Nouvelle terminée!
Après un intermède gaïen ( et ce pour mon cher Alton, et je suis ravi que cet intermède lui ait plu ), me voici avec ma cinquième nouvelle:
Séquestré.
Un ciel bleu comme je n'en avais pas vu depuis longtemps! La lumière du soleil m'éblouit les yeux.
Je coure loin de ce cauchemar, loin de cette prison qui fut ma maison!
*******
La sonnerie de la fin des cours retentit dans tout le collège. Le professeur de maths qui écrivait encore au tableau fit, tout en continuant d'écrire à l'aide de sa craie blanche:
- Je finis ce point, je vous rends vos contrôles de la semaine dernière et je vous laisse partir!
De nombreuses exclamations retentirent dans toute la salle. Moi, je continuais d'écrire le cours. Je vis que certains avaient arrêter de copier et ils n'attendaient plus qu'une seule chose, que le prof annonce la libération.
Enfin il reposa la craie, attrapa le paquet de copies disposé sur le bureau depuis le début de l'heure faisant impatienter tous les élèves et lança pendant qu'il rendait les devoirs:
- Bon, pour demain, je tiens à ce que vous fassiez les exercices douze et treize de la page 79 ainsi que .....
- Oh non, monsieur! Vous n'avez pas le droit, demain on a un contrôle en histoire et on a d'autes devoirs à faire déjà! Vous nous donnez beaucoup trop de travail à chaque fois!
Monsieur Clerc avait laissé Fabien finir sa phrase et reprit:
- Je disais donc, monsieur Fabien, que vous me ferez les exercices douze et treize de la page 79 ainsi que les exercices dix-sept et dix-neuf de la page 81. Et je ramasserais le travail de mesdemoiselles Emilie et Amandine ainsi que celui de monsieur Fabien.
- C'est pas juste, monsieur! Vous avez encore pris mes exos aujourd'hui!
- Et bien, tant pis, je reprendrais tes
exercices, demain! Comme ça, tu sauras qu'à l'avenir, tu ne devras plus me couper la parole. Bon sur ce, au revoir à tous! Et bonne soirée.
Alors qu'un énorme brouhaha commençait à se faire entendre, j'entendis tout de même Fabien dire à quelqu'un:
- Bonne soirée! Il est drôle, celui-là! Il nous donne pleins de tafs à faire alors qu'on est déjà surchargé de travail. Il m'énerve cet imbécile.
Moi, je l'aimais bien le professeur de mathématiques surtout qu'il nous appelait tous monsieur et mademoiselle et je trouvais qu'il nous respectait autant que nous devions nous le faire auprès des enseignants. Tout le monde était sorti, il ne restait plus que monsieur Clerc, ma meilleure et unique amie Karine et moi. Elle m'attendait à la porte impatiemment. Monsieur Clerc rassemblait tous ses papiers dans son vieux cartable. Je fermais mon sac-à-dos et dis:
- Au revoir, monsieur! Bonne soirée et à demain!
- Au revoir, monsieur Killian! Bonne soirée et on se voit demain!
Je rejoignis Karine à la porte et nous sortîmes tous deux en même temps. Celle-ci me fit:
- Pourquoi tu es toujours aussi respectueux des professeurs, Killian?
- Je ne sais pas. Je suis poli, c'est tout! Il me semble naturel de dire aussi bien bonjour, que de dire au revoir aux gens.
- Pfffff! Tu es bête. Je crois qu'ils se désintéressent totalement de la politesse de leurs élèves.
Je ne fis aucune réponse à Karine et un silence gênant prit place entre nous deux. Il était rare qu'on reste tous deux silencieux aussi longtemps. Et l'on arriva jusque devant chez elle sans que nous prononcions un seul mot de plus. Arrivés devant la grille, elle m'embrassa sur la joue et cria presque:
- A demain, Killian!
- A demain, Karine!, répondis-je.
Et alors qu'elle avait déjà disparu, je poursuivis:
- Bonne soirée et dors bien surtout!
Resté bête sur le trottoir, je repris ma marche après quelques instants. Le hasard avait voulu que ma meilleure amie et moi ayons un prénom commençant par la lettre K. J'aimais beaucoup le mien et c'était l'une des rares choses que je devais à mes parents.
Mon père, Charles-Henri, était un aristocrate roulant sur l'or. Son but dans la vie était d'amasser les richesses et de pester sur les gens moins aisés que lui. Il me haïssait et je le lui rendais bien, même si je n'avais jamais osé le lui dire ou même me rebeller face à sa stupidité.
Ma mère, Anne-Sophie, était une femme rigide et futile. Son unique intérêt était elle ou tout ce qui pouvait la mettre en valeur, c'est-à-dire être bien maquillée, être bien coiffée, être bien vêtue, avoir une belle voiture, .... enfin bon bref, vivre dans le luxe et les pacotilles.
Moi, Killian, je suis leur fils unique. Introverti, je ne parle avec personne dans mon entourage. A la maison, mon père m'ignorait, ma mère me prenait pour son valet et le personnel de service s'employait à suivre le code de conduite de la maison, c'est-à-dire interdiction d'ouvrir la bouche à moins d'y avoir été invité par l'un de mes parents. Il m'était strictement interdit de parler aux domestiques.
