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[Nouvelle] Le sentier
Section : Création littéraire
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[Nouvelle] Le sentier : Discussion sur le forum Création littéraire (votre edition : Faites nous partager vos écrits, poêmes et autres créations littéraires ou dessinées.)

 
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 Nouvelle Le sentier
 Création littéraire : votre edition
06/08/2007, 10h56 #1
Rincewind 
Ombre

Rincewind

[Nouvelle] Le sentier

J'ai rédigé cette nouvelle d'après une idée mentionnée dans un ouvrage sur Lovecraft: il s'agit d'un des scénarios contenu dans "L'Art d'écrire selon Lovecraft".
Bien entendu, la similitude avec l'univers de Lovecraft s'arrête là, puisque j'ai écrit cette nouvelle dans mon style, celle-ci prenant place non loin d'un village français imaginaire, perdu au milieu d'une région que je ne nomme pas
J'ai mis environ 2h30 à tout mettre en forme, un travail rapide sans être bâclé, donc.
N'hésitez pas à me faire part de vos impressions

------------------------------------------------------------------

Alphonse Morrel était sans doute le doyen du village de Val Roussi, une petite commune perdue au milieu de nulle part : c’était le genre de coin ignoré de tous, où tout le monde se connaissait, et à l’intérieur duquel le temps semblait avoir suspendu son cours depuis belle lurette ; la commune devait son nom à la couleur des collines alentours, dont la riche teneur en cuivre colorait la terre d’un rouge clair insolite.
C’était bien la seule caractéristique originale de ce lieu dont la banalité n’attirait que peu de touristes, les rares de passage s’étant généralement perdu en cherchant une station service…

A 85 ans, « le vieux Al », comme ses concitoyens l’appelaient, était toujours aussi vivace et allait fréquemment rendre visite à sa vieille sœur, Lisa Morrel, une rebouteuse spécialisée dans l’herboristerie et la fabrication de filtres, baumes et autres remèdes souverains comme seules les victimes de l’Inquisition savaient en confectionner naguère.

Alphonse avait récemment fait réparer son antique tracteur, n’ayant plus assez de souffle pour entreprendre ce trajet hebdomadaire dont les six derniers kilomètres se faisaient à travers bois, ainsi que dans une montée fort désagréable pour un homme aussi âgé : il fallait dire qu’il avait tenté de réparer ce même artefact des deux dernières guerres à grand coup de rustines, et que la qualité de son bricolage laissait à désirer ; il se voyait mal rentrer chez lui à pied, d’autant que les autorités locales avaient jugé bon de lâcher des ours bruns dans cette même forêt, sous prétexte que les conditions naturelles étaient idéales pour la réintégration de cette espèce, le petit nombre d’êtres humains au mètre carré de la région leur permettant de batifoler en toute tranquillité.

Ce jeudi 13 novembre 1984, le vieux Al s’était rendu chez sa sœur comme à son habitude, ou presque, son départ ayant été retardé de quelques heures par le démarrage capricieux de l’épave qui lui servait de véhicule : après un dîner somme toute frugal, un verre de cidre et une discussion empreinte de nostalgie en compagnie de Lisa, il la salua et repartit en fin d’après midi à travers bois, laissant une épaisse fumée noire derrière lui.

Alors qu’il avait presque parcouru la moitié de la forêt, son tracteur émit un crachotement convulsif, pareil à celui d’un tuberculeux atteint d’un cancer du poumon en phase terminale ; la machine trembla, toussa et cracha à nouveau, puis refusa définitivement de redémarrer.

Ce qu’Alphonse craignait le plus au monde après sa propre mort et l’incendie de sa ferme venait d’arriver : son tas de ferraille venait de le lâcher en plein milieu d’un bois hostile, il n’avait aucun moyen de communication, la nuit commençait à recouvrir les lieux de son voile de ténèbres, ses rhumatismes le tenaillaient, et, pour couronner le tout, des bruits suspects s’élevaient un peu partout autour de lui ; il ne serait donc pas prudent de s’éloigner de la route…

Alphonse avait pris la décision de retourner sur ses pas, bien que la douleur lancinante qu’il ressentait dans ses articulations l’empêchait d’aller aussi vite qu’il aurait voulu : la température baissait lentement mais sûrement, ce qui lui faisait regretter sa négligence quant à des vêtements plus chauds. La perspective d’un grog bouillant lui permettait néanmoins de faire fi de ses maux physiques, les vents nocturnes ayant fait de la vieille bâtisse croulante de sa sœur un nouvel Eden à atteindre coûte que coûte.

