L'ASSOMMOIR
Auteur: Émile ZOLA
Né à Paris le 2 Avril 1840, Émile Zola est journaliste, écrivain et est considéré comme le chef de file du naturalisme.
C'est aussi un des romanciers français les plus traduits à travers le monde et l'un des plus adaptés à l'écran.
Sa fresque littéraire, "Les Rougon-Macquart", dépeint la société française sous le second empire au travers du destin des personnages d'une même famille.
Bénéficiant de l'essor de la presse dans la seconde moitié du XIXème siècle, Zola commence sa carrière de journaliste dans des journaux opposés au régime.
Écrivant des critiques littéraires, Zola peut aussi publier ses œuvres et devenir ainsi une personnalité médiatique très reconnue.
"L'assommoir", écrit en 1877, fut le livre qui lui permit de gagner de l'argent et d'être reconnu en tant qu'écrivain à part entière, ce qui pour l'époque était assez exceptionnel.
Zola s'implique également dans la défense de causes sociales, artistiques ou littéraires.
Ainsi lorsque dans les dernières années de sa vie, il prendra parti dans "L'affaire Dreyfus", il s'impliquera un peu plus dans la vie publique française tout en se refusant à verser dans la politique et s'attirera nombres de soucis et d'ennemis.
Son article intitulé "
J'accuse" reste, par ailleurs, un des articles les plus connus de la presse française.
Cette prise de position lui vaudra un exil en Angleterre pendant un an.
Zola meurt le 29 Septembre 1902, à Paris, asphyxié par la cheminée de sa chambre, sans qu'il est jamais été établi si sa mort fut accidentelle ou non.
Anecdotes:
Zola se présenta 19 fois à l'Académie Française, il ne fut jamais accepté.
Au jour d'aujourd'hui, les médecins s'accordent encore à dire que la meilleure description d'un delirium tremens est celle écrite par Zola dans l'assommoir.
Bibliographie:
Genre: Roman
Résumé:Gervaise, petite provinciale boîteuse, monte à Paris avec Lantier son amant et leurs fils, Étienne et Claude.
Très vite, Lantier s'avère fainéant et infidèle et Gervaise décide de le quitter.
Elle est alors courtisée par Coupet, un ouvrier zingueur, qu'elle accepte tant par faiblesse que par lassitude.
Ensemble, ils ont une petite fille, Nana.
Grâce à l'aide de son voisin, Goujet qui est amoureux d'elle, Gervaise ouvre une blanchisserie, Rue de la Goutte d'Or, et malgré l'accident de son mari qui ne peut plus travailler, l'argent ne manque pas.
Lantier revient et Gervaise accepte de l'héberger, ils redeviennent amants.
L'attitude de Lantier pousse Coupet à se mettre à boire, au bar du Père Colombe, ou l'on sert un fameux alcool, nommé l'assommoir.
Submergée par cette situation qui lui échappe, Gervaise commence à boire aussi.
Rapidement, elle perd tout, statut, mari, enfants, logement.
Dans un dernier sursaut, elle tente de redresser la barre en se prostituant.
Mon avis:
Je dois avouer que c'est mon préféré chez Zola.
Cette histoire c'est l'apologie de la misère, c'est le sentiment brut de la déchéance, et de la fatalité.
Zola est un auteur qui sait décrire avec des mots tellement simple les situations les plus complexes, qu'on ne peut que les vivre à travers l'héroïne.
Et puis, bien entendu, voir Gervaise qui se débat avec force et courage au début puis qui lentement se laisse couler et une sensation assez particulière.
Forcément, quand on lit du Zola, on sait qu'une issue favorable est quasiment impossible, mais on garde l'espoir quand même que cela se réalise.
Ce livre met en avant, une descente aux enfers, l'alcool qui prend le pas sur le reste, la fainéantise, la misère, la perte de tout..le relâchement des liens familiaux, l'oubli des sentiments, de l'estime de soi pour aboutir à la honte et la mort.
Les passages du repas, symbole de l'aisance matérielle de Gervaise et Coupet, ou de la canicule quand Gervaise repasse et se laisse aller à une certaine langueur, sont des moments de bonheur à l'état naturel, on ressent presque la chaleur du fer ou la nourriture qui fond dans la bouche.
On s'attend presque à relever la tête du livre et se trouver dans l'appartement de la Goutte d'or.
C'est ce qui fait la force de narration de l'auteur, cette aptitude à retranscrire les choses comme s'il les voyaient.
On sent aussi dans le personnage de Gervaise, un sentiment assez contemporain: l'élévation sociale.
En effet, Gervaise essaye de lutter contre sa fainéantise et ses penchants alcooliques héréditaires.
D'autre part, elle essaye de s'élever de sa condition de repasseuse en devenant patronne.
Cependant, le fait qu'elle échoue à devenir une autre, nous fait nous poser la question de la fatalité et de l'impossibilité à sortir de son milieu social si on n'a pas un minimum d'argent.
L'expression de la déchéance de Gervaise, montre aussi la jalousie des gens qui souhaitent fortement qu'elle ne réussisse pas à garder sa boutique, faire un peu d'argent et être une femme comblée tant dans son métier qu'avec ses enfants.
Quand elle perd tout, tout le monde lui tourne le dos, il n'y a personne qui lui tend la main, et elle subit même la honte et l'avilissement ultime à la fin du roman.
L'oubli...
En tout cas, un livre toujours très actuel tant au niveau de la misère humaine qu'il dégage que dans la sensation de perte de soi quand on perd tout.