Tout comme, il m'était prohibé de sortir le soir, le week-end et pendant les vacances. Au final, je passais mes journées au collège avec Karine pour unique amie et mes seuls moments de liberté étaient ceux où je partais pour l'école le matin et ceux où je revenais à la maison. Traîner dans les rues m'était défendu. J'avais le droit à quarante-cinq minutes pour rentrer chez moi. Pas une seconde de plus.
Vous devez vous demander comment se fait-il qu'un enfant de riches, comme moi, ne disposait pas d'un véhicule avec chauffeur pour me conduire! La réponse est toute simple: mes parents en ont rien à faire de moi. Je suis à leurs yeux qu'un objet de foire que l'on montre à l'occasion des grandes soirées mondaines: " Regardez mon fils comme il est beau dans ce costume Passara! " ou " Il nous a encore ramené un dix-huit en français! Oh bien sûr nous l'avons un peu réprimandé pour cette légère baisse mais le résultat n'est pas si mauvais! "; et là elles se mettent à glousser comme des dindes et ma mère m'écarte discrètement du bras car mon rôle pour la soirée est fini.
Voilà la triste réalité de ma vie jusqu'à ce soir!
Je n'ignorais pas que le quinze que je ramenais du devoir que monsieur Clerc venait de nous rendre allait énerver mes parents. Je n'avais jamais obtenu une note plus basse que dix-huit, sauf en sports mais mon père disait que l'éducation physique et sportive était faite pour les pauvres écervelés et que nous étions bien au-dessus de cette culture sportive vulgaire et dégradante. Cependant, je n'étais pas mauvais en sports, ma moyenne tournait dans les alentours de quatorze. Déjà mes dix-huit faisaient grincer des dents, alors ce quinze.
Lorsque je regardais ma montre, je fus effaré en voyant qu'il ne me restait plus que cinq minutes pour arriver chez moi. Je me mis à piquer un sprint, mais le problème est que j'étais encore assez loin de la maison. Courant à toute vitesse, je manquais de peu de me faire écraser par une voiture. Arrivant à l'immense grille donnant sur le parc, je l'ouvris et me remis à détaler. Essoufflé, je ne perdis pas un seul instant pour frapper à la porte. Regardant mon poignet, je fus rassuré car mon compte-à-rebours que je venais d'interrompre affichait encore sept secondes.
Peu de temps après, le majordomme ouvrit la porte sans dire un mot, comme la règle l'exigeait et je me tus aussi. Je vis effrayer un cerbère qui m'attendait devant la porte du petit salon tenant dans la main un petit appareil à l'écran translucide. Le cerbère n'était autre que ma mère plantée comme une statue de marbre à l'air sévère me montrant son compte-à-rebours à elle qui affichait me semble-t-il ( j'étais un peu loin pour distinguer les chiffres clairement ): -2. Tremblant comme une feuille à cause de la fatigue dûe à ma course effrénée et en raison du regard foudroyant et supérieur de ma mère, je voulus m'excuser:
- Je suis désolé, mère! Mais vous .....
-
Tais-toi! Qui t'a permis de me parler. T'ai-je autorisé à t'exprimer? Tu es ....
- Mais mèr......
-
Tu récidives en plus! Mais quel toupet, espèce de sale garnement, d'enfant pourri gâté! Ton père et moi avons toujours été trop bon avec toi! Il t'est interdit de parler tant qu'on ne te l'a pas fait savoir, nous pensions te l'avoir inculqué, graine de délinquant! Je vois sur cet écran que tu as deux secondes de retard et cela est inadmissible dans cette maison. Tu seras puni, ton père et moi déciderons ensemble de la punition adéquate à cet écart. Et maintenant, file dans ta chambre, je ne veux plus te voir dans mes jambes.
Ma mère s'avança jusqu'à moi, me gifla et elle retourna dans le petit salon. Le majordomme avait pris la poudre d'escampette depuis longtemps et il avait eu bien raison car lorsque ma mère est en colère, elle se fiche de savoir qui est face à elle.
Je pris mon sac que j'avais posé au sol et entrepris de monter dans ma chambre mais une voix criarde se fit entendre depuis le salon:
-
N'oublie pas de déposer ton contrôle de mathématiques sur la console du bureau à ton père. Du moins, il me semble que c'est aujourd'hui que vous deviez recevoir les résultats.
- Oui mère, on les a reçus!
-
Je ne t'ai pas encore autorisé à parler! Je disais qu'il me semblait que tu devais obtenir ta note en algèbre, aujourd'hui. C'est cela, Killian? Tu peux me répondre, maintenant!
- Oui, je l'ai eu, mère!
-
Très bien, fils! Tu peux disposer.
Je montais les marches trois par trois et arrivais sur le palier du premier étage. Longeant le couloir de gauche, j'ouvris la dernière porte au fond, lourde. Derrière celle-ci, mon père travaillait à son bureau et ne me jeta pas un seul regard. J'ouvris mon sac et je déposai sur la console en ébène la feuille de papier sur laquelle était écrit en rouge:
15 / 20 Très bon travail, monsieur Killian!
