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06/05/2005, 07h58 | #1 | | Dieu supérieur
| [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Il existe actuellement deux postes consacrés à la poésie : le premier est destiné à nos propres écris que nous désirons faire partager, le deuxième est un recueil des poèmes laissés par les membres d'Hyjoo sur les différents sujets de ce forum.
Je vous en propose un nouveau afin de poster les poèmes d'un auteur célèbre ou inconnu qui vous ont touché : celui de votre petit ami offert à votre anniversaire, celui de votre poète préféré, celui qui vous a le plus surpris, écoeuré, touché, charmé, envoûté.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
Place à la Poésie

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06/05/2005, 08h04 | #2 | | Dieu supérieur
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Faut bien donner l'exemple, alors je commence. C'est Rimbaud qui m'a éveillé à la poésie alors que je n'y comprenais rien il y a quelques années. J'avais beau avoir scandé les rimes latin et adorré Cyrano de Berjerac, j'étais resté de marbre à la poésie avant de tomber sur ce poème :
Ophélie (écrit par Arthur Rimbaud)
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte trés lentement, couchée en ses longs voiles...
-- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son éepaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
-- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
-- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!
Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !
-- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Les différents détracteurs et analystes de poèmes vous diront que Rimbaud reprend le thème de Shakespeare dans Hamlet... Mais ce n'est pas cela qui m'a marqué et me marque toujours. J'ai vraiment découvert ici le travail d'un poème, la forme sculptée des vers et le fond affiné du sens de chaque mot, de chaque phrase... L'opposition du blanc et du noir qui parcourt tout le poème crée, pour moi, un mélange assez fascinant avec le thème principal de la folie d'un amour impossible et vraissemblablement d'un suicide... (C'est tout du moins ce que je comprend en le relisant). De plus les émotions de cette enfant me parlent autant que les émotions que je ressens en lisant ces quelques lignes. Je me sens... triste, attendri par le sort de cette petite mais en même temps, la description de son corps flottant me parait belle... comme si l'enfant avait gardé la beauté de son innocence par delà la mort... Dernière modification par Tarja : 06/05/2005 à 08h18. | | |
06/05/2005, 10h11 | #3 | | Ombre
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Il faudrait que je vous mette "les Fleurs du mal" en entier pour exprimer mon émotion toujours renouvelée à la lecture des poèmes de Baudelaire.
Ne pouvant me limiter à un poème, j'ai malgré tout effectué une drastique sélection pour n'en garder que deux plus un autre pour d'autres raisons que vous comprendrez plus tard!
Le chat est un poème simple, à plusieurs sens qui a signifiait des choses différentes selon les âges auxquels je le lisais.
Le chat
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.
Charles Baudelaire
Le deuxième est également un grand claissique du sire Baudelaire, où il nous fait part de divers plaisirs, chair, voyage, etc... Son rythme, ses mots, les images qu'il fait naitre sont fascinants.
Invitation au Voyage
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur,
D'aller là-bas, vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir,
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés,
De ces ciels brouillés,
Pour mon esprit ont les charmes,
Si mystérieux,
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe,calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs
Les canaux, la ville entière
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe,calme et volupté.
Charles Baudelaire
J'aurai pu également cité "L'Horloge" dont le texte nous rapelle tant notre état de mortel. Mais en hommage à Géhenne, voici un autre texte, probablement moins connu de Charles Beaudelaire, hommage par son thème, avertissement par son contenu?
Les métamorphoses du vampire
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"
Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
Charles Baudelaire Dernière modification par Miss Mopi : 07/05/2005 à 11h46. | | |
07/05/2005, 12h09 | #5 | | Ombre
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | moi c'est ce poeme qui m'a vraiment touchée...
je l'ai decouvert en lisant un roman qui le citait...
Si... Rudyard Kipling
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils ! | | |
11/05/2005, 19h29 | #8 | | Ombre
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Voici le poême qui m'a donné l'envie d'écrire, il est assez connu et la raison est assez évidente :
Le lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?
Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.
" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
Alphonse de LAMARTINE | | |
11/05/2005, 19h40 | #9 | | Demi-Déesse Miss Hyjoo
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | haaaaa un emoi d'enfant... ce poeme est eternel
Arthur Rimbaud
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. | | |
12/05/2005, 00h59 | #14 | | Dieu Grand Ancien
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Moi c'est un poeme de Jacques Prévert...voyons si j'arrive à le retrouver :
Être ange
C'est étrange
Dit l'ange
Être âne
C'est étrâne
Dit l'âne
Cela ne veut rien dire
dit l'ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu'étrange
Dit l'âne
Étrange est
Dit l'ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
dit l'âne
Et il s'envole.
Désolé si ça fait plus léger mais moi je suis fan éternel même si j'ai dû l'apprendre tout gamin désolé...
Atlas - fier de son bô poème Dernière modification par Atlas : 12/05/2005 à 12h40. | | |
12/05/2005, 01h10 | #15 | | Dieu Grand Ancien
| Re : [Poésie] Les poèmes qui vous ont touchés | | Voilà, amateurs de beauté destructrice, de charme plein de noirceur et de romantisme exacerbé, il manquait à notre communauté d'auteurs celui qui arrache les coeurs enflammés de ses lecteurs dans une composition pour le moins unique...tremblez gothiques car voici la triste et sombre histoire de Boris Vian et de son...Rock Monsieur !
Rock Monsieur
Dans un café des boulevards
Une famille arriva tard
Voulant dîner frugalement
de sardin' au fromage blanc
Mais le maître d'hôtel en noir
Répondit: nous avons ce soir
Potage: Rock en bol
Poisson: Rockillages
Dessert: Rockignoles
Rockfort comm' fromage
Mais si vous aimez mieux
Voilà des rock-monsieur
Rock-monsieur, rock-madame
Rock les p'tits enfants
Très irrité, l'père de famille
Voyant ses garçons et ses filles
Se mettre à danser la polka
Donna des gifles dans le tas
Puis boxant le maître d'hôtel
Il grogna ces mots cruels:
Potage: soupe aux gnons
Poisson: moules raclées
Dessert: gros marrons
Volaille: en volée
Mais si vous aimez mieux
Va pour le rock-monsieur
Rock-monsieur, rock-madame
Rock les p'tits enfants
Puis voulant mettr' un point-virgule
A cette chanson ridicule
Avec ses pauvres enfants
Le papa sortit en pleurant
Tandis que les larbins ravis
Braillaient tout autour de lui
Va donc, consommé
Allez, change de thon
Sortez, choux paumés
Oust! Filez, mignons
Nous ferons des heureux
Avec nos rock-monsieur
C'est bô cela me fait trembler...  | | | Emplacement : | Utilisateurs regardant cette discussion : 0 ( membre(s) et 0 invité(s)) | | | | Rechercher dans cette discussion | | |
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