| Ombre
| [texte] Baronie | | Je voudrai vous raconter ma rencontre avec Baronie ainsi que les quelques moments que j’ai passé à ses côtés.
Je vais commencer par sa fiche d’identité. Baronie est une anglo-arabe pure souche, digne héritière de ses ancêtres, le pur sang arabe et le pur sang anglais. Elle est née il y a 13 ans sur mes chères terres girondines et a été achetée par le centre équestre l’Eperon d’Ornon pour faire du concours complet d’équitation.
C’est une grande jument baie dont les yeux d’ange ne laisse aucunement paraître son caractère facétieux et bien trempé.
La première fois que je l’ai rencontrée, elle participait à la reprise qui précédait la mienne. Elle était sur l’œil, se méfiant de la moindre feuille qui volait. Et lorsqu’elle fit tomber sa cavalière, pour on ne sait quelle obscure raison, j’ai su que cette jument serait une amie. Oui, c’est un peu pervers comme réaction, mais je suis quelqu’un qui a du caractère, et comme dans mes relations avec mes homologues sapiens, j’ai besoin d’un cheval qui a du répondant. Je l’ai donc montée après cet événement, et j’ai découvert une grande émotive à la bouche délicate. Comme souvent avec les anglos, il ne faut pas utiliser la force. Au contraire, il faut user de diplomatie pour gagner leur confiance.
Après cette première expérience forte enrichissante, j’ai continuer à m’occuper de la « folle » jusqu’aux grandes vacances. Entre temps, j’ai appris que cette jument c’était fracturer les hanches parce qu’un cavalier n’avait pas assez ouvert les portes du box avant de la sortir. Pour beaucoup, cela expliquait pourquoi elle ne s’incurvait pas. Pour en revenir aux vacances d’été, ma grand-mère m’offrit un stage de un mois dans le centre équestre. Je devais choisir des chevaux avec qui je passerai 15 jours non stop. Au départ, je voulais Baronie mais la monitrice ne voulait pas, jugeant mon niveau trop faible. J’ai fini par la convaincre, lui jurant que je resterai au manège pour ne pas me blesser. J’avais donc, rien qu’à moi, la miss pendant 15 jours. J’ai pu enfin appliquer quelques méthodes personnelles sur elle, pour voir si elle était vraiment si indomptable que l’on voulait bien le dire. Et, à le surprise générale, la première journée, j’étais assise sur une jument aux ordres, sur la main et incurvée. Tout le monde se pressa autour de moi pour me demander comment j’avais réussi un tel exploit et j’aimais à leur expliquer : « ce n’est pas très compliquer, il suffit de lui accorder un peu de confiance. Au lieu d’avoir les rênes toujours ajustées, les jambes toujours au contact, il suffit de lui laisser un peu de liberté et vous en faites ce que vous voulez. Ca s’appelle la confiance mutuelle ». Pendant ces 15 jours, j’ai pu la sortir en ballade toute seule sans qu’elle me face le moindre bon de gaîté, j’ai pu la douchée sans qu’elle panique, j’ai pu la triturée partout sans qu’elle montre une pointe d’agressivité. Bien sûr, elle restait toujours fidèle à elle-même, peureuse et sensible, mais j’avais réussi à la canalisée.
Ce n’était pas une jument qui s’attachait beaucoup. Indépendante et fière, c’est peut être ce qui m’a le plus plu en elle. D’ailleurs, c’est drôle, mais c’était un peu mon âme sœur équine. Malgré nos différences physiques, je me retrouvais totalement en elle. Accorder sa confiance, oui, mais si trahison il y a, elle sera perdue à jamais. Des moments de complicité, oui, mais un espace de liberté farouchement défendu. Obéissance et dévouement, générosité, oui, mais uniquement aux personnes qui le mérite.
Au départ, cette jument était pour moi un défi. Aujourd’hui, elle est un exemple de détermination et un petit coin de paradis que je me réserve le droit d’emprunter de temps en temps. Elle est indomptable, mais elle m’a quand même acceptée, elle a accepté les hommes. Merci ma grande pour toute la noblesse d’âme à laquelle tu peux prétendre, bien plus grande que celle de nombreux humains. |