Sortant immédiatement de la pièce, je m'échappe le plus rapidement possible de l'antre de mon père. Gravissant les escaliers, quatre par quatre cette fois-ci, je dépassais le second étage et atteignis enfin le troisième étage et me rendis dans ma chambre.
Habitué par cette atmosphère lourde et inamicale qui flottait quotidiennement dans la maison, je me mis tout de suite à travailler mes exercices d'anglais sans chercher à évacuer ce sentiment de manque d'amour que je ressentais fort ce soir là. Un peu plus tard, m'interrompant dans un exercice d'espagnol, une peur soudaine m'envahit.
Je ressortis de ma chambre et descendant jusqu'au rez-de-chaussée, je me rendis jusqu'aux pièces réservés aux domestiques, des petites pièces froides et inhospitalières que ceux-ci tentaient d'ennorgueillir avec des effets personnels ou des rideaux. Le problème, c'est que lorsque ma mère passait par là ( oui, cela lui arrivait de temps en temps ), elle récupérait tous les rideaux pour les découper et les utiliser à la décoration de son boudoir ou autre. J'ouvris le tiroir où je savais pouvoir trouver le double de toutes les clés de la maison et vis que ces dernières étaient dotés d'un petit pense bête indiquant à quelle pièce elle correspondait. Trouvée, je la pris et remontais aussi vite et aussi discrètement que possible.
Une fois dans ma chambre, je m'appuyais contre la porte qui se referma sourdement et je serrais la clé entre mes deux mains. Me rasseyant au bureau, je la déposais à côté de mes cours et repris mes exercices.
Ce ne fut que bien plus tard, alors que je révisais pour mon contrôle d'histoire du lendemain, que je l'entendis:
-
Oh, le saligaud! Anne-Sophie! Anne-Sophie! Anne-Sophie! .....
J'entendais mon père qui hurlait tout en frappant contre le mur de ses poings, je pouvais en parier. Tentant de garder mon calme, je regardais la clé que j'avais chapardée quelques heures auparavant. Pendant ce temps, mon père appelait toujours ma mère avec sa voix grave et tonitruante depuis son bureau.
-
Que se passe-t-il, Charles-Henri? Charles-Henri? .....
Ma mère criait aussi fort de son côté depuis le petit salon où elle se trouvait toujours. Aucun des deux ne semblaient disposer à se déplacer jusqu'à l'autre.
-
Anne-Sophie, tu m'entends?
- Oui, je t'entends, Charles-Henri!
- Rejoins-moi dans mon bureau.
Je voyais aussi très bien la scène de ma mère dans le petit salon, debout en train de tapoter nerveusement du pied au sol et toujours sans avancer faire sa dernière réponse à mon père avant enfin de se rendre sur place. Et d'ailleurs sa réplique ne tarda pas et semblait en effet toujours provenir de la même pièce:
-
J'arrive tout de suite!
Presque l'instant d'après, une porte claqua au rez-de-chaussée, signalant que ma mère s'était enfin mise en marche vers mon père.
-
Anne-Sophie?
- Oui, Charles-Henri, j'arrive!
Les talons de ma mère claquèrent dans les escaliers en faux marbre. Puis, après un court silence, j'entendis mon père claironné:
-
Regarde-moi ce torchon, Anne-Sophie! J'ignore ce que nous avons mérité pour avoir un tel cancre, mais nous ne devons pas laisser passer cela sans réagir!
- Oh, mon dieu! Mais quelle horreur, un quinze sur vingt.
- Anne-Sophie, nous allons devoir sévir et durement là.
- Oui, je crois que nous n'avons plus le choix. Tu ne sais pas qu'il est arrivé ce soir avec deux secondes de retard à la maison, et qu'il a osé d'autant plus à trois reprises me parler sans autorisation.
- Non, je l'ignorais! Mais alors, la punition sera drastique. Nous devons mettre fin à tout cela.
- Oui, optons pour la Punition Optimale, Charles-Henri!
- C'est bien à la Punition Optimale que je faisais référence quand j'ai parlé de punition drastique. Allons-y, Anne-Sophie!
Je ne comprenais pas pourquoi mes parents continuaient à crier comme s'ils étaient toujours séparés par un étage, mais plus la discution avançait, plus je prenais peur. Je finis par prendre la clé dans mes mains et lorsque ma mère prononça, les termes de Punition Optimale, mon sang ne fit qu'un tour et je m'élançais sur la porte pour fermer à double tour, cette dernière.
Je connaissais que trop bien la sévérité de mes parents et si j'ignorais ce qu'entendait mon père par " drastique ", les termes de Punition Optimale dans la bouche de ceux-ci me fit avoir des sueurs et des tremblements. Ils n'avaient jamais fait allusion auparavant d'une telle punition et je ne tenais pas à savoir à quoi ils faisaient allusion.
Je savais que la lourde porte en chêne véritable ne pourrait être défoncée. Et je savais donc que je gagnais du temps sur mes parents. Mais combien de temps, pourrais-je rester enfermé dans ma chambre?
