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[Nouvelle] Retour douloureux à la terre
Section : Création littéraire
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[Nouvelle] Retour douloureux à la terre : Discussion sur le forum Création littéraire (votre edition : Faites nous partager vos écrits, poêmes et autres créations littéraires ou dessinées.)

 
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 Nouvelle Retour douloureux à la terre
 Création littéraire : votre edition
04/05/2008, 21h11 #1
Arckhangelos 
Dieu supérieur
Plumo d'argent

Arckhangelos

[Nouvelle] Retour douloureux à la terre

Voilà après pas mal d'hésitations pour trouver un titre à ma dernière nouvelle, la voici.

Retour douloureux à la terre

Parce que chacun d'entre nous est touché irrémédiablement par la mort...


Mon téléphone vibra dans la poche de mon pantalon. J'appuyai sur la touche « Échap » de mon ordinateur et décrochai. C'était mon père. Il avait une voix chevrotante, pas du tout naturelle. Il a dû se passer quelque chose. Quelque chose de grave : trop d'émotions pour ne rien cacher.
Va-t-il me le dire ou préfère-t-il se taire ? Je lui demande si tout va bien, une manière détournée de chercher une raison à son état. Il semble hésiter à me le dire. J'insiste.

« Ta mère est morte, dit-il rapidement. Désolé. Je n'ai pas eu le temps de te prévenir plus tôt. Elle a eu un accident. Elle...n'a pas souffert. Elle est morte...sur le coup. »

Sa voix se brisa. Et dans le silence qui suivit, je me mis, moi aussi, à
pleurer. Mécaniquement j'éteignis l'ordinateur, pris mon manteau et sortis dehors. On était au début du mois d'avril, le jour commençait à peine à décliner derrière les arbres ; il devait être cinq heure de l'après-midi et la température n'était plus très chaude.

« Préviens les autres, Papa. Je te rappellerai. »

Les larmes aux yeux, je quittai le chemin et m'enfonçai dans les bois. J'avais besoin d'être seul. Vraiment seul. Pas besoin de la compassion des autres, de gens qui cherchent à vous aider en vain. C'est une nécessité. Être seul, avec moi et les souvenirs de ma mère.

C'est fou comme soudain des moments qui m'avaient paru si monotone ou anodin me rendaient maintenant nostalgique. Je voulais conserver dans ma mémoire les moindres détails, la plus petite trace de son existence... Ses petits plats, son odeur parfumé, sa voix douce, ses doigts chaleureux et surtout son sourire, toujours présent sur son visage.

Assis sur une souche, je méditais ainsi, permettant au temps de faire disparaître mes larmes. Réfléchir...avancer. D'un revers de manche j'asséchai mes yeux rougis et me levai. Il faut que je marche, que j'aille de l'avant.

Le portable toujours à la main, je retournai sur mes pas et me dirigeai vers le parking. Je cherchais les clés de ma voiture dans mon pantalon pendant que je me dirigeais jusqu'à ma place. Il fallait que j'occupe mon esprit. Autant aller faire un tour.

Je démarrai et sortis de l'établissement. Il y avait peu de monde sur la petite route que j'empruntais. Je pris la direction du centre ville et me garai le long des quais. Là, j'essayai de tenir le coup en regardant les derniers enfants jouer dans le parc ou des passants pressés de rentrer chez eux.
Mais au contraire, en les voyant, il me semblait retomber en enfance cherchant le visage de ma mère parmi toutes les femmes assises. La peur d'être abandonnée. La joie soudaine de la retrouver. Je me levai alors du rebord et filait rejoindre la foule par une artère de la ville.

Les gens flaînaient autour de magasins. D'autres marchaient de pas précipités. Le tout formait un flux incessant. Marcher sans s'arrêter. Marcher sans but. Quelle direction prendre? J'ai perdu pied. Je ne sais plus où je suis. Alors, je suis le flot sans faire de vagues. Silencieux, au milieu de tout ce bruit, muet, au milieu de toutes ses discussions.

Perdu. C'est bien cela. Cet univers m'est inconnu. Je veux retourner dans mon monde. Cet endroit chaleureux... J'ai envie de crier : hurler à l'infini. Que tout ceci disparaisse, que tout redevienne comme avant... Oui, comme avant.

Je fais demi-tour. Je traverse les rues sans trop relever la tête. Ils font tous trop de bruit. Leur voix, leur sourire, je veux que tout cela cesse. Laissez-moi en paix.

J'avance. Je me mets à courir lentement d'abord, puis, de plus en plus vite. Il faut que je m'éloigne. Être loin. Loin de tous, loin de tout. Direction ma voiture. Sauvé, je suis enfin dans ma mini-bulle.

Je quittais la ville bondée par les gens rentrant chez eux. Moi aussi. C'était à présent clair dans mon esprit : il faut que je rentre à la maison. Ils avaient surement besoin de moi là-bas. Je pouvais me permettre de louper un devoir mais il fallait que je passe cette épreuve, un baptême du feu. Au lieu d'être seul, mieux vaut que nous soyons ensemble et unis. Un besoin oppressant de soutien comme si je n'étais plus capable de marcher tout seul.

Je prenais l'autoroute par la première bretelle que je vis et filai dans la nuit tombante. Là, la circulation était moins encombrée. Coupant la radio à cause de leurs incessantes pubs ou discussions tout à fait inutiles, je fouillais rapidement la voiture à la recherche d'un CD à passer.

Dès les premières paroles entonnées, après une courte intro à la guitare, je chantai avec force mon mauvais anglais. Vider son esprit. Devenir une machine gardant le rythme. S'empêcher de s'effondrer. Pas tout de suite, pas maintenant. Seulement avaler des kilomètres, les uns après les autres, sans s'arrêter.

