mon chou ?
JH COSTUME NOIR – Oui, c’est vrai. On dirait qu’il veut m’éloigner des choses essentielles que je désire connaître.
FEMME EN ROUGE
(désignant les lettres) – Ces trois mystérieuses lettres, par exemple. N’aurait-ce pas été un sujet de discorde entre vous ? N’aurait-ce pas été la raison de ma venue.
JH COSTUME NOIR – Oui, c’est vrai. Quand j’ai voulu essayer de découvrir des choses sur ces lettres, il a voulu m’en empêcher.
FEMME EN ROUGE – Des choses que moi, je pourrai vous révéler. Mais il faudrait que nous soyons tranquilles tous les deux.
JH COSTUME BLANC
(plus fort) – Ne l’écoute pas, mon ange.
FEMME EN ROUGE – Dites-lui de disparaître, et je vous aiderai à découvrir ce que vous souhaitez.
JH COSTUME NOIR
(à son compagnon) – Va-t-en !
JH COSTUME BLANC – Tu ne le penses pas, n’est-ce pas ?
FEMME EN ROUGE – Bien sûr que si, n’est-ce pas ?
JH COSTUME NOIR – Bien sûr que je le pense !
La femme lâche alors le cou du jeune homme au costume noir et va voir le jeune homme au costume blanc.
FEMME EN ROUGE – Dites, il n’est pas un peu influençable, votre compagnon ?
JH COSTUME BLANC
(maugréant) – Si.
FEMME EN ROUGE – C’est bien ce que je pensais. Enfin, grâce à lui, deux à un en ma faveur. Je remporte donc cette manche. Et…
(imitant un roulement de tambour) Je reste ! Yes !
Le jeune homme au costume noir semble alors ne plus rien comprendre, comme s’il sortait d’un rêve et qu’il se réveillait. La femme en rouge retourne s’asseoir et recommence son manège. Tandis que le jeune homme au costume blanc se met à tourner en rond rapidement, son compagnon court derrière lui sans le rattraper complètement.
JH COSTUME NOIR
(complètement largué) – Attendez. Que… ?
JH COSTUME BLANC
(passablement énervé) – Tu ne comprends rien ? C’est normal. Tu ne comprends jamais rien de toute manière.
JH COSTUME NOIR – Mais…
JH COSTUME BLANC
(sans prêter attention à son compagnon) – Tu ne comprends rien de rien, et en plus, tu te laisses influencer comme ça par une inconnue. Tu crois que c’est comme ça qu’on va faire avancer les choses ? Et bien non.
JH COSTUME NOIR – Mais…
JH COSTUME BLANC
(même jeu) – J’aurais pu tranquillement et agréablement te guider dans la résolution, mais non. Maintenant, on a une inconnue auxiliaire sur les bras, un élément perturbateur, plutôt. Et merci qui ?
JH COSTUME NOIR – J’ai vaguement l’impression de m’être fait manipuler sans m’en apercevoir.
JH COSTUME BLANC
(s’arrêtant et s’adressant enfin à son compagnon) – Elle t’a eu en jouant sur le principe de l’action et de la réaction appelé également principe des actions réciproques. Je comptais l’utiliser également pour te pousser à la faire partir d’ici. Mais elle a eu la même idée, et elle m’a coupé l’herbe sous le pied en t’embobinant la première pour te faire dire de ME faire partir. Tu sais, c’est un peu comme le principe du pendule de Newton. Imagine trois billes suspendues qui se touchent au repos. Lorsque tu lances la bille de droite sur les autres, la bille de gauche va se mettre en mouvement et se faire éjecter tandis que la bille du milieu restera complètement immobile, comme si de rien n’était.
JH COSTUME NOIR – Ce n’est pas clair du tout…
JH COSTUME BLANC – Cela ne m’étonne pas de toi, mon ange.
JH COSTUME NOIR – Tu vas donc t’en aller à cause de moi ?
JH COSTUME BLANC – Non. La brume ne me laisserait pas passer, de toute façon. Et puis, je ne peux pas me permettre de quitter la scène maintenant. Ce ne serait pas correct vis-à-vis du public, de mes fans et en plus, il n’existe aucune doublure valable pour me remplacer.
FEMME EN ROUGE – Non, mais je rêve ou il se prend pour une star là ? Non, mais regardez-moi ce cinéma.
JH COSTUME BLANC
(redevenant sérieux) – Ce n’est pas du cinéma, c’est du théâtre.
FEMME EN ROUGE – Et si vous arrêtiez de détourner le sujet ?
JH COSTUME BLANC
(légèrement étonné, montrant ce qui l’entoure d’un grand geste circulaire) – Mais nous sommes en plein dedans…
JH COSTUME NOIR – J’aurais plutôt dit que nous étions dans un temple grec.
FEMME EN ROUGE – Oui, un petit temple circulaire.
JH COSTUME BLANC
(soupir, aparté) – Quel grand moment de solitude !
Le jeune homme au costume blanc soupire devant leur incompréhension, quand soudainement la femme en rouge semble avoir compris ou trouvé une idée géniale.
FEMME EN ROUGE – Mais oui ! C’est bien ça. Un grand moment de solitude.
JH COSTUME BLANC
(stupéfait) – Vous avez entendu ce que je viens de dire, là ?
FEMME EN ROUGE – Euh oui, mais bon, comme tout le monde ici présent, je pense.
JH COSTUME NOIR
(aparté) – Moi, je n’ai rien entendu, mais je suppose que cela n’intéresse personne et puis quelque chose me dit qu’il vaut mieux que je ne m’en mêle pas cette fois-ci.
JH COSTUME BLANC – Mais c’était un aparté ! Vous avez triché, là !
FEMME EN ROUGE – Oui, bon, ça va… C’est pas bien grave.
JH COSTUME BLANC – Si, c’est grave, ça rompt la convention théâtrale.
FEMME EN ROUGE – Bon, bon, passons. Et puis, je n’ai rien compris à votre histoire de truc théâtral.
JH COSTUME BLANC – Oui mais ça, j’ai bien compris que le théâtre, ce n’était pas votre truc.
FEMME EN ROUGE – Non, mais je ne vous permets pas ! Ça suffit, maintenant !
JH COSTUME BLANC – Ok, ok, je n’ai rien dit.
FEMME EN ROUGE
(excédée) – Vous l’aurez cherché : vous ne voulez pas quitter cette scène, c’est bien ça ? Et bien, puisque j’ai remporté notre premier duel, voici ce que je réclame pour ma victoire : cette scène prend fin immédiatement. Et tout ce que vous direz dans les premières minutes de la prochaine sera en aparté.
JH COSTUME BLANC – Mais vous n’avez pas le droit de faire ça ! C’est de l’abus. Vous outrepassez vos droits !
FEMME EN ROUGE – C’est ce qu’on va voir. Rideau !
Fin du troisième acte. Rideau.
Un message ne pouvant comporter plus de 75000 caractères, je me vois contraint de poster la suite de cette pièce dans le message suivant, qui se trouve un peu plus loin dans cette discussion. Merci de votre attention et votre suivi de cet écrit.