Les pas de mes parents approchaient doucement de la pièce. Et puis, la poignée de la porte s'abaissa enfin, mais celle-ci ne s'ouvrit pas. Loin de sourire, je me recroquevillais dans un coin. La voix de mon père se répercuta certainement dans toute la demeure:
- La porte est fermée? Comment se fait-il que cette porte soit fermée, fils? Ouvre-la immédiatement! Ta mère et moi voulons te parler! Nous ne te ferons rien, c'est promis!
Je ne répondis pas, et au fond de moi, une pensée sourit au fait qu'il était logique que je ne le fasse pas car on ne m'avait point autorisé à parler. Mais ma mère réagit au quart de tour et fit:
- Réponds à ton père! Je t'autorise à parler. Ouvre donc cette porte!
- Oui, moi aussi, je t'autorise à parler. Réponds nous fils!
Je restais silencieux, sentant ma gorge me picoter. La tristesse arriva comme une vague en moi, détruisant toutes les barrières que j'avais pu construire en moi. Les larmes ne tardèrent pas et je tentais de cacher mes pleurs aux oreilles de mes parents.
-
Anne-Sophie va me chercher la clé! De toute façon, on te sortira de là, fils! Alors, je te conseille d'ouvrir cette porte rapidement.
Je n'avais encore jamais entendu mon père fulminer de rage à ce point. En temps normal, mes parents me battaient déjà, je n'avais pas besoin d'une punition plus dure. Alors d'entendre mon père fou de rage, je pris la décision que cette pièce resterait fermer aussi longtemps que possible. J'entendis les talons de ma mère courant dans le couloir.
-
Tu ne perds rien pour attendre, petit morveux! Ouvre cette porte avant que je ne la démolisse! Tu vas m'ouvrir!
Mon père se tut. J'ignorais, s'il entendait les légers gémissements que je provoquais en tentant d'étouffer mes sanglots. Je serrais mes bras contre mes jambes pour me faire le plus petit possible. Ma mère dévalait, elle, les escaliers.
-
Fils? Fils? Je ne te frapperais pas, je te le promets! Si tu ouvres cette porte, nous pourrons discuter tranquillement ta mère, toi et moi. Crois en ton père!
- Ne l'écoutez pas Killian! Il vous ment. Vos parents te batteront comme à leur habitude!
Je reconnus immédiatement la voix jeune et douce de la femme de chambre, malgré le ton haut utilisé. Mon père s'exclama:
-
Toi ici! Dégage petite peste! Tu es renvoyée, salope.
Une lourde claque retentit jusqu'à mes oreilles, puis une deuxième, une troisième, ..... Déborah poussait des cris douloureux.
-
Comment oses-tu intervenir dans une discussion entre mon fils et moi? Disparais de cette maison! Va-t-en sinon je te frappe encore et encore.
-
Ne perds pas courage, Killian! Je pré.....
- Tais-toi, jeune impudente!
Un bruit sourd provenant des escaliers se fit entendre, comme la chute lourde d'un corps.
Je m'exclamais:
- Déborah? Déborah, vous allez bien? Déborah, répondez-moi!
- Fils, je te somme d'arrêter de parler, tout de suite! Déborah va très bien, elle a juste fait tombé un meuble dans l'escalier.
- Je ne te crois pas! Déborah, réponds s'il te plaît!
- Ne parle pas sans permission, fils!
Mettant mon oreille contre la porte, je n'entendais rien de plus que des petits bruits dont je n'arrivais pas à assimiler la provenance. Puis les talons de ma mère claquèrent de nouveau dans les escaliers.
Je reculais et me remis en boule contre le mur du fond. J'étais inquiet de ne plus entendre Déborah. Ma mère s'arrêta derrière la porte et répondit à mes inquiétudes:
-
Ne t'en fais pas pour Déborah, elle s'est un peu blessée en tombant contre le meuble et ton père la descend pour qu'elle se soigne. Maintenant, je te laisse une dernière chance pour m'ouvrir cette porte. Alors? Tu as le droit à vingt secondes pour le faire.
Je ne crus pas un seul instant aux propos de ma mère sur Déborah et j'avais nullement l'intention d'ouvrir. De toute manière, j'avais laissé la clé dans sa serrure.
Après quelques instants, j'entendis le cliquetis caractéristiques de la clé dans la serrure. Mais rien ne se produisait. Puis, j'entendis ma mère pester:
-
Tu as laissé la clé sur la porte! Retire-la! Je vais devoir appeler ton père. Enlève-moi cette clé de là!
Ma mère insistait mais elle ne pouvait pas la faire tomber car j'avais tourné cette dernière.
-
Charles-Henri, ce satané garnement a laissé la clé dans la serrure.
- Pas besoin de clé!, cria mon père depuis un étage inférieur.
Mon père parlait de quoi. Mon appréhension montait de minutes en minutes. Puis mon père arriva et un bruit énorme fit vibrer la porte. J'eus l'impression que mon père frappait la porte à coup de hache. Après trois coups, un petit bout de la lame apparut. Et mon père continuait. Que comptait-il faire de la hache lorsque le passage serait ouvert? Mon corps se mit à trembler de plus en plus. Je vis mon père tout d'abord surgir dans la pièce, suivit de près par ma mère. On eût dit des taureaux prêts à charger et je fermais les yeux.
