Les sept samouraïs
Genre : Aventure, drame, action (chambara)
Titres alternatifs :
Shichinin no samurai
七人の侍
Pays d'origine : Japon
Date de sortie : 26 avril 1954
Date de re-sortie en France :18 décembre 2002
Date de sortie DVD : 2002 (épuisé, non-réédité...)
Durée : 3h20
Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni
Production : Sojiro Motoki
Musique : Fumio Hayasaka
Photographie : Asakazu Nakai
Montage : Akira Kurosawa
Décors : So Matsuyama
Caractéristique : Noir et blanc
Casting :
Takashi Shimura : Kambei Shimada
Toshirō Mifune : Kikuchiyo
Yoshio Inaba : Gorobei Katayama
Seiji Miyaguchi : Kyuzo
Minoru Chiaki : Heihachi Hayashida
Daisuke Katô : Shichiroji
Isao Kimura : Katsushiro Okamoto
Yoshio Tsuchiya : Rikichi
Yukiko Shimazaki : la femme de Rikichi
Keiko Tsushima : Shino
Kamatari Fujiwara : Manzo
Bokuzen Hidari : Yohei
Yoshio Kosugi : Mosuke
Kokuten Kodo : Gisaku, le chef du village
Jiro Kumagai : un paysan
Résumé :
Dernier quart du 16è siècle, ère Momoyama, campagne japonaise. Un village de paysans ne peut plus supporter, après avoir déjà dû subir le mauvais temps et les taxes, qu'une bande de brigands le vole. Les paysans décident d'engager des samouraïs pour les défendre. Comment convaincre ces guerriers de travailler pour eux alors qu'ils n'ont que du riz à leur offrir ? En choisissant "des samouraïs affamés. Même les ours doivent sortir des bois quand ils ont faim."
Avis personnel :
Pour la première fois de ma courte vie hyjooïenne, j'appréhendais d'écrire cette fiche. Autant je suis habitué à peser mes mots avec soin afin d'éviter de froisser les sensibilités des uns ou des autres ou pour évoquer les thèmes polémiques d'une œuvre, autant avec
Shichinin no samourai d'Akira Kurosawa, je me prépare à critiquer un monument du cinéma. Ce film a durablement marqué les esprits et influencé nombre de cinéastes. Le film a fait l'objet d'un remake américain,
les sept mercenaires ; et si la copie est de qualité, elle est très loin d'égaler l'original. La technique de recrutement des samouraïs est reprise dans Ocean's Eleven. La technique du rideau pour la transition entre plusieurs tableaux inventée par Kurosawa, et utilisée dans ce film, a été empruntée par Georges Lucas pour Star Wars... etc... Enfin, un série d'animation,
Samurai 7, a aussi été produite en 2004 et respecte scrupuleusement dans le fond voire dans la forme à l'exception du contexte ce film ; du moins dans la première partie.
Si Kurosawa a aussi produit des films dans un cadre contemporain, il est surtout connu pour ses films historiques. L'Empereur – surnommé ainsi à cause de son perfectionnisme et de ses méthodes dictatoriales lors des tournages – livre ici un véritable travail de maître. Bien qu'il ait réalisé des films en couleurs, son talent ne s'exprime pleinement qu'en noir et blanc. Si le film peut paraître âpre à ceux qui ne sont pas habitués à ce format, on se rend rapidement compte de la pureté de la mise en scène. Dans cette optique, le film laisse la part belle aux silences seulement rompus par le bruit du vent ou de l'eau.
Les décors, pour autant qu'ils soient dépouillés, sont mis en valeur par le multi-angle - Kurosawa est l'un des premiers à utiliser cette technique – et le cadrage. Les personnages sont mis principalement à la taille dans une facture somme toute classique, déjà à l'époque. Mais c'est surtout la caméra en plongée sur le village, comme une menace, et cette même caméra qui donne l'impression de tourner autour des personnages ou de bouger en même temps qu'eux – nous sommes dans les années 50, ne l'oublions pas - que l'on retiendra.
La météo est presque un personnage à part entière. On pense au vent notamment qui souligne l'intensité dramatique. Mais on pense surtout à l'utilisation de la pluie dans la scène finale culte en elle-même.
Les acteurs délivrent également une prestation de haute volée. Takashi Shimura et surtout Toshirō Mifune, deux acteurs fétiches de Kurosawa, emmène une tripotée d'acteurs qui rivalisent dans l'excellence. Le film n'a jamais été doublé, et c'est une bonne chose.
Si la musique est anecdotique comme beaucoup de films de l'époque, je n'en dirais pas autant de la direction du son. Alors que la stéréo n'existait pas encore, le spectateur est vraiment transporté dans ce petit village de la campagne japonaise.