Alors qu’il clopinait en maugréant, le vieux Al trébucha sur un rocher et s’étala de tout son long : après avoir débité les jurons les plus crus de son répertoire et avoir maudit l’obstacle fautif, il entreprit de ramasser sa torche électrique, laquelle avait roulé non loin de lui.

C’est en la ramassant que le faisceau lumineux de la lampe éclaira un sentier pour le moins étrange, puisqu’en vingt ans d’aller et retour successifs, Alphonse ne l’avait pour ainsi dire jamais remarqué…

Un panneau bordait ce nouveau chemin, il y était écrit : « Auberge du Sous-bois, 1 km »

Il restait bien trois kilomètres en montée à parcourir jusqu’à la maison de la vieille Lisa, or Al n’en pouvait plus, il sentait ses forces le quitter : fort heureusement, il avait eu la bonne idée de garnir son portefeuille d’une poignée de billets avant son départ… Curieux de voir à quoi pouvait bien ressembler une auberge perdue dans une forêt aussi obscure, il entreprit de descendre le sentier, lequel bifurquait vers la droite avant de s’enfoncer plus avant dans les profondeurs ténébreuses du vieux bois.

Après une vingtaine de mètres, Alphonse se sentit pris de nausée : il s’affaissa en fermant les yeux, et pria pour ne pas être victime d’une attaque dans un endroit pareil…

Quelques longues minutes d’hébétement s’écoulèrent avant qu’il ne décide de rouvrir ses yeux et de poursuivre sa route, bon grès, mal grès.

Il marcha encore quelques temps, puis le sentier broussailleux s’ouvrit sur une vaste plaine à ciel ouvert, en plein milieu d’une zone pourtant jugée recouverte d’arbres plus épais et anciens les uns que les autres…

Le vieux Al crut d’abord à une hallucination, sans doute due à son moment de faiblesse passagère, pourtant, après s’être frotté les yeux par trois fois, la vaste plaine se tenait toujours là, vierge de toute construction humaine, ainsi que de végétation ; Alphonse ignorait si c’était la découverte de ce lieu insolite ou la disparition soudaine de ses rhumatismes, mais il se sentait comme régénéré, et, loin d’être effrayé par la perspective de l’inconnu, il commença à s’élancer à travers la plaine.

Ce paysage plane et silencieux avait quelque chose d’étrange : alors que la forêt était balayée d’un vent nocturne glacial, cet endroit semblait tempéré : ni chaud, ni froid, mais d’une neutralité thermique parfaite. Cela n’était pas le seul détail frappant ; le sol était d’une blancheur laiteuse impressionnante, de plus, il semblait constitué d’une sorte d’ivoire lisse et brillant, parcouru de veines de couleurs changeantes selon les remous d’un ciel constellé d’étoiles qu’Alphonse avait de la peine à reconnaître, et ce malgré ses quelques connaissances astronomiques …

Le vieux Al croyait rêver : comment se faisait-il qu’un tel joyau naturel ait pu échapper aux guides touristiques ? Pourquoi personne ne mentionnait-il un tel endroit ? Il avait beau plisser les yeux, il ne voyait que la ligne de l’horizon, et toujours aucune trace de « l’Auberge du Sous-bois », pourtant mentionnée à un kilomètre du début de ce fameux sentier… Le silence parfait de ce lieu commença à peser sur les nerfs déjà éprouvés du vieillard, il décida donc de retourner en arrière, afin de faire part de sa découverte à cette bonne vieille Lisa…

A peine se fût-il retourné qu’une nouvelle surprise le frappa : il ne lui avait semblé parcourir que quelques mètres depuis la fin du bois, pourtant il n’arrivait à apercevoir qu’une étendue laiteuse similaire à celle à laquelle il venait tout juste de tourner le dos…

Pensant qu’il était en train de devenir fou, Al se retourna à nouveau ; le paysage était le même, à la seule différence qu’une lueur diffuse venait de s’allumer au loin, tel un phare guidant les voyageurs égarés.

« Il faudra que je signale cet endroit à mon retour, c’est pas possible qu’un truc pareil soit passé inaperçu pendant toutes ces années, m’est avis que ça va faire couler pas mal d’encre c’t’histoire ! » pensait-il en marchant, tout étonné de pouvoir se mouvoir avec autant d’aisance après avoir été autant éprouvé physiquement…

Il se mit donc à entamer sa route vers cette lueur, persuadé qu’il s’agissait du but de son escapade, une auberge pour passer la nuit en attendant d’appeler un ami et d’être enfin de retour chez lui.







Dimanche 16 novembre 1984 :



RUBRIQUE NECROLOGIQUE :



Après une disparition de trois jours, le cadavre d’Alphonse Morrel a enfin été retrouvé : il gisait dans un chemin broussailleux, à a peine quatre cent mètres d’une auberge en ruine, pourtant encore indiquée par un vieux panneau.