Je perçus le son de la hache jetée au sol. Et le premier coup de pied arriva en pleine figure. Je tins bon. Le second suivit tout de suite après. Et je tins encore, même si je sentis un liquide chaud couler sur mon arcade sourcillière. Le troisième fut le bon, je tombais au sol gardant ma position foetale pour me protéger au mieux des coups. Je ne comptais plus les suivants.
Puis la voix de ma mère demanda:
- Laisse m'en un peu, Charles-Henri! Regarde, tu l'as déjà bien abîmé. Où est-ce que je peux lui faire mal, moi maintenant?
- Ne t'en fais pas, il reste de quoi faire encore.
Après une courte pause, je sentis quelque chose de dur me frapper à la hanche. Je sus que ma mère avait pris le relais car ma mère frappait toujours à l'aide d'un objet, souvent elle optait pour le tisonnier, mais j'ignorais ce qu'elle utilisait en l'occurence. Elle appelait ça battre le fer tant qu'il est encore chaud, ça l'amusait beaucoup. Et surtout ça lui permettait d'en parler en compagnie sans que celle-ci ne comprenne réellement ce qu'elle sous-entendait et ainsi elle optenait une approbation à ces gestes infâmes.
Enfin satisfaits, ils me laissèrent un moment. Mon corps n'était plus qu'une boule de feu qui hurlait de partout sa souffrance.
- Tu lui mets un foulard autour des yeux et moi je prépare la pièce!
- Je suis partante, Charles-Henri! Je reste ici, je devrais trouver de quoi lui bander les yeux dans son armoire.
J'entendis des pas s'en aller. Mais mon esprit s'embrouillait en raison de la faiblesse de mon corps et surtout des paroles incohérentes échangées entre mes parents. Je bataillais pour ne pas m'évanouir et savoir ce qu'on faisait autour de moi.
Soudain, je sentis des mains froides soutenir mon visage et l'on glissait un tissu quelconque autour de mes yeux. La voix de ma mère se fit douce à mon oreille:
- Ne t'en fais pas, fils! Ton père et moi allons bien nous occuper de toi, maintenant. Sais-tu que tu vas avoir la chance d'avoir de longues, longues vacances?
A peine le dernier mot fut sussurer, qu'elle me remit des coups avec le même objet contondant.
- Tu aimes ça, n'est-ce pas?
Mes parents ne m'avaient jamais passé à tabac comme ils le firent ce soir là. Je m'étais souvent demandé s'il n'en tirait pas une jouissance et j'eus ma réponse à cet instant: oui, ils en procuraient du plaisir.
J'étais brûlant de partout. Je sentais mon corps en fusion: il hurlait, il ne demandait qu'une seule chose, c'était de retrouver la paix, la sérénité car il était en souffrance. La peau s'enflammait, les muscles battaient, les organes tiraient: il était en bataille, une bataille qu'il livrait avec lui-même pour résister aux assauts. Mais il s'agissait d'une guerre perdue d'avance. Il faiblissait à chaque assaut, le froid l'envahissant, la chaleur le quittant. Je n'avais plus conscience d'être battu. J'étais battu. J'avais froid et je voulais que des bras me réchauffent, des bras aimants. Des bras que je n'avais pas connu. Existaient-ils?
Je perdis conscience.
*******
Lorsque je me réveillais, je ne pus bouger tellement mes membres étaient ankylosés. J'essayais de parler mais rien ne sortis de ma bouche et ma gorge me fis grandement souffrir. Je toussais. Un goût de rouille emplit ma bouche et je crachais le sang qui venait de l'emplir mais ce n'eut pour seul effet que de me refaire tousser. Et encore plus de liquide chaud afflua. Je pris la décision de le laisser couler et de le baver afin de le faire sortir.
Je remarquais que j'étais allongé sur une surface dure et froide. D'ailleurs, il me semblait que la pièce entière où je me trouvais était froide. Il devait faire nuit car aucune lumière ne me parvenait.
Combien de temps avais-je pu rester inconscient? Devais-je compter des minutes, des heures, un jour, une semaine, ....?
Un grésillement se fit entendre à ma droite et la voix de mon père se fit entendre:
- Alors, on est réveillé? Tu dois te demander où tu es, n'est-ce pas? Alors on a voulu jouer au plus malin, fils. Ha, ha, ha! Tu sais que l'on a bien rigoler, ta mère et moi.
A chaque mot prononcé un petit grésillement accompagnait la voix. Puis la voix de ma mère poursuivit joueuse:
- J'ai été très déçue que tu perdes connaissance si facilement et si vite. Quel manque de force physique et mentale dont tu as fait preuve! De plus, ce n'était pas prévu comme cela, tu aurais du être éveillé durant tout le trajet.
- Tu dois avoir froid, non? Je crois Anne-Sophie que nous avons oublié de lui mettre le chauffage avant de revenir bien au chaud à la maison.
- Oui, quel dommage pour lui! Nous, au chaud et lui seul dans le noir et le froid. Charles-Henri, on commence la partie?