Je me garai toutefois, quelques temps après dans une station service pour faire le plein. Je commençai par faire le plein. Ensuite, je pris conscience que j'étais parti précipitamment sans prévenir personne, je téléphonai rapidement à deux personnes de ma classe afin de les mettre au courant de mon absence puis, ce fut le tour de mon père auquel je ne laissai aucune échappatoire. Au point où j'en étais, je venais : c'est tout.

J'entrai dans la station et longeai les rayons à la recherche de quelque chose à grignoter. Arrivé à la caisse, je vis les paquets de cigarettes derrière le comptoir. Fracture intérieure. Après quelques secondes d'hésitation, je déposai en plus de la nourriture, un briquet pris sur un présentoir et demandai un paquet..

Désolé maman. Je sais que je t'avais promis d'arrêter, mais là... tu comprends, j'en ai vraiment besoin. J'espère que tu me pardonneras.
Je courrai sous la pluie et mangeai dans la voiture. Allongé sur la banquette, je délaissai mon sandwich pour une cigarette que je fumai lentement. Les idées voltaient au-dessus de ma tête, mêlée à la fumée qui s'échappait par la fenêtre entre-ouverte.

Je repartais dans la nuit noire, en beuglant ces vieilles chansons de rock pendant une bonne partie du reste du trajet en m''essuyant de temps en temps les yeux du revers de la manche.
Enfin, j'arrivais dans ma ville. Je passai devant mon école primaire. Là, je m'arrêtai au passage piéton. Je me revoyais plus jeune, marchant au côté de ma mère et lui racontant tout ce qui s'était passé ce jour-là...Insouciance infantile.

Une larme coula sur ma joue. C'est fou comme ça fait mal. Pourquoi suis-je revenu ici. Si déjà, ici, je suis nostalgique, qu'est-ce que ce sera quand je serai à la maison. Mais qu'est-ce que je fais?
Un léger coup de klaxon. Je m'excuse et je repars. Je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir. En tout cas pas suffisamment. Je n'aurais peut-être pas dû venir. Maintenant, la souffrance est là.

Non, il me faudra bien passer outre. De tout manière, je vais devoir vivre avec...

Même si en entrant chez moi, son odeur est encore empreigné dans les murs, même si je crois encore la voir dans chaque pièce, je dois endurer cette douleur, c'est le prix à payer pour tous les êtres vivants.
La vraie mort vient finalement après la mort elle-même, lorsque l'on oublie. Tant qu'il y a quelqu'un pour se souvenir de vous, des preuves intimes de votre existence, vous restez en partie vivant. Mais sinon, vous n'êtes rien de plus qu'un nom sur une tombe.

J'avançai jusqu'à chez moi, ma mémoire me tiraillait de tous les côtés. Je me déplaçais lentement, j'avais la vue brouillée par les larmes, comme si je venais juste de faire une grosse bêtise que j'appréhendais la colère parentale.

Arrivé devant la porte, j'avais du mal à trouver la serrure. J'appuyai alors ma tête contre la porte et cherchai à tâton la sonnette. Quelques secondes à peine après, mon père ouvrit la porte et je tombai littéralement dans ses bras.

Il me serra puis me pris par les épaules et me regarda droit dans les yeux. Il me remercia d'être venu. Après une courte discussion, je partis me coucher. En tout cas, c'est ce que je croyais. On a beau être fatigué, s'endormir reste compliqué...

Le lendemain, je me cherchais avec mon père de tout ce qui est de la cérémonie de l'enterrement et de prévenir de la date toute la famille.

Ensuite, s'arranger pour que le maximum puisse venir en s'organisant sur les
horaires des trains, des hôtels pour ceux qui viendraient de plus loin. Les démarches finies, on serait enfin tranquille.

La cérémonie commença deux jours après vers dix heure. Malgré le fait que l'on soit au milieu de la semaine, la plupart des personnes avaient pu venir. La Mort décide donc des plus grandes réunions de familles, chacun d'entre nous arriva au cimetière dans le calme religieux qu'inspire l'enterrement.
Je n'ai pas beaucoup de souvenir de tout ce rituel se déroulant en ma présence : mon esprit était ailleurs, ma vue brouillée. Je n'ai même pas retenu l'air du requiem.

Les seules choses que je sais, c'est que j'ai jeté la poignée symbolique de terre et qu'ensuite je serrais fortement mes poings de rage et de dépits. Depuis mon coeur je criais après toi, que tu ne disparaîtras jamais de nos âmes, que tu vivras à travers nous car l'empreinte que tu y as laissées est ineffaçable.

Après? On est allé prendre un repas de famille, la gaieté en moins. Chacun essayant tant bien que mal de mettre en semblant d'ambiance. Cacher sa peine, c'est tellement difficile quand elle est si profonde. Certains sont bien sûr moins sensible à cette disparation que d'autres, ce que je comprends tout à fait, mais, moi, j'aurais préféré, un plus petit comité, qu'avec les âmes ébranlées...

Je suis reparti le lendemain. Je ne pouvais pas me permettre de disparaître trop longtemps et il fallait que je retrouve une occupation qui tente de monopoliser mon attention.

J'écrase ma cigarette et prend mes affaires. Je jette un coup d'œil dans le ciel.

« Promis maman, c'est la dernière. »

Je broie le paquet dans une main et le lance dans la poubelle. Maintenant, il est temps pour moi de retourner dans le monde et d'y vivre à nouveau...
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