Le médecin légiste est formel : le grand froid couplé à des rhumatismes et aux efforts excessifs fournis par le vieillard lui ont été fatals.

Alphonse Morrel s’est donc éteint à l’âge de 85 ans, d’une crise cardiaque aussi soudaine que prévisible. Les obsèques auront lieu à 11h 30 le Mercredi 19 novembre 1984, au cimetière de Val Roussi.
Rincewind est déconnecté(e)
06/08/2007, 11h28 #2
oceatif2 
Dragon

oceatif2

Re : [Nouvelle] Le sentier

C'est pas mal du tout !

Cela se lie bien, sans plus d'accrots que cela ..
A priori pas de fautes d'orthographes (mais bon généralement, excepté si cela saute aux yeux, c'est aps ce que je regarde en premier soit..), ta nouvelle se parcourt agréablement.

Si j'ai bien compris le thème principale qui est la mort de ce pauvre monsieur "Al", l'idée du couloir, ou plutôt de la lumière au bou d'un couloir ( ou ici une clairière ) représentant l'entrée du paradis ? ou quelque chose comme cela ( chacun sa version ) est pas mal vu.
En tout cas je l'ai compris comme cela.
Les description sont les bien venues, on y découvre un paysage commun, calme ( en confrontation avec la clairière illuminée ) et les actions sont bien représentées.
Une nouvelle qui nous expose un "fait divers" conté du personnage principal..

Si ce n'est que le thème est encore une fois plutôt macabre de part l'idée de mort que l'on croise souvent sur le topic ( mois compris ), je n'ai eu aucun problème à lire celle ci;
De part mon coté fantasy ( mes lectures fetish ..) finalement la fin m'a interpelé dans le sens ou je m'attendais à rentrer dans un univers fantastique et tout le toutim mais que finalement il n'est arrivé qu'une bien triste nouvelle bien réelle et concrète..(dans l'histoire..)soit une humeur un poil maussade ( en plus on est lundi ) mais qui finalement avec le recul m'a surpris soit un bon point pour toi en plus des autres cités précedément...
Bref merci pour cette nouvelle et à bientot pour un autre écrit de ta part.
oceatif2 est connecté(e)
06/08/2007, 21h28 #3
Mokobi 
Ombre

Mokobi

Re : [Nouvelle] Le sentier

wahou super nouvelle, j'aime enormement la chute. Elle est trés fluide agréable a lire et sort de l'ordinaire, les descriptions sont bien dosées et le tout est bien ecris j'aime beaucoup ^^ Bravo.
Mokobi est déconnecté(e) Voir une photo de Mokobi sur son profil
07/08/2007, 14h27 #4
Rincewind 
Ombre

Rincewind

Re : [Nouvelle] Le sentier

Merci pour vos réponses

C'est toujours encourageant de recevoir des avis positifs

Sinon, pour répondre à Oceatif2:

Oui, la clairière symbolise bien le passage intermédiaire entre la vie et la mort, et la fameuse lumière attirant le "vieux Al" fait bien entendu référence au fameux "couloir de lumière" aperçu dans certains cas de "désincarnation" temporaire par de prétendus miraculés

En revanche mon intention n'était pas d'être macabre, il s'agissait plutot d'un soucis d'originalité, (pas dans le thème de la nouvelle mais plutot dans la manière par laquelle la chute fatale au personnage principal est amenée.) c'est toutefois interessant de recueillir des impressions chaque fois différentes quant à l'interpretation d'une nouvelle
Rincewind est déconnecté(e)
11/08/2007, 17h21 #5
ricmimura 
Dragon

ricmimura

Re : [Nouvelle] Le sentier

Très jolie nouvelle! Le sujet est bien mené. L'histoire est correctement contée. On imagine pas un seul instant que ton personnage est mort. Il est vrai que les sujets sur hyjoo sont pour de nombreux membres pas très joyeuses, en ferais-je partie? Oui je le crois, toutes mes nouvelles sont assez sombres. Mais en fait dans ton texte, le côté sombre n'est pas si important, car il nous faut attendre la fin de la nouvelle pour comprendre enfin à quoi l'on a affaire.

La chute de la nouvelle est parfaitement réussie et le récit nous accroche du début à la fin. Le difficile de la nouvelle est dans tout cela, réussir à accrocher le lecteur dès le début, le tenir en haleine jusqu'à la fin et enfin réussir sa chute. Car une nouvelle sans chute, n'en est plus une.

Bref, félicitations. Continue à nous en faire.
ricmimura est déconnecté(e)

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