- Si tu veux, chérie! Mais je crois qu'il ne peut pas encore parler, nous gagnerons à tous les coups, ce n'est pas drôle.
- Bon d'accord, mais je vais tout de même lui poser une question facile pour qu'il comprenne bien le but du jeu auquel nous allons jouer. Tu verras, fils, on va bien s'amuser! Alors, combien font deux plus trois? Tu as trente secondes pour répondre.
Affolé, je tentais de donner la réponse mais je me remis à cracher du sang, je manquais de peu de m'étouffer avec un afflux plus important que les précédents.
Ma mère fit:
- Bip! Le temps est écoulé, fils! Voilà ma récompense.
Je ressentis une violente décharge remonter le long de mes jambes. Je remarquai enfin, alors que mon esprit jusqu'ici flottait comme dans du coton, que mes chevilles étaient entravées à un métal froid, certainement des chaînes.
La voix de mon père se voulu rassurante:
- Ne t'en fais pas, fils! Le jeu ne commencera sérieusement que dans deux jours. Le temps pour toi de recouvrer un peu ton calme. Ta mère va t'expliquer le pourquoi des choses.
- Alors, écoute-moi bien! Les questions, c'est pour te mettre à l'épreuve et t'apprendre que la culture, et ce quelle que soit la matière, est importante et qu'il ne faut pas la négliger, donc les mauvaises notes sont à déconseiller. Ensuite, le temps imparti que l'on te donne pour répondre est pour t'apprendre que la ponctualité est une règle de vie à respecter, ainsi l'arrivée à la maison se fait à des heures correctes et précises. Le noir complet, c'est pour te rappeler que c'est nous qui t'avons donner vie et qui par la même occasion t'avons offert le droit à la lumière. Il faut nous respecter pour cela, le respect se fait en ne parlant pas à tord et à travers, uniquement parler lorsqu'on te le permet. Le froid et l'électricité ne sont là que pour ajouter du piment et te corriger de t'être enfermé dans ta chambre.
- Je crois que ta mère a parfaitement su retranscrire le pourquoi de cette Punition Optimale. Tu es dans un lieu isolé en bordure d'une grande route alors inutile de crier personne ne t'entendra. Enfin si ta mère et moi, si nous branchons l'audiophone. Mais nous le couperons très souvent.
- Allez, nous, on te laisse. Nous devons aller dîner. Au fait, à ce propos, Déborah se chargera de te nourrir et ce, une fois par jour.
A ce moment-là, je réalisais que j'avais vraiment très faim. Allais-je avoir la visite de Déborah, ce soir. Au moins, elle était vivante. C'était une bonne nouvelle.
Réfléchissant à ma situation, je ne voyais pas comment m'en sortir. De plus, mon corps souffrait mille et une tortures. Mes chevilles étaient encore parsemées de lancements. Alors que je pensais ne pas pouvoir réussir à m'endormir, sans me rendre compte, je glissais progressivement dans le sommeil.
Lorsque je me réveillais, je perçus du bruit à mon côté et je pris peur. Je poussais un petit cri qui me fit tousser à nouveau. Du sang vint encore mais en moins grande proportion, cette fois-ci. La douce voix de Déborah parvint à moi:
- N'ais pas peur, Killian! Ce n'est que moi, Déborah. Reste tranquille, s'il te plaît. J'essaye de soigner tes hématomes.
C'est alors que je vis qu'une petite veilleuse était disposée juste à côté et mieux réveillé, je vis le visage de Déborah, mi-plongé dans l'ombre, mi-plongé dans la frêle lumière. Elle avait des cheveux clairs, un visage encore poupin et rose. Moi-même, je n'étais plus étendu sur le ventre au sol mais appuyé contre un mur nu. Je ne parvenais toujours pas à esquisser de mouvements de bras, ni de la tête. J'avais tellement de questions à lui poser et heureusement, elle répondit à certaines d'entre elles:
- Je ne peux pas parler fort, tes parents sont dans la pièce à côté. Ils me surveillent. J'ignores où l'on est mais une chose est sûre une route n'est pas située loin car on entend régulièrement des voitures passées depuis l'autre pièce. Il me voile les yeux pour m'emmener ici. Tes parents sont devenus fous. Enfin, ils l'ont toujours été un peu mais là ils vont beaucoup trop loin.
Elle me tamponnait le corps d'un linge humide pour nettoyer les plaies.
- Excuse-moi, tes parents ne m'ont pas donné grand chose pour te soigner.
Je voulus lui faire non de la tête mais ma nuque stoppa mon geste avec une douleur lancinante.
- Voilà presque trois semaines que tu es attaché ici. Ils m'ont dit que tu t'étais réveillé hier soir mais j'ignore si je peux les croire.
Je clignais des yeux pour lui signifier que cela devait être au moins vrai, mais elle ne le vit pas.