Après avoir abordé la forme, parlons un peu du fond. Mais avant cela, je crois utile de faire un petit rappel historique sur le contexte dans la mesure où le petit Français (ou la petite Française) n'est pas forcément féru(e) de l'histoire du Japon ou n'en a qu'une idée lacunaire. Le temps de l'histoire n'est pas précisé mais beaucoup d'indices laissent penser qu'on est dans les années 1580, 10 ans environ après la bataille de Nagashino. Nous sommes vers la fin de l'ère Momoyama, peu de temps avant le début de l'ère Edo. Le shogunat des Ashikaga peine à maintenir l'ordre dans le pays et ne sort pas des murs de Kamakura la capitale. Des guerres d'unification modifient profondément le paysage politique japonais et les daimyôs, les seigneurs locaux, se battent entre eux. Les talents des samouraïs ne déterminent plus la maîtrise des champs de bataille. Depuis près d'un demi-siècle, les seigneurs se dotent d'armées de conscrits paysans, les ashigarus, éventuellement commandés par des samouraïs. Importée par les portugais au milieu du siècle, l'arquebuse – que les japonais appellent teppô – a démontré son influence significative en 1975 à Nagashino où 3000 paysans sous-entraînés armés de mousquets défont une cavalerie aguerrie de plus de 40000 samouraïs. Ces guerres d'unification vident donc les campagnes et font peser un poids encore plus lourd sur les paysans avec l'augmentation du nombre de rônins qui les volent. On estime que plus d'un demi-million de Japonais perdront la vie en l'espace d'une génération (40 ans à l'époque).
Ces précisions faites, on peut commencer à parler du scénario. C'est dans le titre, vous l'aurez deviné, ça parle donc de samouraïs. Replacés dans le contexte, nous sommes à une période charnière des samouraïs. Leur gloire d'antan a disparu au profit de plus simples soldats et ils ne sont pas encore ces gardiens de la paix de luxe de l'ère Edo. Avec ces batailles incessantes, de nombreux rônins sont sur les routes. Les rônins sont des anciens samouraïs dont le maître a été vaincu et à qui l'on n'a pas autorisé – ou qui n'ont pas voulu - de se suicider honorablement lors du rituel dit du seppuku. Si le jeune Katsuhiro peut échapper à la règle de par son jeune âge, on comprend rapidement que la définition de rônin peut s'appliquer de la même façon aux brigands qu'aux « sept samouraïs ». Mais cette distinction n'est pas que sémantique. Alors que ces brigands ont oublié leurs valeurs, la petite troupe guidée par Kambei s'accroche à son code d'honneur, le fameux
bushidô. Cette bataille va donc opposer d'anciens frères d'armes. Même ennemis, ils n'en partageaient pas moins des idéaux. L'oeil du cinéaste apportera une différence supplémentaire, visuelle celle-là. Les samouraïs se battent en kimono là où les rônins gardent les armures de l'ancien temps. Par contraste, les rônins sont les seuls à se servir de fusils.
Ce film n'est donc pas seulement l'occasion de jouir des combats mais également de vivre l'esprit du samouraï, fut-il fantasmé. (Quand on étudie un peu mieux l'histoire japonaise, on constate que certaines des règles du bushidô, au hasard la dévotion à l'empereur, n'étaient pas toujours respectées). Il n'en reste pas moins que les personnages ont un fort charisme, quand bien même les auteurs ont pris des libertés scénaristiques. Les combats sont magnifiques – on pense notamment à la sublissime bataille finale – mais on apprécie de voir que les samouraïs se servent d'abord de leur tête avant de dégainer leurs sabres. Par exemple, au début du film, Kambei se fait passer pour un prêtre afin de sauver un enfant kidnappé. Ce film est aussi l'occasion de constater les compétences tactiques des samouraïs lorsqu'ils organisent la défense du village.
Mais les samouraïs sont loin d'être les seules vedettes du film, les villageois sont aussi à l'honneur. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils sont les véritables stars du film comme j'ai pu le lire, mais ils ont incontestablement eu droit à un travail recherché. La majeure partie du film n'est pas l'action mais bien la psychologie des ces deux strates de la société. La tentation était pourtant belle de présenter les gentils paysans face aux méchants brigands mais Kurosawa a évité ce travers. On les voit tantôt pleutres, tantôt roublards voire cruels. Nombre des symboles forts du film sont rattachés à cette paysannerie vue avec un regard dur mais franc et juste.
3H20 de bonheur en somme et un film tout simplement indispensable pour tous les amoureux du cinéma qui se lassent des effets spéciaux à outrance.
