| Nymphe
| [Texte] Perte de soi-même. | | Elle se tenait assise sur le sol, la tête préalablement posée sur ces genoux et pensait. Elle rêvait de passer sa vie dans une cellule capitonnée. Une de ces cellules dont personne ne sort. Personne ne la comprenait. Elle commençait sa chute, se renfermait sur elle-même. Là-bas, ses pensées s'échappaient, s'entrechoquaient et finissaient par rebondir sur les murs pour enfin l'atteindre de plein fouet. Elle se retrouvait confrontée à elle-même et la folie l'envahissait. Dans ces moments là, un infirmier entrait et la sanglait dans une camisole de force. C'était le seul être humain qu'elle voyait. La vue de ses congénères lui inspirait un dégoût profond et une répugnance sans limite. Elle commençait à ne plus percevoir la réalité comme elle l'était vraiment. Cette réalité déprimante, où la société de consommation est reine, ne laissant plus de place aux sentiments. Elle se sentait à l'abri. Elle aimait cet endroit plus que tout au monde. On pouvait y réfléchir en paix. La paix elle l'avait trouvé dans cette cellule. Il s'agissait d'un paradoxe. Elle se sentait libre mais ses réflexions l'emprisonnaient, elle aimait la solitude mais se retrouvait atteinte d'une personnalité schizoïde. Elle paraissait maintenant insensible, monotone, froide et distante, sans pour autant chercher la marginalité volontairement. Quelque temps après, elle eut envie de reprendre conctact avec l'extérieur et demanda à un infirmier une permission. Elle ne fut pas acceptée et cette dernière se mit donc à déambuler dans le centre. C'est à partir de là qu'un sentiment ambivalent l'envahit. Suscitant, d'un instant à l'autre, de l'amour puis de la haine, un désir de fusion aussitôt remplacé par une envie de séparation définitive. Elle avait l'impression d'être étrangère à elle-même. Elle redemanda à être enfermée. Elle ne supportait plus le monde extérieur. |