- Ne t'en fais pas pour moi, Killian! Tes parents me gardent prisonnière mais comme tu le vois, ils ne me battent pas. Et puis du monde semble s'inquiéter pour toi! Nous avons eu la visite de plusieurs de tes camarades de classe, ainsi que de ton professeur principal. Parmi tes amis, ceux qui sont venus le plus souvent sont Karine, Magalie, Amandine et Fabien. Karine est passée presqu'une fois tous les deux jours, elle te fais parvenir tes leçons et lorsqu'elle ne peut pas, c'est Fabien qui s'en charge.
Quand j'entendis le prénom de Fabien, je reçus comme une décharge en moi. Comment se faisait-il que Fabien qui se moquait de lui tout le temps s'inquiète pour lui? Fabien était le dur de la classe, il aimait bien m'embêter tout le temps. Et comme, j'étais un peu le chouchou des professeurs avec mes très bons résultats, alors que lui, c'était plutôt le contraire, il ne pouvait pas me supporter. Alors, je ne comprenais vraiment pas ce que Fabien venait faire chez moi à prendre des nouvelles. Je fus heureux d'apprendre que nombreux de mes camarades étaient passés.
Mon professeur principal était Monsieur Clerc et je m'imaginais très bien ce dernier face à mes parents en train de demander des explications sur mon absence prolongée.
- Il semble que ton professeur soit venu une troisième fois aujourd'hui, et il aurait exigé à te voir mais que tes parents ont refusé. Il a alors exigé que les camarades qui venaient se renseigner devaient aussi pouvoir te voir. Il a selon toute vraisemblance menacé de prévenir les services sociaux, si d'ici une semaine personne ne t'avait vu.
Déborah arrêta de me laver et elle attrapa une assiette derrière elle. J'ignorais ce qu'était la nourriture à l'intérieure mais elle n'était pas appétissante.
- Il faut que tu manges, Killian! Je suis désolé mais tes parents ont obligé la cuisinière à te préparer cette sorte de bouillie. Je suis navrée de ne pas pouvoir faire plus pour toi.
J'ouvris avec peine ma bouche et Déborah enfourna la pâte verdâtre et épaisse dans ma bouche. Ce n'était pas extraordinaire mais mon palais apprécia de sentir enfin de la nourriture et cela faisait bien l'affaire. Lorsque je dus avaler, ma gorge manqua de peu de tout me faire recracher mais j'avalais tout de même.
A la fin du repas, je me sentis légèrement rassasier. Et je fis de nouveau cligner mes paupières et elle le vit, cette seconde fois. Et elle me fit un sourire adorable. La tristesse de la jeune fille fut oubliée l'espace d'un instant et cela me réchauffa un peu le coeur.
Un cognement se fit entendre de l'autre côté de la pièce.
- Je dois y aller, Killian! Encore désolée de ne pas t'être d'un plus grand secours.
Déborah ramassa tout le fourbis à ses côtés, elle me fit un baiser sur la joue et elle se leva. Avant de partir elle me lança un à bientôt et de prendre du courage.
*******
Le lendemain soir, alors que j'avais eu une nouvelle visite de la charmante jeune fille, le fameux grésillement d'avant-hier se fit réentendre.
- Le jeu peut commencer! A toi l'honneur, Charles-Henri, j'ai déjà pu poser une question.
- Cher monsieur Killian, il me semble que c'est ainsi que s'adresse à toi, ton professeur principal, non? Enfin bon, là n'est pas la question! Une question de français pour commencer: dans Le Malade Imaginaire de Molière, quelle analyse peux-tu me faire sur la satire de la mèdecine? Je te donne quinze minutes pour répondre.
Ne voulant pas trop user de ma voix encore faible, je répondis rapidement:
- Molière considère les mèdecins comme des charlatans car ils font payer à leurs patients des sommes trébuchantes pour des diagnostics pompeux et remplis de mots savants expliquant pourquoi le patient est malade alors que c'est souvent faux et inexacte mais il faut bien qu'ils gagnent leur vie. Pour le démontrer, Molière utilise un subterfuge puisqu'après la visite de deux autres mèdecins, Purgon et Diafoirus de noms, Toinette, la servante se fait passer pour mèdecin, ce qu'elle n'est pas en utilisant les mêmes propos pompeux et savants afin de convaincre Argan qu'il est malade et qu'on lui diagnostique un troisième mal différent. Par ce biais, Molière a voulu ridiculiser la gent des mèdecins qui sont souvent trop chers et de véritables charlatans dont les diagnostics ne sont pas toujours fiable.
- Tu souhaites ajouter quelque chose, peut-être.
- Non, fis-je!
- C'est pas mal, allez, j'accepte ta réponse!
Ma mère prit le relais et ainsi de suite, on passa en revue toutes les matières. Je me fis électrocuter trois fois dont deux pour des petites erreurs. J'eus la surprise de découvrir que ma mère goûtait bien plus au jeu que mon père. Bien que celui-ci s'en amuse aussi.
Après qu'ils aient coupé l'audiophone, je me remémorais la visite de Déborah, le matin même. J'avais pu lui parler et lui poser quelques questions. J'avais enfin pu poser ma main sur la sienne pour lui dire toute ma gratitude.
Elle m'avait dit qu'elle était bien tombée dans les escaliers et qu'elle s'était évanouie sur le coup. Mais elle n'avait eu qu'une foulure à la cheville gauche.
Selon, elle le lieu où mes parent m'avaient caché n'était pas si loin de la maison car il ne restait pas longtemps en voiture. Je réfléchisais à toutes les propriétés de mon père que je connaisais mais ne voyait aucune qui soit à proximité d'une route et de la maison. Et c'est ce soir là, que le tilt se produisit. Je savais où mes parents me cachaient.
En fait, j'y suis allé une seule fois quand j'étais tout petit. Ma mère m'avait enfermé dedans pendant trois jours. Il s'agissait d'un petit abri qui se situait en fait derrière la maison tout au fond de la propriété là où je ne m'aventurais jamais car lorsque j'avais le droit de sortir de la maison pour jouer dans le jardin, je ne devais pas aller à plus de 500 mètres de la demeure. Deux accès y menait, une porte située à l'extérieur et donnant sur la route nationale derrière le terrain et un tunnel qui partait de la cave, traversait tout le jardin et donnait sur la pièce où je fus enfermé quand je devais encore avoir cinq ans. J'étais certainement dans la pièce à côté car j'avais repéré à cette époque cette petite porte presque dissimulée dans le mur.
Ainsi, j'étais donc encore chez moi! Mes parents prenait la voiture pour doubler la jeune Déborah. Ils étaient fous mais malins. Le lendemain, je révèlerais tout à Déborah.
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Aujourd'hui, je le fais. Regardant Déborah dans les yeux, je lui dis que nous sommes encore chez moi et lui explique le stratagème de mes parents. Mais elle m'annonçe:
- Je suis enfermée dans le cagibi à longueur de journée. De toute manière la grille qui ouvre sur le long tunnel reliant à ta maison, je l'ai remarqué dès la première fois où je suis venue ici et elle est toujours verrouillée.
Mais elle me montre ce qu'elle a dans sa main gauche, une tige de métal. Et d'un geste brusque, elle fait semblant de se trancher la gorge. Inquiet, je lui dit que c'est trop dangereux et que mes parents sont deux. Cependant, elle semble décidée. Tenant à me rassurer, elle me dit:
- Je ne les tuerais pas, ceci, c'est juste pour désarmer ta mère, qui viens sans cesse armée d'une canne au cas où il se produirait quelque chose. Ton père, lui, ne l'est pas, ses bras lui suffisent pour me maîtriser. Mais, il n'est pas non plus très sportif ton père, c'est un intellectuel. Et si je parviens à lui placer ça sous la gorge, il n'osera plus trop bouger. Et là je demanderais à ta mère de me donner sa canne et je les assomerais.
Lorsque je finis de manger mon assiette, elle m'embrasse et me fait signe qu'elle se lance.
Déborah avance discrètement jusqu'à la porte, elle l'entrouve et jette un oeil. Et après quelques instants, elle se lance et disparaît de ma vue. J'entends un cri vite étouffé, il s'agit de mon père. Puis j'entends ma mère qui s'écrie:
- Relâche mon mari, tout de suite!
- Non! Donnez-moi la canne! Vous n'êtes pas en mesure d'exiger de moi.
- Fais-le, Anne-Sophie! Je ne tiens pas à avoir ce bout de métal enfoncé dans la gorge.
Entendre mon père ainsi, me fait sourire, car il ne s'est jamais écrasé auparavant en ma présence et l'entendre supplier ma mère est une surprise.
Peu de temps après quelques coups de cannes entendu, un corps mou s'effondra sur le sol.
- Raaah! Petite garce!, fait ma mère.
J'entends ma mère et Déborah se battre puis de nouveau des coups de canne parviennent à mes oreilles et puis un corps s'affale encore.
Quelle joie lorsque je vois Déborah me sourire tenant triomphalement une clé dans la main gauche.
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Une fois libéré, j'enlace Déborah, lui fais une bise sur la joue et je la remercie. Comme je boîtille, elle me soutient par dessous le bras et avançant clopint-clopant, nous parvenons dans la pièce d'à côté. Je vois mes parents allongés près l'un de l'autre. Les ignorant, nous arrivons à la porte, puis me laissant m'appuyer au chambranle, elle retourne à l'intérieur.
Je décide de prendre une grande bouffée d'air, je suis aveuglé par la lunière extérieure après plus de trois semaines de nuit complète. Je distingue dans mon dos le toit de la maison au loin mais avec beaucoup de peine. Puis surpris, la voix douce de Déborah vrille dans mes oreilles:
- Va-t-en Killian, cours. Ton père a une arme. Killian part le plus ......
Un coup de feu retentit, j'eus tout juste le temps de voir Déborah tomber et pousser la porte de l'abri pour me protéger. Je pleure et lève le regard vers le ciel.
Un ciel bleu comme je n'en avais pas vu depuis longtemps! La lumière du soleil m'éblouit les yeux.
Je coure loin de ce cauchemar, loin de cette prison qui fut ma maison!
Mais j'entends un crissement de pneus et avant de perdre définitivement conscience, je sens ma tête retomber durement sur le sol.
Fini! En espérant que cette nouvelle vous plaise. Merci de m'avoir lu jusqu'au bout et merci pour les critiques à venir.
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